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14 septembre 2018 5 14 /09 /septembre /2018 12:24
L'IVG, un homicide ?

 

 

 Ce mardi 11 septembre, le président du syndicat des gynécologues Bertrand de Rochambeau a provoqué un tollé en assimilant l'IVG à un homicide.

C'est là une scandaleuse remise en cause du droit à l'avortement : les femmes se sont battues pour obtenir ce droit.

 

Comment un médecin gynécologue peut-il contester ce droit, alors qu'il a le devoir de porter assistance à des femmes en détresse qui veulent avoir recours à une IVG ?

Bien sûr, le docteur Rochambeau a le droit de faire valoir son opposition à titre personnel à l'IVG. Mais, en tant que représentant syndical, il devrait s'abstenir de telles déclarations.

 

L'IVG, ce fut le combat de Simone Veil...


C'est elle qui, en 1974, a permis l'adoption de la loi sur la légalisation de l'IVG, c'est elle qui a su transformer la vie des femmes, leur donner des droits essentiels, en un temps où ces droits leur étaient refusés, dans une société rigide et sclérosée.

 

 Dans un temps aujourd'hui révolu, les femmes avortaient clandestinement, dans des conditions sanitaires déplorables, des femmes qui étaient désignées à la vindicte populaire comme des meurtrières...

 

Nos mères ont connu cette époque où l'avortement était réprimé, condamné par un monde d'hommes qui s'appliquaient à ignorer les souffrances des femmes.

 

Et un président du syndicat des gynécologues ose en 2018 parler d'homicide, en culpabilisant les femmes... ! C'est scandaleux !

On se croirait revenu en des temps où l'avortement était réprimé, interdit.

 

Et c'est un droit qui est encore contesté dans de nombreux pays... en Afrique et Amérique latine, qui restreignent fortement l'avortement, une vingtaine d'entre eux l'interdisent totalement, à l'instar du Chili.

 
Certains autres pays autorisent l'avortement sous des conditions très restrictives. Ainsi, dans beaucoup de pays africains, l'IVG n'est accessible qu'en cas de danger pour la vie de la mère, notamment en Côte d'Ivoire, en Somalie, en RDC, en Ouganda, au Soudan du Sud ou en Libye.

Récemment, l'Irlande, pays à forte tradition catholique, a massivement voté par référendum pour la légalisation de l’avortement.

 

Mais, en Europe, le droit à l'avortement régresse aussi, soit par la loi, soit par le refus massif de médecins de le pratiquer (comme c'est le cas en Italie), soit parce que de puissantes organisations religieuses militent pour son interdiction. Toujours en Italie, en 2008, c'est le pape lui-même, Benoît XVI qui avait réclamé des autorités italiennes l'abolition du droit à avorter. 

En juin 2018, le pape François a comparé certains avortements aux pratiques nazies "pour veiller à la pureté de la race".

 

On le voit : ce droit est sans cesse remis en cause par des associations, par des autorités religieuses...

Mais quand c'est un gynécologue éminent, un responsable syndical qui assimile l'IVG à un homicide, on se dit que ce droit est menacé même dans notre pays, par des instances médicales.
 

 

 

 

 

 

 

L'IVG, un homicide ?
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commentaires

F
Comme le souligne L Hatem, l'excès d'IVG est un problème qu'il ne faut pas négliger.<br /> Les gens manquent de sagesse, de responsabilité. Il y a une loi, alors on fait n'importe quoi.<br /> C'est fournir un argument de plus pour les anti-IVG qui n'en demandent pas tant.<br /> Bises Rosemar
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R
Trop d'IVG, c'est un problème... c'est vrai. Et, ce sont bien sûr les femmes qui sont rendues responsables, car elles ont la possibilité de prendre la pilule... à quand la pilule pour les hommes ? Est-ce qu'ils accepteront de la prendre ??<br /> <br /> Bises de l'été
A
L' année dernière ma nièce qui travaille dans un hôpital public m' expliquait que parfois elle était amenée , en cas de grossesse multiple chez une patiente, à sécher des embryons pour n' en laisser qu' un seul. Ce choix se fait complètement au hasard car il n' y a pas un mauvais embryon à éliminer et un bon à sauver. Non, ce sont deux embryons complètement semblables qui peuvent donner vie à deux futures personnes qui seront différentes, chacune d' entre elles avec sa propre personnalité. Et bien, ma nièce m' expliquait qu' au moment d' éliminer de manière complètement arbitraire l' un des deux, et donc de supprimer une vie potentielle, elle ne se sentait pas à l' aise du tout ( euphémisme)...<br /> Qui' elle le veuille ou pas, son geste n' est pas anodin : de deux projets de vie, elle en élimine un, et ce, de la manière la plus aléatoire qui soit. <br /> Ça transforme d' un seul coup le médecin en être tout-puissant qui sauve la vie de l' un des embryons et condamne l' autre...C' est pas eux qui devraient assumer ça, mais dans la pratique c'est comme ça que ça se passe...
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A
Les hommes, enfin les vrais, ne rejettent pas la responsabilité d' une grossesse non désirée sur le dos de la femme. Comme dit la chanson " Il faut être deux pour faire un enfant...". Les hommes savent bien qu' une simple maladresse de leur part peut parfois provoquer une grossesse.<br /> Bien évidemment une femme a le pouvoir de cacher à un partenaire ( occasionnel ou pas ) qu' elle est enceinte et prendre toute seule la décision d' avorter mais la responsabilité morale d' un avortement pèse autant sur le père que sur la mère, à moins que celui-ci n' ait pas été informé sciemment.<br /> En conclusion je dirais qu' un avortement est douloureux pour les deux ( même si pour la femme il faut y ajouter la douleur physique à la douleur morale)
R
C'est certain : ce n'est pas geste anodin, et pourtant, c'est nécessaire pour le bon déroulement de la grossesse.<br /> Il est vrai que la femme dispose désormais de moyens contraceptifs, donc, si elle est enceinte, la responsabilité lui en incombe... et les hommes, eux, ne sont donc pas concernés ??<br /> <br />
A
Je suis assez d' accord avec l' ensemble de tes appréciations sur les interventions discutables du représentant syndical et des autorités religieuses. Cependant j' aimerais ajouter quelques commentaires personnels.<br /> Le terme " homicide" est inadapté en cas d' avortement mais le foetus a des droits, et c' est l' Etat qui a d' autant plus le devoirs de protection envers lui que celui-ci est par nature vulnérable.<br /> L' avortement est autorisé jusqu' à la 12 ème semaine. Cela paraît raisonnable mais en même temps tu conviendras avec moi qu' il y a là une limite assez arbitraire. A 13 semaines éliminer physiquement un foetus serait criminel selon la loi actuelle, et pas à 11...Avouons que ce n' est pas très satisfaisant pour l' esprit mais il fallait bien mettre une limite et le législateur l' a fait.<br /> Moi je suis bien évidemment en faveur de la loi Veil pour un tas de raisons, mais quand j' entends l' expression " Droit à l' avortement" mes oreilles grincent Rosemar . " Droit" et " avortement" sont deux mots qui ne vont pas bien ensemble vu que le principal concerné ( le foetus qui va être éliminé) ne voit pas respecté ses droits jusqu' à la 12 ème semaine, ensuite c' est différent...<br /> D' un point de vue philosophique je vois plus l' avortement comme une tolérance que comme un droit au sens plein du terme : on tolèrera l' élimination physique du foetus jusqu' à 12 semaines, mais ça n' en reste pas moins une élimination physique, d' autres diront qu' il s' agit de tuer et le seul argument qu' on pourra leur opposer c'est que le foetus n' est pas encore une personne mais qu' il est une " personne en devenir" selon son statut légal ...Ne nous étonnons pas que cet argument soit aussi discuté et discutable hier qu' aujourd' hui. <br /> Cela veut dire que l' avortement ne sera probablement jamais banalisé. On ne pourra jamais le considérer comme un événement " complètement innocent" aussi banal que celui de se retirer une molaire douloureuse.<br /> Bonne journée l' amie
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R
Bien sûr, l'avortement ne doit pas être banalisé : pour les femmes, c'est toujours une décision douloureuse et difficile.<br /> Pour le reste, l'IVG est bien inscrit comme un droit accordé aux femmes, et c'est tant mieux : les avortements pratiqués dans la clandestinité faisaient courir de graves dangers aux femmes.<br /> <br /> Belle soirée, AJE
L
Non, je ne pense pas que ce droit soit menacé en France, mais je ne vois pas non plus le 100% des gynécologues obligés à le pratiquer contre ce que leur dicte leur conscience. Ceci dit les gynécos à qui leur conscience leur pose un problème ne sont pas nombreux, ils sont une petite minorité, et l'IVG n'étant pas une urgence, le praticien qui refuse est obligé de donner à la femme la liste des établissements la pratiquant.<br /> D'un autre côté, je ne vois pas de progrès depuis la loi Veil concernant la prévention de la grossesse non désirée, malgré le nombre de méthodes anticonceptionnelles. L'IVG nous la pratiquions à la chaîne dans nos blocs opératoires sans que personne ne se pose de questions. On pourrait avec l'éducation arriver à en limiter le nombre à un minimum.
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R
Tu fais bien de le rappeler...
R
Bien sûr, il est important d'en limiter le nombre, par la prévention et l'éducation... mais le terme "homicide" induit une idée de crime, une façon de culpabiliser toutes les femmes qui recourent à une IVG.<br />
L
Il faut que j'admette que mon assurance n'es pas réaliste... En réalité aucun droit n'est à jamais acquis, pas même la démocratie... Il suffit de voir l'extrême droite arriver au pouvoir en Autriche, Italie...