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11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 16:25
De quoi la nuit rêvent les roses...

 

 

 


Les difficultés de l'amour, un amour non partagé qui fait souffrir, tel est le thème de ce texte écrit par Aragon, mis en musique et interprété par Jean Ferrat.

Le texte s'ouvre sur une question directe, avec l'emploi de la deuxième personne du singulier : 

"Que sais-tu des plus simples choses 
Les jours sont des soleils grimés 
De quoi la nuit rêvent les roses"

Le poète nous fait entrer dans une intimité, il semble s'adresser à chacun de nous, nous montre qu'on ne voit pas, souvent, l'essentiel, "les plus simples choses"... Les roses personnifiées, dotées de rêves deviennent un mystère de plus, une énigme à déchiffrer, belle expression qui évoque tant de sentiments retenus, cachés...

On perçoit une fêlure dans l'expression : "Les jours sont des soleils grimés", comme si la lumière n'existait plus vraiment, avait disparu, pour celui qui ne peut vraiment aimer, dans la plénitude... L'idée est développée dans la phrase qui suit "Tous les feux s'en vont en fumée", les flammes de l'amour, image traditionnelle, sont comme étouffés et ne deviennent que de vaines fumées.

Le refrain résonne, alors : "Que sais-tu du malheur d'aimer ?" L'amour transformé en souffrance est mis en évidence par une question douloureuse, une interrogation, pleine de tourments et de reproches...

La vaine quête amoureuse est soulignée par le verbe "chercher" : "Je t'ai cherché au bout des chambres, Où la lampe était allumée...", une quête qui semble infinie et impossible, comme le suggère l'expression : "au bout des chambres".

On perçoit, aussi, une dissonance dans la phrase "Nos pas n'y sonnaient pas ensemble
Ni nos bras sur nous refermés..." Les négations mettent en évidence une union impossible, un désaccord.
 

Le verbe "chercher" revient, les questions sont redoublées, comme pour intensifier le désarroi : "Je t'ai cherchée à la fenêtre Les parcs en vain sont parfumés Où peux-tu où peux-tu bien être."
Une autre question montre le vide de la vie, notamment, au printemps, saison du renouveau et du bonheur, quand l'amour semble impossible : "A quoi bon vivre au mois de mai"...

Le thème de "l'attente" vient renforcer la douleur, quand la vie se résume à "nommer" quelqu'un sans l'atteindre, un être insaisissable, comme le suggère l'oxymore "toujours même et différente".

Le poète est, de plus, seul responsable de cet amour inaccessible, il ne peut que s'en "blâmer", verbe très fort qui aggrave le malheur.

La quête se transforme en une sorte d'errance immobile, un oubli de la vie et finalement devient synonyme d'une mort qui n'en finit pas...

La mélodie douce et mélancolique s'intensifie dans le refrain, comme pour souligner toutes les souffrances de l'amour...



 

 

Photo : rosemar

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commentaires

fatizo 12/07/2015 23:30

C'est si vrai qu'en amour il y en a toujours un qui aime plus que l'autre.
Pour rejoindre AJE sur la dépendance , je citerai le fameux "fuis-moi je te suis suis-moi je te fuis" que j'ai pu vérifier. C'est assez inexplicable d'avoir ce sentiment d'être étouffé, et puis lorsqu'elle vous quitte d'être en manque. J'ai pu aussi le vérifier dans le cas inverse, ou c'était moi qui était trop pressant, et le jour ou j'ai pris de la distance, elle s'est rapprochée de moi.
P.S
Et bien L Hatem, pas très romantique sur ce coup là.
L'amour étant ce qu'il y a de plus merveilleux au monde, il est tout à fait normal de souffrir à en crever lorsqu'il vous quitte.
Bises et belle semaine Rosemar

rosemar 13/07/2015 09:43

LH préfère se passionner pour les livres, les déceptions sont moins grandes...

Belle journée à tous

L. Hatem 12/07/2015 23:46

Ainsi va la vie bien sûr... mais je trouve que la lecture est une passion qui ne fait pas souffrir... mdr... pas très romantique, je sais !

L. HATEM 12/07/2015 21:07

Bonsoir Rosemar... aujourd'hui la souffrance rattachée à l'amour me fait sourire... que d'énergie gaspillée pour rien !!! Energie qui aurait pu être investie dans d'autres passions plus productives bien sûr...
Bises

Hors sujet... un article qui parle des tongs (tu en a parlé recemment), mais au volant... cause d'une verbalisation !
http://www.ladepeche.fr/article/2015/07/11/2142218-pv-90-euros-avoir-conduit-voiture-tongs.html

rosemar 12/07/2015 21:54

L'amour qui fait souffrir, qui déchire et meurtrit, c'est pour les jeunes, donc, LH ? La chanson est très belle, et tout le monde a connu, un jour, ce désarroi de ne pas être aimé...

Merci pour le lien : j'avoue que je ne pourrais pas conduire en tong, j'ai vu des gens conduire, pieds nus, mais ce n'est pas très prudent...

Bises, LH

ALEA JACTA EST 12/07/2015 08:12

Bonjour Rosemar,
Il y a dans ce poème deux aspects.D' abord le malheur d' aimer tel que tu le commentes brillament dans ton papier...un malheur qui interpelle tous les lecteurs.
Mais j' y vois aussi une autre dimension davantage suggérée plus qu' exprimée dans la question " que sais-tu du malheur d' aimer ? "Comme si le poète s' adressait à une personne qui probablement ignore les tourments de l' amour, s' aime peut-être surtout elle-même, vit davantage en introspection et ne sait pas ce que c' est que souffrir d' amour pour les autres ou en tout cas n' est pas vulnérable.Dans une relation il y a toujours une forme d' inégalité: une des deux parties aime davantage, et souffre davantage aussi.
Bon dimanche l' amie
PS: tous les bons psys expliquent bien que plus une personne exprime et témoigne à l' autre son mal d' amour et moins cette personne séduit l' autre par une curieuse ironie des sentiments...Donc toute stratégie de séduction doit impérativement cacher la moindre vulnérabilité ou chasser le moindre indice indiquant une forme de dépendance à l'autre.Encore une fois j' ai la sensation qu' Aragon parle d' autant mieux de ses souffrances d' amour que finalement il n' a pas eu de vraie vie amoureuse.Quelque part il a été maudit...lire Aragon est souvent douloureux.

rosemar 12/07/2015 11:37

Dans tous les cas, c'est un amour qui n'est pas partagé donc douloureux : on peut voir dans l'interrogation "que sais-tu du malheur d'aimer", une forme de reproche mais il est difficile d'extrapoler... On sent aussi peut-être une forme de culpabilité personnelle à travers le verbe "blâmer" qui et assez fort... Il est vrai que dans les couples, souvent, un des deux aime plus que l'autre.
Dans ce texte, c'est, apparemment, un amour non abouti : Aragon a été homosexuel, et a eu une double vie, mais il est difficile de tout expliquer par la biographie... La poésie garde une part de mystères...

Belle journée estivale, AJE

Rosemarie 11/07/2015 19:02

c'est une chanson magnifique
bonne soirée

rosemar 11/07/2015 21:34

Elle est magnifique, comme beaucoup de chansons interprétées par Ferrat... "de quoi la nuit rêvent les roses" cette seule expression nous fait toucher à l'essence même de la poésie : image, personnification, rêves !

Bonne soirée, Rosemarie

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