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15 décembre 2018 6 15 /12 /décembre /2018 10:29
Une tragédie grecque dans une mise en scène trépidante : Electre de Sophocle...

 

 

 

Les tragédies grecques qui évoquent des mythes anciens nous paraissent souvent lointaines, difficiles d'accès, obscures...

Et pourtant, les mythes qu'elles mettent en scène font appel à des sentiments universels : la vengeance, la haine, la rancoeur, l'hybris, la colère, la transgression qui sont l'essence même de ce genre ancien.

 

Electre, c'est la fille qui voulut venger la mort de son père, Agamemnon, descendant des Atrides, en tuant la meurtrière, sa propre mère... Une sombre histoire de vendetta familiale : les haines s'exacerbent, violentes, terribles.

 

La compagnie Humani Théâtre revisite cette tragédie dans un spectacle déambulatoire au cours duquel les spectateurs sont invités à se déplacer en même temps que les acteurs... Une façon d'impliquer le spectateur, de le faire participer à la dramaturgie, et de l'intégrer dans l'action.

 

Le spectacle est total et mêle comme dans une tragédie antique danses, chorégraphie, musiques, chants, et jeu des acteurs...

 

Evidemment, le cadre choisi pour cette représentation, Les jardins de la Fontaine à Nîmes, participe à la beauté du spectacle et permet aussi de restituer le décor d'une tragédie antique : en plein air, dans un site riche de monuments au passé prestigieux...

 

La pièce débute après que le roi de Mycènes, Agamemnon, a été assassiné par son épouse Clytemnestre et l'amant de celle-ci, Egisthe : ils règnent désormais tous deux sur la cité. Electre, fille d'Agamemnon, connait une existence misérable au palais de Mycènes. Contrairement à sa sœur plus discrète et timorée, Chrysothémis, elle dénonce violemment sa mère et Égisthe, elle espère le retour de son frère, Oreste, pour venger le meurtre de leur père.

 

Dès le premier tableau, une musique très rythmée nous emporte dans un univers fait de violence : les acteurs marchent avec une détermination farouche vers leur destin, une des composantes essentielles de la tragédie.

 

Dans une chorégraphie tourmentée, les personnages font, alors, tournoyer leur corps autour d'Electre, puis reprennent leur marche mécanique, soudain, ils se laissent tomber et s'effondrent, alors que deux d'entre eux restent debout et s'enlacent dans un baiser langoureux... on comprend qu'il s'agit des deux amants maudits : Clytemnestre et Egisthe.

 

L'action commence avec l'intervention d'Oreste : il vient de revenir à Mycènes et décide de faire croire à sa mère et à Égisthe qu'il est mort... une ruse qui lui permettra de venger son père.

 

Electre , de son côté, exprime sa douleur dans un monologue poignant et pathétique : elle rappelle l'assassinat de son père, le guet-apens qui lui a été tendu par sa mère et son amant Egisthe. Elle invoque les Dieux, les appelle à l'aide. Elle crie sa fureur.

Le choeur antique représenté par un acteur qui se fond dans la foule des spectateurs l'interpelle, alors : "Fille de la plus misérable des mères, pourquoi te répandre sans cesse en plaintes inassouvies ?"

 

Chrysothémis apparaît et reproche à Electre son intransigeance et sa démesure.

La suite du spectacle nous entraîne dans un tourbillon de férocité et de haine, notamment lors d'une confrontation qui oppose  Clytemnestre et Electre : un dialogue tendu, âpre et un antagonisme farouche. La distance qui sépare les deux actrices, au cours de cette scène, symbolise bien des haines irréconciliables.

On perçoit bien en quoi consiste le conflit tragique : c'est un conflit entre deux légitimités qui s'affirment, chaque point de vue pouvant être défendable. Clytemnestre dénonce le crime commis par Agamemnon qui immola sa propre fille, Iphigénie, afin de satisfaire la déesse Artémis qu'il avait offensée.

Electre dénonce la trahison de sa mère, le meurtre de son père.

 

Un messager vient annoncer, alors, la mort d'Oreste dans une course de chars, une scène somptueuse où les acteurs miment la course et la chute d'Oreste.

Clytemnestre, la mère maudite, ne peut s'empêcher d'exprimer son soulagement : elle ne sera plus soumise à la vengeance de son fils.

Mais Oreste n'est pas mort, il revient au palais, et dans une scène émouvante, révèle son identité à Electre.

Comme toute tragédie, la pièce s'achève avec la mort de Clytemnestre et d'Egisthe, abattus par Oreste.

Oreste apparaît à la fois triomphant et accablé, en proie aux tourments de la vengeance accomplie et du sang répandu : et si sa victoire n'était qu'apparente ? Le crime prétendument libérateur peut-il rompre l'enchaînement fatal ?

 

La mise en scène sobre et pleine d'âpreté souligne la violence et la force des passions qui emportent les personnages.

 

 

 

Distribution : 
Mise en scène : Marine Arnault
Chorégraphe : Mathieu Maisonneuve
Musique : Sam Burguiere et Camille Simeray
Textes en Occitan : Emmanuel Isopet
Costumes : Marianne Mangone
Lumière et Bande Son : Gaby Bosc
Production, diffusion : Nathalie Marty
Administration : Anneso Roffé
Avec : Jérôme Benest, Florence Bernard, Thierry Capozza, Cécile Combredet, Guillaume Guerin, Didier Lagana, Mathieu Maisoneuve

 

 

 

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commentaires

P
Ce n'est pas leur marche décidée qui est le plus gênant ce sont les pantomimes inutiles. Maintenant cette impression est peut être due au découpage des séquences vidéo. Mais quand les acteurs jouent et disent leur texte, les pantomimes par derrière, à mon avis, nuisent à l'écoute du texte qui en fait se suffit à lui même et dit tout mieux que les pantomimes.
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L
Un peu comme si j'avais été sur place, ces 15 séquences, merci rosemar. C'était l'été on dirait a l'époque où tu as filmé ca... Merci aussi a tous ces gens qui font revivre ces pièces de théâtre, un travail colossal. Avez-vous contribué financièrement ?
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R
J'ai fait les vidéos en été, oui, en 2017 et le spectacle était gratuit comme tous les spectacles donnés aux Jardins de la Fontaine....
A
Sophocle sur fond de musique techno, ça surprend au départ....mais finalement, ça marche...Bravo au metteur en scène et aux acteurs.
Bonne fin de soirée l' amie
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R
Une version modernisée de cette tragédie : il est bon de dépoussiérer les classiques...

Belle soirée, AJE
M
Bonjour Rosemar, j’entends ! Oui ! J’entends bien dans Les jardins de la Fontaine le style sophocléen, reprendre vie, avec ses accents, ne réclamant affectueusement qu’une complicité seulement intellectuelle (dommage que cette absence de costumes y nuise un peu), du public avec de merveilleux comédiens, tous, blindés d’un lyrisme propre aux tragédies grecques qui trop souvent nous apparaissent à nous lecteurs que mornes grisailles. Devrais-je vous parlez de R.Brasillach et son Anthologie de la poésie grecque, de cette magnifique préface ? ou des quelques pages qu’il consacre à tous les illustres poètes dont Sophocle ? Bonne après-midi à tous.
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R
Merci pour cette référence. Les jardins de la Fontaine sont un écrin somptueux pour ce type de représentation.

Bonne soirée, Michel
P
Les acteurs jouent bien mais j'ai l'impression que la mobilité des acteurs nuit à l'intensité. C'est quand ils sont immobile que le texte et les émotions passent. Le reste c'est du cirque.
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R
Le spectacle était dynamique, et on avait bien l'impression de personnages en marche vers leur destin, ce qui est une composante essentielle du tragique... un spectacle total avec musique, danses, chants, à la façon antique....

Bonne soirée

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