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22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 11:50
Tartuffe, une pièce politique...

 

 

 


Dans Tartuffe, Molière aborde un thème éminemment politique : en mettant en scène un faux dévot, il évoque une religion dévoyée.

 

Or, le pouvoir religieux et le pouvoir politique étaient étroitement associés au 17 ème siècle : le roi était censé détenir son pouvoir de Dieu. On connaît tous cette expression qui définit le régime politique en place : une monarchie de droit divin...

 

Tartuffe symbolise l'hypocrisie religieuse qui sert de masque pour toutes sortes de turpitudes : il s'introduit dans la maison d'un riche bourgeois, Orgon qui, subjugué par la foi affichée du personnage, le recueille, l'héberge, lui accorde toute sa confiance...

 

Mais Tartuffe sème la discorde dans la famille d'Orgon : la plupart des personnages ont perçu le jeu hypocrite du faux dévot, à l'exception d'Orgon et de sa mère, Mme Pernelle...

Orgon aveuglé va jusqu'à vouloir marier sa propre fille à Tartuffe : toute sa famille s'insurge contre ce projet, d'autant plus absurde que Marianne aime un jeune homme, Valère.

 

On peut imaginer le scandale qu'a suscité cette pièce de théâtre à l'époque de Louis XIV.

Evoquer le thème religieux, mettre en scène un faux dévot, mettre en cause la sincérité de certains hommes d'église, c'était là un outrage à la religion et à la majesté du prince.

Evoquer la religion sur une scène de théâtre, dans une comédie qui prête à rire, c'était aller à l'encontre des autorités religieuses...

Ainsi, la pièce a été longtemps interdite, puis remaniée et enfin autorisée, après 5 années de censure totale.

 

Le message de Molière est multiple : il dénonce l'hypocrisie, mais aussi le fanatisme religieux qui conduit aux pires excès, Tartuffe est l'image d'un fanatique qui sous couvert des rigueurs de la religion, avance masqué et peut ainsi commettre les pires méfaits : il n'hésite pas à tenter de séduire la femme de son hôte : Elmire.

 

Il n'hésite pas à trahir Orgon, celui-là même qui l'a recueilli sous son toit : il livre aux autorités une cassette compromettante et Orgon est menacé d'être emprisonné.

 

Molière fustige, aussi, l'aveuglement d'Orgon, son manque de lucidité : à aucun moment, il n'a su voir les manoeuvres de Tartuffe.

 

On retrouve dans cette pièce un thème récurrent dans l'oeuvre de Molière : la condamnation de la fausseté, la fausse religion, derrière laquelle se cache le personnage de Tartuffe... Molière a dénoncé aussi, maintes fois, la fausse médecine, la fausse science...

 

Molière, le sincère a, sans cesse, lutté contre la fausseté, l'hypocrisie, le mensonge.

 

On comprend toutes les résonances de cette pièce à notre époque : le fanatisme religieux renaît, et il se cache encore sous des apparences trompeuses, il conduit encore aux pires abominations.

 

L'hypocrisie règne dans le monde politique : que de belles promesses nous sont faites lors des campagnes électorales ! Le nom même du personnage a donné lieu à une antonomase : on parle d'un tartuffe quand on veut évoquer un hypocrite...

 

Souvent, la lucidité nous fait défaut et nous sommes manipulés par les médias, la publicité...

 

Ainsi, cette comédie, comme la plupart des oeuvres du 17 ème siècle a une valeur universelle : elle nous met en garde contre tous les fanatismes, tous les excès de la religion, 

 

Elle nous montre l'importance de la clairvoyance, une qualité essentielle pour Molière.

 

Elle nous révèle que le fanatisme est fondé sur une imposture.

Ainsi, Molière élève la comédie à une ambition politique : en s'attaquant à la fausse dévotion, il dénonce le parti tout puissant des dévots : la comédie devient une affaire d'état.

 

Tartuffe est bien une pièce politique qui garde encore toute son actualité : les tartuffes sont nombreux de nos jours, ils envahissent le monde politique, ils sévissent dans les plus hautes sphères de la religion.

 

 

 

Un extrait : Orgon raconte sa première rencontre avec Tartuffe... acte I scène 6

 


Orgon
Ah ! si vous aviez vu comme j’en fis rencontre,
Vous auriez pris pour lui l’amitié que je montre.
Chaque jour à l’église il venait, d’un air doux,
Tout vis-à-vis de moi se mettre à deux genoux.
Il attirait les yeux de l’assemblée entière   
Par l’ardeur dont au ciel il poussait sa prière ;
Il faisait des soupirs, de grands élancements,
Et baisait humblement la terre à tous moments :
Et, lorsque je sortais, il me devançait vite
Pour m’aller, à la porte, offrir de l’eau bénite.
Instruit par son garçon, qui dans tout l’imitait,
Et de son indigence, et de ce qu’il était,
Je lui faisais des dons ; mais, avec modestie,
Il me voulait toujours en rendre une partie.
C’est trop, me disait-il, c’est trop de la moitié.
Je ne mérite pas de vous faire pitié.
Et, quand je refusais de le vouloir reprendre,
Aux pauvres, à mes yeux, il allait le répandre.
Enfin le ciel chez moi me le fit retirer,
Et depuis ce temps-là tout semble y prospérer.
Je vois qu’il reprend tout, et qu’à ma femme même
Il prend, pour mon honneur, un intérêt extrême ;
Il m’avertit des gens qui lui font les yeux doux,
Et plus que moi six fois il s’en montre jaloux.
Mais vous ne croiriez point jusqu’où monte son zèle :
Il s’impute à péché la moindre bagatelle ;
Un rien presque suffit pour le scandaliser,
Jusque-là qu’il se vint l’autre jour accuser
D’avoir pris une puce en faisant sa prière,
Et de l’avoir tuée avec trop de colère.


Cléante
Parbleu, vous êtes fou, mon frère, que je crois.
Avec de tels discours, vous moquez-vous de moi ?
Et que prétendez-vous ? Que tout ce badinage…


 

 

 

 

La première scène de la pièce : Madame Pernelle en colère adresse des reproches à tous les membres de la famille.

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commentaires

L. Hatem 25/03/2017 07:52

Franchement il va falloir m'y mettre... soit de lire Molière, soit d'aller au théâtre
Suis incapable de mémoriser le moindre texte comme le font les acteurs.

rosemar 25/03/2017 21:36

Allez tu vas commencer par lire Tartuffe, une pièce importante dans la carrière de Molière... On y découvre les thèmes essentiels de son oeuvre...

Lapin37 22/03/2017 20:59

Bonsoir tous, rosemar, Molière et La Fontaine, La Fontaine et Molière ! toujours d'actualité, toujours à lire et relire, c'est la société leur sujet et leurs contemporains ne s'y sont pas trompés en les haïssant ou en les encensant ! mais Tartuffe a de nombreux descendants, nos politiciens déjà ;-)))
Par contre je ne suis pas convaincue d'une attaque sur la religion en elle-même, c'est plutôt une attaque sur son utilisation comme escabeau social ! elle est maintenant accompagnée par le caritatif dont le but est le même !!!
A propos, ce sujet a été réutilisé par Beaumarchais dans La Mère coupable (= L'autre Tartuffe), de moindre force cependant.
Bonne soirée, bises/santé/courage à tous.

rosemar 22/03/2017 21:32

Bien sûr, Molière ne s'attaque pas à la religion elle-même, mais à ses excès qui sont condamnables, à ce que j'appelle un certain fanatisme : Tartuffe est le représentant de cette religion excessive et, en plus, dévoyée.
En ce moment, on évoque encore la pédophilie de certains prêtres catholiques : un scandale dans l'église.

Bonne soirée, Bises, Lapine

Michel Jean 22/03/2017 19:53

Bonsoir Rosemar, évidemment que nos politiques fricotent avec les religieux de tout bords depuis toujours, qui n'a pas compris encore que les deux s'entraident depuis la nuit des temps aura loupé le bateau en partance pour la raison. Actuellement je suis plongé dans la guerre d'Espagne: Paul Preston. Une guerre d'extermination, Espagne 1936-1945. On trouve là encore le religieux qui est mêlé au politique malgré le nombre incroyable de personnes massacrées par des politiques véreux et plus et, en combine avec des militaires pourris jusqu'aux os. Là le fanatisme n'était pas fondé sur de l'imposture mais sur de la haine et la pire des folies qu'un être humain puisse imaginer dans une Espagne remplie de chômeurs affamés et très très pauvre de surcroît. Il y a bien eu des opposants modérés qui furent vite liquidés par les tueurs de Franco accompagné d'un fanatisme religieux qui a conduit aux pires massacres. Des politiques à l'époque qui s'en mettaient déjà pleins les poches sur le dos des plus modestes ce n'est pas nouveau et encore d'actualité et de tout temps hélas !!! Molière, Racine et bien d'autres classiques l'on pourtant largement dénoncés dans leurs œuvres mais ça continue encore et encore. Bonne soirée à tous.

rosemar 22/03/2017 21:18

Voilà une évocation terrible de la guerre d'Espagne, en effet. Le fanatisme est une imposture dans la mesure où ceux qui sont fanatisés vivent sous influence : ils sont endoctrinés, comme ces djihadistes qui se livrent à des attentats suicide.
Encore aujourd'hui, un attentat à Londres. Un engrenage sans fin.

Bonne soirée, Michel

fatizo 22/03/2017 18:02

Des Tartuffe en politique il y en une multitude .
Molière ne pensait surement pas que ses pièces seraient encore autant d'actualité en nos jours.
Mais l'homme changera-t-il un jour?
Bises et belle soirée Rosemar

rosemar 22/03/2017 21:11

En politique, ils sont nombreux, mais on en trouve aussi chez les religieux.
L'homme est-il capable de sagesse et de raison ?
Encore un attentat, aujourd'hui, à Londres, des morts, des blessés : le fanatisme dans toute son horreur.

Bises du sud

ALEA JACTA EST 22/03/2017 16:08

Molière grand observateur des travers de son temps est resté éminemment moderne car l' hypocrisie a changé de formes mais pas de nature.
Quant aux plus hautes sphères de la religion, il faut que l' Etat laïc nous en protège efficacement.J' ai été déçu durant le grand débat de voir que des candidats de gauche continuent de vivre dans le déni de réalité, et n' osent pas affirmer que des leaders religieux nous ont lancé une vraie guerre.
Mélenchon n' a pas été très inspiré par ce thème.
Il a dit qu' on ne parlait pas assez des 60 % de la population qui ne sont pas religieux.Ce genre d' observation vraie mais parfaitement inutile n' apporte rien dans le débat.Ce ne sont justement pas ces 60 % là qui nous font suer.Par ailleurs tous les religieux ne sont pas terroristes mais tous les terroristes sont religieux.En mathématique ça s' appelle l' inclusion.Donc inclusion ne veut pas dire égalité, mais indique bien que tous les problèmes naissent et proviennent de sphères bien spécifiques issues de certains courants de l' Islam.
Les candidats de gauche, toujours soucieux du " vivre-ensemble" n' ont pas le courage de dénoncer leurs adversaires, et donc de protéger le reste de la population de leurs méfaits.Allez donc vous étonner que MLP fasse un super score au futur 1 er tour après de telles déclarations.
Nota: le pire des traîtres de gauche c' est quand même Hamon.
Bonne journée l' amie

rosemar 22/03/2017 21:06

L'hypocrisie reste un masque derrière lequel se cachent les politiques, les religieux : ces jours-ci, on évoque encore les problèmes de pédophilie des prêtres catholiques, protégés par des prélats.
Quant aux candidats de gauche, oui, ils refusent de voir certaines réalités du radicalisme musulman, au nom du vivre-ensemble.
Décidément, les religions, le fanatisme génèrent bien des problèmes.

Belle soirée, AJE

fatizo 22/03/2017 17:57

Oui AJE, il y a un logiciel dans le cerveau de ceux qui sont à la gauche de la gauche qui leur dit "nous critiquons toutes les religions sauf l'Islam, celle qui tue le plus à travers le monde".
Il y a vraiment un blocage dans leur cerveau qui est inexplicable et inexcusable.

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