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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 13:39
Elle sent venir une larme de son coeur...

 

 


La solitude du monde moderne n'est-elle pas effrayante ? Alors que les moyens de communication se multiplient et se développent à l'extrême, alors que des gens sont connectés sur leur ordinateur, leur portable en permanence, la modernité conduit à la plus grande solitude, ce qu'Alain Souchon nomme l'Ultra-Moderne Solitude...

L'auteur nous fait, d'abord, percevoir un décor urbain : "Ça s'passe boul'vard Haussman à cinq heures".

Le regard se porte, alors, sur un personnage isolé et anonyme, comme le montre l'emploi du pronom de la troisième personne, au singulier "elle"...

Le thème de la tristesse transparaît, à travers une larme irrépressible, une larme aussitôt effacée, pour affronter le quotidien, une larme qui semble inexplicable et qui survient brutalement, du fond du coeur...

"Elle sent venir une larme de son cœur 
D'un revers de la main elle efface 
Des fois on sait pas bien c'qui s'passe."

L'auteur s'interroge sur ces "rivières... qui coulent", belle image hyperbolique traduisant un désarroi profond, souligné par l'emploi du pluriel.

Le terme "fourmilière"  restitue bien l'agitation incessante de l'univers dans lequel nous vivons, un monde de fourmis, en perpétuels mouvements, qui ne se rencontrent pas et ne se voient même pas...

Et l'explication de ces larmes est, soudain, donnée dans cette phrase : "C'est l'Ultra Moderne Solitude..."

Les majuscules semblent magnifier cette modernité, alors qu'elle conduit au pire : c'est, là, tout le danger et tout le piège de nos sociétés plongées dans l'excès et la demesure, sans cesse valorisés...

Le couplet suivant nous conduit vers un autre quartier, une autre ville, un autre continent : "Ça s'passe à Manhattan dans un cœur". 

Et l'on retrouve cette même solitude, avec à nouveau l'emploi du singulier "il", un personnage masculin, cette fois, qui éprouve un vague à l'âme et pourtant, il affirme "avoir" tout ce qu'il faut pour être heureux, "amis, soleil, amour, travail..."
"Il sent monter une vague des profondeurs 
Pourtant j'ai des amis sans bye-bye 
Du soleil un amour du travail..." 

L'auteur met ainsi en évidence l'universalité de ce phénomène :"Ça s'passe partout dans l'monde chaque seconde..."

Le pluriel vient, alors, se substituer au singulier, pour montrer que la solitude envahit de plus en plus nos sociétés : "Des visages tout d'un coup s'inondent 
Un revers de la main efface 
Des fois on sait pas bien c'qui s'passe." 

Le verbe "avoir" répété suggère bien l'importance grandissante de l'argent, des possessions dans cet univers : "On a les panoplies, les hangars /Les tempos, les harmonies, les guitares..."

Et l'image qui suit nous fait percevoir un manque de bonheur, un désespoir dans un monde qui a perdu du sens, où la solitude l'emporte, malgré tout : " la musique est, ainsi, mouillée", mouillée de larmes et de tristesse...

Et l'auteur s'interroge, à nouveau, sur ce mystère,

"Pourquoi ce mystère 

Malgré la chaleur des foules 
Dans les yeux divers..."

C'est Laurent Voulzy qui a signé la musique de cette chanson, une mélodie tendre, douce et triste qui restitue un univers lisse et désespéré, à la fois...

Le texte met bien en évidence tout le paradoxe de nos sociétés, à travers les questions qui sont posées : une immense solitude, dans la foule, un immense désarroi, au milieu de tant de richesses....



 

 

 

 

 

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22 octobre 2015 4 22 /10 /octobre /2015 09:37
Craquent les feuilles mortes...

 

 

L'amour et ses tourments ont inspiré de nombreux poètes depuis Ronsard jusqu'à Aragon, on retrouve ce thème dans une des chansons les plus célèbres de Barbara...

Bien que cette chanson  évoque le départ, l'absence de l'être aimé, le texte se présente comme un discours direct adressé à celui qui est parti, comme le montre l'emploi réitéré de la deuxième personne du singulier... dès le début, la reprise de l'adverbe "combien" traduit la répétition inlassable du temps qui passe, aggravant la distance et l'éloignement.

D'ailleurs, le retour est attendu avec impatience, car les paroles de l'amoureux étaient sans ambiguité : il parlait de "dernier voyage", de retrouvailles au printemps, saison par excellence des amours. Cette saison est esquissée en quelques mots simples : " c'est joli, jardins refleuris". Et l'utilisation du pronom "nous", les verbes au futur semblent annoncer une réunion prochaine des deux amoureux :
"Nous irons voir ensemble les jardins refleuris, Et déambulerons dans les rues de Paris..."

 

Mais le printemps personnifié "s'est 'enfui", l'automne est arrivé avec ses "feuilles qui craquent", image même de la brisure qui semble avoir désuni les amants.... et l'attente se prolonge indéfiniment, malgré la beauté des paysages.

Les saisons rythment les espoirs perdus, elles s'égrènent inexorablement.

Une succession de verbes de mouvements transcrit, alors, les tourments, la souffrance : "Je tangue, je chavire, et comme la rengaine, Je vais, je viens, je vire, je me tourne, je me traîne."

Le terme "rengaine" montre une sorte d'obsession, de tourment perpétuel : l'amoureuse en vient à parler dans le vide à l'être aimé.

Le verbe "hanter" aggrave les souffrances, le désarroi, la solitude. Les expressions "mal de toi, mal d'amour" retracent une douleur accablante, celle de l'amour-maladie qui fait souffrir...

Le dernier couplet, déclaration réitérée d'amour fait intervenir des répétitions insistantes du verbe "aimer", souligné par des adverbes de temps qui marquent une éternité : "J'ai beau t'aimer encore, j'ai beau t'aimer toujours, J'ai beau n'aimer que toi, j'ai beau t'aimer d'amour."

Et l'amoureuse revendique, alors, sa liberté : "Je reprendrai la route, le monde m'émerveille, J´irai me réchauffer à un autre soleil." L'emploi du futur, à deux reprises, marque la certitude, l'image du "soleil" restitue une envie de retrouver un nouveau bonheur. 
 
Le chagrin est nié, comme toute volonté de mourir par amour...
 
Mais, le refrain semble à nouveau anéantir cette liberté retrouvée :

"Dis, mais quand reviendras-tu,

Dis, au moins le sais-tu,

Que tout le temps qui passe

Ne se rattrape guère 

Que tout le temps perdu,
Ne se rattrape plus."


 
Le refrain scande cette idée inlassable d'un amour attendu : le retour est encore espéré même s'il semble impossible.

D'ailleurs, l'emploi récurrent de la deuxième personne montre que l'amoureuse ne peut s'empêcher de s'adresser toujours et encore à celui qui est parti.

Le thème du temps qui passe irrémédiablement est souligné par les répétitions insistantes du mot "temps", des verbes "dire, rattraper."
 
La mélodie et le texte suggèrent un amour infini, un bonheur de vivre, malgré tout, et une envie de dépasser la tristesse, à travers des notes et des images lumineuses.

La chanson est magnifiée et sublimée par l'interprétation pleine de sensibilité, empreinte d'émotion, de Barbara...
 

 

Cette chanson, écrite et composée par Barbara, est sortie en 1964.
 
 

 
 
 
 

 

 

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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 15:52
Son chant, c'est celui de l'amour...

 

 

 

Une chanson qui met en vedette la Camargue, à travers le personnage d'un gardian... tout le monde a déjà entendu cette mélodie interprétée par Tino Rossi.

Le mot "gardian" vient, comme le montre sa terminaison, de l'occitan, il désigne en Provence, le gardien d'une manade, un troupeau de chevaux ou de taureaux.
 

Le gardian de Camargue est magnifié, par son chant qui semble ravir tous les coeurs...

Le texte s'ouvre sur l'évocation de ce chant, et aussitôt, les "belles" sont invitées à se méfier de l'attrait irrésistible qu'il représente.
L'impératif réitéré "attendez" marque une sorte d'impatience : le retour du gardian est espéré par toutes.

Ce personnage, redoutable séducteur, saura attirer les "belles", c'est une certitude, comme le suggère l'emploi du futur : "il reviendra, il vous sourira, il vous prendra dans ses bras."
Un simple sourire, et le chant du gardian suffiront pour qu'opère la magie d'une rencontre amoureuse...

Le mot "coeur" répété, dans le couplet suivant, en dit long sur la séduction de ce gardian... D'abord employé au singulier, il est, ensuite, utilisé au pluriel, pour montrer que le personnage parvient, justement, à remporter tous les coeurs...
Les verbes "prendre, garder" viennent souligner tous les pouvoirs de ce gardian qui sait capturer les "belles"...

Les amants sont, même, invités à monter la garde pour préserver leur amour "Gardez vos belles fermement".
L'adverbe "fermement" suggère à nouveau toute l'emprise du séducteur sur les jeunes filles.

La chanson est ponctuée par des "LADIA", qui semblent nous faire entendre la voix du gardian qui chantonne...
Et, de fait, on se laisse bercer par son chant...

Le texte fait appel à l'assonance de la voyelle "a", souvent reprise sous une forme nasalisée "an", ce procédé peut traduire une forme d'étonnement et d'admiration devant le personnage qui est, ici, mis en scène.


C'est le chant d'un gardian de Camargue
Belles filles attendez son retour
Attendez et pourtant prenez garde
Car son chant c'est celui de l'amour.

Ladia, quand il reviendra
Ladia, il vous sourira
Ladia, puis il vous prendr
Dans ses bras.

 

La mélodie, emplie de délicatesse et de douceur parvient, effectivement, à charmer toutes les belles !

Les paroles ont été écrites par Jean Féline, la musique composée par Louis Gasté...

Tino Rossi a interprété cette chanson, dans un film réalisé par Pierre Billon, intitulé Le soleil a toujours raison, et diffusé en 1943, pendant la guerre. Jacques Prévert a participé au scénario. La distribution en était prestigieuse : Micheline Presle, Pierre Brasseur, Charles Vanel et Germaine Montero. 



 


Cette chanson a été, aussi, interprétée par Patrick Fiori :

 

https://youtu.be/Eh6sGQHBJ90


 Les paroles :


C'est le chant d'un gardian de Camargue
Belles filles attendez son retour
Attendez et pourtant prenez garde
Car son chant c'est celui de l'amour.


Ladia, quand il reviendra
Ladia, il vous sourira
Ladia, puis il vous prendra 
Dans ses bras.


Votre coeur dira oui par mégarde
Et alors votre coeur sera pris
Car le chant d'un gardian qui s'attarde
Prend les coeurs et les garde pour lui.


Ô vous qui entendez ce chant
Gardez vos belles fermement
Le chant d'un gardian de Camargue
C'est l'adieu pour un amant.


C'est le chant d'un gardian qui s'attarde
Belles filles attendez son retour
Attendez et pourtant prenez garde
Car son chant c'est celui de l'amour.


 Ladia Ladia Ladia


Votre coeur dira oui par mégarde
Et alors votre coeur sera pris
Car le chant d'un gardian qui s'attarde
Prend les coeurs et les garde pour lui.


Ladia Ladia 









 

Photo  auteur : afroboof    creative commons

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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 13:18
Mademoiselle où allez-vous ?

 

 

 

Une chanson dédiée à une demoiselle soudain entrevue, c'est, là, un bel hommage pour toutes les femmes, qu'a écrit Leny Escudero...

Le texte prend la forme d'un discours adressé à une demoiselle, avec l'emploi de la deuxième personne "vous", alternant avec la première personne "je"...
"Mademoiselle voulez-vous
Que je me mette à vos genoux ?"

Ce geste de soumission fait penser aux troubadours du Moyen âge qui se mettaient, corps et âme, au service d'une dame.

La forme interrogative répétée est une façon d'interpeller, avec émotion et vivacité, la jeune fille.
Le texte, plein de vie, fait appel à des verbes de mouvement "où allez-vous... ne partez-pas... nous ferions quelques pas ensemble"...

Le poète évoque une forme de folie soudaine, souvent associée à l'amour et à la séduction : "je suis un peu fou"... Il propose de joindre le geste à la parole "me mettre à genoux, pour dire des choses..."

Et, en même temps, on sent une infinie pudeur et une grande retenue : "c'est la première fois que j'ose..."

Pourtant, le poète s'enhardit, avec un impératif "Laissez-moi prendre votre bras/
Nous ferions quelques pas ensemble..."

"Une perle qui tremble" dans les yeux de la jeune fille traduit un désarroi, une tristesse, et vient ajouter à la séduction : il s'agit bien d'une larme que l'on découvre à la fin du premier couplet. Le mot est mis en relief, dans un seul vers...

"Mademoiselle dans vos yeux
Brillante comme un premier feu
Je vois une perle qui tremble
Une larme..."

Au fil du texte, les propositions adressées à la demoiselle se font de plus en plus audacieuses :
"Mademoiselle voulez-vous
Que je me pende à votre cou ?
J'essayerai même d'être drôle."

Le jeu de la séduction se poursuit, et commence à faire ses preuves, puisque le rire et le sourire viennent remplacer les larmes... Un sourire vient "fleurir" la bouche de la jeune femme.
Ainsi, le poète reprend, ici, le thème plein de charme de la femme-fleur, si souvent évoqué par Ronsard au seizième siècle...

Et même si la rencontre amoureuse n'aboutit pas, car le poète ne fait que passer, l'idée  de cette rencontre restera gravée dans son coeur, comme "un souvenir très doux"...

Et la jeune femme transformée en "un oiseau triste dans sa cage" restitue l'image d'une sorte d'enfermement dont sont, souvent, victimes les femmes.

La chanson s''achève sur l'offrande d'une fleur, "une rose", représentée comme "une fleur qui se meurt d'être sage"...

Ainsi, la rose personnifiée devient le symbole de la jeune fille, on retrouve le thème éminemment poétique de la femme-fleur, grâce à une subtile inversion...

Ce poème ponctué par l'apostrophe "Mademoiselle" restitue un amour plein de retenue et d'émotion.

 

La mélodie, composée par Thierry Fervant, emplie de clarté et de tendresse souligne toute l'harmonie du texte...

Leny Escudero, nouveau troubadour, nous séduit par des images empreintes de délicatesse : fleur, oiseau, rose....



 

 

 

 

 

Illlustration : tableau de Ingres

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8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 15:31
J'aurais dû me méfier des vents qui tourbillonnent...

 

 

 


L'obsession d'un amour perdu, le désarroi, la solitude imprègnent cette chanson de Francis Cabrel, dont la mélodie teintée d'une douceur mélancolique émeut chacun d'entre nous.

"Je pense encore à toi", tel en est le titre révélateur : le poète, esseulé, entre dans une église, espérant, sans doute, trouver un réconfort, mais il ne perçoit que le "regard" vide et "éteint de statues".

L'emploi du pronom "je" réitéré traduit une forme de solitude, d'autant que l'auteur ne rencontre que ce "regard éteint du plâtre des statues".

Le poète évoque, alors, un endroit où "il n'y a rien au dessus", peut-être, un univers appartenant au passé, où l'amour comblait tous les désirs, sans que l'on ait besoin de prier un quelconque dieu.

Des regrets interviennent, avec l'emploi du conditionnel passé, "j'aurais dû", le poète aurait dû percevoir certains dangers de la passion amoureuse symbolisés par des "vents qui tourbillonnent", ou encore, par "des pierres qui taillent cachées sous l'eau qui dort."

Tempêtes, pierres coupantes représentent bien les difficultés de l'amour, fait souvent de tourments, de blessures.

En même temps, ces images qui évoquent la nature sont empreintes de beauté, de poésie et d'harmonie... Elles retranscrivent, aussi, tous les charmes attirants de l'amour.

Une autre métaphore suggère toute la lente construction du sentiment amoureux, dans l'expression " des bouts de ruisseaux qui deviennent des ports."

Le pronom indéfini "on" utilisé par le poète renvoie à l'opinion commune : "on m'avait dit que tout s'efface". Mais, on voit bien que le souvenir ne parvient pas à disparaître dans un amour qui est si intense.

Le thème du temps qui passe apparaît, alors : le mot répété traduit l'écoulement, la fuite du temps... Seul le temps permettra, peut-être, d'atténuer la douleur et les souffrances de l'amour perdu...

Les voyelles nasalisées restituent bien ce lent écoulement : "longtemps, heureusement, le temps passe, je pense encore..."

La rencontre d'un mendiant, à la fin de la chanson, renvoie au poète sa propre image : comme lui, il est couvert "d'un manteau de pluie", symbole de tristesse, comme lui, il a perdu sa route.

Et l'image de la femme aimée revient de manière obsessionnelle : elle est même "plantée" dans les yeux de l'amoureux, terme très fort qui suggère une fusion.

Le refrain bref et simple exprime le refus de l'oubli ou plutôt son impossibilité : "Je pense encore à toi".

La mélodie, emplie de tendresse et d'émotion, restitue à la fois douceur et désarroi.

La simplicité du texte, sa brièveté même, le refrain insistant traduisent une infinie mélancolie...





 
 

Photo : rosemar

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2 octobre 2015 5 02 /10 /octobre /2015 15:27
J'ai le coeur qui taille la zone...

 

 

 

Qui n' a jamais rêvé de changer de vie, de "tailler la zone", comme le dit de façon imagée et familière Alain Souchon, dans une de ses plus célèbres chansons ?

La zone symbolise, bien sûr, la ville et ses faubourgs pauvres et tristes...

La chanson s'ouvre sur l'évocation d'une rencontre amoureuse qui permet d'échapper, justement, à la monotonie de la vie, et de rêver à d'autres univers.

N'est-ce pas l'espoir de beaucoup de gens ?

Cette rencontre se concrétise avec une "vendeuse de glaces", personnage d'origine modeste, auquel chacun peut s'identifier, d'autant que la jeune fille est "belle", "sous sa bâche".

L'oxymore "le sourire un peu triste" traduit bien une forme de mélancolie, et déjà une envie d'échapper à un monde morne et peu attrayant.

Et l'espoir de vivre autre chose conduit les deux personnages à aller contempler un coucher de soleil... L'évocation est pleine de gaieté, le poète amoureux évoque des parfums de "fraise-cassis" et de "vanille-fraise", qui illuminent soudain sa vie.

C'est comme si la jeune femme, vendeuse de glaces, parvenait, soudain, à embellir la vie, gâce à ces allusions à des parfums et des couleurs pleines de gaieté.

Le texte, empreint de vie, nous permet d' entendre le discours direct de la jeune fille : "Vendre des glaces m'ennuie, on laisse tout, on taille la zone".

Pourtant, la vie des personnages s'accommode d'un "deux pièces à Paris", d'habitudes inlassables, comme le suggèrent les verbes, à l'imparfait itératif :"elle répétait, je lui disais" "et l'expression au pluriel :"toutes les nuits"...
La jeune femme rêve de fuir l'hexagone, et lui temporise, affirmant que ce rêve va se réaliser.
Mais la vie quotidienne semble prendre le dessus, avec "l'ordinateur, le bureau, l'aspirateur, et des envies de mobil home".

Ultime concession à la vie ordinaire : le personnage masculin s'est "abonné au câble" !


Le langage familier utilisé par la jeune femme restitue le milieu simple auquel appartiennent les personnages "déconne pas, déconne pas".

Elle affirme une soif de liberté et de nature, loin de la ville :"je veux des fleurs jaunes, des prairies", et elle refuse ce monde de l'argent qui nous domine.

Le décalage entre les deux personnages se perçoit dans des pensées opposées : "voyages, paysages, grosses Harley", d'un côté, et "portable, calmants, plan d'épargne logement" pour l'autre.

Et finalement, c'est l'amour qui  taille la zone, l'amoureux se retrouve, soudain, seul, dans son lit, et le petit "kim cone" a disparu... expression pleine de tendresse qui traduit, aussi, le désarroi de l'amoureux.

La chanson s'achève sur ces mots désabusés : 

"Y a plein de filles sur la terre 
Mais quand je vois une planisphère 
J'ai le cœur qui taille la zone."

On perçoit un désespoir, l'envie de retrouver un bonheur perdu, avec, à nouveau, cette volonté de tailler la zone : la chanson tourne, ainsi, en boucle, traduisant une impossibilité d'échapper au monde de la ville...

Et la mélodie égrène des notes remplies d'espoir, comme un désir irrépressible de fuir la routine du quotidien.


 

 

 

 

 

 

Photos : rosemar

J'ai le coeur qui taille la zone...
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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 16:37
Une mantille noire était jetée sur sa tête...

 



"Après avoir erré longtemps, sans pouvoir retrouver sa route, Aben-Hamet entendit une porte s'ouvrir. Il vit sortir une jeune femme vêtue à peu près comme un de ces reines gothiques sculptées sur les monuments de nos anciennes abbayes. Son corset noir, garni de jais, serrait sa taille élégante... une mantille également noire était jetée sur sa tête : elle tenait, avec sa main gauche, cette mantille croisée et fermée comme une guimpe au dessous de son menton, si bien que l'on n'apercevait, de tout son visage, que ses grands yeux et sa bouche rose..."

 

C'est ainsi que Chateaubriand décrit une de ses héroïnes, Blanca, à travers le regard d'Aben-Hamet, dans la nouvelle intitulée Le dernier Abencerage.

Le récit se déroule à Grenade, au 16 ème siècle, il  relate les aventures d'un survivant de la famille Abencerage, une tribu maure...

Ce personnage s'appelle Aben-Hamet : il revient sur la terre de ses ancêtres et s'éprend de Blanca, une chrétienne descendante de Rodrigue et  Chimène.

Dans cette scène de rencontre amoureuse, le héros est sensible à la beauté de la jeune femme, mise en valeur par une mantille...



Une mantille ! Le mot, en lui-même, résonne d'éclats : il évoque l'Espagne, Grenade, l'Andalousie, la Castille, l'Estramadure, des noms aux sonorités mystérieuses, exotiques et lointaines.

On entend, aussi, des airs de fandangos et séguédilles, des cliquetis de castagnettes, des guitares, des musiques entraînantes.

La mantille déroule ses dentelles sombres, elle nous fait découvrir des douceurs de tissus soyeux, des entrelacs pleins de finesse...

La mantille qui sert à voiler la tête, les épaules des espagnoles crée un mystère, elle cache, elle dissimule, tout en révélant la beauté.

Le mot "mantille" nous émeut, par ses échos de labiale, dentale et palatale finale, des consonnes emplies de douceur et d'éclats.

La voyelle nasalisée "an" suggère la légèreté, la souplesse du tissu, des évanescences de dentelles. Elle semble mimer l'élégance de ce foulard qui sert à envelopper le haut du corps.

La mantille forme des résilles, sur les longs cheveux bruns des espagnoles, parure subtile et pleine d'attraits.

Le mot semble avoir des origines lointaines, et doit être rattaché au nom "manteau", en latin "mantellus", avec un suffixe à valeur de diminutif.

"Petite couverture", la mantille cache, à peine, les cheveux qu'elle laisse entrevoir.

Parfois vaporeuse, elle s'épanouit dans des envolées de tulles, de mousselines et de dentelles.

On entrevoit des motifs légers, aériens, des transparences : la mantille sublime la beauté des espagnoles.

Un mot plein de charmes, d'élégance,de poésie, un mot qui fait rêver à des danses virevoltantes, à des parures légères et somptueuses !

Dans l'extrait de l'oeuvre de Chateaubriand, on perçoit toute la séduction de cette parure, associée à un geste de la jeune femme.

Comparée à une "guimpe", mot plein d'étrangeté, la mantille devient un véritable objet de séduction.

 

 

Le dernier Abencerage, le texte de Chateaubriand :

 

https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Dernier_Abencerage

 

 

http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/BOOK/chateaubriand-francois-rene-de/les-aventures-du-dernier-abencerage,744499.aspx





 

Illustration : un tableau de Goya

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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 16:27
Un simple geste de sa main...

 

 



Une chanson d'amour associée à un "vieux rock'n roll" qui semble, ainsi, s'insinuer dans le coeur de l'amoureux, tel est le thème de cette chanson célèbre de William Sheller.

L'amour naît soudain, d'impressions fugitives, un "simple geste" suffit, parfois, pour le voir surgir, de manière inexplicable : c'est ce que l'on appelle un coup de foudre.

Et c'est bien ce que décrit l'auteur, à travers "un simple geste de la main" qui éblouit et subjugue.

Ce "presque rien" devient, alors, l'essentiel, et cet amour envahit tout, comme le suggère l'expression : "Un simple geste de sa main
A changé jusqu'au bout mes moindres habitudes."

Singulier et pluriel alternent, comme pour suggérer l'emprise que peut exercer le sentiment amoureux.

Le style familier fait penser à une confidence et le poète parle, d'ailleurs, à la première personne, pour évoquer un amour si soudain.

On remarque, aussi, l'emploi de la deuxième personne du singulier, comme si le poète nous faisait part de son intimité, en secret : le lyrisme du texte nous émeut et nous touche, dans sa simplicité... "Je te dis ça c'est entre nous,"

Le poète semble refuser les amours faciles comme le montrent les mots : "les amours de passe-partout", expression originale traduisant le peu de valeur de certains sentiments.

Et, au bout du compte, c'est la solitude qui peut en résulter.

Le refrain souligne la force de cet amour qui submerge le poète : 

"Et si je craque c'est pas des histoires,
Ris en si tu veux, il faudra bien y croire.
C'est comme dans un vieux rock'n'roll"

Le verbe familier "craquer" donne l'impression d'un amour irrépressible, et le verbe "croire" fait de cet amour une attirance quasi-religieuse...

L'amour devient, alors, un air dont on ne peut se passer, "un vieux rock'n roll", qui tourne dans la tête, belle image qui associe les sentiments à la musique.

L'image du "transistor dans la tête" restitue l'omniprésence de la passion qui envahit totalement l'esprit.

Le thème de la folie amoureuse vient renforcer cette impression d'un amour démesuré, avec l'hyberbole : "un fou que rien ne raisonne".
L'amour emprisonne celui qui le vit, comme on peut le percevoir dans les mots :"la bride sur mon cou" mais il emplit la vie, et donne des ailes : il apporte un "mieux", terme élogieux et valorisant.

 

L'amour se caractérise, aussi, par un certain mystère, une incertitude...
"Je sais d'elle encore peu de choses

Mais justement ce que j'en suppose

Est le début d'un jeu qui fait qu'elle m'attire."
Le pronom "elle", très vague, suggère bien toute l'enigme de l'amour...

La mélodie très douce s'amplifie dans le refrain, avec l'évocation de l'air de ce "très vieux rock'un roll", qui semble s'imprimer dans la tête avec insistance, comme si l'amour imposait sa présence de manière irréversible...

 

 

 

 

 

 

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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 12:18
L'espérance folle qui carambole...

 

 

Hommage à un poète qui nous a fait rêver, réfléchir et espérer : Guy Béart...


Une chanson sur l'espérance, ce sentiment qui "nous console" et nous soutient, en maintes occasions, voilà un thème plein de bonheurs et de promesses...

Nous connaissons, tous, cette chanson de Guy Béart : L'espérance folle... et nous l'avons tous fredonnée.

Cette espérance qui nous fait aller de l'avant, qui nous accompagne si souvent... elle nous console de tous les obstacles et toutes les difficultés que nous pouvons rencontrer, dès l'enfance, quand on "tombe du nid..."

Elle peut, aussi, encourager tout créateur, notamment un chanteur, puisqu'elle "prépare, pour (les) guitares, d'autres harmonies".

Elle nous suit à tous moments, comme le suggèrent toutes les indications de temps, dans le deuxième couplet : "le silence de la nuit, les matins, nos soirs"...

On voit l'espérance "s'élever", mouvement ascendant qui suggère une exaltation de bonheur et de joie. Les "matins" heureux qui "chantent" sont personnifiés et comme embellis, dans cette expression, ils arrivent à "enchanter" les soirées "d' aujourdhui".

Le poète nous invite, alors, à une "fête" de l'espoir, avec un impératif réitéré, à quatre reprises : "viens", un verbe de mouvement qui restitue un élan, un enthousiasme.

Ces impératifs peuvent s'adresser, aussi, à une amoureuse, qui a versé "des larmes", mais dont "le sourire" renaissant annonce des beaux jours à venir...

Le refrain s'égrène, alors, et nous montre l'espérance qui "carambole", joli verbe aux sonorités éclatantes et virevoltantes de gutturales, labiale, et de voyelle nasalisée.

"Chaque pierre" s'anime et devient une "lumière" pour des coeurs qui battent... belle image qui transforme des pierres inertes en symboles de vie et d'amour.

L'espérance défie, même, la mort qui se transforme en "blague" et"la vague" de la mer, "l'oiseau qui passe" évoquent une nature immuable, porteuse de renouveau, de bonheur, d'amours : l'adverbe "toujours" vient souligner ce bonheur renouvelé.

L'espérance "danse, vole, au dessus des toits", belle personnification qui suggère, encore, une élévation, une exaltation...

Et on voit, aussi, le poète "s'envoler", lui-même avec celle qu'il a choisie :"je vole avec toi"...

Dans le dernier couplet, on admire, également, le poète en train de gravir des "sommets", "pieds nus", ce qui montre une confiance totale et même une pure folie !

C'est bien, là, l'effet de l'espérance qui nous guide et nous emporte vers des hauteurs devenues "mâts de cocagne", où l'on pourra décrocher la lune... Le verbe "recommencer" montre que l'être humain est prêt à tous les nouveaux départs, quand il est porté par l'espérance.


La mélodie très vive et rythmée nous entraîne dans un tourbillon de mouvements et de notes virevoltantes.

 

 

Le texte de cette chanson : 

http://www.parolesmania.com/paroles_guy_beart_14528/paroles_lesperance_folle_469021.html

 

Deux autres articles sur des chansons de Guy Béart :

Les souliers :

http://rosemar.over-blog.com/article-les-souliers-121740673.html
 

Où vais-je ?

http://rosemar.over-blog.com/article-ou-vais-je-122306114.html

 


 


https://youtu.be/pnO01LMWtsg


 



Photo : rosemar

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11 septembre 2015 5 11 /09 /septembre /2015 15:32
Elle a cet indéfinissable charme...

 


Un bel hommage à une chanteuse de jazz nommée Ella Fitzgerald, à la voix sublime... tout le monde connaît le thème de cette chanson de Michel Berger, intitulée Ella, elle l'a...

Le texte évoque, d'abord, une sorte de bonheur contenu dans la voix : "une gaieté, un sourire"... puis, il fait allusion à "quelque chose", expression volontairement vague qui traduit le mystère et la magie de cette voix "qui paraît nous dire "viens" 
Qui nous fait sentir étrangement bien..."

On entend un murmure qui apaise, et qui séduit.

Cette voix qui attire irrésistiblement, est, d'ailleurs, admirablement soulignée par la mélodie de Michel Berger, entraînante et légère.

Le poète procède par comparaisons, pour mieux nous faire percevoir tout le charme de cette voix qui semble contenir tout un monde et tout un passé culturel : "C'est comme toute l'histoire Du peuple noir..."qui oscille entre "amour et désespoir".
L'antithèse souligne bien toute la richesse et les subtilités de cette voix unique, ainsi que les vicissitudes du peuple noir soumis à l'esclavage, au désarroi, à la misère.

Jouant sur le prénom de la chanteuse, "Ella", Michel Berger met en évidence tous les dons qu'elle possède : "Elle a...Ce je n'sais quoi 
Que d'autres n'ont pas 
Qui nous met dans un drôle d'état..."

On retrouve ce vague de l'expression qui restitue un certain mystère :"ce je ne sais quoi..." qui transforme l'auditeur, le bouscule et provoque une émotion particulière.

Le refrain qui retranscrit ce pouvoir par la répétition du son "ou" nous fait percevoir une sorte d'évasion et de bonheur plein de douceur.

L'auteur évoque aussi "un don du ciel", une voix quasi-divine, accordée par les dieux, qui sublime la chanteuse et la rend "belle".
D'autres expressions viennent compléter cette impression : "ce tout petit supplément d'âme 
Cet indéfinissable charme 
Cette petite flamme".

Des mots pleins d'intensité, "flamme,  charme" traduisent la force de cette voix, son pouvoir infini de séduction et la voyelle "a" répétée semble restituer une forme d'admiration à l'égard de la chanteuse.
Les sonorités de fricative "f", de sifflantes "s et de chuintante "ch" très douces insistent sur une forme d'ensorcellement.

Le couplet, qui suit, montre bien le bonheur de chanter, à partir de rien : "Tape sur des tonneaux 
Sur des pianos 
Sur tout ce que dieu peut te mettre entre les mains..."

C'est toute l'âme africaine qui ressort et s'emballe, qui aime à s'extérioriser et chanter aussi bien le bonheur que le chagrin.
Le mot "pouvoirs", employé au pluriel, suggère toute la tessiture de cette voix, qu'il faut chercher au plus profond de soi, un bien précieux qui ne s'achète pas :
"Que tu cherches encore les pouvoirs qui dorment en toi 
Tu vois ça ne s'achète pas 
Quand tu l'as tu l'as..."

Le texte insiste bien sur tous les mystères de cette voix, et la mélodie rythmée, vivante, endiablée, ou plus douce restitue toutes les richesses du talent de la chanteuse...


 

 

 

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