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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 15:56
Un poète d'autrefois : l'aède...

 

 

 

La langue grecque, par ses sonorités, ses graphies, n'est-elle pas, en elle-même, une ode à la poésie ? Et l'aède de l'antiquité symbolise tout un univers poétique...

 

Voici un extrait de l'Odyssée qui illustre bien le rôle essentiel de ces poètes du passé, que l'on appelait des aèdes :

 

Ἀλκίνοε κρεῖον, πάντων ἀριδείκετε λαῶν,
ἦ τοι μὲν τόδε καλὸν ἀκουέμεν ἐστὶν ἀοιδοῦ
τοιοῦδ', οἷος ὅδ' ἐστί, θεοῖσ' ἐναλίγκιος αὐδήν.
οὐ γὰρ ἐγώ γέ τί φημι τέλος χαριέστερον εἶναι
ἢ ὅτ' ἐϋφροσύνη μὲν ἔχῃ κάτα δῆμον ἅπαντα,
δαιτυμόνες δ' ἀνὰ δώματ' ἀκουάζωνται ἀοιδοῦ
ἥμενοι ἑξείης, παρὰ δὲ πλήθωσι τράπεζαι
σίτου καὶ κρειῶν, μέθυ δ' ἐκ κρητῆρος ἀφύσσων
οἰνοχόος φορέῃσι καὶ ἐγχείῃ δεπάεσσι·


 "Roi Alkinoos, le plus illustre de tous les peuples, il est doux d'écouter un aède tel que celui-ci, semblable aux dieux par la voix. Je ne pense pas que rien soit plus agréable. La joie saisit tout ce peuple, et tes convives, assis en rang dans ta demeure, écoutent l'aède. Et les tables sont chargées de pain et de chairs, et l'échanson, puisant le vin dans le cratère, en remplit les coupes et le distribue...", ainsi parle Ulysse, dans un extrait du chant IX de l'Odyssée...




Le mot "aède" évoque immanquablement l'antiquité grecque, le poète Homère, des oeuvres qui sont à l'origine de notre littérature, deux épopées illustres : L'Iliade et l'Odyssée...

L'aède est à la fois poète et chanteur : il accompagne ses poèmes, au son d'un instrument de musique, une cithare ou une lyre.

Le mot vient du verbe grec "
ἀείδω,aeido, ou ado, chanter"... 


Ce radical est à l'origine de nombreux autres mots français, même si on ne le perçoit pas toujours : "l'ode, la mélodie, la tragédie, la comédie, la monodie" comportent ce même radical, avec un timbre '"o". Le rhapsode, étymologiquement celui qui "coud ou ajuste des chants", est proche de l'aède, mais il ne compose pas, lui-même, ses chants.

L'aède est mis en scène, à plusieurs reprises, dans les épopées anciennes : dans l'Odyssée, on le voit apparaître sous les traits de Démodocos, le poète aveugle, image probable de l'auteur grec, lui-même, Homère.

Il est aède à la cour d'Alkinoos et apparaît aux chants VIII et IX de l'épopée. Ulysse, échoué sur l'île des Phéaciens, après avoir été malmené par une terrible tempête, assiste à un banquet donné en son honneur. Démodocos chante, alors, des épisodes de la guerre de Troie : notamment la querelle entre Ulysse et Achille, ce qui déclenche les larmes du héros.

La lyre est l' instrument de l'aède : selon la légende, la lyre ou phorminx fut inventée par Hermès à partir d'une carapace de tortue à laquelle étaient fixées deux cornes d'antilope et des cordes de boyau. Hermès l'offrit à Apollon dont elle devint l'instrument privilégié et l'un des attributs. 

La littérature, à l'époque d'Homère, était essentiellement orale : les aèdes composaient et apprenaient des poèmes qu'ils récitaient, au son d'un instrument de musique.

Musique et poésie étaient, ainsi, dès les origines intimement liées et indissociables : la poésie fait intervenir des rythmes, des effets sonores, des échos...


L'aède symbolise bien cette association : il est représenté, dans l'antiquité, sous les traits d'un aveugle, inspiré par les dieux, comme si la cécité lui conférait un statut divin, et lui donnait une intériorité particulière, propice à la créativité.

L'aède, celui qui chante et fait vivre la poésie était essentiel, à l'époque d'Homère : il représentait la mémoire des peuples, il était aussi, à lui tout seul, un spectacle vivant, grâce à la musique, à la beauté des textes, il avait la capacité d'émouvoir tout un auditoire : l'aède revêtait un caractère sacré, il était souvent assimilé à un dieu...


"L'illustre aède, le divin aède" : ces épithètes soulignent la vénération que suscitaient ces poètes de l'antiquité.

Créateurs, musiciens, chanteurs, ils étaient des artistes complets qui provoquaient le respect et l'admiration...


 

 

 

Homère :

 

http://expositions.bnf.fr/homere/it/13/01.htm

 

http://expositions.bnf.fr/homere/it/12/05.htm

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commentaires

L. Hatem 10/09/2016 00:35

Donc aède est chanteur et ode est chanson...
Merci et bises du WE

rosemar 10/09/2016 18:27

Oui, un beau parallélisme entre l'ode et l'aède, LH : on voit bien à travers ces mots que poésie et musique sont liées.

Bises, LH

Michel JEAN 09/09/2016 22:20

Enfin voila que j'echappe à la chair de poule et que je peux continuer à lire les beaux livres de Mme J. de Romilly car après cette histoire d'écorché(s) vif(s)... Bonne soirée à tous.

rosemar 10/09/2016 18:21

Là, je ne comprends pas ce message, Michel : encore une énigme ?

Bonsoir, Michel

ALEA JACTA EST 09/09/2016 20:37

Merci pour toutes ces explications sur ces poètes adivinatoires errants qui voyaient aussi le passé.Comment ne pas y voir la naissance voir d' une forme d' art qui évoluera de manière continue en donnant les troubadours au moyen-âge et pour aboutir à Bob Dylan,Brassens ou Léonard Cohen au XX ème?
Bonne fin de soirée l' amie

rosemar 09/09/2016 21:23

Un héritage qui a inspiré de nombreux poètes, oui et une grande partie de notre littérature, merci pour ces exemples.
Belle soirée, AJE

Lapin37 09/09/2016 19:48

Bonsoir tous, rosemar, ah ! aède ! l'habitué des mots croisés ! merci à eux pour tout ce qu'ils nous ont laissé.
Bonne soirée, bises/santé et bon we pour tous.

rosemar 09/09/2016 21:21

Homère, d'abord ! le premier des aèdes : un poète qui reste bien mystérieux, peut-être s'agissait-il de plusieurs poètes ?

Bises, santé, Lapine

Michel JEAN 09/09/2016 17:15

Mais qu'elle/qui était cette Corinne qui battît le grand Pindare à un concours de poésie et qui ce fit traitée de truie par le susdit ??? Revue Persée: Corinne et Pindare.

rosemar 09/09/2016 20:24

Pindare : un grand poète lyrique, oui, on connaît moins les poèmes de Corinne... Et Pindare a vécu bien après Homère, deux ou trois siècles après, en ces temps reculés, les dates sont incertaines.. On ne sait même pas si Homère a réellement existé...

Bonne soirée, Michel

Lapin37 09/09/2016 19:46

Bonsoir, Corinne et Pindare ;-))) en fait ce concours est sans doute une légende d'autant que l'existence de Corinne est douteuse, mais si c'était vrai, se faire traiter de truie est moins grave que le concours entre Apollon/lyre et le satyre Marsyas/flute, Midas donne Marsyas vainqueur, pour le punir Apollon lui donne des oreilles d'âne et Marsyas ... est écorché vif et accroché à un pin ... quel mauvais perdant ;-))) il y a toujours eu de grands concours entre artistes autrefois.
Bonne soirée.

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