Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 16:28
Quelques vers des troubadours...

 


"Quelques vers des troubadours ont su exprimer la joie d'une manière si pure qu'à travers elle, transparaît la douleur poignante, la douleur inconsolable de la créature finie. "Quand je vois l'alouette mouvoir De joie ses ailes contre le rayon, Comme elle ne se connaît plus et se laisse tomber Par la douceur qui au cœur lui va."

C'est ainsi que Simone Weil évoque les oeuvres des troubadours du Moyen Age, dans ses Ecrits historiques et politiques...



Le mot "troubadour" résonne d'éclats, de tourbillons, ce nom n'est-il pas un poème, à lui tout seul, avec ses échos de sonorités qui se répondent et s'inversent dans la dernière partie ?

Le troubadour, (le "trobador", en ancien occitan), n'est-il pas l'inventeur par excellence, le poète, le trouveur de mots ?


Dentale, gutturale, labiale, dentale à nouveau... des consonnes variées expriment, dans ce seul nom, toute l'inspiration de ces poètes, aux talents étonnants et multiples.

Poètes, chanteurs, musiciens, créateurs, les troubadours se sont illustrés au Moyen Age, par des oeuvres d'une diversité et d'une créativité étonnantes.

Le mot "troubadour" chante le sud, la langue d'oc, celle du soleil, de la mer, des collines, des paysages méditerranéens.

Et ces poètes ont su, aussi, par leur lyrisme, évoquer les tourments, les désarrois de la vie humaine.

Les troubadours, orfèvres de la langue et des mots, chantent l'amour, ses charmes, ses détours, ses blessures...


Guillaume de Cabestaing, Geoffroy Rudel, Bernard de Ventadour, Arnaud de Marveil, Folquet de Marseille, Raimond de Miravals... autant de poètes du passé dont on a oublié les noms, et les oeuvres, autant d'auteurs dont les noms aux sonorités lointaines nous émeuvent et nous intriguent.


Ils excellent, pourtant, dans les chants de la fin'amor, une sublimation de l'amour courtois envers la Dame vertueuse, belle et inaccessible. L'exaltation du désir devient, pour eux, une quête mystique, et l'amour rejoint une sorte de ferveur religieuse.

"Alba, ballade, canso, chanson de toile, lai, madrigal, rondeau, pastourelle, virelai, chansons de gestes", les troubadours se sont illustrés dans de nombreux genres littéraires.

"Alba", la chanson d'aube réunit les deux amoureux, dans un dialogue où ils connaissent des moments délicieux, ils en viennent à oublier l'aube qui paraît, le chant d'un oiseau les avertit du danger de se faire surprendre.

"La canso" exalte l'amour coutois, la fin'amor où le poète suggère, à la fois, la sensualité et l' idéalisation de l'être aimé.

Dans "la chanson de toile", ou chanson à filer, à tisser, on entend une amoureuse qui se lamente sur la mort de son amoureux, ou sur son entrée au couvent...

"La pastourelle" évoque les amours d'un seigneur et d'une bergère qui ne se laisse pas facilement séduire.

Ces poésies, pleines de fraîcheur, méritent d'être remises à l'honneur...

Les chansons de Bernard de Ventadour sont riches et limpides, nourries de sentiments personnels. Il fut l’un des meilleurs musiciens de son temps et figure parmi les plus grands poètes de l’amour en langue d’oc.

 

 Bernard de Ventadour (en ancien occitan Bernartz de Ventedorn),  poète et troubadour du 12 ème siècle écrivit de nombreux poèmes, parmi lesquels on peut citer celui-ci : 


"J’ai le cœur si plein de joie,
Qu’il transmute Nature :
C’est fleur blanche, vermeille et jaune
Qu’est pour moi frimas ;
Avec le vent et la pluie
S’accroît mon bonheur.
Aussi mon Prix grandit, monte ;
Et mon chant s’épure.
J’ai tant d’amour au cœur
De joie et de douceur,
Que gelée me semble fleur,
Et neige, verdure.


Je puis aller sans habits,
Nu dans ma chemise,
Car pur amour me protège
De la froide bise...


D’amitié elle m’écarte !
Mais j’ai confiance,
Car d’elle j’ai du moins conquis
La belle apparence.
Et j’en ai, en la quittant,
Tant d’aise en mon âme
Que le jour de la revoir
Serai sans tristesse.
Mon cœur est près d’Amour :
Donc l’esprit là-bas court,
Mais le corps ici, ailleurs,
Est loin d’elle, en France.


Je garde bonne espérance,
– Qui m’aide bien peu –
Car mon âme est balancée
Comme nef sur l’onde.
Du souci qui me déprime
Où m’abriterai-je ?
La nuit il m’agite et jette
Sur le bord du lit :
Je souffre plus d’amour
Que l’amoureux Tristan
Qui endura maints tourments
Pour Iseult la blonde.


"Ah Dieu ! que ne suis-je aronde
Pour traverser l’air,
Voler dans la nuit profonde
Jusqu’en sa demeure ?
Bonne dame si joyeuse,
Votre amant se meurt ;
Je crains que mon cœur se fonde
Si mon mal ne cesse…
Dame, je joins les mains,
Je prie : je vous adore.
Beau corps aux fraîches couleurs,
Bien cruel vous m’êtes !...


Messager, va et cours,
Dis moi à la plus belle
Que je pâtis pour elle
Douleur et martyre."



 Dans ces vers, l'amour transfigure le monde, il procure des souffrances démesurées, mais aussi des bonheurs inouis, des sensations de joie débordantes...

 

Les troubadours, souvent oubliés, ont écrit des oeuvres attachantes, ils méritent d'être redécouverts : la langue du Moyen Age, avec ses tournures et ses mots d'autrefois, revêt un charme lointain et particulier.

Les troubadours nous font voyager dans le temps, nous font entendre des voix et des musiques anciennes, un monde plein d'harmonie et de tourments...


 

 

Quelques repères sur Bernard de Ventadour :

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernart_de_Ventadour

 

En haut de l'article : Paolo et Francesca   Tableau de Ingres



 

Manuscrit  auteur de la photo : Fabricio Cardenas  creative commons

Manuscrit auteur de la photo : Fabricio Cardenas creative commons

Miniature du Moyen-Age

Miniature du Moyen-Age

Nymphe et troubadour  Tableau de Hans Makart

Nymphe et troubadour Tableau de Hans Makart

Partager cet article
Repost0

commentaires

B
Bonsoir Rosemar,<br /> Je suis tombé sur ton blog en faissant des recherches sur ce poème de Bernard de Ventadour, je dois présenter un text en faissant un analyse des rymes et thématique. La thematique est claire, c'est l'amour et la souffrance, mais je ne suis pas bonne en analyse des rymes, Est-ce que tu pourras et voudras m'aider? J'ai besoin pour demain, je te serais très reconnaissante. Merci
Répondre
B
Merci, cela m'est d'une grande aide. Bonne soirée et encore merci beaucoup
R
Bon, je suppose qu'il faut travailler sur le texte ancien : on le trouve sur ce site :<br /> <br /> http://www.gegeloccitan-photo.fr/article-bernard-de-ventadour-1125-vers-1196-113089322.html<br /> <br /> Attention, s'il s'agit de rimes, les fins de vers, le mot s'écrit avec un "i", à ne pas confondre avec le rythme d'un poème déterminé par des coupes ou des pauses dans le vers...<br /> <br /> Il faut sans doute regarder le sens des mots à la rime et les analyser en fonction des thèmes : sentiments éprouvés : "joia, l'aventura", vocabulaire de la nature et des conditions atmosphériques : "freidura, ploia, flor, verdura etc."<br /> <br /> Mais je ne sais pas exactement ce qui est demandé dans cette analyse de rimes...<br /> <br /> Bonne soirée et bon courage
L
Merci Rosemar, je viens de télécharger le roman de Tristan et Iseut pour mon Kindle !<br /> Bises
Répondre
R
Tristan et Iseut, oui, une belle référence, LH<br /> <br /> Bonne lecture et bises
A
Merci Rosemar pour le lien sur l' autre Simone Weil trop méconnue.Un parcours incroyable...elle ne s' est pas trompée dans ses combats, et a payé son engagement plusieurs fois de sa personne alors qu' elle aurait pu se protéger tranquillement aux Etats-Unis...un destin bouleversant !
Répondre
R
En effet, un destin fulgurant et hors du commun : une vie très brève et elle a accompli tant de choses ! Elle est si peu connue, une façon de lui rendre hommage à travers cet article...<br /> <br /> Une belle soirée, AJE
F
Oh non, je n'ai pas oublié, mais tu parlais tu parlais de mails reçus de la part de commentateurs. Cela ne m'est jamais arrivé .<br /> Dans "mon profil" sur Agora, il y a une case qui dit "Je souhaite être prévenu par email à chaque fois qu'un commentaire est posté sur un de mes articles". Et bien je ne l'ai jamais coché.<br /> Bises.
Répondre
R
De toute façon, même dans ce cas, il n'est guère agréable de voir, sur des articles, des commentaires débridés, voire totalement déplacés où le mépris l'emporte sur la réflexion... <br /> <br /> Bises du printemps
A
Bonjour Rosemar,<br /> Très bel article accompagné de très beaux vers...La tradition des troubadourscontinue, notamment autour de la méditerranée.Je te présente un troubadour piémontais, Maurizio Martinnotti, qui s' est produit plusieurs fois dans ma région avec son groupe TENDACHENT.<br /> <br /> Tout d' abord voici l' histoire poignante de Regilardin qui revient de la guerre.Le morceau va crescendo et la fin à capella est tout simplement à couper le souffle.Je les ai entendu à Dénia....superbe...magnifique ! Exactement comme sur le disque !<br /> <br /> https://www.youtube.com/watch?v=XWVNQwF8R74<br /> <br /> Et puis cette pièce traditionnelle où le grand Maurizio joue de la vielle<br /> <br /> https://www.youtube.com/watch?v=CuDgVBJyGIQ<br /> <br /> Il a travaillé et fait quelques collaborations avec des troubadours espagnols, notamment Urbalia Rurana.Autour de la méditerranée il y a un terreau commun<br /> <br /> Bonne fin de soirée
Répondre
R
Merci pour ces vidéos : en effet magnifique, celle de Regilardin ! Je vois que la tradition se perpétue, il est dommage qu'on ne comprenne pas toutes les paroles, mais cela contribue aussi au mystère et à la poésie de ces langues occitanes...<br /> <br /> Une remarque sur la citation, au début de l'article : on la doit à Simone Weil philosophe, au destin si bref, peu connue, à ne pas confondre avec Simone Veil....<br /> Sa vie est bouleversante et tragique :<br /> <br /> <br /> http://fr.wikipedia.org/wiki/Simone_Weil<br /> <br /> <br /> Belle soirée, AJE
F
Bonsoir Rosemar,<br /> Je vois dans ta réponse à R. Schneider que tu dis que ta boite mail était envahie de messages venant d'Agora. Mais il y a une fonction sur AGora qui permet de ne pas recevoir d'alertes à chaque commentaire. C'est mon cas, sinon ce serait de la folie.<br /> A aucun moment je n'ai reçu de mail de malfaisant sur Agora.<br /> Un troubadour de notre temps..<br /> https://www.youtube.com/watch?v=ktk38dDoHOo<br /> Bises et belle soirée Rosemar
Répondre
R
Je ne connaissais pas cette fonction... Je crois que tu as oublié les messages de certains trolls qui venaient sur tes articles, tu avais même publié un billet sur ce sujet...<br /> Le fait est que certains m'ont fait remarquer que j'étais trop présente sur ce site : j'avais l'impression de leur faire "ombrage"... mais je ne m'en plains pas, mon plaisir est d'écrire sur des sujets qui m'intéressent.<br /> <br /> Merci pour la chanson de Branduardi.
R
Très belle page.<br /> Juste une remarque : j'ai fait un tour sur AG, vous y êtes vraiment ostracisée ... Incroyable ! Pourtant, vous avez beaucoup d'opinions favorables ... Il faut croire que certains modérateurs ne veulent plus que vos textes soient publiés ! Pourquoi ? Ça m'échappe.<br /> Gardons le moral. Bonne soirée.
Répondre
R
Bonsoir Richard<br /> <br /> Non, je ne suis pas ostracisée mais "je m'ostracise" moi-même : je ne mets en modération que les liens de mes articles, c'est pourquoi, ils ne sont pas publiés... et ils ne le seront pas, c'est ce que je souhaite, quand je publiais sur agora, ma boîte mail était, sans cesse, envahie de messages, et souvent pleins de haine, d'autant qu'une bande de trolls s'était mis de la partie... C'était devenu insupportable et même des commentateurs plus sérieux suivaient le mouvement... <br /> <br /> Mon blog est suivi et lu par de nombreux lecteurs, c'est bien !<br /> <br /> Merci pour ce message, Richard