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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 16:44
Poésie, violence, tendresse : L'Odyssée de Pi...

 

 

Poésie, violence, tendresse, émotions, aventures, tels sont les ingrédients de ce film L'Odyssée de Pi, réalisé en 2012, par Ang Lee,  adapté d'un roman à succès Histoire de Pi de Yann Martel.


On retrouve, ici, le thème ancien du voyage initiatique : celui de l'Odyssée d'Homère, récit fondateur qui n'a pas fini d'inspirer auteurs et réalisateurs.


Le film raconte l'épopée extraordinaire d'un jeune indien, nommé Piscine Molitor Patel, fils du directeur d'un parc zoologique à Pondichéry. Durant son enfance, Piscine, moqué à cause de son prénom, se présente à tous sous l'abréviation "Pi". Sa famille, ne pouvant plus tenir le zoo, décide de déménager au Canada, et d'embarquer à bord d'un cargo.... À la suite d'un naufrage, Pi se retrouve en plein océan à bord d'un canot de sauvetage, accompagné d'un zèbre, d'une hyène, d'un orang-outan et d'un tigre du Bengale, appelé Richard Parker. 


On est subjugué, dès l'introduction du film, par la beauté des images, celles des animaux, d'abord, puis celles des paysages marins : le naufrage, l'immensité des flots peuplés d'étranges créatures...

Le personnage principal fait le récit de ses aventures à un journaliste, de la même façon qu'Ulysse, dans l'épopée d'Homère, raconte rétrospectivement certains épisodes de son périple, alors qu'il se trouve à la cour du roi Alkinoos.

On retrouve, comme dans l'Odyssée d'Homère, des dangers symbolisés par des "monstres" : la hyène, qui représente le mal absolu, s'attaque aux autres animaux, menace le jeune garçon, héros de l'histoire.

Elle fait penser au Cyclope qui dévore les compagnons d'Ulysse, dans l'Odyssée primitive.

Le tigre qui a un nom humain, Richard Parker, peut évoquer ces magiciennes de l'ancienne épopée : fascinant, mystérieux et dangereux à la fois, l'animal représente une force brutale, pleine de charmes...

Le héros, confronté à la disparition de ses parents lors du naufrage, face à la violence de la hyène et du tigre, face à la solitude, la désespérance, doit trouver toutes sortes de ressources, de ruses et de stratagèmes pour échapper, lui-même, à la mort.

Le destin de l'homme est, ainsi, mis en scène, un destin fait d'épreuves, de souffrances, de conflits qui permettent à l'être humain d'évoluer, de comprendre le monde, de lutter envers et contre tout.

Belle métaphore de la vie humaine en butte à des embûches, des drames, des obstacles qu'il faut, sans cesse, franchir !

Bien sûr, dans cette épopée, les dangers sont exacerbés à l'extrême, puisque le personnage doit lutter contre des animaux sauvages, féroces et dangereux, contre les éléments qui se déchaînent : tempêtes, ouragans...

La hyène tue successivement le zèbre, le singe, et Pi se retrouve, seul, en compagnie de Richard Parker, le tigre.

Ce tigre, au nom bien humain, impressionnant de force et de beauté, est finalement dompté par le jeune garçon, au prix d'efforts inouis de patiences et de ruses...

Le film montre aussi, au début, une sorte de quête mystique du jeune Pi, adepte de l'hindouisme, puis du christianisme, de la religion musulmane, alors que son père affirme : " Ne laissez pas toutes ces belles histoires et toutes ces lumières vous abuser. La religion, c'est l'obscurité..."

Le film déroule de superbes images : celles de la tempête déchaînée, des fonds marins vertigineux, la fureur des flots sur lesquels se retrouve le héros.

Le canot de sauvetage devient une sorte d'arche de Noé, où règnent la peur, la souffrance, le désarroi... Les dangers sont permanents, avec la présence du tigre menaçant, des requins qui tournent autour de l'embarcation.

Le thème de la survie, dans un univers hostile, celui de la culpabilité sont évoqués de manière dramatique et émouvante.

Le miroir de l'eau nous fait voir les spectacles magiques des ondes reflétant des paysages célestes, emplis de nuées drapées d'or, qui bourgeonnent et s'étirent.

L'humanité, la tendresse transparaissent, quand le héros a la possibilité de tuer le tigre tombé à l'eau et qu'il le sauve de la noyade, en lui offrant la possibilité de remonter sur le canot de survie.

Un tableau nocturne de l'océan, rempli de lumières, nous fait admirer une baleine qui bondit et met, encore, en péril la vie du héros...

Après une nouvelle tempête, l'escale sur l'île luxuriante des suricates fait penser à un paradis trompeur puisque, pendant la nuit, l'île se transforme en monstre carnivore et dévore tout : on est bien dans un univers mythique, où intervient le merveilleux.

Puis, parvenu sur les côtes du Mexique, épuisé, Pi voit s'éloigner vers la jungle Richard Parker, son compagnon de naufrage, qui ne lui accorde même pas un regard : un regret pour le héros qui semble vouloir le remercier, car, c'est finalement grâce à l'animal sauvage qu'il a pu se maintenir en vie, le tigre lui donnant un but, par le dressage...

L'histoire est incroyable, et d'ailleurs les hommes de la compagnie maritime qui interrogent le jeune homme refusent de le croire.

Dès lors, devant l'incrédulité générale, le héros raconte une autre version de l'aventure avec cette fois, des survivants humains, le cuisinier, un marin, la mère de Pi.

Dans cette deuxième version, le tigre se confond avec le jeune garçon.

La première version emporte, bien sûr, la préférence du journaliste qui recueille l'histoire de Pi.

Beau mensonge, histoire vraie, magnifiée ?

Le film démontre bien l'illusion de la littérature qui transforme la réalité pour la rendre plus belle : Ulysse, le héros de l'ancienne épopée, ce beau parleur, n'a t-il pas lui-même embelli sa propre histoire, grâce au poète qui retranscrit ses aventures, Homère ?

Belle réflexion sur l'oeuvre d'art qui réinvente la réalité, sur les difficultés de la vie humaine, ce film nous donne des leçons de courage, nous révèle les beautés des océans et du monde, met en scène l'instinct de survie  de l'homme et des animaux, nous fait, tout simplement,  rêver à une belle histoire...

 

 

 

 

 

 

Poésie, violence, tendresse : L'Odyssée de Pi...
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17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 16:23
Profs : toutes les difficultés du métier...

 


Un dossier consacré aux professeurs, sur le journal Le Point, met en évidence toutes les difficultés de ce  métier. Le titre est éloquent : "Nos profs sous-payés, rabaissés, abandonnés, les ravages de la bureaucratie"... Je n'ai pas lu ce dossier, mais il est évident qu'il révèle un malaise profond dans cette profession.


Les enseignants, confrontés à un public de plus en plus nombreux, de plus en plus hétérogène, subissent des pressions, de la part des parents qui exigent des résultats, ces parents qui en viennent à contester leur autorité, leurs notations.

Les adolescents, eux-mêmes, rusent, mentent à leurs parents, sur leurs notes, et les parents n'hésitent pas à accuser les professeurs d'erreurs commises sur les bulletins, cela m'est arrivé.

On sent que notre autorité est, sans cesse, remise en question et bafouée : avec internet, les élèves ont l'impression illusoire de dominer tout le savoir et de surpasser l'enseignant.

Quelle erreur ! J'ai entendu, un jour, un adolescent à qui j'avais posé une question me faire cette réponse : "Il suffit d'aller voir sur Google ! C'est écrit !"

Oui, c'est écrit sur Google, mais la réflexion, la véritable maîtrise du savoir ne sont pas données par Google. 

Les enseignants, eux, délivrent des méthodes, des savoirs assimilés, ils ont une expérience qui doit être reconnue et qui ne l'est plus...

Les tâches des enseignants se multiplient : organisations de bacs blancs, oraux, écrits, convocations à des réunions, parfois totalement inutiles, contraintes administratives diverses...

Le travail de correction des copies s'alourdit, face à des classes de plus en plus chargées : 36 élèves en lycée.

La gestion de ces classes pose, parfois, des problèmes : indiscipline, bavardages, insolence.

Les enseignants qui fournissent un travail complexe, difficile ne sont plus reconnus par la société : mal payés, déconsidérés, ils deviennent des boucs émissaires dans une société en crise, en perte de repères.

Un article publié sur le journal Marianne, sous la plume d'Antoine Desjardins, révèle bien ce malaise, il s'intitule "Et si un ministre de l'Educcation nationale proposait aux élèves... de travailler..." Dans une société où l'enfant est roi,  les adolescents ne sont même plus jugés responsables de leurs échecs, dans tous les cas, ce sont les enseignants qui sont mis en cause...

Ces enseignants qui ne sont même plus perçus comme une autorité, alors qu'ils ont des compétences, une expérience, un savoir acquis, au cours d'années d'études et d'enseignement.

Les parents n'ont même pas conscience des contraintes et des difficultés de ce métier : le plus souvent, ils voient les enseignants comme des privilégiés, bénéficiant de vacances, de loisirs.

Or, ce métier mobilise constamment l'attention et l'esprit de l'enseignant qui doit toujours prévoir les cours du lendemain, de la semaine, du trimestre : il faut organiser une progression, prévoir des devoirs en fonction de cette progression...

Il faut, constamment, anticiper sur la suite, préparer des questions à donner aux élèves pour la semaine suivante, il faut répondre aux attentes, à toutes les questions des parents et des élèves...


Pendant les heures de cours délivrés aux élèves, l'attention est permanente, il faut organiser des débats, contrôler la concentration des élèves, garder en éveil cette concentration !

Chaque heure de cours demande une préparation, et une mobilisation totale de l'enseignant.

Oui, ce métier est exigeant et complexe, et l'administration considère trop souvent les professeurs avec une certaine hauteur et un certain mépris : nous ne sommes plus que des pions sur un échiquier.

Le ministère, éloigné du terrain, ne perçoit plus du tout les difficultés de ce métier, les inspecteurs, de la même façon, sont dans une bulle de certitudes, complètement coupés des réalités : recevant des consignes du ministère, ils les appliquent à la lettre...

Ainsi, les enseignants se retrouvent souvent isolés, face à leur hiérarchie, face à l'administration et aux parents qui les rendent responsables de tous les maux.

Un phénomène inquiétant mérite d'être signalé : en période de crise, plus de mille professeurs ont démissionné, l'année dernière. Le ministère peine, aussi, à recruter des candidats pour les concours d'enseignement : on voit bien qu'il faut trouver des solutions face à cette crise du recrutement qui ne fait que s'amplifier... ce métier qui n'attire plus les vocations doit impérativement être remis à l'honneur et revalorisé : ce métier, au centre même de nos sociétés, ce métier essentiel devrait mériter reconnaissance et respect : ce n'est plus le cas...




L'article de Marianne :

 

http://www.marianne.net/agora-si-ministre-education-nationale-proposait-aux-eleves-travailler-100233532.html

 

 

 

 

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16 mai 2015 6 16 /05 /mai /2015 16:17
Mais qu'elle est belle, cette fraise sauvage !

 


"Et oui ! Je le sais bien !
Je n'emporterai rien,
Pas même l'ombre d'un nuage.
Mais qu'elle est belle, dans ma main,
Cette fraise sauvage !"

Tels sont les vers de Maurice Carême qu'on peut lire, dans le jardin des poètes, à Paris... On y découvre toute la beauté  et la simplicité de ce fruit du printemps, aux couleurs éblouissantes...


La fraise, petit fruit oblong, aux teintes de feux, laisse voir, sur sa surface, de légères graines aux teintes de vert pâle, elle se termine par une collerette aux couleurs de verdures, aux éclats nuancés...

La fraise rutile de ses enluminures rouges... à l'intérieur, le fruit révèle des embruns glacés et translucides de pulpes blanches et roses.

Ouvert, le fruit devient miroir lumineux,  exhale des fragrances inouies.

La fraise exalte, aussi, une substance pleine de douceur, des sucs rouges aux parfums printaniers...

Le mot lui-même, avec sa fricative initiale, sa consonne sifflante "s" suggère tant d'harmonie... Seule la gutturale "r" lui confère un aspect rustique, plein de charmes...

La collerette danse sur le fruit, l'habille de verdures, et le fruit piqueté de graines d'un vert léger, se pare d'éclats.

Des odeurs sucrées de bois s'envolent, auréolent le fruit plein de saveurs.


La Mara des bois, très parfumée nous emmène vers des sous-bois mystérieux, des ombrages apaisants et des parfums subtils.

Reine des vallées, ciflorette, gariguette, charlotte, jolis noms de fraises !

 

Couleurs, parfums, sucs s'accordent dans ce fruit lumineux !

Les noms mêmes des fraises nous font découvrir des paysages, la garrigue éblouie de soleils, des fleurs, des forêts, des vallonnements.

La garrigue âpre, parfumée de thym, la garrigue aux embruns de lavandes et de romarins.

Des bois aux écumes de mousse, des arbres, de douces obscurités...


Le mot "fraise" issu du latin "fraga" remonte à l'antiquité : probablement venu d'un verbe "fragro", "exhaler une odeur", le terme souligne les parfums délicieux de ce fruit... On reconnaît, aussitôt, le radical du nom "fragrance".

Quelles fragrances dans la fraise ! Quels éclats ! Quelles couleurs !

Le temps des fraises est revenu : du bonheur pour les yeux, pour le goût, des saveurs, des parfums !


 

 

Photo : Benoit Kommann   creative commons

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15 mai 2015 5 15 /05 /mai /2015 16:05
Il ne put en retrouver une seule miette...

 

 



"Le petit Poucet ... croyait retrouver aisément son chemin, par le moyen de son pain qu'il avait semé partout où il avait passé ; mais il fut bien surpris lorsqu'il ne put en retrouver une seule miette : les oiseaux étaient venus, qui avaient tout mangé."

 

Tout le monde se souvient de cet épisode célèbre du conte de Perrault, où le personnage du petit Poucet, confronté à l'épreuve de l'abandon, sème des miettes de pain sur son passage... Mais, il prend conscience, plus tard, que les oiseaux ont picoré les miettes avec avidité...

Ce mot "miette" est si évocateur, si léger, il suggère tant d'images !

La "miette" qui désigne une des petites parcelles qui tombent du pain, quand on le coupe, évoque de bonnes odeurs de pain, de petit déjeuner...

On reconnaît, dans ce nom, une formation de diminutif, avec un suffixe -ette qu'on trouve dans de nombreux mots pleins de charme : "maisonnette, fleurette, dinette, clochette, bouclette, lunette, noisette"...

La "miette",  petite portion de "mie", vient d'un terme latin "mica", "parcelle, miette, grain"...


On rapproche le mot du radical de l'adjectif grec : "micros", "petit" qui a donné de nombreux dérivés, en français : "microscopique, microbe, microcosme, microfilm."


La miette est bien de l'ordre du "minuscule", autre mot qui vient de ce même radical...

Le mot lui-même nous fait voir de petits débris de pain ou d'objets brisés : labiale initiale, dentale finale, ce terme bref  correspond bien à la réalité qu'il désigne...

La voyelle "i", assez aiguë, peut traduire l'idée d'une brisure et d'un morcellement soudain et brutal.

Le nom lui- même du minéral, le "mica" est issu directement du mot latin "mica", car, on le sait, ce minéral a tendance à s'émietter facilement.

"La miette, la mie, le mica, le microscope, minuscule", autant de mots issus d'un même radical et dont on ne soupçonne pas toujours les relations de sens...
Le français a su les intégrer avec des variations de significations tout à fait étonnantes.

J'aime ce mot "miette" qui comporte une valeur affective et tendre avec son suffixe de diminutif, sa labiale "m' associée souvent à une idée de tendresse.

J'aime ce mot qui évoque le pain, ses saveurs croustillantes, ses rondeurs de mies, un goût simple : du pain, du beurre, des tartines trempées dans le café, au petit matin, des senteurs de pains grillés.

La miette, petite parcelle de pain, aux éclats de mie fait rayonner des teintes de candeurs, le pain se brise, se morcelle et répand des brisures.

 

La miette, parfois envahissante, se répand, tombe sur la table, le sol, s'éparpille, mais elle révèle tous les éclats du pain, elle montre un pain croustillant à souhait, qui s'épanche, avec bonheur...

 

Le pain, symbole de vie, de partage, de travail, nourriture essentielle se brise en parcelles dorées.

Mais, il est vrai que les miettes peuvent symboliser, aussi, la pauvreté, la misère, puisqu'il ne reste à certains que des "miettes".

Ainsi, ce petit mot revêt différentes valeurs contrastées : plein de tendresse, il peut suggérer toute la misère du monde...



 

 

 

 

 

Il ne put en retrouver une seule miette...
Il ne put en retrouver une seule miette...
Il ne put en retrouver une seule miette...
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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 16:07
Le scandale de l'ascension...

 

Variations sur un mot : l'ascension...

L'ascension, fête religieuse de l'espérance indique une élévation, l’Église célèbre l'élévation du Christ : Jésus monte dans le ciel, connaît une résurrection, une renaissance.



L'ascension indique un mouvement vers le haut, une transcendance, une exaltation : ce mot aux sonorités de sifflante répétée, avec ses deux voyelles nasalisées "en" et ""on", semble suggérer un envol, une légèreté...

Le mot semble mimer une évanescence, une envolée mystérieuse, pleine de douceur.

Et pourtant, certaines ascensions sont douloureuses : quand il faut gravir une montagne, le corps est à la peine, les muscles sont tendus vers l'effort... mais le bonheur de parvenir au sommet efface les contraintes et les douleurs de la fatigue.

L'ascension permet d'atteindre des sommets de plénitude, des paysages éblouissants, des ciels d'un bleu infini, des cripures de nuées sur l'azur, des vertiges de hauteurs, des envols d'oiseaux, des dégringolades de pins...

 

Ce mot venu d'un verbe latin "scando", "monter, escalader", doit être, curieusement, rattaché au nom grec "scandalon" qui désigne, à l'origine, "un piège, un obstacle" à franchir...

Les mots "scandale" et "ascension" appartiennent donc à la même famille de mots !

Curieux rapprochement de deux mots qui semblent si éloignés l'un de l'autre !


Les mots latins associés sont, aussi, le nom "scala", "l'échelle"( avec les dérivés français : l'escalier, l'escale, l' escalade, escalader) les verbes préfixés en -scendere : ascendere, "monter", descendere, "descendre", transcendere, "passer par-dessus"... On peut citer de nombreux termes qui viennent de ce radical : "ascendance, ascendant, ascenseur, ascensoriste, ascensionnel, condescendance, condescendant, condescendre, descendance, descendant, descendre, descente, transcendance, transcendant, transcendantal, transcender..."


Une évolution populaire du radical "sca"- en "éch"- a abouti à quelques termes : "échalier, échantillon, échantillonnage, échelle, échelon, échelonner."

Enfin, à partir du mot grec "scandale", on a formé "scandaliser, scandaleux et esclandre"....

Dans un certain nombre de mots, l'idée d'élévation n'est plus perceptible, et on voit bien, ainsi, l'évolution que peuvent connaître les mots, par l'ajout de préfixes, par une spécialisation de sens.


Parfois, la notion d'élévation demande une explication : par exemple, "scander" un vers, c'est mettre en évidence les syllabes accentuées dans un vers, en élevant la voix.

Le scandale, grave affaire qui émeut l'opinion, suscite une indignation et le mot a, quelque peu, perdu son sens premier d'obstacle à franchir.


Cette belle famille de mots montre toute la variété des dérivations, la souplesse de la langue française, sa capacité à intégrer des mots avec des modifications phonétiques...

Elle montre, aussi, toute la richesse des langues premières : le latin et le grec où nous avons puisé tant de mots de vocabulaire !


L'ascension peut-elle constituer un scandale ?

Non, bien sûr... sauf quand elle concerne certains hommes et femmes politiques qui font fi de toutes les règles morales, qui s'enrichissent grâce à des malversations, qui prospèrent sur la misère des pauvres gens : ces scandales existent, ils sont de plus en plus nombreux, on peut évoquer, à ce sujet, les différentes affaires qui encombrent la vie politique du couple Balkany, par exemple...

Oui, de telles ascensions sont scandaleuses et indignes : quand seront-elles, vraiment, punies et sanctionnées par la justice ?

On peut se poser la question...


 

 

Le scandale de l'ascension...
Le scandale de l'ascension...
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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 16:48
Vive l'éclectisme !

 


Vive l'éclectisme ! Sur un blog, il est permis d'aborder toutes sortes de sujets : actualités, politique, expériences, littérature, poésie, musique, chansons, cinéma, peinture, étude de mots... Pourquoi toujours évoquer les mêmes thèmes ? La diversité apporte une saveur particulière, un bonheur de dire et d'exprimer des idées, des impressions, des sensations diverses.

J'aime l'éclectisme, il permet d'échapper à la routine quotidienne, souvent pesante pour chacun d'entre nous, il nous offre une évasion vers des sentiers différents, des respirations nouvelles, des ouvertures.

Un blog donne à chacun cette liberté de penser : une occasion de partager des émotions, des lectures, des mots que l'on apprécie...

Le plaisir des mots a tendance à se perdre : retrouvons-le dans l'éclectisme, afin d'échapper à une certaine monotonie de la vie...

Chaque mot peut être une occasion d'explorer sa composition, son étymologie, ses sonorités, ses divers sens figurés....

Les mots sont  des aides précieuses que nous oublions trop souvent de goûter, eux qui nous permettent d'exprimer ce que nous ressentons, eux qui nous accompagnent tous les jours dans notre vie, eux qui nous apportent l'essentiel : la communication, l'échange...

Chaque mot comporte une histoire, est rempli de connotations, d'anecdotes, de souvenirs, chaque mot peut être comme une découverte.

La poésie elle-même permet de redécouvrir le monde, elle le réinvente, nous en fait mieux percevoir les contours, elle magnifie tout ce que nous ne voyons plus, faute d'attention sur ce qui nous entoure.


L'art pictural nous offre tant de merveilles à admirer : paysages de Cézanne inondés de soleils, scènes champêtres de Watteau, champ de coquelicots de Monet, tableaux éblouissants des peintres impressionnistes...


La culture si diverse et les arts nous apportent un éclectisme bénéfique, une façon de renouveler le quotidien.

La littérature est, aussi, une source inépuisable d'éclectisme, avec tant de genres littéraires : romans, poésies, théâtre, essais.

La littérature, mine d'éclectisme, aborde tous les sujets, elle fait appel à une mise en forme, à des styles très différents, elle nous fait voyager dans le temps et l'espace : on aime la pensée mouvante et paradoxale de Montaigne, le rire bouffon et dénonciateur de Rabelais, on se laisse bercer par la poésie de Verlaine, on rêve sur des vagues marines  avec Baudelaire, on apprécie les satires de Voltaire, on rit, avec Molière, de défauts éternels, l'hypocrisie, la bêtise, la fausse science...

On est subjugué par des histoires fantastiques, qui nous emmènent entre rêve et réalité, on connaît toutes sortes d'émotions : peur, angoisse, admiration, étonnement, incertitudes...  

On admire le style épuré et classique de La Bruyère, la gouaille et le parler populaire de Céline, la langue imagée de Giono.

La musique, les chansons sont, aussi, sources d'épanouissements et de plaisirs nouveaux : que de diversité dans cet univers, tant de beautés et d'harmonies que l'on n'a jamais fini d'épuiser ! Vivaldi, Bach, Mozart, Massenet, Quantz, Puccini, et tous les autres nous emportent dans des tourbillons d'émotions...

Chaque instrument a ses caractéristiques et ses attraits : la guitare, éblouissante, la flûte, enchanteresse, la harpe et sa magie de sons limpides !

L'actualité, aussi, riche d'événements, parfois dramatiques, révoltants ou cocasses est une source d'inspiration permanente et sans cesse renouvelée...

Le monde actuel si complexe nous permet d'aborder toutes sortes de sujets.

Vive l'éclectisme ! Il nous offre l'occasion d'échapper à la monotonie ambiante, c'est, sans conteste, une façon de vivre en harmonie avec le monde, de nous intéresser à tout ce qui fait la vie...

Avec l'éclectisme, on choisit dans une variété infinie de sujets !

 

 

 

 

 

 

Photos : rosemar

Vive l'éclectisme !
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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 16:33
Nicolas Sarkozy vole au secours de l'école !

 

 

On l'attendait au détour du chemin, voilà que Nicolas Sarkozy commente la réforme des collèges de Najat Vallaud-Belkacem !


Nicolas Sarkozy, président de l'UMP, a affirmé que l'école de la République était "en danger", dénonçant, lors d'un meeting aux Pavillons-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, la réforme des collèges qu'il juge "désastreuse pour notre République". 


Oui, on perçoit, là, le grand problème de nos hommes politiques : ils passent leur temps à critiquer le pouvoir en place, quand ils sont dans l'opposition, et dès qu'ils sont au pouvoir, ils commettent les mêmes erreurs.


Certes, la réforme des collèges, proposée par Najat Vallaud-Belkacem est une régression, elle menace des enseignements essentiels comme le latin, le grec, l'allemand... Elle ne met pas, suffisamment, l'accent sur l'importance des apprentissages la grammaire, l'orthographe...


Pour justes que soient les critiques de l'ancien président de la République, lui et ses ministres n'ont guère brillé dans la gestion du ministère de l'éducation nationale : suppression massive de postes, suppression de l'année de stages pour les jeunes enseignants, mépris de la culture...


Pendant les 5 années du mandat de Nicolas Sarkozy, l'école a été mise à mal, les enseignants ont été méprisés et déconsidérés.

Les lettres classiques ont été sacrifiées, au nom de logiques comptables et dans un souci de rentabilité, les heures d'enseignement ont été réduites en fonction des effectifs, placées en fin de journée, ce qui décourageait les élèves motivés.

En lycée, les heures appelées pompeusement "accompagnements personnalisés", sont effectuées en classe complète...

Il semble, donc, que l'actuel gouvernement ne fait que poursuivre la politique de sape et de saccage de l'éducation.


Il semble que l'on retrouve encore et toujours cette volonté de détruire l'école de la République...

Pourquoi votons-nous, dans la mesure où, dans de nombreux domaines, les politiques menées par les uns et les autres se ressemblent ?

Quelle est l'alternative ?

Certes, le gouvernement socialiste a promis de recruter de nouveaux enseignants, mais sur le terrain, la situation n'évolue pas : des classes de 36 élèves en lycée, donc des charges de travail très lourdes, des contraintes administratives de plus en plus nombreuses, des missions toujours plus complexes : il m'est arrivé de devoir aller chercher des copies du baccalauréat, dans une ville située à plus de 50 km de mon domicile, et il a fallu les retourner, après correction...


Il m'est arrivé d'être convoquée pour une réunion d'information sur le déroulement d'épreuves du bac, une réunion totalement inutile puisque des consignes écrites suffisaient à cette information !


Les contraintes se multiplient à l'infini : journée de préparation au bac, établissement des listes de textes étudiés au bac qui doivent être accessibles en format numérique, mais également sur support-papier donné aux élèves, bacs blancs écrits, oraux, devoirs communs etc.


Les enseignants deviennent des girouettes, des marionnettes : la hiérarchie ne perçoit pas, souvent, tout le travail acompli sur le terrain et ne voit dans les enseignants que des exécutants au service d'un pouvoir aveugle, borné...


Et les politiques, éloignés de la réalité, dans leur bulle, ont beau metttre en évidence tout le travail accompli par les professeurs, ils n'en tiennent plus vraiment compte et alourdissent, sans arrêt, leurs tâches.


Le ministère peine à recruter des enseignants : il ne faut plus s'en étonner !


 

 

Nicolas Sarkozy vole au secours de l'école !
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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 16:42
Dom Juan, le combat de Molière...

 


 

 

Dom Juan, personnage de séducteur n' a pas été inventé par Molière : celui-ci suit une tradition littéraire. Dom Juan est né en Espagne, en 1630, sous la plume d'un moine : Tirso de Molina.


Dans la pièce espagnole, Dom Juan,  vil séducteur, arrogant, plein de morgue, est puni à la fin de la pièce, et meurt, sous la vindicte divine, aprés s'être repenti... La pièce de Tirso de Molina a, donc, un but moralisateur : le libertin, celui qui s'affranchit de la foi et de la morale religieuse, est condamné irrémédiablement. Le moine Tirso de Molina oeuvre pour l'église et en défend les valeurs...


La pièce de Molière, elle, est plus ambiguë : certes, on retrouve le personnage de séducteur qui trompe les femmes sans vergogne, se moque d'elles : Dom Juan abandonne Done Elvire après l'avoir épousée, il séduit,  tour à tour, deux jeunes paysannes, Mathurine et Charlotte, leur promet le mariage et abuse de leur crédulité, il leur fait, même, croire qu'elles peuvent échapper à leur misérable condition de paysannes... 


Pourtant, Dom Juan fait preuve d'un certain courage : à la fin de la pièce, il affronte son destin, la mort, la vengeance divine, avec une audace, une détermination hors du commun : confronté à la présence divine, au surnaturel, il reste fidèle à lui-même, et refuse de se repentir.


Personnage sulfureux, cruel, séduisant, Dom Juan sait manier les mots, le discours qui lui sert à tromper, et il sait, à l'occasion, se faire poète dans ses propos sur le plaisir de la conquête...

Le héros de la pièce incarne une forme d'indépendance, refusant les conventions et les croyances de son temps. 

Quelles sont, donc, les intentions de Molière dans cette pièce ? Paradoxalement, alors que Molière met en scène un héros libertin, féroce, avide de plaisirs et de libertés, Dom Juan est avant tout une pièce de combat contre le fanatisme religieux qui triomphe au 17ème siècle.


Il ne faut pas oublier que la pièce a été écrite, juste après l'interdiction d'une autre pièce de Molière : Tartuffe. Les autorités religieuses sont intervenues, pour censurer cette oeuvre qui mettait en scène un faux dévot dangereux, ridicule et grotesque. Evoquer le thème religieux dans une comédie, voilà qui n'était pas du goût de certaines compagnies religieuses, notamment de la fameuse compagnie du Saint Sacrement !


Après l'interdiction de Tartuffe, Molière, directeur d'une troupe de théâtre, écrit immédiatement une autre pièce, pour occuper la scène et faire vivre ses acteurs : Dom Juan.

Dès lors, on ne s'étonnera pas de voir Molière s'attaquer à la religion, à ses représentants, surtout. Son but est de dénoncer le fanatisme religieux dont il vient d'être, lui-même, la victime.

Il faut, bien sûr, se livrer à cette critique avec une certaine subtilité, pour échapper à la censure. Ainsi, la pièce s'ouvre curieusement sur un éloge du tabac prononcé par Sganarelle, le valet de Dom Juan. Or le tabac était, à l'époque, interdit par l'église et les autorités religieuses. Molière, avec cet éloge amusant, défie le monde religieux, tout en le ménageant, car l'éloge est, aussi, quelque peu ridicule.


Par ailleurs, Molière revient sur le thème de l'hypocrisie religieuse qu'il a déjà voulu dénoncer dans Tartuffe : en effet, le personnage de Dom Juan feint, à l'acte V, une conversion religieuse, afin d'échapper aux reproches de son père et de la société : il s'agit, là, d'une tactique. Molière montre, ainsi, que les dévots ne sont, parfois, que des libertins déguisés, et qu'ils prennent le masque de la religion, pour commettre les pires méfaits... d'ailleurs, l'actualité révèle encore, hélas, que sous couvert de la religion, certains se livrent aux pires perversions...


Ainsi, curieusement, tout en peignant un libertin, un séducteur sans foi, ni loi, Molière dénonce la religion qui détient tant de pouvoirs en son temps, même celui de censurer ses pièces, même celui de se livrer aux pires excès, sous le manteau de la religion.

Le personnage de Sganarelle qui défend la religion face à son maître, fait preuve d'une piété quelque peu ridicule : ainsi, il met sur le même plan, la religion et les superstitions, comme le "loup garou"...

Certes, Dom Juan est puni, à la fin de la pièce, dans une mise en scène très spectaculaire, il est englouti dans les feux de l'enfer, dans une atmosphère d'apocalypse : tonnerre, foudre, éclairs... Mais il reste indompable, refuse de se repentir, et la pièce s'achève dans le rire, avec l'intervention finale de Sganarelle, le valet de Dom Juan qui se contente de regretter ses gages, alors que son maître vient de mourir. Le rire dénonciateur l'emporte, à la fin de la pièce.


Certains passages de Dom Juan furent censurés, coupés et interdits, dès les premières représentations. La pièce, elle-même, ne fut pas jouée très longtemps. Plusieurs scènes furent, à l'époque, jugées scandaleuses, notamment, l'éloge de l'inconstance prononcé par Dom Juan, propos subversifs par lesquels le personnage inverse les valeurs traditionnelles, ou encore la scène du pauvre placée au coeur même de la pièce : Dom Juan s'amuse à séduire un pauvre hère, essaie de le contraindre au blasphème, en lui proposant un louis d'or : le blasphème était un péché puni de mort au 17ème siècle...

Dom Juan se heurte, alors, à l'intransigeance du pauvre homme, à sa foi sincère car le vieil homme refuse de blasphémer.... Dom Juan apparaît, ici, comme un être diabolique, dans sa tentative de corrompre cet ermite et dans son désir de le séparer de Dieu.

La pièce a aussi le mérite de mettre en évidence les inégalités  qui divisent la société du 17 ème siècle : d'un côté, un libertin qui fait partie de la caste des nobles, qui s'amuse à séduire de jeunes femmes, de l'autre, des paysans et des paysannes qui parlent patois, qui se laissent facilement abuser par ce "grand seigneur, méchant homme."

Le personnage du pauvre ermite qui intervient, au coeur de la pièce, nous montre, aussi, toute la misère du petit peuple, et ce pauvre, malgré son désarroi, sait rester digne, car il refuse de blasphémer, face à la tentation du louis d'or que lui propose Dom Juan.

Au passage, Molière se livre, aussi, à une satire de la médecine de son temps, un thème récurrent dans son oeuvre... Sganarelle déguisé en médecin, faisant l'éloge de la médecine, la présente, en fait, comme une escroquerie, elle devient une sorte de "croyance", au même titre que la religion, et il suffit de porter un habit de médecin pour acquérir de la considération auprès des malades.


En tout cas, cette pièce pleine de subtilités, mélange de tragédie et de comédie, est bien une oeuvre de dénonciation et de combat : elle reste, hélas, plus que jamais d'actualité ! Le fanatisme religieux qui s'érige en censure est condamnable.

L'apparence de religion ou de bonté dont se couvrent certains pour commettre les pires actions doit être dénoncée. Les inégalités sont, encore, présentes dans notre monde et elles ont, même, tendance à s'aggraver, avec la crise et ses conséquences.

Ainsi, cette pièce qui dénonce des excès de toutes sortes, ceux de la religion, ceux des grands de ce monde, reste d'une grande modernité...




 

 

La tirade sur l'inconstance :

 



DON JUAN. - Quoi ? tu veux qu'on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu'on renonce au monde pour lui, et qu'on n'ait plus d'yeux pour personne ? La belle chose de vouloir se piquer d'un faux honneur d'être fidèle, de s'ensevelir pour toujours dans une passion, et d'être mort dès sa jeunesse à toutes les autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux ! Non, non : la constance n'est bonne que pour des ridicules ; toutes les belles ont droit de nous charmer, et l'avantage d'être rencontrée la première ne doit point dérober aux autres les justes prétentions qu'elles ont toutes sur nos cœurs. Pour moi, la beauté me ravit partout où je la trouve, et je cède facilement à cette douce violence dont elle nous entraîne. J'ai beau être engagé, l'amour que j'ai pour une belle n'engage point mon âme à faire injustice aux autres ; je conserve des yeux pour voir le mérite de toutes, et rends à chacune les hommages et les tributs où la nature nous oblige. Quoi qu'il en soit, je ne puis refuser mon cœur à tout ce que je vois d'aimable ; et dès qu'un beau visage me le demande, si j'en avais dix mille, je les donnerais tous. Les inclinations naissantes, après tout, ont des charmes inexplicables, et tout le plaisir de l'amour est dans le changement. On goûte une douceur extrême à réduire, par cent hommages, le cœur d'une jeune beauté, à voir de jour en jour les petits progrès qu'on y fait, à combattre par des transports, par des larmes et des soupirs, l'innocente pudeur d'une âme qui a peine à rendre les armes, à forcer pied à pied toutes les petites résistances qu'elle nous oppose, à vaincre les scrupules dont elle se fait un honneur et la mener doucement où nous avons envie de la faire venir. Mais lorsqu'on en est maître une fois, il n'y a plus rien à dire ni rien à souhaiter ; tout le beau de la passion est fini, et nous nous endormons dans la tranquillité d'un tel amour, si quelque objet nouveau ne vient réveiller nos désirs, et présenter à notre cœur les charmes attrayants d'une conquête à faire. Enfin il n'est rien de si doux que de triompher de la résistance d'une belle personne, et j'ai sur ce sujet l'ambition des conquérants, qui volent perpétuellement de victoire en victoire, et ne peuvent se résoudre à borner leurs souhaits. Il n'est rien qui puisse arrêter l'impétuosité de mes désirs : je me sens un cœur à aimer toute la terre ; et comme Alexandre, je souhaiterais qu'il y eût d'autres mondes, pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses.

 

La tirade sur l'hypocrisie : 

Dom Juan à Sganarelle :

Il n’y a plus de honte maintenant à cela : l’hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus. Le personnage d’homme de bien est le meilleur de tous les personnages qu’on puisse jouer aujourd’hui, et la profession d’hypocrite a de merveilleux avantages. C’est un art de qui l’imposture est toujours respectée ; et quoiqu’on la découvre, on n’ose rien dire contre elle. Tous les autres vices des hommes sont exposés à la censure et chacun a la liberté de les attaquer hautement, mais l’hypocrisie est un vice privilégié, qui, de sa main, ferme la bouche à tout le monde, et jouit en repos d’une impunité souveraine. On lie, à force de grimaces, une société étroite avec tous les gens du parti. Qui en choque un, se les jette tous sur les bras ; et ceux que l’on sait même agir de bonne foi là-dessus, et que chacun connaît pour être véritablement touchés, ceux là, dis-je, sont toujours les dupes des autres ; ils donnent hautement dans le panneau des grimaciers, et appuient aveuglément les singes de leurs actions. Combien crois-tu que j’en connaisse qui, par ce stratagème, ont rhabillé adroitement les désordres de leur jeunesse, qui se sont fait un bouclier du manteau de la religion, et, sous cet habit respecté, ont la permission d’être les plus méchants hommes du monde ? On a beau savoir leurs intrigues et les connaître pour ce qu’ils sont, ils ne laissent pas pour cela d’être en crédit parmi les gens ; et quelque baissement de tête, un soupir mortifié, et deux roulements d’yeux rajustent dans le monde tout ce qu’ils peuvent faire. C’est sous cet abri favorable que je veux me sauver, et mettre en sûreté mes affaires. Je ne quitterai point mes douces habitudes ; mais j’aurai soin de me cacher et me divertirai à petit bruit. Que si je viens à être découvert, je verrai, sans me remuer, prendre mes intérêts à toute la cabale, et je serai défendu par elle envers et contre tous. Enfin c’est là le vrai moyen de faire impunément tout ce que je voudrai. Je m’érigerai en censeur des actions d’autrui, jugerai mal de tout le monde, et n’aurai bonne opinion que de moi. Dès qu’une fois on m’aura choqué tant soit peu, je ne pardonnerai jamais et garderai tout doucement une haine irréconciliable. Je ferai le vengeur des intérêts du Ciel, et, sous ce prétexte commode, je pousserai mes ennemis, je les accuserai d’impiété, et saurai déchaîner contre eux des zélés indiscrets, qui, sans connaissance de cause, crieront en public contre eux, qui les accableront d’injures, et les damneront hautement de leur autorité privée. C’est ainsi qu’il faut profiter des faiblesses des hommes, et qu’un sage esprit s’accommode aux vices de son siècle.


Extrait de la scène 2 de l'acte V de Dom Juan - Molière

 

 

 

 

Dom Juan, le combat de Molière...
Dom Juan, le combat de Molière...
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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 16:15
Emmanuel Todd ose comparer Valls à Pétain...

 


Ls mots dépassent, parfois, la pensée, mais quand on s'exprime devant des médias, il faut, tout de même, réfléchir à la portée des propos que l'on tient...

Sur BFM TV, Emmanuel Todd a étrillé le Premier ministre, qu'il juge"vraiment bête", et dont l'optimisme évoque, pour lui, celui "du maréchal Pétain" ! Ces propos féroces, sans nuance dénotent une haine virulente contre le pouvoir en place. Emmanuel Todd dénonce, souvent, à juste titre une politique libérale qui aggrave les inégalités.

Mais, quand l'argumentation passe par l'insulte, le dénigrement ou des comparaisons plus qu'approximatives, elle n'a plus grande valeur.

Les propos d'Emmanuel Todd frisent le ridicule, tant ils sont excessifs et inappropriés.

"Seul, un premier ministre désoeuvré peut perdre son temps à faire faire des notes par des collaborateurs... pour moi, ça indique soit qu'il na pas lu mon livre, soit qu'il est vraiment bête, les deux ne s'excluent pas, d'ailleurs... Nous avons un premier ministre optimiste, le taux de chômage est à 10 %, il augmente. L'islamophobie se répand, pour moi, l'optimisme de Manuel Valls, c'est l'optimisme du maréchal Pétain", a-t-il déclaré...

On voit que le sociologue a, tout de même, tendance à tout mélanger, le problème du chômage n'a aucun rapport avec les manifestations du 11 janvier, ce sont, là, de curieux amalgames.

Il apparaît, aussi, normal que Manuel Valls ait commenté l'ouvrage polémique d'Emmanuel Todd, dans la mesure où le sociologue présente les manifestations du 11 janvier comme une imposture.

Si de nombreux français sont descendus dans la rue, le 11 janvier, c'était, d'abord, pour manifester leur soutien aux familles des victimes, qui n'étaient pas tous des journalistes. L'émotion a été grande, partout en France et, moi-même, quand j'ai appris les attentats meurtriers contre Charlie Hebdo, j'étais submergée par une forme de désarroi et par une immense tristesse.


Non, on ne peut pas affirmer que les manifestations du 11 janvier étaient dirigées contre les musulmans... ce mouvement visait tous les intégrismes et les fanatismes, et était, surtout, une révolte contre l'ignominie des assassinats perpétrés par des terroristes...


Ces victimes ne méritaient-elle pas soutien et compassion ? Pourquoi Emmanuel Todd n'en parle-t-il pas ?

Emmanuel Todd, dans son souci de défendre des minorités qu'il juge faibles et sans défense, oublierait-il les victimes de ces attentats ?

Alors que la manifestation du 11 janvier avait pour but de dénoncer  l'intégrisme, le fascisme, le terrorisme, voilà qu'Emmanuel Todd compare le premier ministre au maréchal Pétain.

On perçoit comme une anomalie dans le raisonnement : ceux qui défendent cette manifestation deviennent, eux-mêmes, des partisans du fascisme, des lâches.

Emmanuel Todd sombre, encore une fois, dans l'excès, dans des déclarations outrancières qui ne l'honorent guère.

 

Il faut le rappeler : l'insulte ne valorise, en aucun cas, celui qui l'utilise... elle le rabaisse, même, et montre la faiblesse de sa pensée.

Le débat intellectuel mérite mieux et il se limite de plus en plus à des réflexes qui passent par le mépris et l'insulte, il s'agit de rabaisser l'autre pour se mettre soi-même en valeur... 

Ainsi, à vouloir défendre, à tout prix, sa propre thèse, Emmanuel Todd en oublie de raisonner et de parler avec toute la mesure nécessaire dans toute discussion digne de ce nom.

Emmanuel Todd, dans son opposition au gouvernement socialiste, en oublie d'argumenter avec sérieux et rigueur...



 

 

 

http://www.bfmtv.com/societe/todd-petainisme-charlie-valls-885009.html

 

 

 

 

 

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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 16:15
La lune est devenue dorée...

 


Décor plein de mystères et de charme, la lune est souvent associée à la poésie romantique. On songe à ces vers célèbres de Victor Hugo, dans le poème intitulé Clair de lune, extrait du recueil Les Orientales...

"La lune était sereine et jouait sur les flots. -
La fenêtre enfin libre est ouverte à la brise,
La sultane regarde, et la mer qui se brise,
Là-bas, d'un flot d'argent brode les noirs îlots."

Ce magnifique tableau forme un contraste saisissant avec la suite du poème, où Victor Hugo évoque la cruauté d’un châtiment infligé aux Grecs par les Turcs.

La lune, symbole de beauté, d'harmonie est, aussi, le thème d'une chanson très célèbre : Blue Moon... Comme dans le poème de Victor Hugo, la lune est personnifiée, puisque l'auteur s'adresse à elle, à la deuxième personne, comme si la lune était une entité vivante... L'apostrophe "Blue moon", réitérée en debut de strophe, suggère une intimité.

 

"Lune bleue, tu m'as vu debout, solitaire... Blue moon, you saw me standing alone."

La lune reflète, ainsi, la tristesse du personnage : elle devient "lune bleue", image de la mélancolie, due à la solitude : on peut parler d'un véritable paysage-état d'âme, un procédé souvent utilisé dans la poésie romantique... La couleur "bleu" évoque, également, "le blues", cette musique vocale et instrumentale, dérivée des chants afroaméricains où l’interprète exprime sa tristesse.


La solitude est soulignée par la préposition "without", "sans", répétée à deux reprises : absences d'amour et de rêve sont, ainsi, liées : "without a dream, without a love."

On voit s'instaurer une connivence entre le personnage et la lune qui semble comprendre son interlocuteur, comme le suggère l'emploi du verbe "savoir"...

La lune, à l'écoute, a entendu une prière et semble avoir exaucé celui qui l'a prononcée.

Cette prière s'adresse à un être cher, et aussitôt, comme par miracle, cet être est apparu, répondant aux attentes du personnage... un être unique, correspondant aux aspirations de celui qui exprime ses sentiments, comme le montrent les mots "the only one".

Et, aussitôt, des paroles d'un amour intense et passionné sont prononcées et entendues :"je t'adore".

La lune se métamorphose, alors, pour représenter un nouvel état d'âme, fait de bonheur : elle devient "dorée", symbole d'harmonie, de beauté.

Le refrain s'égrène, de nouveau, pour clamer, cette fois, le bonheur de ne plus être seul.

La mélodie traduit, à la fois, mélancolie, douceur, et tendresse.

Cette célèbre chanson a été composée en 1934 par Richard Rodgers, les paroles ont été écrites par Lorenz Hart.

Interprété par la grande Ella Fitzgerald, ce texte, sublimé par la pureté de la voix de la chanteuse nous touche, par sa simplicité, son évidence...

La sobriété, la clarté du vocabulaire, la personnification, la métamorphose soudaine de la lune permettent de renouveler un thème éternel, celui de la rencontre amoureuse...

 

 

Le poème de Victor Hugo : 

 

http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/victor_hugo/clair_de_lune.html




Les paroles de la chanson :

 

 

http://lyricstranslate.com/fr/blue-moon-lune-bleue.html 





 
Photos : Christelle





 

 

La lune est devenue dorée...
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