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18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 13:24
Dans l'eau de la claire fontaine, elle se baignait toute nue...

 

 

 

Un thème érotique pour cette chanson de Brassens : une baigneuse qui révèle sa nudité dans un cadre champêtre...

Le personnage féminin anonyme, désignée simplement par le pronom "elle", est ainsi présentée comme l'archétype, l'image même de la femme et de sa beauté.

 

Le décor est planté, dès le premier vers : "Dans l'eau de la claire fontaine...", un décor rustique, une source d'eau limpide qui ne peut qu'inciter à la baignade.

 

L'emploi de l'imparfait à valeur durative suggère un bonheur de profiter de ce bain, dans toute sa plénitude : "Elle se baignait toute nue..."

 

Mais, ce bonheur est troublé par "une saute de vent soudaine", expression imagée, qui fait songer à "une saute d'humeur"... La nature personnifiée semble ainsi se faire la complice du poète qui assiste à ce spectacle.

 

Le passé simple qui suit souligne la brutalité du vent, et marque une rupture : "jeta ses habits dans les nues..."

 

Aussitôt, le poète se met en scène, puisque la jeune fille l'appelle à l'aide.

Le mot hyperbolique "détresse" restitue le désarroi sans doute exagéré de la baigneuse....

 

Privée de vêtements, la belle réclame "Des monceaux de feuilles de vigne,
Fleurs de lis ou fleurs d’oranger...", afin de masquer sa nudité.

 

Pudeur ou comédie de la chasteté ? La jeune fille demande du secours et la nature environnante est convoquée pour couvrir son corps : feuilles, fleurs souvent associées à la beauté féminine, et révélant sa délicatesse...

 

Le poète s'applique alors à lui fabriquer un corsage, "avec des pétales de roses", encore un symbole de beauté, d'harmonie et d'amour...

 

Une seule rose suffit pour confectionner le corsage, une façon de rendre hommage à l'élégance, la finesse de la jeune femme désignée par le terme élogieux : "la belle".

 

Et c'est une seule feuille du pampre de la vigne qu'utilise le poète pour fabriquer "un bout de cotillon..."

 

Le jeu de séduction se poursuit puisque la jeune femme se lance dans les bras de son sauveur pour le remercier et se retrouve "toute déshabillée", expression qui fait écho à celle du début : "toute nue"... voilà une jolie construction en boucle !

 

Et la dernière strophe souligne malicieusement ce jeu, une volonté de la jeune femme de séduire, de feindre la pudeur.

Le terme "ingénue" constitue une sorte d'antiphrase pour désigner la belle, car celle-ci se plaît à revenir à la fontaine "en priant dieu qu'il fît du vent..."


Cette chanson est un magnifique hommage à la beauté féminine, mise en valeur par le thème du bain.... On retrouve là une sorte de blason qui célèbre, avec discrétion, tout le charme de la jeune femme...

Et c'est aussi une façon de mettre en scène une forme de pudeur féminine qui peut paraître feinte, dans certaines circonstances...

La mélodie à la guitare égrène des notes légères et douces comme pour restituer la limpidité de l'eau.

 

 

 

 

 

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24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 10:17
Avec le pampre de la vigne...

 

 

 

 

On se souvient de ces vers célèbres de Brassens, extraits de la chanson Dans l'eau de la claire fontaine...

 

"Avec le pampre de la vigne

Un bout de cotillon lui fis
Mais la belle était si petite
Qu’une seule feuille a suffi"...

 

 

Le mot "pampre"associé à la vigne fait surgir des images de plaisirs, et un certain hédonisme.

Le pampre... voilà un mot plein de sensualité et de charme, avec sa labiale réitérée, sa voyelle nasalisée, "am", avec une pointe d'âpreté que suggère la gutturale "r"...

Avec le pampre, on admire des feuilles, des fruits gorgés de soleil, des couleurs sombres ou éclatantes de noir, de xanthe...

Des grappes enroulent leurs grains autour des feuilles découpées, elles montrent des fruits serrés, denses...

Les fruits s'arrondissent, renvoyant la lumière, nimbés de nuées, ivres de sucs...

Les pampres forment des décors en arabesques, des tourbillons de feuilles, des enroulements sinueux qui envoûtent.

La voyelle nasalisée "an" suggère ces envols de feuilles...

Le pampre, c'est toute la poésie de la nature : branche, feuilles, fruits, couleurs...

Le pampre, c'est le vin, la gaieté, l'insouciance, les rires qui fusent.


Ce mot plein de résonances, évoque tant d'images de lumières : fruits mûrissants sous le soleil, fruits qui s'épanouissent et s'offrent à nous...

Les grappes s'écoulent comme des sources, elles épanchent leurs grains avec générosité...

Les feuilles forment des verdures abondantes autour des fruits, elles les enserrent, les entourent de leurs éclats découpés.

Les pampres évoquent la fête, le dieu Bacchus d'autrefois, les Bacchanales où le vin coulait à flots...

Le mot nous vient, ainsi, de l'antiquité : issu du latin "pampinus", à rapprocher du grec "ampélos, la vigne", ce terme ancien aux sonorités de labiale évoque des idées de séduction.


Le pampre contient le monde par ses formes, ses couleurs : nourriture, vin, rondeur des fruits, sources abondantes...






 Photo : Pixabay

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23 juillet 2016 6 23 /07 /juillet /2016 08:18
Le bon Dieu me le pardonne, mais chacun pour soi...

 

 

Une chanson qui fait du bien, en ces temps où le fanatisme religieux réapparaît... dérision et humour au service de la dénonciation...


Brassens nous livre, dans une de ses chansons, une histoire d'amour qui reste, à jamais, gravée dans sa mémoire, il semble, aussi, éprouver le besoin de l'évoquer, pour la faire revivre par les mots et la poésie.


Cette chanson intitulée "Je suis un voyou" commence par l'évocation de ce souvenir dont on perçoit toute la valeur, pour le poète : c'est"une histoire ancienne, un fantôme", certes, mais le vocabulaire de l'affectivité "coeur, amour" en suggère toute l'importance...

L'absolu de cet amour est aussi souligné par l'adverbe "à jamais"... Et le temps personnifié dans l'expression familière :"Le temps, à grand coups de faux, peut faire des siennes", ne peut effacer ce souvenir.

L'alternance du passé "j'aimais" et du présent "mon bel amour dure encore" met en évidence cet écoulement du temps...


 Le récit de la rencontre amoureuse fait songer à un véritable coup de foudre, puisque le poète en a perdu tout repère :

"J'ai perdu la tramontane

En trouvant Margot,
Princesse vêtue de laine,
Déesse en sabots..."

La jeune femme divinisée, transformée en "princesse" a bouleversé la vie du poète amoureux : on perçoit, là, un des lieux communs de la littérature sentimentale, mais Brassens sait renouveler ce thème en jouant du contraste entre les mots... la métamorphose de la "belle" n'en est que plus frappante... "La laine, les sabots" évoquent une personne d'origine humble et modeste, une simple paysanne, devenue une "déesse" pour les yeux de l'amoureux.

L'opposition entre les verbes "perdre" et "trouver" souligne bien, aussi, ce bouleversement...

Le thème de la femme-fleur vient compléter le portrait élogieux de la jeune femme. 
Margot comparée à une fleur, est, encore une fois, magnifiée par cette image :

"Si les fleurs, le long des routes,
S'mettaient à marcher,
C'est à la Margot, sans doute,
Qu'ell's feraient songer..."

Puis, le discours du poète insiste, à nouveau, sur son éblouissement, puisqu'il assimile son amoureuse à la "Madone"... une image qui suggère, encore, le thème religieux..

Quant à l'allusion au Bon Dieu, il s'agit d'un clin d'oeil de Brassens, lui qui a, si souvent, fustigé la religion et les bigots...

Les propos qui suivent montrent, d'ailleurs, le peu de cas qu'il fait de la religion :

"Qu'il me le pardonne ou non,
D'ailleurs, je m'en fous,
J'ai déjà mon âme en peine :
Je suis un voyou."

C'est ainsi que le poète a séduit la jeune fille, et a "mordu ses lèvres" alors qu'elle "allait aux vêpres, se mettre à genoux"...
Brassens restitue cette scène avec humour, en jouant à nouveau des contrastes, en évoquant les paroles de la "belle" :

Ell' m'a dit, d'un ton sévère :
"Qu'est-ce que tu fais là ?"
Mais elle m'a laissé faire,
Les fill's, c'est comm' ça..."

Le poète se met, aussi, avec dérision, en concurrence avec Dieu :

"Le Bon Dieu me le pardonne,
Mais chacun pour soi..."

On retrouve le vocabulaire religieux dans la suite du récit, ainsi que l'impatience de l'amoureux qui ne se retient plus.

"J'ai croqué dans son corsage
Les fruits défendus...
Puis j'ai déchiré sa robe,
Sans l'avoir voulu..."

La rupture est, enfin, racontée brièvement à la fin de la chanson, dans le dernier couplet...
Et la chanson se termine en boucle, avec cette expression : 

"J'ai perdu la tramontane
En perdant Margot,
Qui épousa, contre son âme,
Un triste bigot..."

On perçoit, encore, une "pique" contre certains fous de Dieu, des bigots, dont le poète se démarque, lui qui est un "voyou"...
Le poète imagine, alors, le destin de Margot entourée de "deux ou trois marmots qui pleurent, pour avoir leur lait..." Il rappelle, à cette occasion, qu'il a lui-même "têté leur mère", quand il était amoureux.

Le vocabulaire familier, la liberté de ton, les jeux de contrastes rendent cette chanson particulièrement savoureuse...

La mélodie rythmée et vivante nous entraîne avec elle dans cette histoire d'amour inoubliable et pleine d'humour...


 


 

Photo : rosemar

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9 juillet 2016 6 09 /07 /juillet /2016 12:36
Regardez-les danser... dans les feux de l'aurore...

 

 

 

Quelle beauté et quelle cruauté dans ce poème de Théodore de Banville mis en musique par Georges Brassens ! Un poème sous forme de ballade, avec un refrain qui ponctue le texte....


Le cadre évoqué est une magnifique forêt, personnifiée dès le premier vers : on voit "ses larges bras étendus", belle image qui fait de la forêt un être humain. Le début du poème est empreint de douceur, et on assiste au réveil de la déesse "Flore" qui symbolise la nature, dans l'antiquité...


Mais cette forêt cache et recèle bien des horreurs : les branches ont servi de gibets et sont couvertes de pendus... Banville alterne, tout au long du texte, beauté, magnificence du décor et cruauté du sort réservé aux cadavres des pendus, ces sujets du "roi Louis", représentant d'un pouvoir absolu qui n'hésite pas à châtier des opposants, de pauvres gens sans doute....


La scène se passe le matin, à l'aurore, au lever du soleil, au moment où les doux rayons effleurent, caressent et dorent  la nature... tout est splendide et les pendus, eux-mêmes, deviennent "des chapelets, des grappes de fruits inouis" ! 


Quelle ironie dans ces images qui évoquent la religion et une nature luxuriante ! Plus loin, les pendus se mettent à "voltiger" dans l'air et à "danser dans les feux de l'aurore", vision d'horreur et de beauté, à la fois.

Le verbe "danser", associé à la mort, crée un effet de surprise et souligne l'horreur du tableau.

La nature est encore personnifiée, grâce à un impératif, puisque les cieux sont invités par le poète à "regarder" ce spectacle et cette chorégraphie macabre.


Toute la magnificence de l'aurore apparaît alors : "la rosée", l'azur qui commence à poindre, un "essaim d'oiseaux réjouis" qui gazouillent et "picorent gaiement" les têtes de ces malheureux pendus....


Le contraste entre la splendeur du décor et la vision des cadavres en suspension est saisissant... il permet, encore, de souligner la violence du châtiment, son injustice.


Les pendus, eux mêmes, qui "décorent" les arbres deviennent des images de beauté : le "soleil levant les dévore", et les cieux sont "éblouis" par leur sarabande !

Le décor semble s'illuminer  et se "tendre" de bleu, le soleil se métamorphose en "météore", comme pour souligner l'horreur du châtiment infligé aux suppliciés....


Les pendus semblent, d'ailleurs, devoir se multiplier puisqu'ils appellent d'autres pendus. On perçoit bien toute la cruauté du pouvoir royal, son pouvoir arbitraire puisque ce "verger" est celui du roi "Louis", idée reprise de manière insistante dans le refrain...


On ressent l'apitoiement du poète dans l'expression "ces pauvres gens morfondus"...


Les sonorités très douces du texte s'opposent à la vision atroce de ces suppliciés : la sifflante "s", la fricative"f", la chintante "ch" sont utilisées à maintes reprises et donnent une impression de douceur infinie....

 
"La forêt où s'éveille Flore, 
A des chapelets de pendus 
Que le matin caresse et dore. 
Ce bois sombre, où le chêne arbor
Des grappes de fruits inouïs..."

La gutturale "r", plus âpre, met en évidence la dureté du châtiment et sa violence.

Dans l'envoi final, on retrouve un contraste entre les misérables pendus confondus dans "un tas"et le décor qui est somptueux : "un tas de pendus enfouis Dans le doux feuillage sonore".
 
En associant ainsi la splendeur de la nature à l'horreur du châtiment, Banville dénonce d'autant mieux le sort réservé à ces sujets du roi : le lecteur ressent une émotion, une injustice révoltante.

 

La musique composée par Georges Brassens, très rythmée et lente restitue une ambiance moyenâgeuse et souligne la beauté du décor tout en insistant sur le message : une violence injuste et terrifiante.

 

Ce texte qui évoque le roi Louis comporte, aussi, une valeur intemporelle, puisqu'il dénonce l'horreur de tous les châtiments et de tous les pouvoirs arbitraires.

 

 

 

Le poème de Banville : 

 

http://www.crcrosnier.fr/mur4/prt4/banvillet4.htm

 

http://en.quetes.free.fr/archives/la-foret/articles/verger_banville.htm

 

 

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=LhamMj_T4TY&feature=youtu.be
 

 
 


   
  Photo : rosemar

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3 juin 2016 5 03 /06 /juin /2016 12:55
C'est la rançon de Pénélope...

 

 

 

Tout le monde connaît le nom de Pénélope, ce personnage de l'Odyssée, symbole de fidélité, elle qui voue à son époux Ulysse une loyauté et un attachement sans faille, elle qui repousse les assauts des prétendants, dans l'épopée primitive...

 

Certains auteurs ont revisité ce mythe antique : on songe à Giono, qui, dans son roman Naissance de l'Odyssée, se livre à une parodie et transforme les personnages...

 

Brassens, lui aussi, met en scène cette héroïne, dans une de ses chansons : il s'adresse dans un discours direct à une Pénélope moderne qui pourrait rêver de vivre d'autres amours, et s'évader du quotidien par l'imagination... Il lui parle familièrement, en la tutoyant, ce qui permet d'actualiser le personnage.

Le mythe est, ainsi, détourné, c'est ce qui fait toute l'originalité et la saveur du texte de Brassens.

 

Le décor et les personnages sont revisités et modernisés : on voit des "rideaux, une robe de mariée sans accrocs, un Ulysse de banlieue"...

 

On retrouve les caractéristiques du personnage antique, dans une apostrophe : "Toi, l'épouse modèle, Le grillon du foyer", mais avec un supplément d'âme, peut-être une envie de s'épanouir autrement... C'est du moins, ce qu'imagine le poète...

On retrouve une sorte d'épithète homérique dans l'expression : "Toi, l'intraitable Pénélope".

 

La question oratoire qui suit, avec sa forme interro-négative, suggère des tentations, des désirs inavoués, dans un style tout en nuances, empreint de poésie, grâce au verbe "bercer" et à l'association inattendue des adjectifs : "jolies, interlopes"...

 

"Ne berces-tu jamais
En tout bien tout honneur
De jolies pensées interlopes
De jolies pensées interlopes..."

 

On retrouve, aussi,  l'image d'une Pénélope traditionnelle puisqu'on la voit "penchée sur ses travaux de toile...", en train d'attendre un "Ulysse de banlieue."

 

Et le poète la questionne à nouveau, sur la même tonalité poétique et lyrique, avec l'évocation de sentiments nouveaux : "Les soirs de vague à  l'âme
Et de mélancolie"....

 

Cette nouvelle question oratoire fait appel à des images emplies de charmes : le ciel de lit suggère des étoiles, symboles d'évasion, de rêves amoureux, peut-être un septième ciel...


"N'as tu jamais en rêve
Au ciel d'un autre lit
Compté de nouvelles étoiles
Compté de nouvelles étoiles..."

 

Les questions s'accumulent, avec insistance, évoquant des tentations possibles et suggérant par leur forme interro-négative le fait qu'elles sont inévitables et inhérentes à la fidélité  : "L'amourette qui passe, Qui vous prend au cheveux, Qui vous conte des bagatelles"..., d'autant que ces amourettes sont personnifiées, et qu'elles sont dotées de force, comme le suggère le verbe "prendre", et même de paroles : elles permettent, ainsi, de transfigurer la réalité et de voir pousser "la marguerite au jardin potager..."

 

On retrouve là des symboles traditionnels de l'amour, "la marguerite que l'on effeuille, la pomme défendue aux branches du verger..."

 

 

Une autre interrogation évoque même le souhait d'un nouvel amour annoncé par la rencontre d'un dieu, à la fois ange et démon, "qui décoche des flèches malignes".

 

Brassens suggère à merveille toutes les ambiguités de l'amour : tourment et ravissement se mêlent...

 

Cet ange tout puissant peut en venir à bouleverser l'ordre des choses : il peut faire basculer les êtres humains, "arracher leurs feuilles de vigne".

Mais, le rêve ne prête pas à conséquences, comme le montre l'expression renouvelée : "Il n'y a vraiment pas là
De quoi fouetter un cœur
Qui bat la campagne et galope..."

Le rêve est permis, c'est "un péché véniel" et c'est la "rançon de Pénélope", le prix à payer, sans doute, de la fidélité : une forme d'insatisfaction et de recours à l'imagination, à des rêveries inabouties.

 

La mélodie, toute en douceur, lente, monotone est ponctuée de légères envolées vers le rêve...

Dans cette chanson, on retrouve tout l'univers du poète : une culture renouvelée par des expressions familières, de nombreuses allusions mythologiques, un certain humour dans la façon de déconstruire quelque peu le mythe, des images originales...

 


 

 

 

http://www.brassens-cahierdechanson.fr/OEUVRES/CHANSONS/penelope.html

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9n%C3%A9lope

 

 


 

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30 avril 2016 6 30 /04 /avril /2016 10:16
Dans cette histoire de faussaire...

 

 

 

 

Dans un monde où tout est faux, où l'artifice devient la règle, où une sophistication  clinquante s'impose partout, Georges Brassens nous régale d'une chanson où il dénonce le règne des objets, du matérialisme, et du tape-à-l'oeil...

 

Le texte s'ouvre sur la vision d'une "ferme" dans laquelle le "faux" semble une évidence, comme si nos sociétés cultivaient tout ce qui est factice.

Cette ferme qui "se découpe sur champ d'azur" paraît déjà illusoire, à travers ce fond bleu idéalisé...

 

"Chaume synthétique, faux buis, faux puits...", le décor accumule des éléments où le naturel n'a plus sa place...

 

Dans une vision cinématographique, nous découvrons la ferme progressivement, en même temps que le narrateur : après une vision globale, nous percevons, ensuite, toutes sortes de détails, et nous avons ainsi l'impression d'une proximité avec le poète...

 

Puis, apparaît "la maîtresse de céans" dont le vêtement s'accorde parfaitement avec le décor, puisqu'elle arbore une tenue de "fermière de comédie".

Tout est feint, comme dans une pièce de théâtre, une comédie, et les périphrases viennent souligner cet aspect surfait et suranné.

 

Dès lors, le poète paraît complètement décalé, lui qui se présente, dans toute sa simplicité, avec "un petit bouquet"  fade et terne, devant les "massifs de fausses fleurs", aux couleurs éclatantes.

 

Après avoir foulé "le faux gazon", le narrateur qui parle à la première personne, dans une sorte de confidence, est invité à rentrer dans la maison... Et, là encore, le décor se caractérise par nombre d'éléments factices : " Un genre de feu sans fumée,
un faux buffet Henri II, La bibliothèque en faux bois, Faux bouquins achetés au poids, Faux Aubusson, fausses armures, Faux tableaux de maîtres au mur..."

 

L'adjectif "faux" revient comme un leit-motiv, en début de vers, soulignant l'omniprésence de l'artifice...

De plus, les objets se multiplient dans une énumération dénonciatrice de mots souvent au pluriel : on entrevoit un monde envahi par le matérialisme...

 

Même les livres semblent faire partie du décor, et ne sont sûrement pas destinés à être lus, ils perdent leur fonction essentielle, ils ne sont plus outils de culture et de connaissances.

A nouveau, la fermière apparaît affublée de parures diverses qui relèvent de l'imposture :

"Fausses perles et faux bijoux
Faux grains de beauté sur les joues,

Faux ongles au bout des menottes..."

Et même le piano semble factice, puisqu'il joue des "fausses notes"...

 

Le comportement de la dame qui enlève "ses fausses dentelles" est, également, dénuée de sincérité : elle feint la pudeur, et n'hésite pas à mentir, jouant le rôle d'une vierge, tout en dévoilant ses appâts, attitudes  totalement contradictoires.

 

Le vocabulaire de la fausseté se diversifie : "faux, simulateurs, artificiels", comme pour souligner une propagation des mensonges et de l'artifice...

En contraste, on voit apparaître la sincérité des sentiments éprouvés par le poète : "La seule chose un peu sincère Dans cette histoire de faussaire... C'est mon penchant pour elle".

 

Georges Brassens laisse entrevoir, aussi, une sorte de déception sentimentale, quand la dame se laisse séduire finalement par un autre, "un vrai marquis de Carabas", allusion à un personnage du Chat botté, archétype de l'imposteur qui emprunte un faux titre de noblesse...

 

Brassens oppose, ainsi, habilement ses sentiments à ce monde matérialiste et factice qu'il vient d'évoquer.

 

Face à cet univers factice dans lequel nous vivons souvent, ce qui importe vraiment, l'essence de la vie, ce sont les sentiments que nous éprouvons... voilà le message que nous délivre ici le poète.

 

Convoquant Cupidon, Vénus, des dieux antiques, Brassens ironise sur le mauvais tour qu'ils lui ont joué... "Faux jeton, faux témoin", des expressions familières sont utilisées pour les désigner, avec humour.

 

Et la chanson s'achève sur une note d'authenticité, de tendresse, et d'humour, encore : le poète nous confie le vrai bonheur qu'il a, malgré tout, ressenti en séduisant la dame.

 

On retrouve dans ce texte tout l'univers de Georges Brassens : culture, références littéraires, jeux de mots, expressions familières, tendresse, dérision...

 

On retrouve une simplicité, une modestie, un refus de l'artifice, un besoin de sincérité, toutes ces qualités  qui ont tendance à s'effacer dans un monde voué à la modernité. Brassens, lui, nous rappelle qu'il faut privilégier l'essentiel : la vérité des sentiments.

 

Quant à la mélodie, elle nous entraîne avec légèreté dans cette ferme de pacotille, où le poète ne se sent guère à sa place et semble comme happé par un vertige d'objets.

 

 

 

 

Le texte :

 

http://www.brassens-cahierdechanson.fr/OEUVRES/CHANSONS/faussaire.html
 

 


 

 

 

 

Photo : rosemar

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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 13:23
Un p’tit coin d’ parapluie...

 

 

 

Les orages, la pluie ont inspiré de magnifiques chansons à Georges Brassens... Comment ne pas être sensible au charme, à l'évidence, à la simplicité de ce texte : Un p'tit coin d' parapluie ?

 

Une inconnue rencontrée sur le chemin offre au poète un moment de rêve.

Désignée par le pronom "elle", la jeune inconnue apparaît d'autant plus énigmatique et secrète : on ne connaîtra pas son nom, comme le poète l'ignorera aussi...

 

La pluie intense favorise la rencontre amoureuse.

Privée de parapluie, la belle inconnue a forcément besoin de secours, un secours que s'empresse de lui apporter le poète.

 

Le verbe "courir" souligne cet empressement, et le poète propose "un peu d'abri", grâce à un parapluie qu'il a volé, le matin même, à un ami.

On reconnaît bien, là, dans cette remarque, la désinvolture et l'indolence d'un poète.

 

La réponse de la belle inconnue ne se fait pas attendre... Elle accepte la proposition, avec un geste rempli de séduction :"en séchant l'eau de sa frimousse..."

 

Le refrain transforme alors la jeune fille en "ange" et le "coin de parapluie" devient "un coin de paradis".... L'inversion et la reprise de ces mots traduit bien le ravissement du narrateur.

Et le poète peut, dès lors, constater familièrement : "je ne perdais pas au change, pardi !"

Le vocabulaire religieux : "ange, paradis" transforme la jeune inconnue en une déesse, un être divin, aux attraits envoûtants.

 

La promenade sous la pluie nous permet de percevoir  "le chant joli que l'eau du ciel faisait entendre..."

La pluie personnifiée semble, alors, devenir complice du poète en berçant les personnages de son doux chant...

 

Et celui-ci commente, avec tendresse et humour, son désir de voir la pluie se prolonger à l'infini et devenir "un déluge".

"J'aurais voulu comme au déluge, 
Voir sans arrêt tomber la pluie, 
Pour la garder sous mon refuge..."

 

Le poète se veut protecteur, car le parapluie se transforme en un véritable"toit", en un "refuge".

 

Mais le rêve s'achève avec le bout du chemin qui conduit au pays de la belle...

Les routes personnifiées conduisent "bêtement" vers des pays et le poète voit sa "folie" interrompue par la fin du voyage.

La jeune fille s'éloigne, alors... après un remerciement et on la voit devenir lointaine "toute petite", vision quasi-cinématographique du personnage qui disparaît, symbolisant, pour l'inconnue, l'oubli de ce moment qui reste si intense dans l'esprit et la mémoire du poète.

 

Le refrain rythmé de sonorités de labiales, dentales, et de gutturales assez fortes nous donne l'impression d'entendre la pluie qui s'égrène sur le toit du parapluie.

Le vocabulaire familier :"rescousse, frimousse, pardi", les interventions du narrateur à la première personne, une certaine auto-dérision donnent à cette chanson une allure de confidence, remplie de charmes.

On retrouve, comme souvent dans les chansons de Brassens un subtil mélange de culture et de familiarité : l'allusion à l'épisode biblique du déluge nous fait sourire...

 

La mélodie pleine de fluidité, de limpidité restitue un moment de bonheur inoubliable...

 

 


 

 

Photo : rosemar

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