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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 13:23
Un p’tit coin d’ parapluie...

 

 

 

Les orages, la pluie ont inspiré de magnifiques chansons à Georges Brassens... Comment ne pas être sensible au charme, à l'évidence, à la simplicité de ce texte : Un p'tit coin d' parapluie ?

 

Une inconnue rencontrée sur le chemin offre au poète un moment de rêve.

Désignée par le pronom "elle", la jeune inconnue apparaît d'autant plus énigmatique et secrète : on ne connaîtra pas son nom, comme le poète l'ignorera aussi...

 

La pluie intense favorise la rencontre amoureuse.

Privée de parapluie, la belle inconnue a forcément besoin de secours, un secours que s'empresse de lui apporter le poète.

 

Le verbe "courir" souligne cet empressement, et le poète propose "un peu d'abri", grâce à un parapluie qu'il a volé, le matin même, à un ami.

On reconnaît bien, là, dans cette remarque, la désinvolture et l'indolence d'un poète.

 

La réponse de la belle inconnue ne se fait pas attendre... Elle accepte la proposition, avec un geste rempli de séduction :"en séchant l'eau de sa frimousse..."

 

Le refrain transforme alors la jeune fille en "ange" et le "coin de parapluie" devient "un coin de paradis".... L'inversion et la reprise de ces mots traduit bien le ravissement du narrateur.

Et le poète peut, dès lors, constater familièrement : "je ne perdais pas au change, pardi !"

Le vocabulaire religieux : "ange, paradis" transforme la jeune inconnue en une déesse, un être divin, aux attraits envoûtants.

 

La promenade sous la pluie nous permet de percevoir  "le chant joli que l'eau du ciel faisait entendre..."

La pluie personnifiée semble, alors, devenir complice du poète en berçant les personnages de son doux chant...

 

Et celui-ci commente, avec tendresse et humour, son désir de voir la pluie se prolonger à l'infini et devenir "un déluge".

"J'aurais voulu comme au déluge, 
Voir sans arrêt tomber la pluie, 
Pour la garder sous mon refuge..."

 

Le poète se veut protecteur, car le parapluie se transforme en un véritable"toit", en un "refuge".

 

Mais le rêve s'achève avec le bout du chemin qui conduit au pays de la belle...

Les routes personnifiées conduisent "bêtement" vers des pays et le poète voit sa "folie" interrompue par la fin du voyage.

La jeune fille s'éloigne, alors... après un remerciement et on la voit devenir lointaine "toute petite", vision quasi-cinématographique du personnage qui disparaît, symbolisant, pour l'inconnue, l'oubli de ce moment qui reste si intense dans l'esprit et la mémoire du poète.

 

Le refrain rythmé de sonorités de labiales, dentales, et de gutturales assez fortes nous donne l'impression d'entendre la pluie qui s'égrène sur le toit du parapluie.

Le vocabulaire familier :"rescousse, frimousse, pardi", les interventions du narrateur à la première personne, une certaine auto-dérision donnent à cette chanson une allure de confidence, remplie de charmes.

On retrouve, comme souvent dans les chansons de Brassens un subtil mélange de culture et de familiarité : l'allusion à l'épisode biblique du déluge nous fait sourire...

 

La mélodie pleine de fluidité, de limpidité restitue un moment de bonheur inoubliable...

 

 


 

 

Photo : rosemar

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commentaires

Fiona 27/04/2016 21:13

Bonjour. Je suis fan de ce que tu écris. Je te félicite et te souhaite bonne continuation :)

rosemar 27/04/2016 23:05

Merci pour ce message et ces encouragements, Fiona.

Bonne soirée

L. Hatem 16/04/2016 19:00

Je ne suis pas friand de la façon de Brassens de chanter, ni de ses deux ou trois notes de guitarre... Mais j'adore le poète... Les paroles de ses chansons sont une mine d'or de la langue française... tout comme un certain Pierre Perret dont je possède toutes les paroles de ses chansons en un gros volume.
Bises rosemar

rosemar 16/04/2016 19:16

Il faut bien écouter les airs de guitare de Brassens, certes, l'accompagnement musical est simple, mais les mélodies sont superbes, aussi.

Bises, LH

fatizo 16/04/2016 08:39

Ces petits moments de notre vie , ces belles rencontres d'un instant que l'on voudrait éternelles.
Merci à Brassens et à toi de savoir si bien nous les rapporter .
Bises et bon WE Rosemar

ALEA JACTA EST 14/04/2016 16:37

Une chanson si fraîche et si romantique !
Dans mon esprit, et depuis la chanson de Brassens j' associe systématiquement coin de parapluie avec coin de paradis.
Toujours aussi cet humour tendre de Brassens qui aurait aimé être soumis à la tentation ( comme le Christ) 40 jours et 40 nuits, mais avec aucune intention d' y résister et de ne pas y succomber.
Ah le gredin ! Victim of love...le rêve de tout poète !
Bonne fin de journée l' amie

rosemar 14/04/2016 22:10

Et le déluge a aussi duré 40 jours, d'après la bible... dans le contexte. On trouve souvent dans les chansons de Brassens des références culturelles, littéraires, à côté d'un style familier...

Belle soirée, AJE

Richard Schneider 14/04/2016 15:27

Très belle chanson. Bravo, Rosemar, de nous enchanter par la publication de ce genre de textes.

rosemar 14/04/2016 22:03

Une belle simplicité dans le style, une bonhomie, une tendresse, un humour, tout Brassens dans cette chanson...

Bonne soirée, Richard