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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 10:08
Tu n'en reviendras pas, toi qui courais les filles...

 

 

 


On est touché par ce poème qui dénonce la guerre et ses horreurs, qui fustige un mépris manifeste de la vie humaine, lors des nombreux conflits qui ont déchiré, maintes fois, les peuples, comme ce fut le cas pendant la guerre de 14-18. On est ému par ce poème d'Aragon mis en musique et interprété par Léo Ferré.

 

"Tu n'en reviendras pas... tels sont les premiers mots du texte : le poète s'adresse familièrement à un jeune homme, il le tutoie comme un ami qui paraît proche, il évoque brièvement sa jeunesse, toute sa vivacité, son amour de la vie, dans cette expression : "toi qui courais les filles.."

 

Et sans transition, il nous montre ce jeune homme fracassé et terrassé, dont il a vu "battre le coeur à nu", une blessure terrible l'ayant anéanti.

Aragon nous fait voir le geste du brancardier qu'il était, lors de la première guerre mondiale avec ces mots : "quand j'ai déchiré ta chemise".

Puis, il s'adresse à un "vieux joueur de manille" et en contraste, on perçoit son corps qu'un "obus a coupé par le travers en deux". La violence de la blessure restitue toute l'horreur de la guerre qui brise des êtres humains.

Fauché par un obus, alors qu'il "avait un jeu du tonnerre", ce vieux joueur de manille est lui aussi une victime soudaine d'une guerre brutale.

 

L'expression réitérée : "Tu n'en reviendras pas" évoque le caractère inéluctable de la guerre, la mort, le plus souvent, ainsi que la stupeur horrible qu'elle suscite.

Puis, le poète parle à un "ancien légionnaire" condamné à "survivre sans visage, sans yeux"... il évoque, ainsi, les blessures atroces dont ont été victimes de nombreux combattants de la guerre de 14.

 

Le texte devient, ensuite, plus impersonnel avec l'emploi du pronom indéfini "on", suggérant la foule des soldats partis à la guerre.

"On part Dieu sait pour où ça tient du mauvais rêve
On glissera le long de la ligne de feu..."

L'incertitude est au bout du chemin, on voit aussi ceux qui "attendent la relève", espérant échapper à cet enfer.

 

Le train qui emporte ces soldats vers le front est évoqué avec des impératifs : "roule au loin, roule train..."comme si personne ne pouvait échapper à cette fuite en avant de la guerre. Ce train devient comme une figure du destin.

Le poète nous fait voir des "soldats assoupis", éreintés, se laissant bercer par la "danse" du train, qui devient un réconfort, comme le soulignent les douces sonorités de sifflante et chuintante ... "Les soldats assoupis que ta danse secouent
Laissent pencher leur front et fléchissent le cou."

Il nous fait percevoir leur profonde humanité : on sent "le tabac, l'haleine, la sueur" de ces êtres voués à la mort, au désespoir.

L'interrogation qui suit traduit un désarroi, une désespérance : elle insiste sur la jeunesse de ces êtres envoyés à la guerre, et sur un avenir fait de "douleurs"...

"Comment vous regarder sans voir vos destinées
Fiancés de la terre et promis des douleurs..."

Une veilleuse les éclaire à peine, leur donnant par métaphore, "la couleur des pleurs...", symboles de leurs souffrances.

 

La dernière strophe souligne un destin tragique et inéluctable : ponctuée par l'adverbe "déjà" en début de vers, cette strophe met en évidence l'idée d'une mort inscrite dans la pierre : "Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit..."

 

La pierre personnifiée semble avoir déjà remplacé l'être humain voué à la mort, c'est elle qui pense à la place de l'homme, lui qui devient un simple mot sur une pierre tombale, et tout s'efface, même le souvenir des amours qu'ont connues ces soldats.

La dernière phrase résonne comme une disparition totale du simple soldat mort à la guerre : "Déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri."

 

Ce poème dénonce, avec force et émotion, toutes les horreurs de la guerre, le processus de  déshumanisation qu'elle entraîne, les vies qu'elle anéantit à jamais.

 

 

 

https://youtu.be/dU2mAj6SO30

 

Les paroles :

 

http://www.paroles-musique.com/paroles-Leo_Ferre-Tu_Nen_Reviendras_Pas-lyrics,p11281

 

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commentaires

L. Hatem 11/11/2016 22:46

Quel bel film de guerre je viens de voir... "Tu ne tueras point".
L'histoire vraie d'un soldat-infirmier Américain objecteur de conscience, adventiste, qui s'est engagé dans l'armée mais qui refusait d'avoir une arme, et qui a sauvé des centaines de soldats blessés dans les combats contre les japonais...

rosemar 12/11/2016 22:17

Un héros, un vrai qui porte secours aux autres et se dévoue pour les aider : tu nous feras un article sur ce film ?

Michel JEAN 11/11/2016 22:32

Ici en Picardie M. Jean-Yves Bonnard aborde dans ses nombreux ouvrages avec une grande maîtrise alliée d'une solide passion ce que furent les années terribles 14/18 dans cette Picardie: ("Somme/Ainsne/Oise."), complétement saignée/rasée; sans oublier ce que durent endurer tous les combattants pour barrer la route de Paris aux armées et autres hordes de Teutons assoiffés de sang... et plus.

rosemar 12/11/2016 22:15

Merci pour cette référence : on en parle dans le Parisien...

http://www.leparisien.fr/espace-premium/oise-60/jean-yves-bonnard-raconte-les-grandes-guerres-05-08-2014-4046779.php

ALEA JACTA EST 11/11/2016 19:38

C' est un poème très fort qui nous parle de la guerre comme d' un mauvais rêve où l' horreur est banalisée tellement elle est quotidienne.Chacun s' affaire au milieu de ce chaos, de ce désastre humain...et nul ne songe à arrêter le massacre.
Déjà vous n'êtes plus que pour avoir péri...terrible ! ..et si absurde !
Bonne fin de soirée l' amie

rosemar 11/11/2016 21:53

Une poésie forte et dénonciatrice, en même temps, on ressent toute l'humanité de ces soldats anéantis par la guerre. Un texte que j'ai redécouvert à l'occasion de cet article.

Belle soirée, AJE

fatizo 11/11/2016 18:07

Un texte très fort et rempli d'humanité.
Pensons en ce 11 novembre à ces hommes qui ont souffert pendant 4 longues années pour ceux qui ont survécu.
Comment ont-ils pu reprendre leur place dans la vie "normale" après avoir connu toutes ces horreurs?
Vivre dans les tranchées, dans la boue, dans des conditions sanitaires inimaginables, tout cela bien sur avec la mort qui rode en permanence.
4 ans d'une vie dans de telles conditions c'est absolument inimaginable.
Beaucoup de blessures physiques avec bien sur,les gueules cassées, mais aussi des suites psychologiques qui ont du les hanter tout le long de leur existence.
Bises et belle soirée Rosemar

rosemar 11/11/2016 21:49

Une guerre particulièrement meurtrière : le poème d'Aragon restitue le destin tragique de tous ces hommes lancés dans une guerre impitoyable. Un texte sous forme de témoignage et une poésie pleine d'humanité, oui.

Bises du sud

Laihaut & Laibas 11/11/2016 12:52

Léo chante Argon?
Aragon !
Oui on connait mais qui est cet Argon?

rosemar 11/11/2016 21:46

Une erreur malencontreuse sur la deuxième vidéo, en effet.

Michel JEAN 11/11/2016 11:50

La revue Archéologia ce mois-ci consacre dans son numéro un art. sur l'archéologie de la grande guerre 14/18. Il est évident pour moi qu'après la lecture de M. Genevois, " ceux de 14", les roman sur le même sujet du kiosquier parisien " prix Goncourt" "90" me paraissent très en deçà de ce qui est admirablement écrit par un Genevoix ou un Ernst Youngers et son Orage d'acier qui sont deux admirables livre sur le sujet du jour. Bonne journée à tous.

rosemar 11/11/2016 21:45

Merci pour ces références, Genevoix, bien sûr qui est bien connu mais je ne connaissais pas cet ouvrage Orage d'acier....

Bonne soirée, Michel

L. Hatem 11/11/2016 11:05

Des paroles aussi terribles que magnifiques de ce brancardier...
Bises du loooong WE

Tu n'en reviendras pas toi qui courais les filles
Jeune homme dont j'ai vu battre le cœur à nu
Quand j'ai déchiré ta chemise et toi non plus
Tu n'en reviendras pas vieux joueur de manille

Qu'un obus a coupé par le travers en deux
Pour une fois qu'il avait un jeu du tonnerre
Et toi le tatoué l'ancien Légionnaire
Tu survivras longtemps sans visage sans yeux

On part Dieu sait pour où Ça tient du mauvais rêve
On glissera le long de la ligne de feu
Quelque part ça commence à n'être plus du jeu
Les bonshommes là-bas attendent la relève

Roule au loin roule le train des dernières lueurs
Les soldats assoupis que ta danse secoue
Laissent pencher leur front et fléchissent le cou
Cela sent le tabac la laine et la sueur

Comment vous regarder sans voir vos déstinées
Fiancés de la terre et promis des douleurs
La veilleuse vous fait de la couleur des pleurs
Vous bougez vaguement vos jambes condamnées

Déjà la pierre pense où votre nom s'inscrit
Déjà vous n'êtes plus qu'un nom d'or sur nos places
Déjà le souvenir de vos amours s'efface
Déjà vous n'êtes plus que pour avoir péri

rosemar 11/11/2016 21:43

Aragon a écrit des textes magnifiques et cette dénonciation de la guerre est poignante : Aragon a été brancardier pendant la guerre de 14, il a vu de près toutes les horreurs de ce conflit.

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