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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 20:26

 

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"La mer perfide hululait doucement", écrit Giono, au début de son roman, Naissance de l'Odyssée : Ulysse écoute le murmure de la mer, alors qu'il est étendu, harassé de fatigue, sur une plage. Il vient d'échapper à un naufrage et semble renaître peu à peu à la vie.

 

Que de poésie dans cette simple phrase ! Que de résonnances !

 

Le verbe "hululer", employé dans cette expression, crée un effet poétique particulier, ce verbe étant le plus souvent associé à un oiseau nocturne : il signifie "crier ou pousser un long gémissement" : grâce à ce mot, la mer s'anime sous nos yeux, lance des cris.

 

La mer est doublement personnifiée puisqu'elle est, aussi, qualifiée de "perfide".

 

Ce mot "hululer" très expressif est, en fait, une onomatopée qui reproduit dans ses sonorités le cri de l'animal, le hurlement plaintif de quelqu'un qui crie, qui se lamente : la voyelle et la consonne redoublées miment ce cri : on a l'impression de l'entendre. On perçoit des bruits qui reviennent, le sac et le ressac de la mer, ses flux et ses reflux.

 

De nombreux mots qui évoquent des cris, des paroles sont des onomatopées : ainsi, les deux verbes "murmurer, marmonner" désignent le fait de parler entre ses dents, de manière indistincte...

 

La mer mugit et Ulysse, qui semble épuisé de fatigue, se laisse bercer par ces échos qui lui parviennent des flots, des échos pleins de douceur. Ses jambes sont comparées à des "algues", ses bras à des"fumées d'embrun".

 

Ainsi fusionnent le monde humain et la nature : ils semblent se confondre.

 

Comment ne pas être sensible à l'originalité de la phrase de Giono qui contient à la fois l'idée de cruauté des flots, et une impression agréable : le murmure des vagues sur la grève, un murmure apaisant ? Comment ne pas être sensible à cette harmonie qui réunit l'homme et la mer ?

 

La phrase construite sur des jeux d'opposition attire aussi notre attention, nous étonne, nous éblouit.

 

Une simple phrase nous fait entrer dans un univers poétique, fait d'images, de personnification, de contraste : c'est, là, la magie de l'assemblage des mots ! c'est, là, la magie du langage !

 

Les sonorités elles mêmes sont révélatrices : on perçoit la rudesse de la perfidie, à travers la consonne "r" contenue dans ce mot, et on ressent une forme de délicatesse grâce à la sifflante s" de l'adverbe "doucement".

 

Voilà une harmonie faite de contrastes d'idées et de sonorités, voilà une harmonie qui nous séduit et nous captive.

 

Sans cesse, dans son oeuvre, Giono nous montre une nature animée, vivante, mystérieuse : il réunit le monde humain à la nature qui l'entoure...

 

Personnifications, images, fusion de deux univers différents, Giono nous fait goûter à l'essence même de la poésie.

 

 

aède

 

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commentaires

L. HATEM 08/02/2014 12:03


Encore Un écrivain inconnu pour moi... pourtant son homme qui plantait des arbres m'a fait vibrer au point de croire l'histoire vraie...


Bises du WE Rosemar.

rosemar 08/02/2014 16:45



Il faut lire : Colline, Le hussard sur le toit, par exemple. Bonnes lectures à tous !


Bises du sud LH



ALEA JACTA EST 08/02/2014 08:36


Bonjour Rosemar et bravo pour ce billet qui donne l' eau à la bouche et l' envie de refaire un plongeon dans la prose de ce magnifique auteur.


J' ai découvert Giono à l' école primaire lors d' une dictée ( ça existe encore ça, les dictées ???)  qui décrivait un taureau sauvage croisé dans la nature par l' un de
ses personnages.


Nature omniprésente chez Giono, tellement présente qu' on pourrait définir cet auteur comme pré-chrétien ou non-chrétien...Giono sait d' autant mieux faire parler la nature qu' il semble ne s'
incliner que devant elle, sa vérité et sa toute puissance...et c' est aussi la nature qui révèle les hommes à eux-mêmes...J' ai très peu lu de lui mais j' ai le souvenir d' une
littérature âpre, violente et charnelle.


Enfin la littérature de Giono accède au statut de littérature universelle en restant confinée dans un périmètre qui ne doit pas dépasser les limites de son canton, illustrant merveilleusement la
phrase du poète portugais Afonso Lopes Vieira: " Si tu veux parler de l'universel, parle de ton village "...


Bon WE les amis

rosemar 08/02/2014 16:43



Oui, une forme d'humilité devant la nature, un message à méditer. L'homme doit s'y soumettre, accepter le rythme des saisons, et essayer de vivre en harmonie avec elle. Le style de Giono
fait d'images, de personnifications, d'anaphores est plein d'émotions et de sensibilité !


Belle journée AJE



NINA 07/02/2014 23:47


Tout-à-fait d'accord, Rosemar. C'est même toute l'oeuvre, pas seulement le style de Giono qui surpasse Pagnol.J'ai très souvent déplu et contrarié les adeptes de Pagnol en leur disant que,
Académicien ou pas, "il me pompait l'air, Pagnol" "Pagnol me bassine, Giono me fascine. Le malaise, par moi ressenti l'était par rapport a des lieux... L'importance du lieu, oui, indéfinissable..
Bonne soirée, Rosemar.


 


 


 

rosemar 08/02/2014 16:35



Giono fascine et  étonne par sa diversité : Regain, Le hussard, Le grand troupeau... On peut même parler de plusieurs styles chez Giono, un écrivain multiple !


Bon WE NINA 



NINA 07/02/2014 23:00


Je vous l'ai dit je suis une fille du Sud -Avignon-çà, c'est la Provence de Pagnol, cigales, tambourins, farandole et pastis, etc..Et puis j'ai été amenée à connaître la Provence de Giono,
totalement. Et j'y ai ressenti une grande différence. J'y ai ressenti ce "tragique solaire" dont parle si bien Camus. Cette Provence-là, moi, m'a tourmentée, mise mal à l'aise. Pourtant, lui,
Giono a dit, maintes et maintes fois que son oeuvre n'aurait jamais pu être ce qu'elle est sans le ressenti et le décor particuliers de la Provence de Manosque et des environs. Une littérature
parfois douloureuse pour ma sensibilité, mais grandiose. Bonne soirée, Rosemar.


 

rosemar 07/02/2014 23:39



Giono, c'est un univers plein de poésie : il recrée le monde, le réinvente, et même si on perçoit une angoisse très humaine dans son oeuvre, on y découvre aussi tout un humanisme. Giono
dans le style surpasse largement Pagnol.


Belle soirée NINA









fatizo 07/02/2014 22:27


C'est avec Giono que j'ai pris gout à la lecture . La nature, les hommes, d'excellentes histoires .Il y a tous les ingrédients pour faire de bons livres.


Bises et belle soirée Rosemar

rosemar 07/02/2014 23:30



C'est, là, un extrait du premier roman de Giono : on  perçoit déjà toute l'originalité de l'écriture de cet auteur, poésie, inventivité, originalité.


Bises du sud