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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 16:37
Une mantille noire était jetée sur sa tête...

 



"Après avoir erré longtemps, sans pouvoir retrouver sa route, Aben-Hamet entendit une porte s'ouvrir. Il vit sortir une jeune femme vêtue à peu près comme un de ces reines gothiques sculptées sur les monuments de nos anciennes abbayes. Son corset noir, garni de jais, serrait sa taille élégante... une mantille également noire était jetée sur sa tête : elle tenait, avec sa main gauche, cette mantille croisée et fermée comme une guimpe au dessous de son menton, si bien que l'on n'apercevait, de tout son visage, que ses grands yeux et sa bouche rose..."

 

C'est ainsi que Chateaubriand décrit une de ses héroïnes, Blanca, à travers le regard d'Aben-Hamet, dans la nouvelle intitulée Le dernier Abencerage.

Le récit se déroule à Grenade, au 16 ème siècle, il  relate les aventures d'un survivant de la famille Abencerage, une tribu maure...

Ce personnage s'appelle Aben-Hamet : il revient sur la terre de ses ancêtres et s'éprend de Blanca, une chrétienne descendante de Rodrigue et  Chimène.

Dans cette scène de rencontre amoureuse, le héros est sensible à la beauté de la jeune femme, mise en valeur par une mantille...



Une mantille ! Le mot, en lui-même, résonne d'éclats : il évoque l'Espagne, Grenade, l'Andalousie, la Castille, l'Estramadure, des noms aux sonorités mystérieuses, exotiques et lointaines.

On entend, aussi, des airs de fandangos et séguédilles, des cliquetis de castagnettes, des guitares, des musiques entraînantes.

La mantille déroule ses dentelles sombres, elle nous fait découvrir des douceurs de tissus soyeux, des entrelacs pleins de finesse...

La mantille qui sert à voiler la tête, les épaules des espagnoles crée un mystère, elle cache, elle dissimule, tout en révélant la beauté.

Le mot "mantille" nous émeut, par ses échos de labiale, dentale et palatale finale, des consonnes emplies de douceur et d'éclats.

La voyelle nasalisée "an" suggère la légèreté, la souplesse du tissu, des évanescences de dentelles. Elle semble mimer l'élégance de ce foulard qui sert à envelopper le haut du corps.

La mantille forme des résilles, sur les longs cheveux bruns des espagnoles, parure subtile et pleine d'attraits.

Le mot semble avoir des origines lointaines, et doit être rattaché au nom "manteau", en latin "mantellus", avec un suffixe à valeur de diminutif.

"Petite couverture", la mantille cache, à peine, les cheveux qu'elle laisse entrevoir.

Parfois vaporeuse, elle s'épanouit dans des envolées de tulles, de mousselines et de dentelles.

On entrevoit des motifs légers, aériens, des transparences : la mantille sublime la beauté des espagnoles.

Un mot plein de charmes, d'élégance,de poésie, un mot qui fait rêver à des danses virevoltantes, à des parures légères et somptueuses !

Dans l'extrait de l'oeuvre de Chateaubriand, on perçoit toute la séduction de cette parure, associée à un geste de la jeune femme.

Comparée à une "guimpe", mot plein d'étrangeté, la mantille devient un véritable objet de séduction.

 

 

Le dernier Abencerage, le texte de Chateaubriand :

 

https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Dernier_Abencerage

 

 

http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/BOOK/chateaubriand-francois-rene-de/les-aventures-du-dernier-abencerage,744499.aspx





 

Illustration : un tableau de Goya

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commentaires

ALEA JACTA EST 01/10/2015 21:28

Non je ne connaissais pas ce texte.Je viens de le télécharger...Je me le lirai tranquilos ce week-end.Merci de cette suggestion de lecture Rosemar.
Bonne fin de soirée

rosemar 01/10/2015 22:30

Bonnes lectures à tous... cet article est aussi une incitation à la lecture et à la découverte de mots, et ce mot là "mantille" révèle bien le vêtement qu'il évoque, un mot plein d'expressivité, comme je les aime.

Belle soirée à tous

ALEA JACTA EST 01/10/2015 19:09

C' est une très belle évocation que tu fais de ce complément vestimentaire qui apporte magie, modestie et mystère,et qu' on trouve aussi dans la région de Valencia.Chez mon beau-père, sur le meuble de la salle à manger, il y a deux beaux portraits de ses deux filles portant la mantille lors des fêtes patronales du village lorsqu' elles avaient 18 ans et qu' elles étaient "festeras".
Voici une photo prise durant la semaine sainte de Séville.

http://luksmarbella.com/wp-content/uploads/15-mantilla-02-misses-de-mantilla.jpg

L' ustensile planté dans les cheveux qui permet de maintenir la mantille en hauteur s' appelle une "peineta".Faudrait expliquer à Yann MOIX que la burka ne supplantera jamais la mantille..lol ! Y' a pas photo....
Je vais à Séville dans une dizaine de jours mais je ne risque pas de voir de mantilles dans la rue car il n' y a pas de célébrations particulières en ce moment.
Merci pour le Rina Ketty....j' adoooore ...toute une époque !

Bonne fin de soirée l' amie

rosemar 01/10/2015 21:04

Merci, AJE, pour ces superbes photos de mantilles, avec le peigne, la mantille impose d'autant plus sa présence...
Je savais que cet article te plairait, à toi, l'espagnol, plus qu'à un autre ! La chanson est merveilleuse, on la redécouvre, sans arrêt...
Les mantilles avec leurs mailles pleines de finesse sont de véritables ornements de séduction...
L'évocation de Chateaubriand est bien révélatrice de cette séduction.... Je ne sais pas si tu connais Le dernier Abencerage ? Je conseille à tous de lire cette nouvelle...

Belle soirée, AJE

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