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20 décembre 2021 1 20 /12 /décembre /2021 12:16
Sommes-nous encore humains ?

 

"Oui, on peut parler de notre indifférence, notre apathie, notre accoutumance à l'enfer que vivent les migrants, les réfugiés, les exilés : ces gens qui sont souvent résumés à des chiffres, des statistiques sur leurs pays d'origine, dans les médias...

 

Derrière ces chiffres, il y a des êtres humains, des femmes, des hommes, des enfants qui vivent des histoires tragiques.

Des histoires comme celle de Maryam, une femme kurde de 24 ans : elle a tout quitté pour rejoindre son mari installé en Angleterre, ils devaient y ouvrir un salon de coiffure... il y a l'histoire de Kasalamate et de ses 3 enfants : il y a un mois, ils ont quitté l'Irak pour l'Europe, ils voulaient y faire leurs études. Le père était d'accord, ils ont embarqué dans un bateau pneumatique et ont tenté de traverser la Manche.

"Mon seul but, c'était qu'ils soient heureux", déclare le père. Ils faisaient partie des 27 personnes disparues au large de Calais, le 24 novembre dernier.

 

Des murs sont construits par l'Europe pour repousser les exilés : en Pologne, en Espagne, en Hongrie ou encore en Grèce, en 20 ans ce sont plus de 1000 kilomètres de murs qui ont été construits le long des frontières européennes.

Le mois dernier, 12 pays européens réclamaient des fonds pour l'édification de murs anti-migrants.

 

On assiste à l'exil de milliers de personnes auxquels les dirigeants de l'Europe opposent des frontières.

Que faut-il pour mettre fin à l'indifférence ?"

 

Le journaliste Éric Fottorino pousse un cri du cœur et pose son regard sur des inégalités qui conduisent au pire. Le journaliste et romancier publie un texte à la fois subversif et dérangeant pour réveiller les consciences face au drame des migrants disparus dans la Manche ou en Méditerranée. 

"Eric Fottorino publie une nouvelle intitulée La pêche du jour : un dialogue entre deux personnages... on est devant l'étal d'un pêcheur, sauf qu'on n'y achète pas du cabillaud, de la sole ou du saumon mais du Malien, de l'Erythréen, de l'Afghan.

 

"Notre indifférence est presque pornographique, c'est tellement choquant, ce à quoi on est en train de s'habituer", déclare Eric Fottorino.

"Il faut des mots et des mises en scène de ces mots différents... ce texte a été lu la semaine dernière à Turin, en Italie.

Mario Calabresi l'ancien patron de la Republica m'a dit : "Mais est-ce que nous ne pensez pas que les mots sont usés pour parler de tout ça."

Réponse de Fottorino : "Oui, bien sûr, ils sont usés, mais le crime de silence est le pire, et aujourd'hui plus on parle, plus on a l'impression qu'on entretient le silence : il y a des mots qui sont tellement devenus banalisés, avec les images que c'est comme si on n'avait rien dit...

 

Ce que j'ai voulu faire, c'est de mettre en scène deux personnages dont on ne sait pas trop qui ils sont mais on comprend que l'un et l'autre sont les deux faces du même visage.

Il y a donc ce pêcheur, le vendeur de migrants et puis il y a cet homme qui pose des questions un peu naïves, qui est un peu choqué mais pas totalement non plus... on est un peu tout ça à la fois..."

"C'est ça, en fait, si vous voulez, on laisse faire, on laisse faire les états, nous les citoyens : aujourd'hui, la politique, c'est une politique de non accueil.

A un moment donné le pêcheur dit : "Il y a des mots qui puent, non, vous ne croyez pas ?" -"Oui quels mots ?" -"Eh bien, le mot accueil, le mot solidarité, le mot chaleur."

 

Effectivement, il y a des mots qu'on a exilés. On a tous notre part de responsabilité parce qu'on accepte que la mer fasse le boulot. On se focalise sur les passeurs. Mais pourquoi il y a des passeurs ? Parce qu'on rend les choses infranchissables. C'est comme la prohibition : quand on a prohibé l'alcool aux Etats-Unis, il y avait des trafiquants, et des maffias.

 

On assiste à un naufrage de la civilisation.

Le pêcheur dit : "Je suis un croque-mort respectable et sans haine, le fossoyeur de vos lâchetés à tous."

 

Une expression est utilisée par les institutions européennes : on parle de "paquet migratoire". On a l'impression d'oublier qu'il s'agit de vies, d'hommes, de femmes, d'enfants. Souvent, ils ne savent pas nager, certains n'ont jamais vu la mer.

On accepte que leur sort en soit remis à cette espèce d'aléas nocturnes et maritimes, et il y a une sorte d'impunité générale qui fait que les chiffres s'ajoutent, mais qu'après tout, ça ne fait plus rien.

Jusqu'où on va être indifférent ? On a même créé un crime de solidarité.

Qui sommes-nous pour pouvoir accepter ça ?

Nos sociétés se radicalisent à mesure que les inégalités deviennent intolérables.

Ces réfugiés, c'est la pointe avancée de ce qui va nous arriver au XXIème siècle : les réfugiés climatiques, les réfugiés des guerres, des radicalismes religieux.

Une civilisation est très mal partie, quand elle dit : "La mer les emportera."

Telle est la mise en garde d'Eric Fottorino : il est vrai que les drames et les naufrages se succèdent en Méditerranée, des hommes, des femmes, des enfants perdent la vie sur des embarcations de fortune, pour échapper à la guerre, à la misère, au désarroi. Et il est vrai que l'on n'en parle presque pas.

L'année 2021 a été particulièrement meurtrière pour les migrants : 1300 morts en mer.

 

Sources :

 

https://www.france.tv/france-5/c-ce-soir/c-ce-soir-saison-2/2947731-emission-du-mercredi-15-decembre-2021.html

 

https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-du-week-end/l-invite-du-week-end-du-dimanche-19-decembre-2021

 

 

Sommes-nous encore humains ?
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commentaires

M
Oui à une Europe accueillante plutôt que des hélicoptères.
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M
Il me paraît opportun d’ajouter que tous les pays d’Europe exploitent abusivement cette main d’œuvre bon marché pour se maintenir en tête dans différentes filières: alimentaires/tourisme/prostitution/recherche/bâtiment et j’en oublie encore comme d’habitude.
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R
Merci de le rappeler...
A
Bonjour Rosemar.<br /> Je reviens sur la réflexion qui me choque de Fottorino qui fait une comparaison qui me paraît complètement déplacée avec la la prohibition de l'alcool aux Etats-Unis. Il dit : "Il y a des passeurs parce qu'on rend les choses infranchissables...".<br /> Si tel n'était pas le cas, ce serait une véritable implosion pour l'Europe. Ce serait son suicide...<br /> IL FAUT REDESCENDRE SUR TERRE !<br /> Je te donne un simple exemple de plus avec cet incident entre l'Espagne et le Maroc. Un raz de marée humain qui s'est produit, une bombe humaine lâchée,,,,il a suffi que les gardes frontières ne fassent pas leur boulot pendant 48 heures seulement.<br /> <br /> https://www.lemonde.fr/afrique/article/2021/05/18/l-entree-massive-de-migrants-a-ceuta-provoque-une-crise-diplomatique-entre-l-espagne-et-le-maroc_6080616_3212.html<br /> <br /> Si nous ne rendons pas les choses infranchissables, nous serions tout simplement ENVAHIS...je pèse mes mots...Or, n'importe quel dirigeant autorisera tout, sauf que son pays soit envahi...Fottorino ne peut attendre aucun changement de ce côté-là...C'est comme si il essayait de lutter contre les lois de la gravité.<br /> Ton article montre aussi que les choses ne peuvent que s'empirer avec les différentes crises qui nous attendent et qui ont déjà commencé (crise climatioque, etc...)<br /> C'est donc ailleurs qu'il faut chercher des solutions.
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R
Le problème, c'est qu'on utilise les migrants quand cela nous arrange : une main d'oeuvre bon marché facilement exploitable :<br /> <br /> https://www.infomigrants.net/fr/post/23944/face-a-la-penurie-douvriers-agricoles-lespagne-autorise-le-recrutement-de-migrants-et-de-chomeurs<br /> <br /> Il est bien évident qu'il faut des décisions pour que les migrants soient accueillis dans plusieurs pays différents. Comme tu le rappelles, les crises climatiques vont compliquer le problème.
M
Bonjour Rosemar, cela ne fait aucun doute ce sont des des personnes qui ont besoin d’être secourues et quel que soit leur nombre. Cependant il ne faut jamais oublier que beaucoup (toutes) parmi elles quittent un enfer pour un autre enfer où tout est à recommencer avec cette rançon de la terrible incertitude au quotidien pour l’avenir ( peurs de l’échec), qui très souvent génère beaucoup de violence et incivilités.En conclusion je pense que c’est un problème qui dépasse largement tout les bla-bla désolé nos grands politiques. Bonne journée à tous.
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R
Si l'accueil n'est pas favorable, il est certain que ces migrants ne peuvent trouver leur place....<br /> <br /> Bonne soirée, Michel
A
Avant d'émettre des objections à ton article, je te dirai en préambule que j'ai pris la peine de lire l'article sur les noyés de Calais. J' ai regardé leurs visages, tous ces destins brisés, tous ces membres de famille perdus à tout jamais. Bien évidemment ça me retourne les tripes et on est interpellés. On se dit que cet enfer doit cesser, mais il continue malheureusement...<br /> Maintenant Rosemar il faut aller jusqu'au bout du raisonnement inverse. L' Espagne ne construit pas des murs mais a installé une frontière à Ceuta-Melilla quasiment infranchissable. Que se passerait-il si tel n'était pas le cas? C'est bien simple. Le continent africain entrerait en Espagne et créerait une situation des plus chaotiques (euphémisme). Ce ne serait pas des milliers de personnes qui entreraient mais des dizaines de milliers,des millions.<br /> Un pays endetté comme l' Espagne qui compte par ailleurs 16% de sa population au chômage (40% chez les jeunes) va t'il pouvoir accueillir la misère du monde? Bien évidemment que non...<br /> En France c'est pareil. Rocard avait dit: " La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde même si elle se doit d'être généreuse".<br /> Dans ton article il n' y a pas une seule ligne sur les mafias qui s'enrichissent en organisant les trafics clandestins de personnes. CE SONT EUX LES PREMIERS COUPABLES: Pas un mot non plus pour parler des autres pays qui n'accueillent personne Chine, Australie, Russie, etc...L' Europe est le maillon faible justement parce que nous sommes plus humains que les autres...<br /> Pas un mot non plus sur le fait que, plus on fait de publicité sur les opérations de sauvetage (qu'il faut faire bien sûr MAIS DISCRETEMENT ET SANS TAPAGE MEDIATIQUE), et plus on invite des futurs migants à tenter l'aventure: le fameux effet d' appel.<br /> Donc allons jusqu'au bout du raisonnement. Se limiter à avoir de l'empathie, et ne rien entreprendre d'autre, c'est simplement se passer la corde autour du cou.<br /> Le grand succés de l'extrême.droite en France tient au fait, entre autres, que leurs votants ne savent plus à quel saint se vouer pour stopper les vagues migratoires. Ce n' est pas la haine qui anime ces électeurs, mais l'inquiétude de voir des équilibres sociaux complètement rompus...les fameuses jungles qui sont une honte...<br /> La seule solution est donc politique. Pour ma part je ne vois d'autre solution que de limiter l'immigration et de renforcer l'aide internationale et la coopération pour les populations les plus démunies. Il faut à tout prix éviter toute initiative qui peut encourager les migrants à venir.<br /> Un dernier détail. Le Brexit a dû son succés, entre autres, au fait que les grands-bretons ne voulaient plus se voir imposer des quotas d'étrangers par l' UE...En fait, si le thème migratoire n' est pas sous contrôle, il met en danger l' idée même de L'Europe. L'Italie qui était encore il y a quelques années le plays le plus europhile est devenu les plus eurosceptique.J' ai une amie qui a quitté le quartier populaire où elle vivait à Chivasso, près de Turin, tout simplement parce que selon ses propres mots ce n'était plus vivable à cause de la forte présence africaine de personnes sans travail et des pb que cela génère.Crois-moi, maintenant elle vote pour l'extrême-droite italienne et ne reviendra plus jamais dans le giron des partis traditionnels.<br /> Bonne journée l'amie
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R
Cet enfer va continuer pour les migrants... Fottorino évoque bien les maffias qui profitent de la situation :<br /> <br /> "On a tous notre part de responsabilité parce qu'on accepte que la mer fasse le boulot. On se focalise sur les passeurs. Mais pourquoi il y a des passeurs ? Parce qu'on rend les choses infranchissables. C'est comme la prohibition : quand on a prohibé l'alcool aux Etats-Unis, il y avait des trafiquants, et des maffias."<br /> <br /> S'il y a des maffias, ce n'est pas un hasard... Les opérations de sauvetage existent, oui, mais elles ne sont pas toujours efficaces. En 2015, tout le monde s'était ému de la mort de cet enfant syrien :<br /> <br /> http://rosemar.over-blog.com/2015/09/la-mort-d-un-enfant-le-choc-d-une-image.html<br /> <br /> Depuis, les naufrages se sont multipliés, et on s'habitue à cet état de fait.<br /> Alors, bien sûr, il faudrait une politique internationale pour régler le problème : accueillir les personnes en danger, aider les pays en difficulté... on en est loin...<br /> <br /> Belle soirée, AJE<br />
A
Une observation sur les extremes-droites. En France c'est énorme, l'extrême-droite pèse plus de 30%...En Espagne elle pèse bien moins, 11%...mais si la gauche s'avisait de mener une politique laxiste par rapport à l'immigration VOX ferait un bond électoral...sûr comme 2 et 2 font 4...
P
Vous avez raison d'en parler et Fottorino aussi comme moi dans mes poèmes que je mets sur mon blog et sur FB malheureusement peu lus et je fais des dons aussi aux association qui s'en occupe que ce soit en mer ou sur terre. Heureusement tout le monde n'est pas indifférent.
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R
En ce moment, on parle beaucoup du covid, et fort peu des migrants : les médias s'emparent d'un sujet et ont tendance à en oublier d'autres, hélas ! Bien sûr, tout le monde n'est pas indifférent mais ce sujet dérange...