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2 octobre 2015 5 02 /10 /octobre /2015 15:27
J'ai le coeur qui taille la zone...

 

 

 

Qui n' a jamais rêvé de changer de vie, de "tailler la zone", comme le dit de façon imagée et familière Alain Souchon, dans une de ses plus célèbres chansons ?

La zone symbolise, bien sûr, la ville et ses faubourgs pauvres et tristes...

La chanson s'ouvre sur l'évocation d'une rencontre amoureuse qui permet d'échapper, justement, à la monotonie de la vie, et de rêver à d'autres univers.

N'est-ce pas l'espoir de beaucoup de gens ?

Cette rencontre se concrétise avec une "vendeuse de glaces", personnage d'origine modeste, auquel chacun peut s'identifier, d'autant que la jeune fille est "belle", "sous sa bâche".

L'oxymore "le sourire un peu triste" traduit bien une forme de mélancolie, et déjà une envie d'échapper à un monde morne et peu attrayant.

Et l'espoir de vivre autre chose conduit les deux personnages à aller contempler un coucher de soleil... L'évocation est pleine de gaieté, le poète amoureux évoque des parfums de "fraise-cassis" et de "vanille-fraise", qui illuminent soudain sa vie.

C'est comme si la jeune femme, vendeuse de glaces, parvenait, soudain, à embellir la vie, gâce à ces allusions à des parfums et des couleurs pleines de gaieté.

Le texte, empreint de vie, nous permet d' entendre le discours direct de la jeune fille : "Vendre des glaces m'ennuie, on laisse tout, on taille la zone".

Pourtant, la vie des personnages s'accommode d'un "deux pièces à Paris", d'habitudes inlassables, comme le suggèrent les verbes, à l'imparfait itératif :"elle répétait, je lui disais" "et l'expression au pluriel :"toutes les nuits"...
La jeune femme rêve de fuir l'hexagone, et lui temporise, affirmant que ce rêve va se réaliser.
Mais la vie quotidienne semble prendre le dessus, avec "l'ordinateur, le bureau, l'aspirateur, et des envies de mobil home".

Ultime concession à la vie ordinaire : le personnage masculin s'est "abonné au câble" !


Le langage familier utilisé par la jeune femme restitue le milieu simple auquel appartiennent les personnages "déconne pas, déconne pas".

Elle affirme une soif de liberté et de nature, loin de la ville :"je veux des fleurs jaunes, des prairies", et elle refuse ce monde de l'argent qui nous domine.

Le décalage entre les deux personnages se perçoit dans des pensées opposées : "voyages, paysages, grosses Harley", d'un côté, et "portable, calmants, plan d'épargne logement" pour l'autre.

Et finalement, c'est l'amour qui  taille la zone, l'amoureux se retrouve, soudain, seul, dans son lit, et le petit "kim cone" a disparu... expression pleine de tendresse qui traduit, aussi, le désarroi de l'amoureux.

La chanson s'achève sur ces mots désabusés : 

"Y a plein de filles sur la terre 
Mais quand je vois une planisphère 
J'ai le cœur qui taille la zone."

On perçoit un désespoir, l'envie de retrouver un bonheur perdu, avec, à nouveau, cette volonté de tailler la zone : la chanson tourne, ainsi, en boucle, traduisant une impossibilité d'échapper au monde de la ville...

Et la mélodie égrène des notes remplies d'espoir, comme un désir irrépressible de fuir la routine du quotidien.


 

 

 

 

 

 

Photos : rosemar

J'ai le coeur qui taille la zone...
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commentaires

F
Très jolie chanson d'un album que j'aime beaucoup.<br /> En ce qui me concerne, j'ai plutôt fait le chemin inverse, je me suis taillé vers la ville.<br /> Après être en ville ou à la campagne , je pense que tout est d'abord une question d'emploie du temps. Il faut avoir un travail qui ne vous prend trop de temps et qui ne vous brise pas psychiquement. Bien sur , en ville il faut ajouter les transports en commun par exemple, cette impression d'être toujours en train de courir.<br /> En ce qui me concerne je tiens absolument à éviter tout cela. Je gagne surement beaucoup moins d'argent que de nombreux parisiens, mais je ne suis pas stressé et n'éprouve aucune envie de "tailler la zone",bien au contraire .<br /> Bises et belle soirée Rosemar
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R
La mélodie est pleine d'entrain et d'espoir, et les paroles si évidentes ! Cet album est particulièrement réussi...<br /> Pas envie de tailler la zone ? C'est rare !<br /> <br /> Bises de l'automne
A
C' est une chanson qui me parle.J' avais quelques projets de tailler la zone dans la tête ...le Brésil avec un copain ( on ne savait même pas parler portugais mais on avait été très influencé par Lavilliers...le désir de fuir...de vivre autre chose....d' échapper à notre routine trop bien programmée de fonctionnaire).Plus tard j' ai eu un collègue qui n' arrêtait pas de me parler de sa coopération de 2 ans en Afrique...Je vivais dans un 3 pìèces dans un faubourg de Lille et un jour,j' ai taillé la zone...<br /> Bonne fin de soirée l' amie<br /> <br /> Voici "soeur de la zone" à partir de 4 min 55 sec<br /> <br /> https://www.youtube.com/watch?v=NcploT7umbk
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R
Une chanson qui parle, sans doute, à beaucoup de gens qui ont envie de "tailler la zone".... mais peu de gens le font vraiment... et certains réalisent leurs rêves, comme toi. Pour ma part, j'ai été tentée, aussi, de tailler la zone, en faisant des voyages mais j'aimais toujours revenir...<br /> Merci pour la chanson de Lavilliers que je ne connaissais pas.<br /> <br /> Belle soirée, AJE