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21 juin 2019 5 21 /06 /juin /2019 10:30
Destination : arbre, un poème signé Andrée Chedid... un sujet du bac Français trop difficile ?

 

Bac de français "trop difficile", une pétition recueille plus de 25.000 signatures ! L'épreuve de français 2019 aura donné matière à converser sur les réseaux sociaux pour les élèves de première en série S et ES. 

Les candidats ont été invités à composer sur le thème de la poésie à partir d'un corpus de quatre poèmes d'Alphonse de Lamartine, Anna de Noailles, Yves Bonnefoy et enfin Andrée Chedid.

Et le commentaire portait sur le texte de la poétesse Andrée Chedid, intitulé Destination : arbre.

Ce poème a été jugé trop complexe par nombre d'élèves : et, pourtant, même si le texte n'est pas de facture classique, il fait intervenir un thème traditionnel, un lieu commun de la littérature : le lien entre le poète et la nature.

 

Voici l'analyse qu'on pouvait en faire :

 

La nature est un sujet d'inspiration inépuisable pour les poètes : on songe ainsi à tous les auteurs romantiques pour qui le spectacle de la Nature est souvent un reflet de leur état d'âme : mélancolie, tristesse, sentiment de la fuite du temps...

 

On retrouve ce thème de la nature dans un poème de Andrée Chedid intitulé Destination : arbre... mais ce n'est pas de mélancolie dont il est question dans ce texte, bien au contraire : la nature semble donner des leçons de vie et de vitalité.

 

L'auteur nous livre ici un magnifique hommage, elle évoque une fusion possible entre l'homme et la nature, et nous montre que l'arbre peut représenter notre humanité.

 

 

Andrée Chedid fait d'abord un éloge de l'arbre : le mot est mis en vedette dans le titre du poème, où l'arbre devient "une destination", un pays, un monde à découvrir...  il s'agit ainsi de "parcourir l'Arbre..."belle image d'un voyage qui conduit l'être humain vers la nature. Ce thème du voyage est d'ailleurs repris à la fin du texte avec les verbes "cheminer, explorer."

 

L'Arbre est aussi magnifié, dès le premier vers, grâce à l'emploi de la majuscule... Le mot employé au singulier lui confère une sorte d'individualité.

 

Dans la suite du poème, les différentes parties de l'arbre sont évoquées et détaillées, les "racines, le fût, la charpente, les branchages, les feuilles, l'écorce, les sèves, les bourgeons".... , avec une progression dans le vocabulaire, comme si on pénétrait, au fil du texte, l'intimité de l'arbre.

 

De nombreuses expressions sont valorisantes : "l'éclat des feuilles" qui permet "d"embrasser l'espace", de "résister aux orages", de "déchiffrer les soleils". L'arbre semble ainsi doté d'une force, d'un pouvoir mystérieux...

N'est-il pas à la fois symbole de "l'éphémère et de la durée" ? Suivant le cycle des saisons, il perd ses feuilles en hiver et les retrouve immuablement au printemps... L'arbre semble donner des leçons de persévérance et de courage permettant "d'affronter jour et nuit" ou encore de "résister aux orages."

 

 

Andrée Chedid suggère aussi dans le poème une fusion possible et une union de l'homme et de la nature...

Le vocabulaire de l'union est particulièrement présent, dès le début du texte : "se mêler, se lier, plonger", et plus loin "s'unir, rejoindre". On remarque que les verbes sont à l'infinitif, traduisant une sorte de recette pour retrouver une harmonie perdue avec la nature.

Au fil du texte, l'union se fait fusion au point de :

"Sentir sous l'écorce 
Captives mais invincibles 
La montée des sèves 
La pression des bourgeons..."

 

Et cette fusion permettra de "renaître"...

Ainsi, la nature apparaît comme une force bienveillante, à laquelle l'homme doit s'unir, et qu'il doit protéger. Ce poème exprime la simplicité du rapport qui unit l’homme et l’arbre, une envie de fusion, une sensualité, comme le montre l'emploi des verbes "embrasser, écouter, sentir."

 

L'arbre ne peut-il pas aussi représenter notre humanité ?

C'est un condensé de vie : il est associé à des verbes de mouvement et d'action : "gravir, envahir, se greffer, embrasser..." L'arbre est personnifié...

Comme l'être humain, il a besoin de contacts, son environnement naturel est essentiel : il est, dès le début du poème, associé à des "jardins, des forêts".

Et lorsqu'il est transplanté "au coeur d'une métropole, éloigné des jardins", il devient "orphelin", prisonnier, comme le suggère l'expression "enclos dans l'asphalte."

Il perd alors sa vitalité, "son tronc est rêche, ses branches taries, ses feuilles longuement éteintes."

De la même façon, l'homme qui vit dans les villes se retrouve souvent seul, il perd le contact avec la nature, avec la terre, et même avec les autres hommes.

 

Ce poème nous invite à mieux regarder ces êtres encore si étranges pour nous : les arbres. Ils semblent inertes, et pourtant, en eux, bouillonnent la vie, le renouveau. Les arbres sont bien un monde à découvrir, ils nous donnent des leçons de vie et il convient de les préserver.

 

Le poème :


Parcourir l'Arbre 
Se lier aux jardins 
Se mêler aux forêts 
Plonger au fond des terres 
Pour renaître de l'argile

Peu à peu

S'affranchir des sols et des racines

Gravir lentement le fût

Envahir la charpente

Se greffer aux branchages

Puis dans un éclat de feuilles 
Embrasser l'espace 
Résister aux orages 
Déchiffrer les soleils 
Affronter jour et nuit

Evoquer ensuite 
Au cœur d'une métropole 
Un arbre un seul 
Enclos dans l'asphalte Éloigné des jardins 
Orphelin des forêts

Un arbre

Au tronc rêche

Aux branches taries

Aux feuilles longuement éteintes

S'unir à cette soif 
Rejoindre cette retraite 
Ecouter ces appels

Sentir sous l'écorce 
Captives mais invincibles 
La montée des sèves 
La pression des bourgeons 
Semblables aux rêves tenaces 
Qui fortifient nos vies

Cheminer d'arbre en arbre 
Explorant l'éphémère 
Aller d'arbre en arbre 
Dépistant la durée.

 

 

Destination : arbre, un poème signé Andrée Chedid... un sujet du bac Français trop difficile ?
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commentaires

Yohann 08/07/2019 02:51

Le poème était effectivement abordable et très sympathique. Les pétitions du bac pour «sujet trop difficile», c'est devenu une blague, il y en a pour toutes les matières maintenant !

Malheureusement il n'y a que deux coupables, l'EducNat qui faute de moyens, d'argent et de motivation (et sans doute aussi par volonté politique) a jeté l'éponge pour préparer correctement les élèves à analyser un texte et penser par eux-mêmes, et les élèves en question, qui devraient décidément passer moins de temps devant Squeezie ou Les Anges

Parce que ne pas savoir qu'AndréE est un prénom féminin, quand on est en L... Le terme «inculture» tiendrait de l'euphémisme. Le pire est que les élèves eux-mêmes demandent à ce qu'on les gave de par coeur, par facilité....

rosemar 08/07/2019 22:08

Je pense que pour le prénom, il peut s'agir tout simplement d'un défaut d'attention : à l'heure de Twitter, on va vite, on ne voit plus certains détails...

Bonne soirée

Chris 08/07/2019 15:36

Sauf que les élèves en question étaient en S ou en ES et non en L!
Et AmédéE est bien un prénom masculin si je ne m'abuse en dėpit du E final. Andrée n'est pas un prénom de leur génération.

OUSSENI Toiouilou 01/07/2019 07:58

D'habitude les sujets de bac, quelle que soit la matière, sont toujours des sujets d'actualité. Aux élèves de suivre l'actualité comme le font les écrivains. Aujourd'hui, c'est le réchauffement climatique, ce problème écologique qui fait la une des journaux dans tous les jounjour du monde.

Yohann 08/07/2019 16:29

@ Chris Effectivement pour les L, mea culpa. «AndréE» se construit par rapport à «André» (et ils ne manquent pas en littérature, Malraux, Gide...), ce qui n'est pas le cas d'Amédée. Donc du coup on fait quoi, on leur met Louane et Booba au bac, pour que ce soit «de leur génération» ?
Je suis jeune moi-même et je comprends pas cette volonté de nivellement par le bas, tout comme je comprends pas l'idée incongrue de circonscrire le monde à sa génération... Y'a tellement à apprendre quand on sort de sa bulle !

rosemar 01/07/2019 22:45

"D'habitude les sujets de bac, quelle que soit la matière, sont toujours des sujets d'actualité.", je ne crois pas que ce soit une règle générale...

L. Hatem 22/06/2019 11:20

Bravo pour ton analyse, tu aurais eu le bac haut la main...

rosemar 22/06/2019 22:10

Merci, LH

Michel Jean 22/06/2019 08:58

Bonjour Rosemar, lorsque l’on suis des yeux le cours de branches jusqu’au bourgeons apical il reste parfois difficile de redescendre de l’arbre. Il peut vous courir cent histoires dans la tête que rien ne détourne. Mais si, en Grèce on laisser l’eeprIt penser aux récits d’Ésope, rêver devant l’Alphée le fleuve -Dieu du Péloponnèse ou devant un ruisseau quand ce n’etait pas une fleur ou un rocher couché, toute une journée; ici a nôtre époque le regard doit être tourné vers d’autres impénétrables visions bosselées d’un avenir hérissé de noires silhouettes... ! faut donc pas s’en étonner qu’un poème n’agite plus les aigrettes extrêmes de la pensée. Bonne journée à tous.

rosemar 22/06/2019 22:09

Et pourtant, la protection de la nature est un thème d'actualité qui devrait intéresser les adolescents... les jeunes se sont même mobilisés pour l'avenir de la planète.

Bonne soirée, Michel

ALEA JACTA EST 21/06/2019 20:09

Très bon commentaire de ce beau poème d' Andrée Chedid.
Quant au thème, on peut effectivement considérer que c'était un sujet bateau sur lequel les élèves avaient pas mal de latitude pour exprimer leur ressenti.
Alors, si ceux-ci jugent que ce texte est trop difficile, et bien, il ne reste plus qu' à supprimer les commentaires de poèmes....ou alors, ne retenir que les poèmes très formatés dont l'interprétation est immédiate et directe.
Bonne journée l'amie

rosemar 21/06/2019 22:26

C'est, en plus, un thème d'actualité : on parle beaucoup d'écologie et les ados devraient y être sensibles... bon, la forme du poème a pu les déconcerter, avec cette succession d'infinitifs, mais avec un peu de réflexion, ils pouvaient trouver des axes de lecture accessibles.

Belle soirée, AJE

Marie-Pierre 21/06/2019 19:57

Il est magnifique ce poème ! Je ne vois pas trop en quoi il est si difficile à commenter car il n'a rien d'abstrait.

rosemar 21/06/2019 22:18

Les élèves ont été décontenancés par la forme moderne du poème, mais ils devaient percevoir facilement le thème de l'éloge, celui de la fusion, et bien sûr la personnification.

Bonne soirée