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14 août 2015 5 14 /08 /août /2015 09:34
La persienne à demi refermée...

 

 

"Il y a un monde qui appartient à la rive du Léthé. Cette rive est la mémoire. C'est le monde des romans et celui des sonates, celui du plaisir des corps nus qui aiment la persienne à demi refermée ou celui du songe qui l'aime plus repoussée encore jusqu'à feindre l'obscurité nocturne ou qui l'invente. C'est le monde des pies sur les tombes. C'est le monde de la solitude que requiert la lecture des livres ou l'audition de la musique."

Dans cet extrait de son oeuvre, Les ombres errantes, Pascal Quignard évoque deux de ses passions, la lecture et la musique, qui exigent solitude, repliement sur soi, contemplation... Le silence, la lecture, la mort, l'amour sont ses thèmes de prédilection, et la "persienne"suggère, ici, un monde caché, secret, celui de l'amour et de la sexualité...



La persienne nous ouvre un espace de demi-pénombre, de lumières tamisées, elle protège et laisse entrevoir un semblant de jour...

En plein été, la persienne tempère les ardeurs trop vives du soleil qu'elle masque avec douceur...

Le mot "persienne" suggère sensualité, douceur, bonheur : labiale initiale, sifflante "s" donnent à ce nom des sonorités pleines d'harmonies.

La gutturale "r" lui apporte un peu d'âpreté et de mystères, un monde secret semble vivre derrière les persiennes.

Ces volets à claire voie laissent passer un jour timide, et offrent une douce intimité.

Les persiennes évoquent le sud et ses chaleurs brûlantes du midi, quand les soleils diffusent leurs ardeurs redoublées, quand les arbres s'embrasent de lumières.

Les persiennes se ferment, alors, dans une ambiance feutrée, alors que les murmures des cigales s'enflamment dans un chant exacerbé.

Douce pénombre bienvenue au coeur de l'été, doux éclats de lumières qui transpercent les entrelacs des volets.

Des rais de clarté se forment, se dispersent, éclaboussent l'obscurité apaisante, ils dessinent le soleil dans l'ombre, le magnifient...

Le soleil, divisé et dupliqué, se diffuse avec douceur, dans une ambiance de rêve et d'harmonie.

A l'intérieur des maisons, bien à l'abri, les persiennes viennent adoucir les chaleurs les plus vives, elles les tempèrent dans une douce harmonie.

La chaleur nous berce de ses murmures de cigales, elle nous entraîne dans un monde de rêves.

Les persiennes évoquent aussi l'orient, la Perse, un monde différent, fait de dunes, d'ondoyances, de mystères...

Des palais orientaux, aux luxes inouis, se dessinent, nous font voir des ombres secrètes, des moucharabiehs.


Les persiennes nous transportent vers l'orient, l'Egypte, le Nil et ses oasis, ses temples sacrés, des monuments d'autrefois, des pyramides obscures, des Sphynx lumineux....

Les persiennes restituent une douce atmosphère, nous font goûter aux bonheurs et aux harmonies de l'été.


 

 

 

 

 

Photos : rosemar

La persienne à demi refermée...
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commentaires

V
Nina Bouraoui <br /> 48 ans - Ecrivain <br /> . <br /> <br /> Nina Bouraoui est née en 1967 à Rennes d'un père algérien et d'une mère bretonne. Elle passe les quinze premières années de sa vie en Algérie, pays dont elle ne possède ni la langue ni la culture. A l'âge de quatorze ans, sa famille décide brutalement de ne plus retourner en Algérie, et s'installe à Zürich, puis à Abou Dhabi... Elle retourne régulièrement en Bretagne dans sa famille maternelle et s'installe à Paris après son baccalauréat pour étudier la philosophie et le droit. Prise entre deux pays, entre deux identités, enfant sauvage et peu loquace, elle trouve dans l'écriture le moyen de se délivrer des fantômes qui la hantent. Ses romans, depuis le premier La Voyeuse interdite (Nina Bouraoui a alors 24 ans !) - récompensé par le prix du Livre Inter en 1991 - jusqu'à Poupée bella en 2004, parlent de l'Algérie, de son enfance, de la violence, de la difficulté d'être une femme dans un pays de contrastes et de contraintes. Elle prend de l'assurance, épure son style à coup de phrases d'un seul mot, violentes, âpres et envoûtantes. Ce "langage du corps", Nina Bouraoui le construit par petites touches d'émotion brute, en véritable peintre des sensations. <br /> Le 3 novembre 2005, elle obtient le prix Renaudot pour son dernier roman Mes mauvaises pensées (Stock) dans lequel on retrouve ses auteurs préférés et admirés, comme Hervé Guibert, Annie Ernaux ou Violette Leduc. Dans Nos baisers sont des adieux (2010) elle dresse "la liste des hommes, des femmes, des images, des sensations, des oeuvres d’art qui ont construit la personne que je suis."<br /> <br /> Je ne sais pas ce qui constitue une identité. Je ne sais pas ce qui fait que nous appartenons à une terre plutôt qu'à une autre. Je ne sais pas s'il faut choisir. Je ne sais pas ce que signifie une patrie. Ma grand-mère disait que j'avais une partie de mon corps française et une partie algérienne... Ma part algérienne regardera toujours ma part française. Ma part française se nourrira toujours de ma part algérienne. C'est un miroir à deux faces. Ce ne seront jamais deux lumières ennemies mais deux contrastes qui, avec le temps, se mélangent et tirent vers le bleu.<br /> <br /> Belle soirée Rosemar
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R
Merci pour toutes ces infos, vipère, l'occasion pour tous de découvrir cet auteur qui sait si bien peindre les sensations !<br /> De belles lectures en perspective, pour tous...<br /> <br /> Belle journée, vipère
F
D'un coté de la persienne on vit caché pour faire ce que l'on veut, y compris rêver.<br /> De l'autre coté, on fantasme, on imagine des dizaines de choses .<br /> Ces petites fentes qui laissent passées la lumière sont bien plus mystérieuses qu'un simple mur.<br /> Bises et belle soirée Rosemar
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R
La persienne peut susciter le rêve, en effet : elle diffuse des lumières douces et harmonieuses au coeur de l'été, une merveilleuse invention, le mot est une référence à la Perse, à l'Orient mystérieux...<br /> <br /> Bises de l'été
M
Pour moi les persiennes, non seulement protègent du soleil et de l'intimité, mais surtout les rayons de soleil, me premettent de voyager dans l'imaginaire.
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R
Pour moi aussi, les persiennes suscitent le rêve, le mot lui-même invite à la rêverie par sa finale féminine, ses sonorités douces et âpres à la fois. Les lumières atténuées invitent également à l'apaisement...<br /> <br /> Belle soirée, mim-nanou
A
Bonjour Rosemar,<br /> C' est un bel extrait de Pascal Quignard.Il y a aussi un autre aspect des persiennes à demi-fermées qui n' est pas abordé ici mais qui est très utilisé au cinéma.Les persiennes à demi-fermées permettent de voir à l' extérieur sans être vu, comme par exemple la scène où Lucien Leuwen défile dans les rues de Nancy avec son régiment et tombe de son cheval.On imagine Mme de Chasteller qui a tout vu mais derrière des persiennes discrètes...<br /> <br /> http://www.etudes-litteraires.com/point-de-vue.php<br /> <br /> Entrer dans une ville avec les persiennes fermées c' est comme parler à un inconnu qui porte des lunettes de soleil et dont on ne voit pas le regard.Les persiennes c' est la discrétion mais aussi la lâcheté parfois quand elles se ferment sur des scènes que les braves gens bien pensants ne veulent pas voir...<br /> Enfin, vivant moi-même dans un pays avec des ensoleillements crus et violents,il faut savoir jouer des inclinaisons des persiennes pour trouver le juste équilibre lumineux dont on a besoin.<br /> Bonne fin de journée l' amie
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R
Merci pour ce bel extrait, vipère : je ne connais pas ce roman... mais l'écriture en est étonnante... Le thème de la claustration restitue le sort de ces femmes musulmanes privées de liberté, d'amour, de bonheur...<br /> <br /> Belle soirée, vipère
R
Merci pour cette évocation de l'extrait de Lucien Leuwen : en fait, le héros aperçoit tout de même Mme de Chasteler et la décrit brièvement, grâce à la focalisation interne... Mais il est vrai que parfois, les persiennes peuvent se fermer par indifférence ou lâcheté... <br /> En tous cas, les persiennes diffusent une lumière tamisée, douce, bien agréable en été !<br /> <br /> Belle soirée, AJE
V
Pour réagir sur le propos d'Aléa Jacta, je me souviens du livre de Nina Bouraoui, "la voyeuse interdite. Cachée, derrière des persiennes tout peut en effet, se jouer de l'intérieur, la lâcheté comme le voyeurisme. Regarder sans être vue, un exercice où l'on se sent préservée, sans être impliquée par les drames du dehors, et donc nulle obligation d'intervenir, juste être spectatrice passive ! <br /> <br /> Extrait de "la voyeuse interdite" plus bas :<br /> <br /> "Dans les rues d'Alger, les hommes s'étreignent. Derrière leurs portes closes, les femmes s'ennuient. Séparée de la ville par un rectangle de verre, une jeune fille observe. Un mur sale, un trolley bondé, une enfant imprudente lui donnent les mots d'une nouvelle histoire. Elle invente. Elle s'invente. Elle est pubère, son père ne lui parle pas depuis deux ans. La mire prépare l'intrigue, les soeurs se taisent. L'ennui ronge la capitale. Personne n'y échappe. Pas même le soleil !<br /> Les hommes attendent. Ils l'attendent. L'amour et l'espoir n'existent pas. Les pensées se cognent contre un espace amputé de son temps.<br /> Cachée derrière sa fenêtre, avide de savoir, la voyeuse force sur la réalité. Un voile s'éloigne, une petite fille meurt sous les pneus d'un camion. Les trous de serrure s'élargissent, la voyeuse dérobe la vie des autres. Le rêve s'impose. La mort guette. Toutes deux se convoitent, s'invitent, se rejettent. Le sang se faufile entre les mots et les maux. "
V
Bonjour à tous<br /> <br /> la pudeur recommande en certaines circonstances de fermer les persiennes ou les rideaud occultants. <br /> <br /> Très à cheval sur la protection de mon intimite, j' ai toujours eu recours aux persiennes qui me liberent de regards indiscrets, me creeant un cocon inviolable. C'est alors que je me sens libre d'agir à ma guise. Les animaux eux aussi se cachent pour vivre libres. <br /> <br /> Le regard d'autrui, inconnu de soi, est souvent percu comme derangeant, voir meme menacant terriblement le secret de sa vie intime. Les vendeurs de persiennes, de murs et de clotures ne sont prets de faire faillite..
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R
Oui, vipère, les persiennes protègent l'intimité, comme les rideaux qui peuvent filtrer aussi la lumière... Et notre intimité si menacée dans le monde moderne est précieuse... Merci pour ces réflexions...<br /> Dans le sud, en Provence, les persiennes permettent d'atténuer les chaleurs lourdes de l'été, elles sont indispensables et produisent de jolis effets lumineux....<br /> <br /> Belle soirée, vipère

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