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26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 10:30
Ma petite est comme l'eau, elle est comme l'eau vive...

 

 

Une chanson limpide ! Une chanson qui célèbre l'amour, l'enfance, la jeunesse, la beauté, la liberté !

Cette chanson, c'est L'eau vive de Guy Béart...

Quelle tendresse, quel amour on perçoit dans cette expression qui ouvre la chanson : "Ma petite" !

On entre alors dans l'intimité d'un père qui évoque sa fille avec des termes dont on perçoit aussitôt toute la valeur et toute la dimension affective...

Avec cet emploi, on ressent tout l'attachement d'un père pour son enfant qu'il veut protéger...

 

D'autant que cette "petite" aime la liberté, ce que suggère bien la comparaison avec "l'eau vive, et le ruisseau." Image de fraîcheur et de beauté, elle est aussi un coeur qui ne se laisse pas facilement dompter.

Associée à des verbes de mouvement "courir, poursuivre, rattraper", la petite paraît insaisissable et incontrôlable....

Cette vivacité de l'enfant est aussi soulignée par la répétition du verbe à l'impératif :  "Courez, courez" . 

On est sensible ici à la simplicité du vocabulaire, à sa limpidité : le verbe "être" répété, le style parlé avec les impératifs, l'emploi de la deuxième personne du pluriel....

En même temps, l' enfant n'est pas nommée, ce qui donne à la chanson une valeur universelle...

 

Le deuxième couplet nous montre la jeune fille dans un cadre naturel magnifique, sensuel, avec le chant des pipeaux, la vision de l'eau qui danse, des "troupeaux", des herbes et arbres de Provence qui embellissent le paysage " l'olive, le laurier, le thym et le serpolet..."

On entend même la voix de la petite, ce qui la rend plus proche : "Venez, venez, mes chevreaux, mes agnelets..."

 

Ce tableau charmant, idyllique est brusquement interrompu par une notation temporelle, dans le couplet suivant : "Un jour", et par l'emploi d'un passé simple qui marque une rupture, un événement inattendu : "Vinrent les gars du hameau pour l’emmener captive".

Encore un double impératif pour suggérer l'idée de capture : "Fermez, fermez votre cage".

 

Mais l'eau vive ne se laisse pas si facilement emprisonner, on peut être sûr qu'elle "s'envolera", un verbe de mouvement encore qui souligne une idée de liberté infinie : c'est là l'image d'un oiseau insaisissable...

 

Nouvelle comparaison dans la strophe suivante : ce sont les jouvenceaux qui, cette fois, sont assimilés à "de petits bateaux emportés par l'eau vive", ils sont comme subjugués par les beaux yeux de la petite qui deviennent de véritables paysages  où "les jouvenceaux voguent à la dérive..."

Belle image de l'amour qui rend fou et obsède !

Cependant, ces jouvenceaux peuvent bien voguer, ils sont voués à "accoster", donc voués à l'immobilité, bien loin de l'eau vive qui "n'est pas encore à marier".

 

Pourtant, c'est inéluctable et le narrateur le sait bien : 

"un matin nouveau à l’aube, mon eau vive
Viendra battre son trousseau, aux cailloux de la rive."

Le futur montre bien que la jeune fille un jour prochain est destinée à venir battre son trousseau de mariage et à s'éloigner.

Dès lors, les autres sont invités à "pleurer" devant la solitude du narrateur.

 

Et le texte s'achève encore avec un verbe de mouvement au passé composé : "Le ruisselet, au large, s’en est allé". Comme par enchantement, la petite est devenue elle-même cette eau vive à laquelle elle était comparée au début de la chanson...

 

Cette chanson est un magnifique condensé de vie : l'enfance, le père protecteur, la beauté de la nature, les dangers que l'on peut rencontrer, l'amour, l'envol, le mariage, l'éloignement, la solitude...

 

Voilà un bel hymne à la beauté de l'enfance, à la nature, à l'eau, symbole de vie, de liberté, un bel hommage à sa fluidité, sa magie, cette chanson nous émeut aussi par sa simplicité, son évidence.

 

La mélodie limpide, le texte font songer à une comptine, une chanson enfantine, donc particulièrement adaptée au thème traité...

 

Le texte :

 

https://www.paroles.net/guy-beart/paroles-l-eau-vive

 

 

 

 

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19 août 2022 5 19 /08 /août /2022 10:09
J'ai confié ma peine au peuple des fontaines...

 

 

Le temps qui passe, le temps qui emporte l'amour, l'eau qui s'écoule et qui symbolise la fuite du temps : on retrouve ces thèmes traditionnels dans une chanson de Francis Cabrel, Peuple des Fontaines...

 

Et le poète sait renouveler ces thèmes, grâce à la poésie de son écriture.

 

Dès le début du texte, le poète exprime ses sentiments de peine et de désarroi avec l'emploi de la première personne dans une tonalité lyrique, mais à qui parle-t-il ? Il s'adresse au Peuple des Fontaines...

Il fait ainsi appel à une image mythologique antique : les Fontaines peuplées de naïades, de sirènes, d'ondines...

Si ces nymphes des eaux ne sont pas citées, ces références font partie de notre culture. De plus, les Fontaines sont personnifiées dans la suite de la chanson.

 

Le poète use aussi de la deuxième personne pour instaurer un dialogue avec la jeune femme qui n'est plus à ses côtés, une façon de faire revivre les moments de bonheur passé :

"Pour qu'un jour tu reviennes te pendre à mon bras..."

 

La jeune femme est partie, et bien sûr, le temps se fait pesant, les jours, Dimanche et semaine deviennent "une chaîne" pour l'amoureux en peine, une belle image qui traduit bien son désarroi.

Le champ lexical du temps : "un jour, dimanche, semaine, ces jours gris, toujours, toujours" souligne la durée de l'éloignement, d'autant que le poète fait intervenir des rimes intérieures qui viennent insister sur la répétition inlassable des jours : "ma peine-fontaines /tu reviennes / semaine-chaîne / Des rues où je traîne / Toujours me reviennent / la Seine-Verlaine".

Et on voit le poète inconsolable traîner sa peine et penser à son amour perdu.

 

La nature, la beauté des fleuves, "le Rhône, la Seine", la poésie même ne sauraient lui apporter un réconfort : et voici notre poète insensible à la poésie de "Rimbaud ou Verlaine" qui ne sauraient le consoler.

L'emploi du futur, du mot "rien" suggère une peine irrémédiable.

 

Et le poète de constater qu'il fait partie de tous ces gens, "amants maladroits" qui "ont gravé les mêmes stupides rengaines, Les mêmes soupirs aux mêmes endroits".

L'énumération "Princes et souveraines, simples comédiennes, des dizaines d'amants maladroits" vient conforter l'emploi du mot "rengaines" qui comporte une idée de monotonie et de répétition.

 

L'amoureux se tourne alors à nouveau vers les Fontaines pour trouver un refuge et des solutions à sa détresse : il s'adresse aux Fontaines, en utilisant une apostrophe :

"Fontaines, dites-moi

Vous qui avez tant écouté
Vous qui ne sauriez pas mentir

Est-ce qu'elles savent pardonner
Ces belles pour qui l'on respire"

Cette personnification des Fontaines nous montre une nature bienveillante, qui sait écouter, qui ne sait pas mentir...

Le poète les interroge comme des confidentes remplies de sagesse et de savoirs : il s'enquiert d'un pardon attendu.

Les belles dames ne se confient-elles pas elles-mêmes aux miroirs de l'eau ? Le poète nous les montre "penchées sur le saphir" des fontaines, en train de dire peut-être que "tout peut recommencer."

Belles images de l'eau reflétant le charme des femmes...

"Cherchez bien dans vos souvenirs", insiste le poète...

Et l'amoureux fait référence encore à la poésie de Barbara, à celle de Léonard Cohen qui ne sauraient remplacer son amour perdu :

"Je donnerais tout Göttingen
Toutes les Suzanne de Cohen
Pour ce jour béni où tu me reviendras."

L'emploi du futur marque alors un espoir de retour, comme une forme de certitude....

 

La musique douce et rythmée restitue bien, tout au long de la chanson, cet apaisement que procurent les Fontaines...

 

 

Le texte :

 

https://www.azlyrics.com/lyrics/franciscabrel/peupledesfontaines.html


 

 

 

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3 août 2022 3 03 /08 /août /2022 08:21
Mariages ukrainiens : une façon de résister...

 

"500 mariages par jour en Ukraine ! depuis le début de la guerre en Ukraine, le nombre de mariages a explosé
En six mois de conflits avec la Russie, 100 000 cérémonies ont été célébrées à travers tout le pays.

 

Comment se déroule  un mariage traditionnel ukrainien ?  La mariée est en blanc. Une grand-mère dépose au sol un tissu sur lequel les époux posent leurs pieds. Échange d’anneaux. Une gorgée de vin blanc. Sauf que ce mardi 26 juillet, Miron sait qu’il peut être appelé au combat, n’importe quand : "C’est la guerre, on ne sait pas ce qui va se passer demain. J’ai passé la visite médicale pour l’armée, j’ai mon carnet militaire mais pour le moment je ne suis pas mobilisé."

 

"Il nous faut montrer à l’ennemi qu’on est forts, qu’on n’a pas peur. Et qu’on va fonder nos familles, et continuer à vivre."

Son épouse ajoute : "On était depuis trois ans ensemble, on avait prévu de se marier. Mais la guerre est arrivée et on a décidé de se marier plus vite que prévu."

 

"Qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter ?" interroge une journaliste.

"La paix, c'est le principal. Qu'on dorme tranquille et avec la paix, on aura le reste."

 

Dans cet arrondissement d’Ivano Frankivsk, dans l'ouest de l'Ukraine, les mariages ont triplé depuis le début de la guerre avec la Russie. Et les conseils aux jeunes époux de Myroslava, qui anime les cérémonies ont pas mal changé : "La femme a aujourd’hui de nouvelles responsabilités. Il faut savoir aimer et pardonner. Les soldats qui rentrent de la guerre sont perturbés psychologiquement. C’est pourquoi la femme peut tout faire. Guérir avec son amour, avec son attitude envers son homme, avec sa compréhension. La femme doit être psychologue".

 

Des mariages toujours pleins de joie, de gaieté, mais avec une certaine gravité  qui n’existait peut-être pas si fort il y a encore quelques mois. Près de 100 000 unions ont été célébrées en moins de six mois en Ukraine, un chiffre en explosion."

 

On perçoit là un espoir, une façon de résister, un instinct de survie face aux atrocités de la guerre.

On admire aussi le courage de tous ces Ukrainiens qui se battent contre l'envahisseur russe...

 

 

Source :

 

https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/il-faut-montrer-a-l-ennemi-qu-on-est-forts-depuis-le-debut-de-la-guerre-en-ukraine-le-nombre-de-mariages-a-explose_5279860.html

Mariages ukrainiens : une façon de résister...
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24 juin 2022 5 24 /06 /juin /2022 13:01
Allons sous la charmille où l'églantier fleurit...

 

"Puisque les prés sont verts, puisque le ciel est bleu,

Aimons. Par les grands mots l'idylle est engourdie ;

N'ayons pas l'air de gens jouant la tragédie ;

Disons tout ce qui peut nous passer par l'esprit ;

Allons sous la charmille où l'églantier fleurit,

Dans l'ombre où sont les grands chuchotements des chênes."

 

Voici une belle invitation à l'amour écrite par Victor Hugo : le cadre champêtre décrit dans ces vers avec simplicité n'est-il pas propice à l'amour ?

 

 

Le mot "charmille" désigne une allée plantée de charmes, souvent taillés en forme de berceaux.... Issu du nom latin "carpinus", le mot charme évoque un arbre somptueux, dont le nom fait rêver....

Le nom "carpinus" est de genre féminin en latin, comme la plupart des noms d'arbres, car on considérait que les arbres étaient habitées par des divinités féminines.

 

On connaît aussi l'homonyme "charme", venu du latin "carmen", "le vers, l'incantation magique" qui renvoie à une toute autre notion, une idée de séduction intense...

 

Curieuse homophonie entre deux mots assez différents au départ "carpinus" et "carmen" ! Mais les évolutions phonétiques ont modifié deux termes différents qui se sont, ainsi, rapprochés... La consonne "c" se transforme souvent en une chuintante "ch" dans le passage au français...et la fin d'un mot disparaît parfois parce que la finale n'était pas accentuée en latin...

 

Le mot "charmille" est plein de poésie : il suggère un cadre champêtre, une ombre douce et bienveillante, il invite à la rêverie...

 

Avec ses sonorités de chuintante, de gutturale, de labiale, ce nom à la finale féminine, nous entraîne dans un univers fait de beauté et d'harmonie : la charmille est accueillante, elle invite à la promenade, à la découverte... 

 

Les vers de Victor Hugo insérés dans le groupe des idylles sont une invitation à l'amour,  l'idylle étant un petit poème qui célèbre l'amour dans un décor pastoral...

 

Hugo parvient à donner à l'évocation une extrême douceur grâce à de jeux de sonorités : allitération de la consonne "ch" avec les mots "charmille, chuchotement, chênes...", utilisation de consonnes très douces, sifflante "s", fricative "f"..., emploi de voyelles nasalisées qui ralentissent le rythme et qui invitent à la rêverie amoureuse...

 

Le verbe "aller" à l'impératif souligne l'invitation et entraîne le lecteur vers ce monde idyllique, au décor attirant : les charmes, l'églantier en fleurs, les chênes personnifiés...

 

On perçoit, aussitôt, des couleurs, des parfums de fleurs : l'églantier, rosier sauvage nous entraîne dans un sillage de senteurs....

 

  

 
 

 

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14 février 2022 1 14 /02 /février /2022 12:19
Rendez-vous au prochain orage... une chanson d'amour à la manière de Brassens...

 

Une chanson d'amour associée au mauvais temps, à la pluie, à l'orage, ce texte de Brassens n'est pas une chanson ordinaire :  on connaît bien sûr le fameux p'tit coin de parapluie qui offre au poète une rencontre délicieuse et éphémère...

Et puis, il y a l'orage qui permet encore une occasion de rencontre inattendue... et forcément un coup de foudre !

 

Ainsi, la chanson commence par une déclaration et une injonction paradoxales :

"Parlez-moi de la pluie et non pas du beau temps
Le beau temps me dégoûte et m'fait grincer les dents
Le bel azur me met en rage"

Et l'explication nous est donnée aussitôt :

"Car le plus grand amour qui m'fut donné sur terre
Je l'dois au mauvais temps, je l'dois à Jupiter
Il me tomba d'un ciel d'orage"

L'emploi du superlatif fait de cet amour une exception, ce qui suscite l'attention et la curiosité de l'auditeur... d'autant que cet amour semble comme tombé du ciel, et qu'il est même quasi divin puisque le poète utilise une référence mythologique : "Jupiter".

La description du soir d'orage qui intervient dans la strophe suivante est haute en couleurs : Brassens a recours, comme souvent, à un langage populaire et familier : "un vrai tonnerre de Brest avec des cris d'putois".

Et il nous fait voir et entendre toute la violence de cet orage qui devient "feux d'artifice", comme pour célébrer d'avance le nouvel amour qui va naître. Les sonorités de gutturales "r" et de dentales "t" et "d" viennent souligner l'intensité de cet orage.

 

Cet amour s'incarne dans la voisine du poète : celle-ci est évoquée avec vivacité et pittoresque, grâce à un verbe de mouvement "bondissant de sa couche", alors qu'elle est "en costume de nuit", une tenue qui va, bien sûr, favoriser la séduction.

Cette voisine réclame secours et assistance dans un discours direct, ce qui nous donne l'impression de vivre la scène :

"Je suis seule et j'ai peur, ouvrez-moi, par pitié
Mon époux vient d'partir faire son dur métier
Pauvre malheureux mercenaire
Contraint d'coucher dehors quand il fait mauvais temps
Pour la bonne raison qu'il est représentant
D'une maison de paratonnerres"

La belle semble tout de même surjouer la peur : elle insiste sur sa solitude, son désarroi, elle utilise un impératif insistant et elle évoque même l'absence de son époux pour justifier sa peur !

 

Quelle aubaine pour le poète ! Le mari qualifié pompeusement de "mercenaire" va en faire les frais...

Aussitôt, le poète ne perd pas de temps et passe à l'action, avec un certain humour :

"En bénissant le nom de Benjamin Franklin
Je l'ai mise en lieu sûr entre mes bras câlins"

On aime alors la pudique expression : "Et puis l'amour a fait le reste"

 

Le poète se permet même une adresse au mari trompé :


"Toi qui sèmes des paratonnerres à foison
Que n'en as-tu planté sur ta propre maison
Erreur, on ne peut plus funeste"

De fait, ce mari insouciant n'a pas pu empêcher le coup de foudre qui survient.

 

Et voilà la belle repartie en même temps que l'orage : elle n'oublie pas tout de même de prendre rendez-vous pour les jours d'intempérie... l'expression "rendez-vous" réitérée suggère l'empressement de la belle pour la prochaine occasion...

"Quand Jupiter alla se faire entendre ailleurs
La belle, ayant enfin conjuré sa frayeur
Et recouvré tout son courage
Rentra dans ses foyers faire sécher son mari
En m'donnant rendez-vous les jours d'intempérie
Rendez-vous au prochain orage"

 

Dès lors, le poète est dans l'attente : de nombreux verbes de perception "contempler, regarder, guetter, lorgner" viennent souligner sa quête d'un nouveau rendez-vous : il n'arrête pas de scruter le ciel dans l'espérance d'un nouvel orage.

Les noms de nuages s'accumulent aussi :"les nues, les stratus, les cumulus, les nimbus" montrant l'attention exacerbée du poète.

 

Hélas ! La belle ne revient pas... car le mari a fait fortune et a emmené sa femme vers "des cieux toujours bleus, Des pays imbéciles où jamais il ne pleut..."

La chanson se conclut sur une supplique à Dieu :

"Dieu fasse que ma complainte aille, tambour battant
Lui parler de la pluie, lui parler du gros temps
Auxquels on a tenu tête ensemble
Lui conter qu'un certain coup de foudre assassin
Dans le mille de mon cœur a laissé le dessin
D'une petite fleur qui lui ressemble"

 

Dans cette supplique, la chanson devient même un message adressé à la belle, un message qui a valeur de souvenir, un message qui pourra lui parvenir "tambour battant", ce qui peut évoquer encore le bruit tonitruant de la pluie...

 

Le poète parle enfin d'un "coup de foudre assassin" : une expression particulièrement adaptée à la situation, un  coup de foudre qui est à double sens : celui, au propre, qui a tant effrayé sa voisine par ce soir d'orage, et celui, au figuré, qui a fait tomber le poète amoureux de sa belle voisine...

La mélodie emplie de gaieté et de vivacité restitue merveilleusement le bonheur de cette jolie rencontre...

 

Poésie, tendresse, humour, culture, tout un art du récit : un cocktail merveilleux dans cette chanson de Brassens !

 

 

 

 

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24 décembre 2021 5 24 /12 /décembre /2021 09:41
Un merveilleux concert de Noël !

 

Je crois profondément aux vertus de la musique : elle apaise, elle soulage, elle réunit et rassemble les gens les plus divers, elle est source de sensibilité et d'émotions...


"De qualité, la musique envahit âme et corps, emplit, sature les os. Immobilise, saisit, pétrifie... rend dense et attentif. Elle aère, allège, libère, assouplit, dynamise les muscles, fait voler. Fait couler, ruisseler, fait jaillir les larmes et les mouvements. Allume les sentiments, embrase les émotions, enflamme l'intelligence, incendie l'inventivité..." c'est ainsi que Michel Serres décrit les effets magiques de la Musique...

 

Et le concert de Noël donné cette année à Nîmes vient conforter encore cette impression.

 

Un pur bonheur ! Un moment de détente, de concentration, d'attention, d'émotions...

Sous la direction de Laurent Richard, l'ensemble CALLIOPE a enchanté le public nîmois. En raison du Covid, la chorale n'était pas présente : 60 choristes au total.

 

Le concert fut, malgré ce manque, éblouissant !

Avec tout d'abord, l'ouverture du TE DEUM de Marc Antoine Charpentier : un air célèbre entre tous puisqu'il sert encore de générique à l'Eurovision...

 

On apprécie aussi la Danse Hongroise n°5 de Brahms, un chef d'oeuvre musical, empli de vivacité...

 

On est saisi ensuite par cette musique puissante, poignante de la Danse des Chevaliers de Prokofiev, extrait de Roméo et Juliette. Magnifique !

 

Puis, c'est la Barcarolle d'Offenbach qui nous enveloppe de sa douceur infinie : 


"Belle nuit, ô nuit d’amour
Souris à nos ivresses
Nuit plus douce que le jour
Ô,belle nuit d’amour!
Le temps fuit et sans retour
Emporte nos tendresses
Loin de cet heureux séjour
Le temps fuit sans retour
Zéphyrs embrasés
Versez-nous vos caresses
Zéphyrs embrasés
Donnez-nous vos baisers!
Vos baisers! Vos baisers! Ah!
Belle nuit, ô, nuit d’amour
Souris à nos ivresses
Nuit plus douce que le jour,
Ô, belle nuit d’amour!
Ah! souris à nos ivresses!
Nuit d’amour, ô, nuit d’amour!
Ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah!"
 

Une magnifique interprétation de la soprano Anne Derym accompagnée par Laurent Richard, en personne...

 

Comment ne pas être ébloui encore par l'air du matin de Grieg ? Une magnifique aurore, un monde pur et enchanté, comme une renaissance !

 

On change de registre avec la musique ténébreuse à souhait de Star Wars, avec, en prime, l'apparition surprenante de Dark Vador faisant tournoyer son épée flamboyante...

 

On revient à une infinie  douceur avec l'air de Nessun Dorma de Puccini : un moment de rêve et d'émotion !

 

Palladio de Jenkins nous entraîne dans un univers très rythmé, plein de vivacité.

 

La Valse n°2 de Chostakovitch nous fait virevolter dans ses tourbillons majestueux !

 

Après un début apaisant et serein, sonnez trompettes et clairons!  La musique intense et si vive de l'ouverture de Guillaume Tell de Rossini nous éblouit...

 

L'Amour est un oiseau rebelle, extrait de Carmen de Bizet, nous séduit encore grâce à l'interprétation de la Soprano Anne Derym, assisté de Laurent Richard et du public : PRENDS GARDE A TOI !

"L'amour est un oiseau rebelle
Que nul ne peut apprivoiser
Et c'est bien en vain qu'on l'appelle
S'il lui convient de refuser
Rien n'y fait, menaces ou prières
L'un parle bien, l'autre se tait:
Et c'est l'autre que je préfère
Il n'a rien dit mais il me plaît
L'amour!
L'amour!
L'amour!
L'amour!
L'amour est enfant de Bohême
Il n'a jamais, jamais connu de loi
Si tu ne m'aimes pas, je t'aime
Si je t'aime, prends garde à toi!
Si tu ne m'aimes pas
Si tu ne m'aimes pas, je t'aime!
Mais, si je t'aime
Si je t'aime, prends garde à toi!
Si tu ne m'aimes pas
Si tu ne m'aimes pas, je t'aime!
Mais, si je t'aime
Si je t'aime, prends garde à toi!
L'oiseau que tu croyais surprendre
Battit de l'aile et s'envola
L'amour est loin, tu peux l'attendre
Tu ne l'attends plus, il est là!
Tout autour de toi, vite, vite
Il vient, s'en va, puis il revient
Tu crois le tenir, il t'évite
Tu crois l'éviter, il te tient
L'amour!
L'amour!
L'amour!
L'amour!"

 

Le ballet du Lac des Cygnes de Tchaïkovski nous ravit par son intensité... tant de beauté, tant de majesté !

 

C'est un tonnerre d'applaudissements bien mérité  pour tous les musiciens et le chef d'orchestre !

 

Ils reviennent, après un rappel, pour interpréter la Marche triomphale de Radetzky.

 


 

 

 

 

 

 

Photo et vidéos : rosemar

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26 octobre 2021 2 26 /10 /octobre /2021 12:00
Brassens, poète de l'Amour...

 

Pour célébrer encore Brassens, le poète, le musicien, l'amoureux des mots et de la littérature, voici une republication d'un article consacré à une de ses chansons les plus célèbres...

Brassens reste, pour chacun d'entre nous, l'éternel ami Georges : ses chansons sont intemporelles et éternelles, on aime toujours les entendre, les fredonner, les savourer...

L'amour lui a inspiré ses plus beaux poèmes : comment oublier La chasse aux papillons, Les amoureux des bancs publics, J'ai rendez-vous avec vous, Les sabots d'Hélène, Marinette, L'orage, ou encore Le parapluie ?

 Comment ne pas être sensible au charme, à l'évidence, à la simplicité de ce texte : Un p'tit coin d' parapluie ?
 
Une inconnue rencontrée sur le chemin offre au poète un moment de rêve.
Désignée par le pronom "elle", la jeune inconnue apparaît d'autant plus énigmatique et secrète : on ne connaîtra pas son nom, comme le poète l'ignorera aussi...
 
La pluie intense favorise la rencontre amoureuse.
Privée de parapluie, la belle inconnue a forcément besoin de secours, un secours que s'empresse de lui apporter le poète.
 
Le verbe "courir" souligne cet empressement, et le poète propose "un peu d'abri", grâce à un parapluie qu'il a volé, le matin même, à un ami.
On reconnaît bien, là, dans cette remarque, la désinvolture et l'indolence d'un poète.
 
La réponse de la belle inconnue ne se fait pas attendre... Elle accepte la proposition, avec un geste rempli de séduction :"en séchant l'eau de sa frimousse..."
 
Le refrain transforme alors la jeune fille en "ange" et le "coin de parapluie" devient "un coin de paradis".... L'inversion et la reprise de ces mots traduit bien le ravissement du narrateur.
Et le poète peut, dès lors, constater familièrement : "je ne perdais pas au change, pardi !"
Le vocabulaire religieux : "ange, paradis" transforme la jeune inconnue en une déesse, un être divin, aux attraits envoûtants.
 
La promenade sous la pluie nous permet de percevoir "le chant joli que l'eau du ciel faisait entendre..."
La pluie personnifiée semble, alors, devenir complice du poète en berçant les personnages de son doux chant...
 
Et celui-ci commente, avec tendresse et humour, son désir de voir la pluie se prolonger à l'infini et devenir "un déluge".
"J'aurais voulu comme au déluge, 
Voir sans arrêt tomber la pluie, 
Pour la garder sous mon refuge..."
 
Le poète se veut protecteur, car le parapluie se transforme en un véritable "toit", en un "refuge".
 
Mais le rêve s'achève avec le bout du chemin qui conduit au pays de la belle...
Les routes personnifiées conduisent "bêtement" vers des pays et le poète voit sa "folie" interrompue par la fin du voyage.
La jeune fille s'éloigne, alors... après un remerciement et on la voit devenir lointaine "toute petite", vision quasi-cinématographique du personnage qui disparaît, symbolisant, pour l'inconnue, l'oubli de ce moment qui reste si intense dans l'esprit et la mémoire du poète.
 
Le refrain rythmé de sonorités de labiales, dentales, et de gutturales assez fortes nous donne l'impression d'entendre la pluie qui s'égrène sur le toit du parapluie.
Le vocabulaire familier :"rescousse, frimousse, pardi", les interventions du narrateur à la première personne, une certaine auto-dérision donnent à cette chanson une allure de confidence, remplie de charmes.
On retrouve, comme souvent dans les chansons de Brassens un subtil mélange de culture et de familiarité : l'allusion à l'épisode biblique du déluge nous fait sourire...
 
La mélodie pleine de fluidité, de limpidité restitue un moment de bonheur inoubliable...

 

 

 


 
 

 

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22 septembre 2021 3 22 /09 /septembre /2021 08:24
Un vingt-deux septembre au diable vous partîtes...

 

 

Le début de l'automne évoque traditionnellement le déclin, la perte, une certaine nostalgie du passé...

Pour Brassens, le 22 septembre est associé à une rupture amoureuse dans une célèbre chanson intitulée "Un vingt-deux septembre".

"Un vingt-deux septembre au diable vous partîtes..."

L'expression est savoureuse car elle ne traduit pas vraiment un désarroi, une tristesse : elle exprime au contraire une certaine désinvolture, comme si le poète avait souhaité le départ de la belle... ou comme si, le temps étant passé, la rupture semblait moins amère.

Et pourtant, chaque année, cette date était ponctuée par des pleurs : 


"Et, depuis, chaque année, à la date susdite,
Je mouillais mon mouchoir en souvenir de vous..."

Les thèmes du souvenir et du temps qui passe sont ainsi entremêlés dès le début de la chanson : l'alternance des temps, passé simple, imparfait, présent suggère bien cette fuite du temps, ainsi que les adverbes de temps qui scandent le texte : "aujourd'hui, jadis, à présent."

Le présent marque un changement total souligné par cette image : "Or, nous y revoilà, mais je reste de pierre" et par une expression brutale et triviale :

"Plus une seule larme à me mettre aux paupières 
Le vingt-deux de septembre, aujourd'hui, je m'en fous."

Et le poète revient pourtant sur la force de cet amour qui lui faisait accomplir des prouesses :

"Jadis, ouvrant mes bras comme une paire d'ailes,
Je montais jusqu'au ciel pour suivre l'hirondelle
Et me rompais les os en souvenir de vous..."

On perçoit un élan, un enthousiasme avec l'image de l'hirondelle...

Mais  cet élan a disparu et on trouve comme souvent dans les chansons de Brassens, une référence littéraire et mythologique :

"Le complexe d'Icare à présent m'abandonne,
L'hirondelle en partant ne fera plus l'automne:
Le vingt-deux de septembre, aujourd'hui, je m'en fous."

On aime aussi ce renversement du dicton "Une hirondelle [arrivant] ne fait pas le printemps", qui signifie qu'un seul signe ou indice ne constitue pas une preuve.

Brassens n'oublie pas d'évoquer de nombreux thèmes associés à l'automne : le départ des hirondelles mais aussi les feuilles mortes, le deuil :


"On ne reverra plus au temps des feuilles mortes,
Cette âme en peine qui me ressemble et qui porte
Le deuil de chaque feuille en souvenir de vous...
Que le brave Prévert et ses escargots veuillent
Bien se passer de moi pour enterrer les feuilles."

Sans oublier la référence littéraire aux poèmes de Prévert...

On retrouve le thème des pleurs et des souvenirs tristes dans la strophe suivante :


"Pieusement noué d'un bout de vos dentelles,
J'avais, sur ma fenêtre, un bouquet d'immortelles
Que j'arrosais de pleurs en souvenir de vous..."

Les "immortelles" que Brassens arrose de pleurs semblaient, pourtant, être là pour signifier un amour éternel.

Mais la suite vient à nouveau former un contraste saisissant avec cette déclaration d'un amour sans fin :


"Je m'en vais les offrir au premier mort qui passe,
Les regrets éternels à présent me dépassent:
Le vingt-deux de septembre, aujourd'hui, je m'en fous."

Brassens n'oublie pas de jouer malicieusement sur le sens du verbe "passer", ce verbe signifiant aussi par euphémisme "mourir".

L'amour s'en est allé, et c'est une rupture qui semble définitive, comme le suggère l'emploi du futur dans la strophe suivante :


"Désormais, le petit bout de coeur qui me reste
Ne traversera plus l'équinoxe funeste
En battant la breloque en souvenir de vous..."

Finis la tristesse et le désarroi...

Et Brassens de reprendre les clichés traditionnels de la poésie amoureuse et galante, avec ces images précieuses mêlées à un vocabulaire familier... c'est là tout le talent de Brassens de mélanger les genres !


"Il a craché sa flamme et ses cendres s'éteignent,
A peine y pourrait-on rôtir quatre châtaignes:
Le vingt-deux de septembre, aujourd'hui, je m'en fous."

 

Et, le poème s'achève sur ce vers :

 

"Et c'est triste de n'être plus triste sans vous"

 

 Ainsi, cette chanson exprime, malgré tout, la nostalgie d’un bonheur passé et … l’indifférence nouvelle.

Quelle richesse dans ce texte, que de références littéraires, quelle culture et quelle bonhomie aussi !

Brassens nous livre ici un véritable poème de facture classique en alexandrins, un poème où se mêlent jeux de langage, culture, humour, tendresse...

 

 

 

 

 

 

 

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2 juillet 2021 5 02 /07 /juillet /2021 10:50
Et si on lisait à voix haute : le pouvoir de la poésie...

 

Nouvelle édition de ce concours réservé aux collégiens et lycéens : Si on lisait à voix haute, à l'initiative de François Busnel, l'animateur talentueux de "La grande librairie".

Ce fut encore un régal d'écouter ces adolescentes et ces adolescents férus et passionnés de lecture.

 

L'occasion de découvrir ou de redécouvrir des textes :  une belle incitation à la lecture !

Les candidats ont choisi eux-mêmes leurs textes et témoignent ainsi de leurs goûts littéraires...

Romain Gary, Antoine Leiris, Sylvie Germain, Musset, Salinger, Yasmina Reza, Maylis de Kerangal, Murakami, Le Clézio, Claude Bourgeyx, Olivier Adam, Jules Vallès, Maupassant, Sylvain Tesson, Jean-Pierre Siméon, Pierre Lemaître, des choix éclectiques.

On a pu ainsi écouter, avec bonheur, Colin qui lisait un extrait un extrait de La Promesse de l'Aube de Romain Gary. Magnifique texte d'une tendresse désespérée, dédié à la mère de l'auteur...

"“Avec l'amour maternel, la vie vous fait, à l'aube, une promesse qu'elle ne tient jamais... Jamais plus, jamais plus, jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d'amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n'y a plus de puits, il n'y a que des mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l'aube, une étude très serrée de l'amour et vous avez sur vous de la documentation. Je ne dis pas qu'il faille empêcher les mères d'aimer leurs petits. Je dis simplement qu'il vaut mieux que les mères aient encore quelqu'un d'autre à aimer. Si ma mère avait eu un amant, je n'aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine. Malheureusement pour moi, je me connais en vrais diamants.”

Ou encore Gaspard, 17 ans, musicien, guitariste qui lisait un extrait d'un texte de Sylvie Germain, La Pleurante des rues de Prague. Un superbe hymne à la nature et à la vie ! Un texte d'une grande poésie !

"Il dansait le cygne, il dansait au ras de l’eau, à fleur de nuit, au cœur de la ville, si proche des humains et pourtant si étranger... Il dansait, le cygne... il n'était ni mâle, ni femelle, il n'était qu'un vivant ivre de sentir en lui le pouls de la vie..."

 

 

Amélie, 16 ans nous fit redécouvrir un poème de Musset : Le Pélican... Beau texte romantique tendre et déchirant à la fois...

Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots.
Lorsque le pélican, lassé d'un long voyage,
Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,
Ses petits affamés courent sur le rivage
En le voyant au loin s'abattre sur les eaux.
Déjà, croyant saisir et partager leur proie,
Ils courent à leur père avec des cris de joie
En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.
Lui, gagnant à pas lent une roche élevée,
De son aile pendante abritant sa couvée,
Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.
Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte;
En vain il a des mers fouillé la profondeur;
L'océan était vide et la plage déserte;
Pour toute nourriture il apporte son cœur."

 

 

Lubin, en classe de première, lisait un extrait émouvant de l'Attrape-coeurs, roman de Salinger.

 

"Vous l’auriez aimé. Il avait deux ans de moins que moi mais il était dans les cinquante fois plus intelligent. Il était super-intelligent. Ses professeurs écrivaient tout le temps à ma mère pour lui dire quel plaisir çà leur faisait d’avoir Allie dans leur classe. Et c’était pas du baratin. Ils le pensaient pour de vrai. Non seulement Allie était le plus intelligent de la famille mais en bien des façons il était le plus chouette. Il se mettait jamais en rogne. Les rouquins, on dit qu’ils se mettent en rogne facilement, mais Allie jamais. Je vais vous dire le genre de rouquin que c’était. J’ai commencé à jouer au golf quand j’avais à peine dix ans. Je me souviens d’une fois, l’année de mes  douze ans, je plaçais la balle sur le tee, et j’ai eu l’impression que si je me retournais je verrais Allie. Je me suis retourné. Et tout juste il était là, assis sur son vélo, de l’autre côté de la clôture- y avait cette clôture qui entourait le terrain- et il était là, à cent cinquante mètres de moi qui me regardait faire. Voilà le genre de rouquin que c’était. Bon Dieu, on n’a jamais vu un môme aussi chouette. Pendant les repas ça lui arrivait de rire tellement en pensant à quelque chose qu’il en tombait presque de sa chaise. C’était l’année de mes treize ans et mes vieux allaient être forcés de me faire psychanalyser et tout parce que j’avais brisé toutes les vitres du garage. Je leur en veux pas. Je couchais dans le garage,  la nuit où Allie est mort, et j’ai brisé toutes les foutues vitres à coups de poing, juste comme ça."

 

J'ai particulièrement apprécié aussi la lecture faite par le jeune Gaspard d'un texte de Jean-Pierre Siméon : Stabat mater furiosa... une dénonciation de la guerre :

 

"ma prière voilà comment commence ma prière
j’aime que le matin blanc pèse à la vitre et l’on tue ici
j’aime qu’un enfant courant dans l’herbe haute vienne à cogner sa joue à mes paumes et l’on tue ici...

j’aime que la pierre roule dans la rivière et que cela fasse un bruit de clarinette et l’on tue ici
j’aime que les heures ne soient que le temps qui passe pour faire les heures et l’on tue ici
et voilà comment continue ma prière
êtes-vous là encore êtes-vous là mangeurs d’ombres
je crache
je crache sur l’homme de
l’homme de guerre
je crache sur le guerrier 
de la prochaine guerre..."

 

De la poésie pour dénoncer la guerre... et quelle poésie flamboyante !

 

"Plaidoyer du verbe de la vie contre le verbe de la guerre, âpre, aiguisé, sans faux-semblants, et à la fois empreint d’une douceur ample, pleine, "accordée à la nécessité simple de vivre", cette prière profane répond mot pour mot au langage de la violence, en appui sur la colère, sur la douleur, mais à coups d’arguments de la beauté vivante, de l’amour inguérissable, des matins clairs, des soirs ouverts, des cerisiers bêtement z’en fleurs…

Dans une forme épurée, concentrée sur la langue et sa force de fabrique sensible, la poésie s’incarne alors comme "arme inverse".

Il nous faut redécouvrir le pouvoir de la poésie, la "puissance provocatrice du verbe" ! La poésie est une des formes de résistance, elle permet d'échapper à la folie de notre monde...

 

Elle nous montre que le regard est essentiel, que la pensée est une force, une force de joie et de bonheur.

Elle nous fait redécouvrir le monde, elle est musique, rythme, réflexions, et surtout attention.

C'est un moyen de résister à la déferlante des progrès qui nous submergent et qu'on a du mal à contrôler...

 

Quand on écoute des textes  lus avec autant d'intensité et de passion, et notamment des textes poétiques, on ne peut qu'avoir la curiosité d'aller à la rencontre de ces auteurs classiques ou non, qui ont écrit des ouvrages de grande qualité empreints d'émotion, de sensibilité.

 

Bravo aussi à tous les enseignants qui ont motivé et sélectionné les candidats de ce concours. Sans eux, une telle expérience n'aurait pas été possible...

Merci à eux !

 

Sources :

 

https://www.france.tv/france-5/si-on-lisait-a-voix-haute/2522839-la-finale.html

 

https://www.facebook.com/LaGrandeLibrairie/videos/187091276672328/

 

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26 mai 2021 3 26 /05 /mai /2021 10:00
Mais où est passée la courtoisie ?

 

Mais où est passée la courtoisie ? Qu'est devenu l'art de séduire et de courtiser ?

Fini le temps des fleurs ? Fini le temps des billets doux ? Fini le temps des poèmes d'amour ? Les selfies ont remplacé l’art de courtiser...

Et quels selfies ! Des photos de sexe en érection, des images pornographiques, vulgaires...

 

On reste confondu par les nouvelles méthodes de drague qui se répandent sur internet : l’imprudence, l’exhibitionnisme, la légèreté, la bêtise sont à l'oeuvre...

Benjamin Griveaux en a fait les frais... promis aux plus grandes responsabilités politiques, il s'est conduit comme un gamin inconséquent.

 

Evidemment, ces vidéos se veulent explicites : il s'agit sans doute d'exprimer un désir de relations sexuelles... Mais, dans quelle époque vit-on ? Celle de la rapidité, de la satisfaction immédiate, du désir assouvi en un rien de temps...

On ne séduit plus, on provoque...

On ne prend plus le temps d'attendre, de désirer vraiment.

 

Le sexe s'affiche partout, les sites pornographiques se multiplient sur internet : tout le monde peut y avoir accès même des adolescents.

Tout est permis et il est étonnant que des hommes politiques se compromettent aussi dans ce genre de pratiques.

 

Bien sûr, tout le monde a droit à une vie privée. Mais, comment peut-on filmer des vidéos intimes et les diffuser, si on tient à préserver sa vie intime ?

Quelle imprudence et quelle bêtise !

Ces selfies peuvent même tourner au harcèlement quand ils se multiplient.

 

Il est temps que chacun se responsabilise sur la toile...

Multiplier les conquêtes sexuelles ? Est-ce là le but de ceux qui s'adonnent à ces selfies ?

On vit une époque de performances et de records : et certains se laissent aller à ces tendances délétères...

 

Et puis, comme le dit Mona Ozouf, "nous n'avons plus besoin de parler d'amour avant de le faire..."

Peut-être est-ce parce que la langue s'appauvrit ?

 Alain Finkielkraut nous le rappelle : "La littérature a eu longtemps partie liée avec la courtoisie... or la langue s'émancipe elle-même de la littérature, comme on le voit dans les dictionnaires où, pour expliquer le sens des mots, on offre de moins en moins de citations littéraires et de plus en plus d'exemples familiers empruntés au langage courant..."

Ainsi, le langage de la séduction s'efface, disparaît pour laisser la place à des images vulgaires...

 

 

 

 

 

Mais où est passée la courtoisie ?
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