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29 avril 2022 5 29 /04 /avril /2022 11:36
Des pâtres silencieux dodelinaient dans la musique...

 

 

"Du joueur dans l'ombre, seules apparaissaient les mains : son corps, comme celui d'un dieu, était de l'autre côté de la nuit. Autour de lui, impondérable et souverain, des bûcherons, des pâtres silencieux dodelinaient dans la musique...  Au delà du foyer, le ventre de la guitare envoûtait toujours les bûcherons. Il en fluait un bruit gluant, moitié ronflement de ruisseau et voix d'arbre..."

 

 

Dans cet extrait du roman de Giono, Naissance de l'Odyssée, des paysans écoutent la musique d'une guitare et en suivent le rythme, en "dodelinant".

 

Ce verbe "dodeliner" qui signifie "se balancer doucement", est sans doute lié à l'expression enfantine "dodo" qui sert à bercer et à apaiser les jeunes enfants.

Duplication de la première syllabe du verbe "dormir", le mot "dodo' est utilisé dans des berceuses populaires connues de tous...

Le verbe "dodeliner", avec sa dentale redoublée, ses voyelles variées, traduit bien ce balancement régulier du corps, ce bercement léger.

Ce mot qui renvoie à un terme familier est rempli d'expressivité...

 

Dans l'extrait de Giono, les paysans semblent vibrer au rythme de la musique produite par une guitare. Avec ce verbe, on perçoit leurs mouvements réguliers et doux, on voit leurs gestes mesurés, on ressent aussi leur passion et leur intérêt pour cet air de guitare qui surgit de la nuit.

 

Ces bûcherons sont, d'ailleurs, silencieux, tout à l'écoute de la musique.

Ils semblent même imprégnés de cet air de guitare, car ils dodelinent "dans la musique."

 

Ce beau verbe expressif, à la dentale redondante, nous emporte dans le monde de l'enfance, des berceuses d'autrefois, pleines de simplicité, de charmes...

 

Il nous fait entrevoir des attitudes familières et courantes : une tête qui dodeline au son d'une musique entraînante, une envie de se laisser bercer par des airs que l'on aime.

 

Ce verbe, aux voyelles distinctes, le "o" ouvert, le "i" plus aigu et fermé, le "e", plus neutre restitue bien une sorte de mélodie variée qui incite à un bercement léger et régulier.

 

Ce verbe nous séduit par ses sonorités et par les images qu'il suscite : doux balancements de palmes, une harmonie rythmique, des chansons qui envoûtent, qui font rêver...

 

Giono nous montre un moment magique de communion autour d'une musique : on entre dans le choeur de ces bûcherons sensibles à un air de guitare...

 

 

  
 

 

 

 

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commentaires

L
Piqué par la curiosité j'ai acheté le livre, merci Rosemar.<br /> J'avais déjà lu l'homme qui plantait des arbres
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R
C'est bien ! Si, en plus, mon article incite à la lecture, je suis ravie. Dans ce roman, Giono revisite le mythe et le déconstruit, ce qui peut être déconcertant... mais tu vas découvrir un roman poétique !
A
C'est un verbe très expressif.<br /> Je l'associe mentalement surtout au mouvement des hanches. J'imagine qu'on peut l'employer pour indiquer un balancement marqué, chaloupé, comme la démarche d'un canard par exemple...mais aussi les mouvements de bassin des danseuses orientales ou de flamenco également...donc un sens qui se rapproche de celui du texte de Giono.<br /> <br /> En faisant une brève recherche sur le net, je suis tombé sur un emploi surprenant de ce mot dans un vers de Paul Valery extrait du poème intitulé LA FILEUSE:<br /> <br /> "Assise, la fileuse au bleu de la croisée<br /> <br /> Où le jardin mélodieux se dodeline ;<br /> <br /> Le rouet ancien qui ronfle l’a grisée."<br /> <br /> Sur ce lien il y a deux explications proposées:<br /> 1. que les branches et feuillages des arbres, projettent leurs ombres mouvantes et rythmées sur les vitres<br /> 2. un artifice du poète qui reporte sur le jardin le verbe s'adressant à la jeune fille<br /> https://www.devoir-de-philosophie.com/litterature/la-fileuse-de-paul-valery<br /> <br /> Bonne fin de journée l'amie
Répondre
R
Un joli verbe peu employé : on dit "dodeliner" de la tête... je vois plutôt un mouvement de la tête qui suit le rythme de la musique...<br /> Merci pour ces vers de Paul Valéry, que je découvre... j'ai vu que Valéry s'est inspiré pour ce poème de La fileuse endormie de Courbet.<br /> On retrouve l'idée d'endormissement...<br /> <br /> https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Gustave_Courbet_-_The_Sleeping_Spinner_-_WGA05461.jpg<br /> <br /> <br /> <br /> Belle soirée, AJE