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17 juillet 2021 6 17 /07 /juillet /2021 08:36
Marcel Proust à l'honneur...

 

 

Marcel Proust est né le 10 juillet 1871 à Paris, il y a 150 ans...

Pour commémorer cet anniversaire, voici un article déjà publié sur mon blog : l'analyse d'un magnifique extrait de son oeuvre Sodome et Gomorrhe...

Un extrait où l'on perçoit toute la sensibilité de cet auteur, notamment sa sensibilité face à la nature et  ses splendeurs. 

Dans notre monde moderne, voué à la vitesse, nous ne savons plus observer, admirer, nous étonner devant la nature et ses merveilles.

Proust nous réapprend l'importance du regard...

 

Dans cet extrait,  Proust décrit un champ de pommiers en fleurs... A la manière d'un peintre, il compose un véritable tableau empli de charme et de séduction.

Le champ de pommiers est évoqué à travers un réseau d'images qui font songer à une rencontre amoureuse : la première phrase est révélatrice : " Dès que je fus arrivé à la route, ce fut un éblouissement..."

Proust semble suggérer un coup de foudre, une séduction brutale, inattendue qui le saisit : cette soudaineté se traduit par la brièveté de la phrase, par l'emploi du passé simple à valeur ponctuelle et du mot "éblouissement"

Les pommiers sont présentés à travers des personnifications, des métaphores qui transfigurent le paysage : ils sont "d'un luxe inouï", "en toilette de bal", "ne prenant pas de précautions pour ne pas gâter le plus merveilleux satin rose qu'on eût jamais vu..."

Toutes ces évocations font songer à une beauté féminine, parée pour aller au bal... Le style hyperbolique restitue un émerveillement : "luxe inouï, le plus merveilleux satin rose."

Plus loin, la personnification se poursuit et fait penser encore à une séduction amoureuse : "une brise légère mais timide faisait trembler légèrement les bouquets rougissants". Le verbe "trembler", le terme "rougissant" évoquent des émois amoureux.

Enfin, la description s'achève sur la vision d'une "beauté fleurie et rose."

Le narrateur semble ébloui par le spectacle qu'il a sous les yeux, comme on pourrait l'être au cours d'une rencontre amoureuse. Ce procédé restitue toute l'émotion qu'il éprouve devant ce tableau...

De fait, cette description nous fait songer à un tableau, d'abord grâce à la composition de cet extrait : au premier plan, le champ de pommiers, en arrière plan, le fond du tableau, avec "l'horizon lointain de la mer".

On perçoit aussi des éléments du tableau : "des bouquets, des mésanges, des branches" qui se juxtaposent selon la technique impressionniste, avec des touches de couleurs successives.

Proust fait aussi référence, au cours de la description, à "une estampe japonaise", certains détails correspondent bien à un tableau oriental : "les mésanges, les bouquets de fleurs" étant des thèmes récurrents souvent reproduits dans les estampes japonaises.

Le tableau est coloré dans des tons assez doux : "satin rose, le bleu du ciel, les bouquets rougissants, des mésanges bleues, le gris de la pluie".

La dernière phrase de l'extrait, dans sa brièveté pourrait constituer le titre du tableau : "C'était une journée de printemps..."

Les références artistiques sont bien présentes dans le texte : "estampe japonaise, amateur d'exotisme et de couleurs, artificiellement, effets d'art.."

On perçoit le grand sens artistique de Proust et sa sensibilité : la musique, la peinture occupent une place essentielle dans son oeuvre, ici, la beauté du champ de pommiers a des effets extraordinaires sur le narrateur qui en est ému jusqu'aux larmes, l'impression artistique se traduisant par un effet physique.

La nature devient une véritable oeuvre d'art.

Le champ lexical de la nature est particulièrement développé : "feuilles, pommiers, boue, soleil, mer, ciel, azur, brise, bouquets, mésanges, pluie"... et les 4 éléments y sont représentés : la terre, l'eau, l'air, le feu...

Et cette nature semble elle-même participer à la création du tableau, grâce à l'emploi réitéré du verbe "faire" : "satin rose que faisait briller le soleil, les fleurs qui faisaient paraître son bleu rasséréné.. une brise légère faisait trembler les bouquets rougissants..."

La nature semble vouloir embellir le tableau, par la lumière, par le contraste des couleurs, par le mouvement.

Ainsi, la nature se fait art, elle semble imiter l'art.

La réalité est tellement belle qu'elle semble presque composée artificiellement, tout en restant naturelle....

 

 

 

 

Le texte :

 

 

"Mais, dès que je fus arrivé à la route, ce fut un éblouissement. Là où je n’avais vu, avec ma grand’mère, au mois d’août, que les feuilles et comme l’emplacement des pommiers, à perte de vue ils étaient en pleine floraison, d’un luxe inouï, les pieds dans la boue et en toilette de bal, ne prenant pas de précautions pour ne pas gâter le plus merveilleux satin rose qu’on eût jamais vu et que faisait briller le soleil ; l’horizon lointain de la mer fournissait aux pommiers comme un arrière-plan d’estampe japonaise ; si je levais la tête pour regarder le ciel entre les fleurs, qui faisaient paraître son bleu rasséréné, presque violent, elles semblaient s’écarter pour montrer la profondeur de ce paradis. Sous cet azur, une brise légère mais froide faisait trembler légèrement les bouquets rougissants. Des mésanges bleues venaient se poser sur les branches et sautaient entre les fleurs, indulgentes, comme si c’eût été un amateur d’exotisme et de couleurs qui avait artificiellement créé cette beauté vivante. Mais elle touchait jusqu’aux larmes parce que, si loin qu’on allait dans ses effets d’art raffiné, on sentait qu’elle était naturelle, que ces pommiers étaient là en pleine campagne comme des paysans, sur une grande route de France. Puis aux rayons du soleil succédèrent subitement ceux de la pluie ; ils zébrèrent tout l’horizon, enserrèrent la file des pommiers dans leur réseau gris. Mais ceux-ci continuaient à dresser leur beauté, fleurie et rose, dans le vent devenu glacial sous l’averse qui tombait : c’était une journée de printemps."

 

 

   

 

 

 

Marcel Proust à l'honneur...
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commentaires

LH 25/07/2021 13:28

Tout comme AJE je laisse Proust pour la retraite...
A la recherche du temps perdu est évoqué dans plusieurs films, dont la comédie actuellement à l'affiche "Présidents", un film agréable qui réunit deux anciens présidents, l'un qui lit Proust, et l'autre qui s'en moque, mais qui finit par commencer à le lire...
Une fois que AJE et moi aurons fini A la recherche du temps perdu, aurons nous le courage de nous attaquer à Sodome et Gomorre et à d'autres des ses oeuvres ?

rosemar 25/07/2021 22:51

Oui, il faut avoir du temps pour lire Proust, du temps pour savourer...

Bonne soirée, LH

alea jacta est 17/07/2021 19:37

Petit hasard, je viens de découvrir aujourd'hui l'existence de l'auteur belge Rodenbach. Georges Rodenbach (1855-1898) serait un des modèles de Swann dans À la Recherche du temps perdu de Proust. De nationalité belge, il a délaissé le métier d'avocat pour se consacrer à la littérature et devenir un des plus orignaux écrivains du mouvement symboliste, poète, romancier, dramaturge. Il se lie à Paris avec Mallarmé, Edmond de Goncourt, Huysmanss, Rodin, et bien d'autres, et il est le premier auteur belge à entrer au répertoire de la Comédie-Française. Il meurt d'une crise d'appendicite un jour de noël.

rosemar 17/07/2021 22:20

Intéressant, ce roman, bien que l'histoire soit triste... Merci, AJE

rosemar 17/07/2021 22:19

Merci pour ce détail que j'ignorais.

alea jacta est 17/07/2021 19:39

A propos de son roman "Bruges-La-Morte" – Georges Rodenbach (16 juillet 1855 - 1898)
Dans cette Bruges austère, couverte d’incessants crêpes de brumes, ville cercueil dans laquelle il peut s’abandonner au désespoir que lui a causé la mort de sa femme, Hugues Viane trouve le refuge nécessaire à sa douleur. Il vit ainsi retiré dans sa demeure, « musée aux reliques » de son épouse, jusqu’au jour où il rencontre fortuitement Jane, dont le visage ressemble à celui de la disparue, et rompt ainsi la monotonie de sa vie contemplative. Dès lors, il n’a de cesse de rechercher dans la physionomie et le caractère de Jane l’image de la morte. Mais l’illusion ne durera pas longtemps, Jane se révèle n’être qu’une reproduction vulgaire de la morte, n’ayant que faire de l’amour transi que lui voue le héros. Excédé par le gouffre qui sépare Jane de son modèle, Viane l’étranglera avec une natte de cheveux ayant appartenu à sa femme.
Bruges-la-Morte fut qualifié de roman symboliste dans la mesure où il se veut roman de la suggestion et que de nombreux thèmes le lient à cette école. Le phénomène de la « ressemblance » est à considérer comme le pivot centrale de l’aventure, à partir duquel Hugues Viane se lance dans une quête spirituelle dont la finalité échouera. S’organise en effet peu à peu la dégradation progressive de cette ressemblance et la prise de conscience des dissonances qui existent entre le rêve et la réalité. L’échec de la ressemblance porte l’histoire du côté du drame : Jane a osé profaner ce qui est sacré, provoquant ainsi la vengeance du gardien du tombeau. Rodenbach suggère par les images une supraréalité, celle de l’imagination, du mystère et du rêve. Le monde extérieure et celui de l’âme se confondent dans une autre réalité, la poésie. Toutefois, à le considérer avec plus d’attention, il semble que le roman réponde à plusieurs critères esthétique, dont un certain réalisme si nous en jugeons par l’influence du milieu, l’évolution psychologique du personnage et le rapport de causalité qui existe entre la ville, son climat, ses habitants et le héros.

alea jacta est 17/07/2021 19:33

Merci pour ce commentaire de texte. Proust je me le laisse pour la retraite...donc, théoriquement, je vais bientôt pouvoir me plonger dans sa prose...
Bonne fin de soirée l'amie

rosemar 17/07/2021 22:18

Bonnes lectures, AJE

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