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23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 08:14
Châtaignes dans les bois...

 

 

Merveilleuse chanson sur l'alternance des saisons qui nous ravit et nous entraîne dans les tourbillons du temps...

 

Chanson apaisée et mélancolique à la fois sur la fuite du temps... "Colchiques dans les prés" : cette chanson fait partie de notre patrimoine... elle est dans nos coeurs et nos âmes...

Quel enfant ne l'a pas fredonnée ?

 

Dès le premier couplet, la nature entre en scène avec un magnifique tableau : une floraison de colchiques...

Le mot "Colchiques" est utilisé sans article : ainsi, les fleurs apparaissent comme personnifiées, pleines de vie et de vigueur...

Le verbe "fleurir" réitéré vient souligner cette impression...

Et cette floraison annonce inexorablement la fin de l'été...

 

Aussitôt, naît un autre tableau : celui des feuilles d'automne emportées par le vent : tristesse des feuilles qui tombent, mais le tableau est somptueux... on voit apparaître une "ronde" dans laquelle dansent ces feuilles...

 

L'automne nous apporte aussi ses fruits : les "châtaignes dans les bois... qui se fendent sous nos pas"...

Encore une image de bonheur et de vitalité : la nature se renouvelle pour nous apporter ses bienfaits...

Le mot "châtaignes" est lui aussi utilisé sans article, une façon de les personnifier.

 

Le tableau ne serait pas complet sans l'évocation du ciel et des nuages...

Belle image encore de nuages qui s'étirent dans le ciel... des nuages qui font immanquablement penser à des oiseaux puisqu'ils s'étirent "comme une aile"...

 

Enfin, dans le dernier couplet, par une sorte de mise en abîme, le chant lui-même est évoqué : un chant qui murmure, apaise et qui appelle le bonheur...

 

"Et ce chant dans mon coeur

Murmure, murmure,

Et ce chant dans mon coeur

Murmure le bonheur."

 

 

Voilà un bel hymne à la nature ! Une magnifique chanson qui nous entraîne dans une douce mélodie... une chanson inoubliable de l'enfance... et du renouveau des saisons...

 

Pour mémoire :

 

Colchiques dans les prés (dont le titre initial est Automne) est une chanson populaire française du xxe siècle. Les deux auteurs — Jacqueline Debatte pour les paroles et son amie Francine Cockenpot pour la mélodie —, toutes deux chefs scouts, créent cette ritournelle vers 1942/1943 à destination des jeunes des camps de scoutisme.

 

 

Les paroles :

 

https://paroles2chansons.lemonde.fr/paroles-chansons-enfantines/paroles-colchiques-dans-les-pres.html

 

 

 

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26 juin 2020 5 26 /06 /juin /2020 10:53
A la chasse aux papillons... avec Brassens...

 

 

Une chanson emplie de fraîcheur, de légèreté, de tendresse : c'est tout l'art de Georges Brassens que l'on retrouve dans ce texte intitulé La chasse aux papillons...

 

Un personnage est évoqué au début de la chanson, en des termes amusants : "un bon petit diable"... Brassens se plait à décrire un personnage attrayant et sympathique, un bon vivant, qui a "la jambe légère, et l'oeil polisson..."

 

L'oeil, la bouche de ce personnage sont soulignés, évoquant une forme de sensualité...

 

Les mots utilisés pour le décrire : "la fleur de l'âge, la bouche pleine de joyeux ramages" suggèrent grâce à des images, un être qui aime la nature, un homme plein de vivacité, d'énergie, un beau parleur, et même peut-être un poète, à l'image de Georges Brassens lui-même.

 

On ne s'étonne pas, dès lors, que ce personnage parte à "chasse aux papillons..."

Ces papillons qui pourraient être une métaphore de l'amour et de ses plaisirs...

 

Le bon petit diable rencontre alors, comme dans un conte, une "Cendrillon, filant sa quenouille", image d'une jeune fille humble et simple...

 

Le coup de foudre est suggéré par l'emploi du verbe "voir" au passé simple : "il vit Cendrillon...", une vision soudaine, inattendue, comme éblouissante....

 

Et, aussitôt, le personnage passe à l'action : il invite sa belle à une "chasse aux papillons", dans un discours direct et familier : 

"Bonjour, que Dieu te ménage,
J' t'emmène à la chasse aux papillons."

La jeune fille, aussitôt séduite, se prépare et" met sa robe neuve" : le présent de narration accentue et souligne l'empressement de la belle.

On peut percevoir, là, une référence et un clin d'oeil au conte de Perrault, où Cendrillon se rend au bal, avec une jolie robe.

 

L'expression "bras d'ssus bras d'ssous'" souligne la proximité qui unit les deux personnages.

Brassens nous laisse entrevoir malicieusement une sorte de fausse ingénuité du séducteur : "Il ne savait pas que sous les ombrages,
Se cachait l'amour et son aiguillon..."

Le vocabulaire amoureux apparaît : "amour, coeurs".

La jeune fille, devant l'empressement du jeune homme, évoque en quelques mots, la curieuse chasse aux papillons à laquelle il se livre...

"J' présage
Qu' c'est pas dans les plis de mon cotillon,
Ni dans l'échancrure de mon corsage,
Qu'on va à la chasse aux papillons."

Les vêtements de Cendrillon, son cotillon, son corsage sont mis en valeur et montrent les gestes audacieux de l'amoureux.

Le rapprochement entre les deux personnages est mis en évidence par la répétition du mot "bouche".


"Sur sa bouche en feu qui criait : "Sois sage !"
Il posa sa bouche en guis’ de bâillon..."

Et l'expression suivante : "Et c'fut l'plus charmant des remu’-ménage
Qu'on ait vu d' mémoir' de papillon" suggère tout le bonheur des amants, leurs ébats, avec tendresse et délicatesse.

On les voit, ensuite, revenir au village, "un volcan dans l'âme", une belle image qui souligne le trouble amoureux, et la métamorphose qu'il produit.

Ils se promettent "d'aller des millions,
Des milliards de fois, et mêm' davantage,
Ensemble à la chasse aux papillons."

On perçoit tout l'enthousiasme des amoureux à travers ces promesses hyperboliques, un élan, un bonheur.

La dernière strophe, avec l'emploi du futur, évoque l'avenir des personnages : tant que durera leur amour, "Il f'ra bon voler dans les frais bocages,
Ils f'ront pas la chasse aux papillons."

 

Jolie conclusion pour cette chanson qui nous laisse entrevoir le bonheur des papillons qui seront épargnés par les amoureux.
 

 

 

 

 

 

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6 mai 2020 3 06 /05 /mai /2020 10:51
Est-ce que ce monde est sérieux ?

 

Comment dire la barbarie de la corrida ? Comment restituer la souffrance de l'animal voué à être sacrifié dans l'arène ?

Francis Cabrel a fait le choix judicieux de nous faire entendre les pensées d'un taureau qui s'exprime à la première personne : il personnifie l'animal qui retrouve ainsi toute sa dignité et toute sa noblesse.

 

Le poète nous fait voir le taureau, au moment même où il va entrer dans l'arène, enfermé, isolé dans une "chambre noire", un lieu effrayant alors que l'animal perçoit des bruits de fête au bout du couloir : le contraste est saisissant entre l'obscurité et la gaieté de l'ambiance créée par les hommes : "on s'amuse, on chante... les fanfares"....

Le contraste est saisissant aussi entre la solitude du taureau et la foule compacte représentée par le pronom indéfini "on" et plus loin par le mot au pluriel : "les fanfares".

L'animal est assailli de sensations, visuelles, auditives, particulièrement intenses : "la chambre noire", puis "le grand jour", le bruit du "verrou", les chants de la foule.

Et tout d'un coup, après une longue attente, le taureau découvre brutalement "le grand jour"...

 

On entre alors dans les pensées de l'animal, qui évoluent vers la compréhension de la situation : il est acculé, obligé d'avancer dans l'arène et d'affronter cette "danseuse ridicule"...

Le torero désigné par cette métaphore est dévalorisé et rabaissé grâce à l'emploi du féminin. Vêtu de son costume clinquant, il se réduit à une image grotesque.

 

Dès lors, l'animal n' a plus qu'une solution : avancer, combattre.

La question réitérée : "Est-ce que ce monde est sérieux ?" montre bien l'absurdité de la situation à laquelle est confronté le taureau : des gens qui se réjouissent d'un combat à venir.

 

L'animal évoque ensuite son pays d'origine l'Andalousie et ses "prairies bordées de cactus"... pour se donner du courage face à l'adversaire désigné encore par des termes péjoratifs : "ce pantin, ce minus".

L'homme est d'ailleurs mis sur le même plan que son chapeau dans l'expression : "lui et son chapeau", il est ainsi ravalé au rang d'objet, méprisable.

 

Et on perçoit la hargne de l'animal acculé à combattre : "Je vais l’attraper, lui et son chapeau
Les faire tourner comme un soleil..."

Et de rajouter avec une assurance marquée par l'emploi du futur :

"Ce soir la femme du torero
Dormira sur ses deux oreilles..."

 

Mais le voilà frappé et terrassé par des coups violents, contraint de "s'incliner".

Et à nouveau, l'animal ne comprend pas qui sont ces êtres qui l'entourent : il pose une question dénonciatrice : les toreros sont assimilés à des "acrobates, Avec leurs costumes de papier" et aussi à des "poupées".

Ces métaphores, cette féminisation les discréditent et les ridiculisent à nouveau.

"Ils sortent d’où ces acrobates
Avec leurs costumes de papier?
J’ai jamais appris à me battre
Contre des poupées..."

 

Face à la douleur, seul le sable de l'arène réconforte l'animal, ainsi que le souvenir de son Andalousie natale.

On le voit aussi "prier pour que tout s'arrête."

 

Le dernier couplet met en scène la mort en direct du taureau avec des contrastes poignants qui soulignent la cruauté dont sont capables les humains : le rire, la danse devant la mort.

"Je les entends rire comme je râle
Je les vois danser comme je succombe
Je pensais pas qu’on puisse autant
S’amuser autour d’une tombe."

 

Le texte s'achève avec ces paroles en espagnol, une invitation à danser encore autour de la mort des taureaux, comme une tradition qui se perpétue inlassablement :

"Si, si hombre, hombre
Baila, baila

Hay que bailar de nuevo
Y mataremos otros
Otras vidas, otros toros
Y mataremos otros
Venga, venga a bailar...
Y mataremos otros

Oui, oui mec
Danse, danse
Faut danser de nouveau
Et nous en tuerons d’autres
D'autres vies, d'autres taureaux
Et nous en tuerons d'autres
Allez viens
Venez, venez danser… "

 

La mélodie d'abord sombre, ténébreuse restitue bien la cruauté de la corrida, puis elle s'anime au rythme de la fête, et s'emporte pour évoquer l'agonie terrible de l'animal.

Cette dénonciation de la tauromachie met bien en évidence la violence des hommes, leur inconscience face à la douleur, leur mépris du vivant.

 

Le texte :

 

https://www.paroles.net/francis-cabrel/paroles-la-corrida

 

 

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18 avril 2020 6 18 /04 /avril /2020 08:44
Je lui dirai les mots bleus...

 

 

Une chanson que nous avons tous fredonnée, une chanson d'amour où l'on perçoit toutes les difficultés d'exprimer ses sentiments amoureux : "ces mots bleus qu'on dit avec les yeux...", ces mots que seul le regard peut traduire...

Le chanteur Christophe, de sa voix douce, fragile et rauque à la fois, nous a tant émus et charmés avec ces mots bleus...

 

C'est sur un cadre familier et quotidien que s'ouvre cette chanson : 

"Il est six heures au clocher de l'église
Dans le square les fleurs poétisent"

Un cadre que tout le monde peut côtoyer : "une église, un square, une mairie" quoi de plus banal ? 

 

Et pourtant, dès le deuxième vers, les fleurs personnifiées "poétisent", comme si elles voulaient accompagner la rencontre amoureuse qui va suivre, belle expression qui confère au texte une sensibilité particulière.

 

C'est une rencontre régulière et attendue qui est évoquée, un rendez-vous, un rituel, comme le montre l'expression "chaque soir".

La jeune fille "sourit" à l'inconnu qui l'attend : n'est-ce pas une invitation à l'amour ? Et l'amoureux se sent d'autant plus encouragé pour l'aborder, lui parler.

Mais seul le regard permet de dire l'essentiel :

"Je lui dirai les mots bleus
Les mots qu'on dit avec les yeux
Parler me semble ridicule
Je m'élance et puis je recule
Devant une phrase inutile
Qui briserait l'instant fragile
D'une rencontre
D'une rencontre..."

Les hésitations de l'amoureux, son trouble, son émotion transparaissent physiquement dans ses gestes : "Je m'élance et puis je recule".

On entre même dans ses pensées : "Parler me semble ridicule", et il nous semble ainsi d'autant plus proche de nous. On perçoit aussi son inquiétude dans cette expression : "l'instant fragile".

Et l'amoureux réaffirme sa volonté de "dire les mots bleus", avec un futur de l'indicatif qui marque une certitude, comme  un élan associé à l'idée de bonheur, celui d'une rencontre amoureuse.

"Je lui dirai les mots bleus
Ceux qui rendent les gens heureux
Je l'appellerai sans la nommer
Je suis peut-être démodé
Le vent d'hiver souffle en avril
J'aime le silence immobile
D'une rencontre
D'une rencontre"

Le personnage se sent alors en décalage : "peut-être démodé", à l'unisson tout de même de la nature, puisqu'un "vent d'hiver souffle en avril".

L'expression poétique "le silence immobile" restitue bien le moment sacralisé de la rencontre, un moment où le temps est comme suspendu, un moment de grâce, bien sûr.

Soudain, le cadre change : le personnage se retrouve sur le quai d'une gare, et voit à nouveau la jeune fille qui lui sourit... on a l'impression d'être dans un rêve différent de la réalité : "plus d'horloge, plus de clocher, Dans le square les arbres sont couchés..."

On a l'impression d'entrer dans l'univers onirique du personnage ou peut-être le temps a-t-il passé et l'amoureux évoque alors des "retrouvailles".

 

Et la volonté d'utiliser les mots bleus revient... il s'agit toujours de ne pas "gâcher l'instant fragile" des retrouvailles.

"Les excuses" sont comparées à des "baisers que l'on vole", les mots ordinaires sont à nouveau discrédités par cette belle comparaison.

 

"Je lui dirai les mots bleus
Les mots qu'on dit avec les yeux
Toutes les excuses que l'on donne
Sont comme les baisers que l'on vole
Il reste une rancœur subtile
Qui gâcherait l'instant fragile
De nos retrouvailles
De nos retrouvailles"

L'amoureux se méfie encore du "protocole", des "longs discours futiles"... il préfère les mots bleus, ceux de la sincérité et de la vérité.

 

Ainsi, les mots sont-ils toujours adaptés pour dire l'essentiel ? Un geste, un regard, un élan disent parfois beaucoup plus que les mots et les grands discours.

 

La mélodie traduit à la fois douceur et déchirure, bonheur de la rencontre et difficulté de rendre compte de ses sentiments...

 

Paroles de Jean-Michel JARRE
Musique de Daniel BEVILACQUA  (le vrai nom de Christophe)

 

Le texte :

https://www.paroles.net/christophe/paroles-les-mots-bleus

 

 

 

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13 mars 2020 5 13 /03 /mars /2020 13:46
Deux branches de tilleul entrent par la fenêtre...

 

Il y a dix ans disparaissait Jean Ferrat : ses chansons ont une valeur universelle et intemporelle, ce sont des leçons d'humanité, de justice, de beauté...

 

Jean Ferrat a chanté l'amour, la valeur de l'instant précieux, l'harmonie de la nature... On retrouve ces thèmes dans une chanson intitulée "Ce qu'on est bien mon amour..."

La nature qui entre par la fenêtre, avec deux "branches de tilleul", le ciel personnifié qui "cligne des yeux", des papillons qui dansent la "passacaille", voilà un cadre propice à un duo amoureux. C'est ce cadre familier que décrit Jean Ferrat, dans cette chanson, en rendant hommage aux paysages du sud...

 

Toute la nature s'anime et semble participer à la fête, au bonheur de la vie et de l'amour.

 

La passacaille, danse populaire d'origine espagnole qui remonte à la Renaissance évoque un monde d'autrefois, où régnait la lenteur, où l'on prenait le temps de vivre : la voyelle "a" répétée de ce mot crée un rythme plein de charme et d'harmonie.

On voit aussi un "lézard, des genêts, des bruyères", toute une faune et une végétation du sud, une ambiance chaleureuse.

 

Un oxymore, "pays de tendresse et colère" suggère bien les paysages du sud, remplis de soleil, de chaleur où soufflent, parfois, des tempêtes de mistral, pays de contrastes étonnants.

 

Un torrent se permet de "déchirer" le silence du paysage, verbe évocateur très fort qui personnifie le torrent et lui donne une force intense.

 

Et même la fumée d'une cigarette, tenue par la jeune femme s'anime d'une vie particulière, et semble participer à la beauté du décor : la fumée se donne en spectacle, fait des "pirouettes" et souligne les "longs doigts" de l'amoureuse.

 

Le poète intervient, alors, tel un vrai "saltimbanque" qui séduit par ses gestes : il s'adresse à la sensualité même de la jeune fille : "ses bras, sa bouche, ses jambes malignes..."

 

Le mot "saltimbanque", plein de vie, de joie, grâce aux sonorités de voyelles nasalisées, participe au bonheur de la scène.

 

Le pays à la fois "si riche, si pauvre" donne des leçons d'humilité et de vie : on y apprend une certaine liberté, un certain art de vivre, on y devient plus "nôtres", comme le dit si bien Ferrat.

 

Ce nouvel oxymore traduit bien l'ambivalence du sud : pays "riche" de son climat, de sa beauté, de son harmonie, mais pays "pauvre", aussi, dans son aridité, sa rudesse.

 

Le refrain, plein de simplicité et de familiarité, traduit une harmonie, un bien-être infini : "ce qu'on est bien..."

 

C'est là, une invitation à profiter du temps présent, de la nature offerte, des plaisirs les plus simples, c'est là, un poème plein de sensualité : la vision des papillons, l'odeur des tilleuls, le murmure du torrent entremêlent différentes sensations... Les couleurs de vert, de blanc, de genêt flamboyant participent à la beauté du paysage évoqué.

 

La mélodie légère, volatile donne une impression de liberté, de bonheur infini...

 

 

 

 

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14 février 2020 5 14 /02 /février /2020 11:23
Vertige de l'amour... selon Bashung...

 

 

 Une chanson qui nous entraîne dans les vertiges de l'amour... par son rythme endiablé, par ses paroles déjantées... c'est une chanson célèbre de Bashung.

 

Le poète nous emmène dès les premiers mots dans un monde onirique, celui de ses propres rêves, comme le montre l'emploi de la première personne...

"J'ai crevé l'oreiller

J'ai dû rêver trop fort..."

Ce sont des rêves pleins d'intensité, ce que suggère bien l'expression contenant un verbe très familier : "J'ai crevé l'oreiller". On rentre ainsi dans l'intimité de l'auteur qui nous confie ses rêves et ses fantasmes.

 

Une indication de temps "les jours fériés" évoque un moment de liberté propice aux rêves, à l'amour, à la liberté... une liberté rendue possible aussi peut-être par le départ de "Gisèle", quand elle "clape dehors."

 

Vertige de l'amour nous raconte ainsi les rêves érotiques d'un homme blotti contre son oreiller. 

Les images délirantes se succèdent comme dans un rêve : on voit successivement apparaître une "rouquine carmélite", une "mère sup", "Dieu qui porte un kilt".

Dans cette chanson d’amour atypique, l’auteur décrit ses sentiments dans un langage onirique. Il raconte les tourments provoqués par l’amour. Il les compare aussi à un vertige. Il accuse même peut-être le ciel de conspirer contre lui car selon lui, ‘’Dieu aurait mis un kilt’’. Il vivrait une histoire torride avec une carmélite et chaque fois, ils doivent se cacher en priant pour éviter les foudres de la mère supérieure.

"J’aurais pas du ouvrir
A la rouquine Carmélite
La mère sup’m’a vu v’nir
Dieu avait mis un kilt
Y’a du y’a voir des fuites..."

 

L'amour lui fait perdre la raison, comme le montre l'expression imagée et familière : "Mes circuits sont niqués... L' courant peut plus passer", on a l'impression qu'il est devenu un objet, un jouet victime de l'amour... et on perçoit à travers cette image toute la force du sentiment amoureux.

 

Dès lors, le poète souhaite peut-être passer dans une autre dimension : "Non mais t’as vu c’qui passe
J’veux l’feuill’ton à la place..."

 

La suite du texte est tout aussi délirante et étrange comme dans un rêve : 

"Tu t’chop’ des suées à Saïgon
J’m’écris des cartes postales du front..."

"Si ça continue j’vais m’découper
Suivant les points les pointillés, yeah !
Vertige de l’amour..."

 

L'auteur explore le champ de l'imaginaire qui est infini.  Avec le parolier Boris Bergman, Bashung utilise un langage fait d'écriture automatique, d'images abstraites, de double-sens, de propos surréalistes et de calembours.

Par exemple : "si ça continue j'vais m'découper" au lieu de "j'vais me casser", puis il ajoute : « suivant les pointillés ».

 

L'amour est associé aussi à la folie du désir : on retrouve là un thème traditionnel... qui est bien sûr renouvelé dans l'expression :

"Désir fou que rien ne chasse
L’cœur transi reste sourd
Aux cris du marchand d’glaces..."

 

La suite est encore plus délirante : 

"Mon légionnaire attend qu’on l’chunte
Et la tranchée vient d’être repeinte écoutez"

 

Ainsi, cette chanson nous fait ressentir tous les vertiges de l'amour, sa folie, ses éblouissements et ses égarements... 

La mélodie  nous berce et nous enchante de son rythme "rock'n roll".

 

Le texte :

 

"J’ai crevé l’oreiller
J’ai du rêver trop fort
Ça me prend les jours fériés
Quand Gisèle clap’dehors
J’aurais pas du ouvrir
A la rouquine Carmélite
La mère sup’m’a vu v’nir
Dieu avait mis un kilt
Y’a du y’a voir des fuites
Vertige de l’amour

Mes circuits sont niqués
D’puis y’a un truc qui fait masse
L’courant peut plus passer
Non mai t’as vu c’qui passe
J’veux l’feuill’ton à la place
Vertige de l’amour

Tu t’chop’ des suées à Saïgon
J’m’écris des cartes postales du front
Si ça continue j’vais m’découper
Suivant les points les pointillés, yeah !
Vertige de l’amour

Désir fou que rien ne chasse
L’cœur transi reste sourd
Aux cris du marchand d’glaces
Non mai t’as vu c’qui s’passe
J’veux l’feuilleton à la place
Vertige de l’amour

Mon légionnaire attend qu’on l’chunte
Et le tranchée vient d’être repeinte écoutez
Si ça continue j’vais m’découper
Suivant les points les pointillés, yeah !
Vertige de l’amour

J’ai crevé l’oreillé
J’ai du rêver trop fort,
Ça me prend les jours fériés
Quand Gisèle clap’dehors

Ça me prend les jours fériés
Quand Gisèle clap’dehors
J’ai crevé l’oreillé
J’ai du rêver trop fort"

 
 

 

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20 décembre 2019 5 20 /12 /décembre /2019 11:35
Elle était si jolie quand le vent l'emmenait...

 

 

Alain Barrière nous a quittés à l'âge de 84 ans : on lui doit des chansons qui font partie de notre mémoire collective, notamment, "Elle était si jolie..."

 

La simplicité de cette chanson écrite et composée par Alain Barrière, sa clarté, son évidence nous émeuvent...

 

Ponctué par des adverbes d'intensité : "si jolie", "trop jolie", le texte évoque une beauté qui attire, et éloigne en même temps : la beauté fait peur, parfois, elle effraie, elle laisse sans voix l'amoureux.

 

Associée au vent qui l'emporte, la jeune femme désignée simplement par le pronom "elle", terme assez vague, paraît d'autant plus lointaine... elle s'enfuit, alors que le vent personnifié raconte encore la beauté de la jeune femme.

 

Le texte écrit au passé, à l'imparfait évoque un souvenir d'autrefois d'un amour qui semble perdu irrémédiablement.

 

Brusquement, le retour au présent redonne une forme d'espoir, mais le vent parle au poète et évoque une forme d'impossibilité à aimer toute une vie.

 

Par ailleurs, l'évocation de l'automne associé aux larmes montre et souligne l'éloignement de la jeune femme.

 

Le poète voit alors "sa robe tourbillonner", dans un parc où virevoltent les feuilles d'automne qui sont personifiées puisqu' elles "frissonnent".

Mais, la jeune femme n'est désormais, plus qu'un rêve...

 

Ce paysage automnal représente bien l'état d'âme du poète : ce sont ses propres frissons que l'on perçoit, en fait, dans cette description pleine de regrets et de mélancolie liée à l'automne.

 

La nature personnifiée, le vent qui parle, les feuilles qui frissonnent donnent à cette évocation une grande poésie...

 

Le vent apparaît bien, ici, comme le symbole de la fuite du temps qui emporte tout sur son passage... Les vers très courts peuvent suggérer l'envolée du vent et l'écoulement rapide du temps qui passe.

 

La mélodie souligne la douceur, le rêve représenté par la beauté de la jeune femme. Les finales de voyelles féminines soulignées dans la prononciation, "joli-e, ravi-e, parti-e" accentuent cette impression de douceur.

 

On retrouve dans ce texte, des thèmes traditionnels : le temps qui passe, l'amour et la difficulté de l'exprimer, l'automne qui évoque la tristesse, un amour perdu que le souvenir garde intact.

 

La simplicité, l'harmonie de la mélodie redonnent vie à ces thèmes éternels...

 

 

 

 

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20 novembre 2019 3 20 /11 /novembre /2019 09:19
Bras dessus, bras dessous...

 

 

Fred Mella, c'était une voix chaleureuse dont tout le monde se souvient... Fred Mella était le soliste de ce célèbre groupe, les Compagnons de la chanson, fondé en 1941.

Fred Mella nous a quittés le 16 novembre, à l'âge de 95 ans.

 

Le répertoire des Compagnons était composé de jolies mélodies populaires...

On se souvient plus particulièrement de cette chanson intitulée : Bras dessus, bras dessous...

 

Une chanson optimiste, une chanson pleine de gaieté... une chanson d'amour, bien sûr, qui évoque des gestes affectueux de tendresse : "Bras dessus, bras dessous, Bras dessous, joue contre joue"...

 

Des bras qui s'enlacent, des joues qui se frôlent... et on perçoit aussitôt une proximité amoureuse dans ces corps qui se rejoignent.

 

D'ailleurs, la labiale "b" réitérée, la sifflante "s" très douce semblent suggérer le désir amoureux et la tendresse.

 

La joie est au rendez-vous de ce couple d'amoureux. Trois comparaisons viennent souligner ce bonheur : les personnages sont assimilés à "deux oiseaux sur la même branche....", puis à "deux amants" qui se retrouvent "au bal du dimanche", enfin à "deux écoliers, le jour des vacances".

On entrevoit une simplicité et une évidence dans ces évocations, une impression de liberté et d'insouciance...

 

La chanson évoque, aussi, un bonheur quotidien qui se renouvelle : "Tous les jours que Dieu fait, nos joies recommencent."

 

L'amour est associé, d'abord, à une sensation olfactive : Et quand nous nous aimons, Notre amour sent bon, comme un drap séché au vent des lavandes..."

Des images du sud surgissent, des images de mistral, sur un champ de lavandes de Provence.

 

L'amour fait naître, aussi, une sensation gustative : "Bon comme un fruit croqué au vent des vendanges", évoquant cette fois des grappes de fruits abondantes et généreuses.

On entrevoit des joies simples de la vie liées à la nature...

 

Ainsi, l'amour semble procurer une plénitude de sensations, puisqu'on peut percevoir également une sensation tactile avec ce vent qui emporte et propage des parfums de lavandes et de fruits...

 

L'amour apporte, enfin, une plénitude de bonheur, comme le suggère cette expression : "tant qu'il durera, nous n'en demanderons pas plus...."

 

Le futur est ainsi envisagé, toujours de manière optimiste : "Quand nous aurons cent ans, Tous les deux comme à vingt ans..." Il révèle un amour qui s'inscrit dans la durée et la permanence.

 

La mélodie dansante nous entraîne dans le sillage de ces amoureux qui goûtent un bonheur idyllique.

 

Jean Broussolle a écrit les paroles, R.Marcucci, P. de Angelis ont composé la musique de cette chanson sortie en 1960.

L'interprétation des Compagnons de la chanson apporte tendresse et enthousiasme à cette mélodie....

 

 

 

 

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9 juin 2019 7 09 /06 /juin /2019 13:40
Le rêve du pêcheur...

 

 

 

Une chanson qui nous fait rêver, qui nous transporte vers le sud, les océans : comment ne pas se laisser bercer ?

Ce rêve du pêcheur que nous chante Laurent Voulzy, tout le monde y est sensible...

 

La chanson s'ouvre sur une formule réitérée avec un effet de chiasme à valeur d'insistance : 

"J'ai un rêve
Le rêve que j'ai
Tout l' monde le fait"...

La simplicité du vocabulaire, l'emploi des verbes "avoir, faire" souligne la sobriété de la vie évoquée dans ce rêve puisqu'il s'agit de "vivre de pêche"...

 

L'emploi de la première personne "je" donne une tonalité lyrique au texte qui prend une allure de confidence personnelle.

 

Le mot "océan" répété, souligné par une interjection et une exclamation, est mis en valeur et magnifié.

Le complément circonstanciel "au sud" vient compléter le rêve du poète.

 

Soudain une formule plus générale vient briser ce rêve d'évasion : "Mais les rêves, on les empêche..."

Et le rêve revient inlassablement, comme le soulignent la répétition du verbe "jeter" et de l'expression "jeter des filets"...

Il se concrétise avec l'évocation d'un bateau et d'un bonheur simple, évident, ce que suggère bien la répétition du verbe "être".

"Être heureux dessus
Être sur un bateau
Je rêve d'eau..."

 

L'activité associée à ce bonheur est elle-même simple : "pêcher des poissons".

 

Faisant, alors, appel à un jeu de mot, le poète oppose le verbe "pécher", symbole du mal, dans nos sociétés, à ce plaisir de "pêcher".

Il oppose un "ici" coercitif à un "là-bas" empli de libertés.

 

Ces libertés sont bien représentées par l'expression imagée : "pêcher le vent".

 

Ainsi, l'océan est bien le symbole d'un espace de libertés et les "poissons moqueurs"sont même capables de "donner bon coeur".

 

L'océan permet aussi de vivre près de la nature, d'admirer "la lune, les étoiles, le soleil levant...."

Et l'amour est aussi suggéré par l'expression : "pêcher des baisers dans le vent..."

 

Et cet ailleurs est également une occasion de devenir "meilleur" .

Le rêve se parachève dans ce souhait : "vivre d'amour et d'eau fraîche", oublier les soucis, s'évader loin d'un monde étriqué.

 

La mélodie rythmée nous emporte sur les flots de ces océans du sud évoqués par le poète.
 

 

 

 

 

 


 

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26 octobre 2018 5 26 /10 /octobre /2018 11:55
Tu verras, tu seras bien...

 


 

Cette chanson poignante de Jean Ferrat se présente sous la forme d'un discours où alternent première et deuxième personne du singulier : le poète s'adresse avec pudeur, simplicité, tendresse à un être cher.

Il exprime d'abord un souhait et un regret marqué par le conditionnel passé : "J'aurais bien voulu te prendre
Avec nous comme autrefois..."

La réalité est pourtant venu briser ce souhait : "Mais Suzy m'a fait comprendre
Qu'on est un peu à l'étroit."

Le discours est familier, protecteur : c'est comme si le poète s'adressait à un enfant...

"Il faut être raisonnable
Tu ne peux plus vivre ainsi
Seule si tu tombais malade
On se ferait trop de souci..."

Mais, on comprend, avec l'évocation de la maladie qu'il s'agit d'une personne âgée, en fin de vie.

Le refrain, avec l'emploi du futur de l'indicatif, "Tu verras, tu seras bien" se veut convaincant et persuasif.

Et le discours tenu ne laisse aucune place à une réponse, comme si la personne âgée était privée de paroles et de droit de décision....


D'ailleurs, aussitôt, il est question de "trier les affaires, les photos auxquelles tu tiens", résumé d'une vie entière qui "peut tenir entre les mains...", dit le poète, soulignant ainsi le côté dérisoire de l'existence humaine.

 

Et aussitôt, le locuteur suggère au futur ce que pourra être la vie auprès des "autres pensionnaires", avec lesquels il sera possible de parler sans fin de ce sujet : les photos, la famille.

Le terme même de "pensionnaires" qui renvoie à l'enfance est terrible pour une personne adulte... et c'est pourtant le mot qui convient.

 

Les sujets d'inquiétude sont aussitôt écartés : "le chat qui s'agite" sera recueilli par les voisins... "le serin qui chante à tue-tête" sera accepté par "le directeur" de l'établissement, encore un terme qui fait songer au monde de l'enfance, à l'école.

Et la suite du discours qui se veut rassurante est terrible :

"T'auras plus de courses à faire
De ménage au quotidien
Plus de feu en plein hiver
T'auras plus souci de rien..."

Les négations qui se multiplient évoquent une sorte de néant auquel est réduit l'individu, jusqu'au mot "rien" qui résonne comme un anéantissement total.

Puis, le locuteur énumère tous les avantages promis à la vieille dame, afin de mieux la convaincre :

"Y a la télé dans ta chambre
En bas y a un beau jardin
Avec des roses en décembre
Qui fleurissent comme en juin..."

Puis, viennent les promesses des visites du Dimanche... des promesses de sorties, de fêtes, avec une sorte de retour dans le passé, comme si le temps était aboli...

"Et puis quand viendra dimanche
On ira faire un festin
Je me pendrai à ta manche
Comme quand j'étais gamin"

Et toutes ces promesses impliquent une sortie de cet univers dans lequel va se retrouver enfermée la vieille dame...

"Tu verras pour les vacances
Tous les deux on sortira
Là où l'on chante où l'on danse
On ira où tu voudras."

On perçoit implicitement un enfermement, un univers clos dont il faut sortir pour retrouver le bonheur de vivre : chanter, danser, aller où l'on veut...

La mélodie douce, mélancolique restitue un besoin de rassurer, de réconforter, afin de masquer la douleur de la décision...


 

 

 

 

 

 

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