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16 novembre 2018 5 16 /11 /novembre /2018 11:58
Du théâtre dans un salon... pour découvrir la poésie érotique de la Renaissance...

 

 

Du théâtre dans un salon, c'est une façon de découvrir au plus près le métier de comédien... ce soir-là, nous sommes invités dans une maison en campagne, nous sommes reçus par la maîtresse du lieu, puis nous entrons dans un salon orné d'une immense bibliothèque : la présence des livres en arrière plan du spectacle donne déjà le ton... on va parler de littérature, de livres et de poèmes oubliés...

 

"Petit traité du plaisir qui met oubli à la mort"... tel est le titre de ce spectacle...

 

Un comédien nous fait découvrir une poésie érotique pleine de gourmandise, celle des poètes du 16ème siècle : Ronsard, Marot, Jean Auvray, Olivier de Magny, Isaac Habert, et tant d'autres... de l'érotisme charmant, empreint de grâce, de délicatesse et d'une certaine audace.

Une belle invitation à l'amour et à la lecture...

 

Le comédien, Nicolas Raccah rentre en scène et présente son spectacle : L'amour en 5 chapitres... il feuillette un gros dictionnaire, un Larousse, et au fil des pages, égrène des mots... il s'arrête sur le mot "désir", nom masculin !

Et de fait, les femmes n'avaient pas accès à la parole érotique ou si peu, en cette époque où elles étaient invitées à la discrétion, à l'humilité, au silence, à l'obéissance, vertus suprêmes !

 

Par ailleurs, que de libertés dans certains poèmes du 16ème siècle, écrits par des hommes !

On songe, par exemple, à ce poème de Ronsard, dédié au sexe féminin :

"Je te salue ô vermeillette fente,
Qui vivement entre ces flancs reluis :
Je te salue ô bienheureux pertuis,
Qui rends ma vie heureusement contente.

C’est toi qui fais, que plus ne me tourmente
L’archer volant, qui causait mes ennuis.
T’ayant tenu seulement quatre nuits
Je sens sa force en moi déjà plus lente.

Ô petit trou, trou mignard, trou velu
D’un poil follet mollement crêpelu,
Qui à ton gré domptes les plus rebelles,

Tous verts galants devraient pour t’honorer
À beaux genoux te venir adorer
Tenant au poing leurs flambantes chandelles."

Voilà une parodie audacieuse et troublante du "Je te salue, Marie pleine de grâce..."

 

Les poètes de la Renaissance ont écrit, ainsi, de nombreux poèmes coquins : on les découvre au fil du spectacle... Des poèmes qui méritent d'être dits et savourés avec bonheur : ils dénotent une joie de vivre, une grande liberté...

 

Le comédien revient alors au dictionnaire, tourne à nouveau les pages, déroule des noms, des verbes, s'attarde sur un autre mot : le "baiser" : nom masculin, encore ! Eh oui, les humanistes étaient, en général, des hommes.

Et, pourtant, une femme, une seule, a osé écrire sur le baiser, elle s'appelle Louise Labé, et quel poème ! Quel éblouissement ! 

 

"Baise m’encor, rebaise-moi et baise ;
Donne m’en un de tes plus savoureux,
Donne m’en un de tes plus amoureux :
Je t’en rendrai quatre plus chauds que braise.

Las ! te plains-tu ? Çà, que ce mal j’apaise,
En t’en donnant dix autres doucereux.
Ainsi, mêlant nos baisers tant heureux,
Jouissons-nous l’un de l’autre à notre aise".

 

Le chapitre 3 permet d'évoquer le sexe masculin,"le flageolet, la birouette, l'asperge, le chinois, la chose, l'anchois, la flûte à moustache, l'aiguillon, le petit frère, le Jésus, la baïonnette, le doigt sans ongle"... tant de mots et d'expression savoureuses ! Comment ne pas être étonné par tant d'inventivité dans le langage ?

Une seule femme, Madeleine de l'Aubépine a osé évoquer le sujet, mais elle le fait dans un poème masqué, intitulé Le luth :


"Pour le plus doux ébat que je puisse choisir,

Souvent, après dîner, craignant qu'il ne m'ennuie,

Je prends le manche en main, je le tâte et manie,

Tant qu'il soit en état de me donner plaisir.

 

Sur mon lit je me jette, et, sans m'en déssaisir,

Je l'étreins de mes bras et sur moi je l'appuie,

Et, remuant bien fort, d'aise toute ravie,

Entre mille douceurs j'accomplis mon désir.

 

S'il advient, par malheur, quelquefois qu'il se lâche,

De la main je le dresse, et, derechef, je tâche

A jouir du plaisir d'un si doux mouvement..."

 

Le chapitre 4 est consacré au sexe féminin, "le hérisson, le bonbon, la tabatière, l'abricot fendu, la framboise, l'autel velu, le barbu, le bijou, le coquelicot charnu, l'oiseau lyre, l'oasis...", encore des mots pleins de saveur, de poésie, de douceur.

 

Enfin, la lecture du dictionnaire s'achève évidemment sur le mot "plaisir", encore un mot masculin, alors que les sept péchés capitaux sont de genre féminin...

 

Le spectacle était ponctué de références historiques nombreuses qui permettaient de percevoir une emprise de plus en plus grande de la censure à la fin du 16ème siècle...

Très applaudi par l'assemblée, Nicolas Raccah a fait revivre toute une époque, éprise de liberté, de bonheur...

Ce fut une belle soirée littéraire : un mélange de tendresse, d'audace, de poésie, d'humour...

 

 

 

Une émission sur France Culture :

http://compagnie-fataleaubaine.com/le-petit-traite-du-plaisir-qui-met-oubli-a-la-mort/

 

 

 

 

Du théâtre dans un salon... pour découvrir la poésie érotique de la Renaissance...
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commentaires

L
Dis-moi... Vous étiez combien dans ce salon ?<br /> Merci pour ces poèmes osés.
Répondre
R
Un peu plus de trente personnes pour cette représentation....
F
Quand je pense qu'on interdisait des chanteurs comme Pierre Perret sur certaines antennes de radios dans les années 60 pour des chansons bien moins osées que ça.<br /> Bises et belle soirée Rosemar
Répondre
R
Des textes osés pour l'époque mais la censure s'est imposée à la fin du 16ème siècle.<br /> <br /> Bises de l'automne
L
Ça c'est vrai !
A
C' est une initiative originale qui permet de mettre en valeur une partie sans cesse occultée de notre littérature.Le plaisir des mots vient enrichir le plaisir des sens.<br /> Bonne soirée l' amie<br /> PS: En te lisant je pensais à la comptine enfantine: " J' ai du bon tabac dans ma tabatière...j' ai du bon tabac, tu n' en auras pas..." et maintenant, je crois en saisir mieux le sens caché.En fait ce serait une demoiselle qui chante, de manière provocante et narquoise...-)<br /> <br /> https://www.youtube.com/watch?v=KbcDU7AvrII
Répondre
R
Très amusant ! Encore une comptine au sens caché... Merci pour la vidéo.<br /> Je conseille à tous d'écouter l'émission de France Culture dont le lien figure en bas de l'article.<br /> <br /> Belle journée, AJE

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