Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
14 février 2022 1 14 /02 /février /2022 12:19
Rendez-vous au prochain orage... une chanson d'amour à la manière de Brassens...

 

Une chanson d'amour associée au mauvais temps, à la pluie, à l'orage, ce texte de Brassens n'est pas une chanson ordinaire :  on connaît bien sûr le fameux p'tit coin de parapluie qui offre au poète une rencontre délicieuse et éphémère...

Et puis, il y a l'orage qui permet encore une occasion de rencontre inattendue... et forcément un coup de foudre !

 

Ainsi, la chanson commence par une déclaration et une injonction paradoxales :

"Parlez-moi de la pluie et non pas du beau temps
Le beau temps me dégoûte et m'fait grincer les dents
Le bel azur me met en rage"

Et l'explication nous est donnée aussitôt :

"Car le plus grand amour qui m'fut donné sur terre
Je l'dois au mauvais temps, je l'dois à Jupiter
Il me tomba d'un ciel d'orage"

L'emploi du superlatif fait de cet amour une exception, ce qui suscite l'attention et la curiosité de l'auditeur... d'autant que cet amour semble comme tombé du ciel, et qu'il est même quasi divin puisque le poète utilise une référence mythologique : "Jupiter".

La description du soir d'orage qui intervient dans la strophe suivante est haute en couleurs : Brassens a recours, comme souvent, à un langage populaire et familier : "un vrai tonnerre de Brest avec des cris d'putois".

Et il nous fait voir et entendre toute la violence de cet orage qui devient "feux d'artifice", comme pour célébrer d'avance le nouvel amour qui va naître. Les sonorités de gutturales "r" et de dentales "t" et "d" viennent souligner l'intensité de cet orage.

 

Cet amour s'incarne dans la voisine du poète : celle-ci est évoquée avec vivacité et pittoresque, grâce à un verbe de mouvement "bondissant de sa couche", alors qu'elle est "en costume de nuit", une tenue qui va, bien sûr, favoriser la séduction.

Cette voisine réclame secours et assistance dans un discours direct, ce qui nous donne l'impression de vivre la scène :

"Je suis seule et j'ai peur, ouvrez-moi, par pitié
Mon époux vient d'partir faire son dur métier
Pauvre malheureux mercenaire
Contraint d'coucher dehors quand il fait mauvais temps
Pour la bonne raison qu'il est représentant
D'une maison de paratonnerres"

La belle semble tout de même surjouer la peur : elle insiste sur sa solitude, son désarroi, elle utilise un impératif insistant et elle évoque même l'absence de son époux pour justifier sa peur !

 

Quelle aubaine pour le poète ! Le mari qualifié pompeusement de "mercenaire" va en faire les frais...

Aussitôt, le poète ne perd pas de temps et passe à l'action, avec un certain humour :

"En bénissant le nom de Benjamin Franklin
Je l'ai mise en lieu sûr entre mes bras câlins"

On aime alors la pudique expression : "Et puis l'amour a fait le reste"

 

Le poète se permet même une adresse au mari trompé :


"Toi qui sèmes des paratonnerres à foison
Que n'en as-tu planté sur ta propre maison
Erreur, on ne peut plus funeste"

De fait, ce mari insouciant n'a pas pu empêcher le coup de foudre qui survient.

 

Et voilà la belle repartie en même temps que l'orage : elle n'oublie pas tout de même de prendre rendez-vous pour les jours d'intempérie... l'expression "rendez-vous" réitérée suggère l'empressement de la belle pour la prochaine occasion...

"Quand Jupiter alla se faire entendre ailleurs
La belle, ayant enfin conjuré sa frayeur
Et recouvré tout son courage
Rentra dans ses foyers faire sécher son mari
En m'donnant rendez-vous les jours d'intempérie
Rendez-vous au prochain orage"

 

Dès lors, le poète est dans l'attente : de nombreux verbes de perception "contempler, regarder, guetter, lorgner" viennent souligner sa quête d'un nouveau rendez-vous : il n'arrête pas de scruter le ciel dans l'espérance d'un nouvel orage.

Les noms de nuages s'accumulent aussi :"les nues, les stratus, les cumulus, les nimbus" montrant l'attention exacerbée du poète.

 

Hélas ! La belle ne revient pas... car le mari a fait fortune et a emmené sa femme vers "des cieux toujours bleus, Des pays imbéciles où jamais il ne pleut..."

La chanson se conclut sur une supplique à Dieu :

"Dieu fasse que ma complainte aille, tambour battant
Lui parler de la pluie, lui parler du gros temps
Auxquels on a tenu tête ensemble
Lui conter qu'un certain coup de foudre assassin
Dans le mille de mon cœur a laissé le dessin
D'une petite fleur qui lui ressemble"

 

Dans cette supplique, la chanson devient même un message adressé à la belle, un message qui a valeur de souvenir, un message qui pourra lui parvenir "tambour battant", ce qui peut évoquer encore le bruit tonitruant de la pluie...

 

Le poète parle enfin d'un "coup de foudre assassin" : une expression particulièrement adaptée à la situation, un  coup de foudre qui est à double sens : celui, au propre, qui a tant effrayé sa voisine par ce soir d'orage, et celui, au figuré, qui a fait tomber le poète amoureux de sa belle voisine...

La mélodie emplie de gaieté et de vivacité restitue merveilleusement le bonheur de cette jolie rencontre...

 

Poésie, tendresse, humour, culture, tout un art du récit : un cocktail merveilleux dans cette chanson de Brassens !

 

 

 

 

Partager cet article
Repost1
26 octobre 2021 2 26 /10 /octobre /2021 12:00
Brassens, poète de l'Amour...

 

Pour célébrer encore Brassens, le poète, le musicien, l'amoureux des mots et de la littérature, voici une republication d'un article consacré à une de ses chansons les plus célèbres...

Brassens reste, pour chacun d'entre nous, l'éternel ami Georges : ses chansons sont intemporelles et éternelles, on aime toujours les entendre, les fredonner, les savourer...

L'amour lui a inspiré ses plus beaux poèmes : comment oublier La chasse aux papillons, Les amoureux des bancs publics, J'ai rendez-vous avec vous, Les sabots d'Hélène, Marinette, L'orage, ou encore Le parapluie ?

 Comment ne pas être sensible au charme, à l'évidence, à la simplicité de ce texte : Un p'tit coin d' parapluie ?
 
Une inconnue rencontrée sur le chemin offre au poète un moment de rêve.
Désignée par le pronom "elle", la jeune inconnue apparaît d'autant plus énigmatique et secrète : on ne connaîtra pas son nom, comme le poète l'ignorera aussi...
 
La pluie intense favorise la rencontre amoureuse.
Privée de parapluie, la belle inconnue a forcément besoin de secours, un secours que s'empresse de lui apporter le poète.
 
Le verbe "courir" souligne cet empressement, et le poète propose "un peu d'abri", grâce à un parapluie qu'il a volé, le matin même, à un ami.
On reconnaît bien, là, dans cette remarque, la désinvolture et l'indolence d'un poète.
 
La réponse de la belle inconnue ne se fait pas attendre... Elle accepte la proposition, avec un geste rempli de séduction :"en séchant l'eau de sa frimousse..."
 
Le refrain transforme alors la jeune fille en "ange" et le "coin de parapluie" devient "un coin de paradis".... L'inversion et la reprise de ces mots traduit bien le ravissement du narrateur.
Et le poète peut, dès lors, constater familièrement : "je ne perdais pas au change, pardi !"
Le vocabulaire religieux : "ange, paradis" transforme la jeune inconnue en une déesse, un être divin, aux attraits envoûtants.
 
La promenade sous la pluie nous permet de percevoir "le chant joli que l'eau du ciel faisait entendre..."
La pluie personnifiée semble, alors, devenir complice du poète en berçant les personnages de son doux chant...
 
Et celui-ci commente, avec tendresse et humour, son désir de voir la pluie se prolonger à l'infini et devenir "un déluge".
"J'aurais voulu comme au déluge, 
Voir sans arrêt tomber la pluie, 
Pour la garder sous mon refuge..."
 
Le poète se veut protecteur, car le parapluie se transforme en un véritable "toit", en un "refuge".
 
Mais le rêve s'achève avec le bout du chemin qui conduit au pays de la belle...
Les routes personnifiées conduisent "bêtement" vers des pays et le poète voit sa "folie" interrompue par la fin du voyage.
La jeune fille s'éloigne, alors... après un remerciement et on la voit devenir lointaine "toute petite", vision quasi-cinématographique du personnage qui disparaît, symbolisant, pour l'inconnue, l'oubli de ce moment qui reste si intense dans l'esprit et la mémoire du poète.
 
Le refrain rythmé de sonorités de labiales, dentales, et de gutturales assez fortes nous donne l'impression d'entendre la pluie qui s'égrène sur le toit du parapluie.
Le vocabulaire familier :"rescousse, frimousse, pardi", les interventions du narrateur à la première personne, une certaine auto-dérision donnent à cette chanson une allure de confidence, remplie de charmes.
On retrouve, comme souvent dans les chansons de Brassens un subtil mélange de culture et de familiarité : l'allusion à l'épisode biblique du déluge nous fait sourire...
 
La mélodie pleine de fluidité, de limpidité restitue un moment de bonheur inoubliable...

 

 

 


 
 

 

Partager cet article
Repost0
30 avril 2021 5 30 /04 /avril /2021 12:38
Ouralou...

 

Une chanson dédiée à un animal familier, comme un hommage, c'est assez rare et émouvant. Jean Ferrat évoque ainsi dans un de ses textes son chien Oural, et restitue, avec tant de poésie, toute la noblesse de cet animal.

Le texte est écrit sous la forme d' un véritable discours adressé à ce compagnon fidèle : la deuxième personne du singulier alterne avec la première... le chien est ainsi personnifié et magnifié.

 

Le poème s'ouvre sur une indication temporelle et une référence poétique : "c'est dans l'aube chère à Verlaine"... Associé d'emblée à un verbe de mouvement "tu courais", le chien apparaît comme un symbole de liberté, d'autant plus qu'il est présenté dans un cadre naturel, lié aux "quatre saisons".

L'animal fait alors vivre cette nature, car "sous ses pattes", il révèle des "odeurs de thym et de bruyère".

Il lui donne même une dimension mystique, puisque les odeurs de thym et de bruyère s'élèvent "comme une oraison."

Des qualités humaines sont attribuées à l'animal " tu vivais digne et solitaire", "animal doué de raison"...

Le poète intervient alors en employant la première personne : "j'écris ce jour anniversaire Où tu reposes sous la terre". L'animal n'est plus là, mais il en reste un souvenir si vivace.

Le refrain joue sur le nom de l'animal, 

"Hourrah oural ouralou
Oural ouralou
Hourrah oural ouralou
Oural ouralou"

Le son "ou" répété crée un effet d'harmonie, mêlant une interjection à valeur de cris d'acclamation, et le mot loup.

Et Jean Ferrat n'oublie pas de rappeler que l'animal domestique avait aussi une sorte de pouvoir sur son maître..., comme le suggère cette image :


"On voit souvent des souveraines
A la place des rois qui règnent
Rien qu'en posant leurs yeux dessus..."

L'animal a aussi suivi le chanteur dans ses tournées : il est associé, cette fois, à la ville de Paris, aux quais de Seine, aux  music-halls... L'animal est à nouveau personnifié dans cette expression : 

"Et cette vie qui fut la mienne
Il me semble que tu l'entraînes
A la semelle de tes souliers..."

Le dernier couplet s'ouvre sur un triste constat :

"Jour après jour il faut l'admettre
Voir ceux qu'on aime disparaître
C'est ce qui fait vieillir trop tôt".

Mais le poète se console en imaginant l'animal "Au paradis des chiens, son long museau à la fenêtre..."

Il le voit alors, en mouvement, dans une nature sauvage, dans un décor où se mêlent de manière onirique la terre et le ciel. La vision se précise avec quelques détails : l'animal retrouve toute sa vitalité, son énergie et s'envole dans les nuées. Le vent l'accompagne dans sa course...

Magnifique vision de l'animal en liberté, comparé à un "loup sauvage" !

La mélodie emplie de douceur souligne la beauté et l'élégance de l'animal...


 

 

Partager cet article
Repost0
8 mars 2021 1 08 /03 /mars /2021 12:21
Honneur aux femmes ! Jeanne, la Jeanne, Brassens...

 

Un bel hommage à la générosité, la tendresse des femmes : c'est cette chanson que Brassens écrivit pour Jeanne, Jeanne Planche, née Le Bonniec, qui l’hébergea pendant la guerre et jusqu'en 1961.

 

 

Dès le début, la maison de Jeanne est assimilée à une "auberge. ouverte aux gens sans feu, ni lieu", un endroit accueillant pour tous, et surtout pour les plus humbles, des SDF.

L'expression "sans feu ni lieu" en rappelle une autre "sans foi, ni loi" : Brassens revisite et réinvente ainsi souvent le langage usuel. 

 

Le prénom "Jeanne" répété tout au long de la chanson souligne la présence pleine de sollicitude de la dame.

 

Sa maison est ouverte à tous, comme le suggère l'emploi réitéré du pronom indéfini "on" : "on peut entrer sans frapper, sans montrer patte blanche".

Le style familier restitue bien aussi la simplicité de Jeanne.

 

Le vocabulaire religieux souligne sa générosité : Sa maison devient "l'Auberge du Bon Dieu", et "comme par miracle", "on fait partie de la famille..."

Il est question encore du "coeur" de Jeanne, dans lequel il reste toujours "une petite place".

 

Et pourtant, la dame est "pauvre", "sa table est souvent mal servie"... sa générosité n'en est que plus remarquable et exemplaire.

Ce "peu" qu'elle donne apporte un réconfort unique, ce que souligne une hyperbole : ce "peu assouvit pour la vie."

Et on assiste à une métamorphose miraculeuse de ses dons :

"Son pain ressemble à du gâteau
Et son eau à du vin comme deux gouttes d'eau".

Telle une magicienne, Jeanne transforme les réalités les plus ordinaires en bonheurs.

 

Pour mieux nous faire percevoir la générosité de Jeanne, le poète fait appel à une forme d'ironie :

"On la paie quand on peut des prix mirobolants :
Un baiser sur son front ou sur ses cheveux blancs
Un semblant d'accord de guitare
L'adresse d'un chat échaudé
Ou d'un chien tout crotté comme pourboire…"

L'adjectif "mirobolants" contraste avec la modestie des offrandes faites par les hôtes de Jeanne : "un baiser, un semblant d'accord de guitare, un chat échaudé, un chien tout crotté..."

 

Et on perçoit dans ces offrandes simples toute la reconnaissance du monde.

 

Reprenant une expression populaire imagée, Brassens évoque le fait que Jeanne n'a pas eu d'enfants :

"La Jeanne, la Jeanne,
Dans ses roses et ses choux n'a pas trouvé d'enfant,
Qu'on aime et qu'on défend contre les quatre vents,
Et qu'on accroche à son corsage,
Et qu'on arrose avec son lait…"

On retrouve là un style familier, simple qui est aussi celui de Jeanne.

 

Mais, Jeanne a trouvé de quoi donne libre cours à toute sa tendresse : "Etre mère de trois poulpiquets, à quoi bon !"

On apprécie ici le choix du mot "poulpiquets" qui désigne des lutins malfaisants dans les légendes bretonnes, un mot rare, amusant par ses sonorités...

Jeanne n'est pas la mère de trois enfants, mais elle a trouvé mieux : "elle est mère universelle", encore une hyperbole qui vient souligner le grand coeur de Jeanne.

 

La mélodie très douce suggère bien toute la bienveillance de Jeanne, son dévouement aux autres... sa tendresse, son abnégation, son amour sans limites.

Et Brassens célèbre une fois encore, dans cette merveilleuse chanson, les vertus de l'hospitalité et de la générosité. Cette générosité est celle d'une femme du peuple, ordinaire, mais en même temps exceptionnelle.

 


 

 

 

Partager cet article
Repost0
20 février 2021 6 20 /02 /février /2021 11:14
Charles Trenet, poète, chanteur et enchanteur...

 

Charles Trenet disparaissait il y a tout juste vingt ans, le 19 février 2001 : "Il a inventé la chanson moderne", assure Valentin Schmite, auteur de La révolution Trenet.

Nombreux sont les auteurs à l'avoir encensé ou chanté, de Jacques Higelin, Georges Brassens, Serge Gainsbourg, Anne Sylvestre à Benjamin Biolay...

Avec les chansons de Trenet, la nature, le rythme, la gaieté, l'invention verbale entrent en scène...

Ainsi, cette chanson "Ah dis, ah bonjour" qui nous invite à vivre "à la bonne heure", selon l'expression du philosophe et essayiste Patrick Viveret, c'est à dire à profiter de l'instant et des merveilles de la nature.

 

Une chanson printanière qui invite à la curiosité et à la découverte de la nature, c'est un véritable hymne aux bonheurs simples que nous offre Charles Trénet...

 

La chanson s'ouvre sur une succession d'interrogations qui soulignent une attention au monde.

Tout d'abord une question qui évoque "dans le bois", un "lumineux coquelicot"... Et on découvre qu'il s'agit d'une image pour suggérer un "soleil matinal", "plus matinal que les jolis yeux" d'une amoureuse...

 

Le texte lui est adressé à la deuxième personne comme le montre l'expression  "tes jolis yeux"... et il revêt, ainsi, une allure familière.

 

Après avoir mis en jeu la sensation visuelle, grâce à l'image du coquelicot, le poète nous invite à écouter le réveil de la nature : "Quel est, dans le ciel, cet écho, ce cocorico ?"

Il nous fait entendre les échos sonores du chant du coq, à l'aube.

 

Puis, il nous incite à observer attentivement cette nature, dans le moindre détail, avec "cette goutte sur la joue d'une fleur", qui symbolise la rosée du matin et "des larmes de bonheur"...

Le poète magnifie, ainsi la fleur, grâce à cette personnification...

 

L'emploi de déictiques, dans le premier couplet, semble suggérer la présence de tous les éléments du décor.

La nature entière associée à "l'ardeur" est elle-même personnifiée : "Elle a vingt ans"... 

 

Les nombreux impératifs qui se succèdent : "ouvre les yeux. Réveille-toi... ouvre ton coeur, ouvre ta fenêtre, laisse entrer" donnent du dynamisme et de la vitalité au texte...

 

Les verbes utilisés sont le plus souvent des verbes d'action ou de mouvement qui suggèrent aussi une vigueur et une énergie renouvelées.

 

Il s'agit de célébrer l'amour, la lumière, la liberté... il s'agit de rendre hommage de la manière la plus simple à la lumière, en disant tout simplement : "bonjour."

Les activités proposées sont elles-mêmes très simples : "Cueille la fleur, chante, va-t-en courir sur les chemins..."

Les chemins qui deviennent sous la plume du poète : "de la nature les lignes de la main", nouvelle personnification qui humanise la campagne environnante...

 

Puis le bonheur d'un bain dans la rivière, puis celui de se sécher au soleil sont évoqués et suggérés avec empressement, toujours grâce à des impératifs.

 

L'humour n'est pas oublié dans cette remarque : "N'assieds pas ton derrière Sur les orties familières."

 

Le poème s'achève sur le thème de la fuite du temps et sur une invitation à profiter du temps présent...

La mélodie légère, sautillante, enjouée est, en elle-même, une véritable invitation au bonheur.

 

 

Les paroles : 

 

https://www.paroles.net/charles-trenet/paroles-ah-dis-ah-dis-ah-dis-bonjour

 

 

Autres chansons :

 

http://rosemar.over-blog.com/article-la-mer-118362977.html

 

http://rosemar.over-blog.com/article-leurs-chansons-courent-encore-dans-les-rues-123775655.html

 

http://rosemar.over-blog.com/2016/06/une-chanson-pour-saluer-la-lune.html

 

http://rosemar.over-blog.com/2016/12/il-pleut-dans-ma-chambre-j-ecoute-la-pluie.html

 

http://rosemar.over-blog.com/2016/05/pour-fleur-bleue.html

 

 

Partager cet article
Repost0
14 février 2021 7 14 /02 /février /2021 10:08
Les sabots d'Hélène étaient tout crottés...

 

Une chanson d'amour pleine de tendresse...

Merveilleuse chanson de Brassens dans laquelle il reprend un texte connu du répertoire folklorique, en l'adaptant à sa façon...

Brassens aime ainsi s'inspirer de chansons populaires : on songe aussi à ce texte : Dans l'eau de la claire fontaine... Brassens aime revisiter des chansons, des expressions, des mythes...

Tout le monde connaît cette chanson, dont il s'inspire ici  : En passant par la Lorraine... 

 

Brassens donne un prénom à la jeune femme, "Hélène", ainsi le personnage nous paraît plus familier, plus proche.

Les "sabots crottés" renvoient bien sûr à sa condition modeste de simple paysanne.

 

On retrouve, comme dans la chanson populaire, "les trois capitaines" qui méprisent la jeune femme, en l'appelant "vilaine", mot dont la signification ancienne évoque encore ses origines paysannes. Car Hélène est jolie, malgré ses sabots crottés.

Brassens nous invite ainsi à voir au delà des apparences.

Hélène moqué pour ses sabots, recèle pourtant des trésors, qu'il faut savoir découvrir.

Ainsi ses larmes deviennent une "fontaine" où l'on peut étancher sa soif de bonheur et d'amour.

"Et la pauvre Hélène était comme une âme en peine
Ne cherche plus longtemps de fontaine, toi qui as besoin d'eau
Ne cherche plus, aux larmes d'Hélène, va-t'en remplir ton seau"

L'eau de la fontaine peut être ici symbole d'un amour pur et sincère. 

 

Et soudain, le poète emploie de manière insistante la première personne :

"Moi j'ai pris la peine de les déchausser
Les sabots d'Hélène, moi qui ne suis pas capitaine
Et j'ai vu ma peine bien récompensée
Dans les sabots de la pauvre Hélène, dans ses sabots crottés
Moi j'ai trouvé les pieds d'une reine et je les ai gardés"

Et voici la jeune paysanne transformée en "reine", grâce à l'amour.

 

Autre symbole de l'apparence : le vêtement, en l'occurrence "le jupon mité" de la belle, ce jupon qui cache "des jambes de reine"...

"Son jupon de laine était tout mité
Les trois capitaines l'auraient appelée vilaine
Et la pauvre Hélène était comme une âme en peine"

Enfin, c'est le coeur de la jeune femme qui est évoqué, "un coeur qui n' savait pas chanter", un coeur accablé par la misère, le dénuement, sans doute.

"Et le cœur d'Hélène n'savait pas chanter
Les trois capitaines l'auraient appelée vilaine
Et la pauvre Hélène était comme une âme en peine
Ne cherche plus longtemps de fontaine, toi qui as besoin d'eau
Ne cherche plus, aux larmes d'Hélène, va-t'en remplir ton seau"

Et c'est dans ce pauvre coeur que le poète trouve "l'amour d'une reine..."

 

Une expression revient inlassablement dans la chanson : "j'ai pris la peine..." oui, prendre la peine, prendre le temps pour voir au delà des apparences, apprendre à connaître l'autre. Voir la beauté cachée sous les guenilles...

Voici une belle leçon de patience et d'amour que nous donne ici Brassens.

 

La mélodie joyeuse traduit bien ce bonheur de la rencontre, de la découverte...

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
8 décembre 2020 2 08 /12 /décembre /2020 13:38
John Lennon, the dreamer... "Imagine !", dit le poète...


Il y a exactement 40 ans, John Lennon était assassiné le 8 décembre 1980 à New York... Fondateur des Beatles, il a composé de magnifiques mélodies... La plus célèbre : IMAGINE... Une belle utopie...

 

Un air de musique que tout le monde connaît ou reconnaît, une chanson qui a fait le tour du monde, une chanson dans laquelle le poète rêve d'un monde meilleur...

 

"Imagine !" dit le poète, il suffirait de supprimer de vaines croyances, comme le suggèrent les négations employées : "no heaven, aucun paradis, no hell, aucun enfer."

 

Et il faudrait garder à l'esprit seulement la beauté du ciel, au dessus de nous tous, pour réunir et rassembler le monde... "Above us, only sky."

 

L'utilisation du pluriel "all the people" marque une harmonie retrouvée, un désir d'union, enfin !

 

Et le poète souligne toute l'importance du présent dans lequel il faut vivre, car seuls le présent et la vie comptent :

"Imagine all the people,

Imagine tous les gens,
Living for today...
Vivant pour aujourd'hui..."

 

Le poète déroule, ensuite, tout ce qui sépare et désunit les êtres humains : "no countries, nothing, no religions", et, à nouveau, il a recours à de nombreuses négations, pour mettre en évidence l'inanité de tout ce qui divise les humains, des pays différents, des religions, pour lesquelles certains sont prêts à "tuer ou mourir", "kill or die".

 

Il imagine un monde de "paix."

Le poète se reconnaît comme "un rêveur", "a dreamer", et s'adressant à chacun de nous, grâce à la deuxième personne du singulier, il nous invite à le rejoindre dans ses rêves : 

"I hope some day you'll join us,
J'espère qu'un jour tu nous rejoindras,
And the world will live as one.
Et que le monde vivra uni..."

Rêvons à ce monde "sans possessions", "sans besoin d'avidité ou de faim", un monde de fraternité...

Un monde de partage et d'union...

"Imagine all the people,
Imagine tous les gens,
Sharing all the world...
Partageant tout le monde..."

 

Mais qui ne rêve de cette fraternité, qui ne rêve d'un monde apaisé et serein ?

"Je ne suis pas le seul à faire ce rêve", dit le poète, et "j'espère qu'un jour tu nous rejoindras"...

On perçoit toute l'universalité du texte, à travers cet emploi réitéré de la deuxième personne du singulier. Nous sommes tous concernés par cet appel à l'union, la fraternité...

La mélodie nous invite, aussi, à une forme d'harmonie retrouvée : doucement rythmée, elle nous conduit vers un crescendo d'apaisement.

 

Ecrite et composée en 1971 par John Lennon, cette chanson a été reprise maintes fois...

 

Il suffit juste d'imaginer...

 

 

 

Le texte :

 

https://www.lacoccinelle.net/243444-john-lennon-imagine.html

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 08:14
Châtaignes dans les bois...

 

 

Merveilleuse chanson sur l'alternance des saisons qui nous ravit et nous entraîne dans les tourbillons du temps...

 

Chanson apaisée et mélancolique à la fois sur la fuite du temps... "Colchiques dans les prés" : cette chanson fait partie de notre patrimoine... elle est dans nos coeurs et nos âmes...

Quel enfant ne l'a pas fredonnée ?

 

Dès le premier couplet, la nature entre en scène avec un magnifique tableau : une floraison de colchiques...

Le mot "Colchiques" est utilisé sans article : ainsi, les fleurs apparaissent comme personnifiées, pleines de vie et de vigueur...

Le verbe "fleurir" réitéré vient souligner cette impression...

Et cette floraison annonce inexorablement la fin de l'été...

 

Aussitôt, naît un autre tableau : celui des feuilles d'automne emportées par le vent : tristesse des feuilles qui tombent, mais le tableau est somptueux... on voit apparaître une "ronde" dans laquelle dansent ces feuilles...

 

L'automne nous apporte aussi ses fruits : les "châtaignes dans les bois... qui se fendent sous nos pas"...

Encore une image de bonheur et de vitalité : la nature se renouvelle pour nous apporter ses bienfaits...

Le mot "châtaignes" est lui aussi utilisé sans article, une façon de les personnifier.

 

Le tableau ne serait pas complet sans l'évocation du ciel et des nuages...

Belle image encore de nuages qui s'étirent dans le ciel... des nuages qui font immanquablement penser à des oiseaux puisqu'ils s'étirent "comme une aile"...

 

Enfin, dans le dernier couplet, par une sorte de mise en abîme, le chant lui-même est évoqué : un chant qui murmure, apaise et qui appelle le bonheur...

 

"Et ce chant dans mon coeur

Murmure, murmure,

Et ce chant dans mon coeur

Murmure le bonheur."

 

 

Voilà un bel hymne à la nature ! Une magnifique chanson qui nous entraîne dans une douce mélodie... une chanson inoubliable de l'enfance... et du renouveau des saisons...

 

Pour mémoire :

 

Colchiques dans les prés (dont le titre initial est Automne) est une chanson populaire française du xxe siècle. Les deux auteurs — Jacqueline Debatte pour les paroles et son amie Francine Cockenpot pour la mélodie —, toutes deux chefs scouts, créent cette ritournelle vers 1942/1943 à destination des jeunes des camps de scoutisme.

 

 

Les paroles :

 

https://paroles2chansons.lemonde.fr/paroles-chansons-enfantines/paroles-colchiques-dans-les-pres.html

 

 

 

Partager cet article
Repost0
26 juin 2020 5 26 /06 /juin /2020 10:53
A la chasse aux papillons... avec Brassens...

 

 

Une chanson emplie de fraîcheur, de légèreté, de tendresse : c'est tout l'art de Georges Brassens que l'on retrouve dans ce texte intitulé La chasse aux papillons...

 

Un personnage est évoqué au début de la chanson, en des termes amusants : "un bon petit diable"... Brassens se plait à décrire un personnage attrayant et sympathique, un bon vivant, qui a "la jambe légère, et l'oeil polisson..."

 

L'oeil, la bouche de ce personnage sont soulignés, évoquant une forme de sensualité...

 

Les mots utilisés pour le décrire : "la fleur de l'âge, la bouche pleine de joyeux ramages" suggèrent grâce à des images, un être qui aime la nature, un homme plein de vivacité, d'énergie, un beau parleur, et même peut-être un poète, à l'image de Georges Brassens lui-même.

 

On ne s'étonne pas, dès lors, que ce personnage parte à "chasse aux papillons..."

Ces papillons qui pourraient être une métaphore de l'amour et de ses plaisirs...

 

Le bon petit diable rencontre alors, comme dans un conte, une "Cendrillon, filant sa quenouille", image d'une jeune fille humble et simple...

 

Le coup de foudre est suggéré par l'emploi du verbe "voir" au passé simple : "il vit Cendrillon...", une vision soudaine, inattendue, comme éblouissante....

 

Et, aussitôt, le personnage passe à l'action : il invite sa belle à une "chasse aux papillons", dans un discours direct et familier : 

"Bonjour, que Dieu te ménage,
J' t'emmène à la chasse aux papillons."

La jeune fille, aussitôt séduite, se prépare et" met sa robe neuve" : le présent de narration accentue et souligne l'empressement de la belle.

On peut percevoir, là, une référence et un clin d'oeil au conte de Perrault, où Cendrillon se rend au bal, avec une jolie robe.

 

L'expression "bras d'ssus bras d'ssous'" souligne la proximité qui unit les deux personnages.

Brassens nous laisse entrevoir malicieusement une sorte de fausse ingénuité du séducteur : "Il ne savait pas que sous les ombrages,
Se cachait l'amour et son aiguillon..."

Le vocabulaire amoureux apparaît : "amour, coeurs".

La jeune fille, devant l'empressement du jeune homme, évoque en quelques mots, la curieuse chasse aux papillons à laquelle il se livre...

"J' présage
Qu' c'est pas dans les plis de mon cotillon,
Ni dans l'échancrure de mon corsage,
Qu'on va à la chasse aux papillons."

Les vêtements de Cendrillon, son cotillon, son corsage sont mis en valeur et montrent les gestes audacieux de l'amoureux.

Le rapprochement entre les deux personnages est mis en évidence par la répétition du mot "bouche".


"Sur sa bouche en feu qui criait : "Sois sage !"
Il posa sa bouche en guis’ de bâillon..."

Et l'expression suivante : "Et c'fut l'plus charmant des remu’-ménage
Qu'on ait vu d' mémoir' de papillon" suggère tout le bonheur des amants, leurs ébats, avec tendresse et délicatesse.

On les voit, ensuite, revenir au village, "un volcan dans l'âme", une belle image qui souligne le trouble amoureux, et la métamorphose qu'il produit.

Ils se promettent "d'aller des millions,
Des milliards de fois, et mêm' davantage,
Ensemble à la chasse aux papillons."

On perçoit tout l'enthousiasme des amoureux à travers ces promesses hyperboliques, un élan, un bonheur.

La dernière strophe, avec l'emploi du futur, évoque l'avenir des personnages : tant que durera leur amour, "Il f'ra bon voler dans les frais bocages,
Ils f'ront pas la chasse aux papillons."

 

Jolie conclusion pour cette chanson qui nous laisse entrevoir le bonheur des papillons qui seront épargnés par les amoureux.
 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
6 mai 2020 3 06 /05 /mai /2020 10:51
Est-ce que ce monde est sérieux ?

 

Comment dire la barbarie de la corrida ? Comment restituer la souffrance de l'animal voué à être sacrifié dans l'arène ?

Francis Cabrel a fait le choix judicieux de nous faire entendre les pensées d'un taureau qui s'exprime à la première personne : il personnifie l'animal qui retrouve ainsi toute sa dignité et toute sa noblesse.

 

Le poète nous fait voir le taureau, au moment même où il va entrer dans l'arène, enfermé, isolé dans une "chambre noire", un lieu effrayant alors que l'animal perçoit des bruits de fête au bout du couloir : le contraste est saisissant entre l'obscurité et la gaieté de l'ambiance créée par les hommes : "on s'amuse, on chante... les fanfares"....

Le contraste est saisissant aussi entre la solitude du taureau et la foule compacte représentée par le pronom indéfini "on" et plus loin par le mot au pluriel : "les fanfares".

L'animal est assailli de sensations, visuelles, auditives, particulièrement intenses : "la chambre noire", puis "le grand jour", le bruit du "verrou", les chants de la foule.

Et tout d'un coup, après une longue attente, le taureau découvre brutalement "le grand jour"...

 

On entre alors dans les pensées de l'animal, qui évoluent vers la compréhension de la situation : il est acculé, obligé d'avancer dans l'arène et d'affronter cette "danseuse ridicule"...

Le torero désigné par cette métaphore est dévalorisé et rabaissé grâce à l'emploi du féminin. Vêtu de son costume clinquant, il se réduit à une image grotesque.

 

Dès lors, l'animal n' a plus qu'une solution : avancer, combattre.

La question réitérée : "Est-ce que ce monde est sérieux ?" montre bien l'absurdité de la situation à laquelle est confronté le taureau : des gens qui se réjouissent d'un combat à venir.

 

L'animal évoque ensuite son pays d'origine l'Andalousie et ses "prairies bordées de cactus"... pour se donner du courage face à l'adversaire désigné encore par des termes péjoratifs : "ce pantin, ce minus".

L'homme est d'ailleurs mis sur le même plan que son chapeau dans l'expression : "lui et son chapeau", il est ainsi ravalé au rang d'objet, méprisable.

 

Et on perçoit la hargne de l'animal acculé à combattre : "Je vais l’attraper, lui et son chapeau
Les faire tourner comme un soleil..."

Et de rajouter avec une assurance marquée par l'emploi du futur :

"Ce soir la femme du torero
Dormira sur ses deux oreilles..."

 

Mais le voilà frappé et terrassé par des coups violents, contraint de "s'incliner".

Et à nouveau, l'animal ne comprend pas qui sont ces êtres qui l'entourent : il pose une question dénonciatrice : les toreros sont assimilés à des "acrobates, Avec leurs costumes de papier" et aussi à des "poupées".

Ces métaphores, cette féminisation les discréditent et les ridiculisent à nouveau.

"Ils sortent d’où ces acrobates
Avec leurs costumes de papier?
J’ai jamais appris à me battre
Contre des poupées..."

 

Face à la douleur, seul le sable de l'arène réconforte l'animal, ainsi que le souvenir de son Andalousie natale.

On le voit aussi "prier pour que tout s'arrête."

 

Le dernier couplet met en scène la mort en direct du taureau avec des contrastes poignants qui soulignent la cruauté dont sont capables les humains : le rire, la danse devant la mort.

"Je les entends rire comme je râle
Je les vois danser comme je succombe
Je pensais pas qu’on puisse autant
S’amuser autour d’une tombe."

 

Le texte s'achève avec ces paroles en espagnol, une invitation à danser encore autour de la mort des taureaux, comme une tradition qui se perpétue inlassablement :

"Si, si hombre, hombre
Baila, baila

Hay que bailar de nuevo
Y mataremos otros
Otras vidas, otros toros
Y mataremos otros
Venga, venga a bailar...
Y mataremos otros

Oui, oui mec
Danse, danse
Faut danser de nouveau
Et nous en tuerons d’autres
D'autres vies, d'autres taureaux
Et nous en tuerons d'autres
Allez viens
Venez, venez danser… "

 

La mélodie d'abord sombre, ténébreuse restitue bien la cruauté de la corrida, puis elle s'anime au rythme de la fête, et s'emporte pour évoquer l'agonie terrible de l'animal.

Cette dénonciation de la tauromachie met bien en évidence la violence des hommes, leur inconscience face à la douleur, leur mépris du vivant.

 

Le texte :

 

https://www.paroles.net/francis-cabrel/paroles-la-corrida

 

 

Partager cet article
Repost0