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12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 12:23
Déesse charmante, hâte-toi...

 

 

 

 

Chateaubriand reproduit, dans un extrait de son oeuvre, Les Mémoires d'outre-tombe, des poèmes de sa soeur Lucile : l'un d'entre eux est consacré à l'Aurore, ce moment particulier d'une journée où le monde s'éveille et se dore de teintes nouvelles... sublime poème empreint de sensibilité et de beauté.

Voici le texte de ce poème en prose :

 

L’AURORE.
« Quelle douce clarté vient éclairer l’Orient ! Est-ce la jeune Aurore qui entr’ouvre au monde ses beaux yeux chargés des langueurs du sommeil ? Déesse charmante, hâte-toi ! quitte la couche nuptiale, prends la robe de pourpre ; qu’une ceinture moelleuse la retienne dans ses nœuds ; que nulle chaussure ne presse tes pieds délicats ; qu’aucun ornement ne profane tes belles mains faites pour entr’ouvrir les portes du jour. Mais tu te lèves déjà sur la colline ombreuse. Tes cheveux d’or tombent en boucles humides sur ton col de rose. De ta bouche s’exhale un souffle pur et parfumé. Tendre déité, toute la nature sourit à ta présence ; toi seule verses des larmes, et les fleurs naissent. »

 

 

Comme dans la mythologie grecque, l'Aurore est personnifiée, grâce à l'emploi de la majuscule, elle est, aussi, présentée comme une déesse, une entité vivante dont elle a tous les attributs : "des beaux yeux, une robe, une ceinture, des pieds délicats, de belles mains, des cheveux d'or, une bouche..."

 

La personnification se poursuit avec l'utilisation de la deuxième personne et de l'impératif : "hâte-toi, quitte, prends", on entrevoit comme une impatience de la part de celle qui parle, comme si elle s'adressait familièrement à une enfant : l'Aurore apparaît si proche, si présente, si jeune.

 

Le portrait est à la fois vague et particulièrement élogieux, comme le suggèrent de nombreux adjectifs valorisants : "beaux yeux, déesse charmante, pieds délicats, belles mains, souffle pur et parfumé." On perçoit une beauté idéalisée, mais si vivante et si naturelle : les artifices ne sont pas utiles pour embellir la jeune femme.

Dès la première phrase, l'exclamation souligne, aussi, l'éloge...

 

L'auteur décrit l'aurore comme une jeune femme surprise à son réveil, qui ouvre des yeux encore embrumés de sommeil.

Chargée d'ouvrir les portes du jour, la déesse apparaît très humaine dans toute cette évocation.

Des couleurs chaleureuses et douces lui sont associées : "la robe de pourpre, tes cheveux d'or, ton col de rose"...

Et, aussitôt, on voit apparaître, sous nos yeux, toutes les teintes d'un jour naissant. 

Une sensation à la fois olfactive et tactile vient s'ajouter à cette sensation visuelle : "un souffle pur et parfumé", si bien que cette description apparaît très sensuelle.

L'Aurore suscite, enfin, la joie dès qu'elle apparaît : elle éclaire le monde, la nature et les hommes, de ses couleurs tendres ou éclatantes.

Et l'on voit soudain, à la fin du poème, les larmes de l'aurore qui peuvent symboliser la rosée du matin, dernière touche mélancolique et poétique du texte.

Les sonorités de sifflante et de chuintante qui ponctuent le texte contribuent à la douceur de cette évocation : "douce clarté... est-ce la jeune aurore, ses beaux yeux chargés des langueurs du sommeil... déesse charmante... la couche nuptiale... une ceinture... nulle chaussure ne presse..."

 

Imprégné de culture antique, ce poème écrit par la soeur de Chateaubriand suscite le rêve : un personnage divin prend vie sous nos yeux, il s'anime, devient une présence humaine.

 

 

Voici le commentaire de Chateaubriand lui-même sur les poèmes de sa soeur, Lucile :

"Les pensées de Lucile n'étaient que des sentiments; elles sortaient avec difficulté de son âme ; mais, quand elle parvenait à les exprimer, il n'y avait rien au-dessus. 


Elle a laissé une trentaine de pages manuscrites ; il est impossible de les lire sans être profondément ému. 
L'élégance, la suavité, la rêverie, la sensibilité passionnée de ces pages offrent un mélange du génie grec et du génie germanique." 

 

Mémoires d'Outre-Tombe



La biographie de Lucile de Chateaubriand :

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lucile_de_Chateaubriand

 

 

 

Photo : rosemar

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 12:39
Pour le plaisir des mots : diaprer...

 

 

 


"Le pays offrait un aspect tout différent de celui de la Grèce : les cotonniers verts, les chaumes jaunissants des blés, l'écorce variée des pastèques diapraient agréablement la campagne..." C'est ainsi que Chateaubriand décrit la Turquie et les plaines de l'Asie, dans un extrait de son oeuvre, Itinéraire de Paris à Jérusalem....


Dans ce paysage, le verbe "diaprer" nous fait admirer une variété de couleurs, une infinité de nuances... 

Le terme ancien "diaspre" ou "drap de soie couvert de fleurs, d'arabesques, de ramages.ondoyants" est à l'origine de ce verbe étonnant.

Ce mot tisse des étoffes somptueuses, des motifs pleins d'harmonie et de douceurs, il nous fait entrevoir la lumière du soleil qui irise les jardins.

Apparenté au "jaspe", pierre aux teintes diverses, blanc, beige, rouge, vert, rosé, noir, le "diaspre" nous éblouit de ses reflets de soie...

Pierre précieuse, drap chatoyant s'unissent dans ce verbe aux sonorités variées : dentale, labiale, gutturale.

Les voyelles "i" et "a" s'entralacent, comme pour suggérer ces éclats nuancés du tissu.

Ce mot compose, ainsi, un véritable tableau aux glacis de lumières : la campagne se couvre de lueurs qui se mêlent...

Ce verbe nous fait toucher des parures soyeuses, des entrelacs de couleurs qui se fondent l'une dans l'autre...

Fusion, réunion de nuances diverses, on voit se dessiner un paysage, comme une peinture impressionniste d'un Cézanne ou d'un Manet...

Des éclats de couleurs jaillissent, surgissent sur la toile ! Un simple verbe suggère ces ardeurs, ces tons de jaune et de verts qui se nuancent.

Un simple verbe fait étinceler un paysage, le nimbe de lueurs de soie...

La soie brillante, légère, aérienne, subtile !

La campagne se transforme, devient comme une texture ondoyante, on perçoit une impression de douceur.

Il semble même qu'on pourrait toucher du doigt ce paysage turc aux cultures variées : coton, chaume, écorces de pastèques....

On devine des feuilles vernissées, des éclats de jaune, des écorces lisses.

Cette campagne nous séduit de ses reflets changeants : un tableau se dessine sous nos yeux, une toile pleine de luminosité et d'éclats....








 

Pour le plaisir des mots : diaprer...
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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 11:39
Les bois de palmiers du royaume de Murcie...

 

 

Pour le plaisir des mots : le palmier !

 

 

"Il s'embarqua à l'échelle de Tunis ; un vent favorable le conduit à Carthagène, il descend du navire et prend aussitôt la route de Grenade : il s'annonçait comme un médecin arabe qui venait herboriser parmi les rochers de la Sierra- Nevada. Une mule paisible le portait lentement dans le pays où les Abencerages volaient jadis sur de belliqueux coursiers ; un guide marchait en avant, conduisant deux autres mules ornées de sonnettes et de touffes de laine de diverses couleurs. Aben-Hamet traversa les grandes bruyères et les bois de palmiers du royaume de Murcie : à la vieillesse de ces palmiers il jugea qu'ils devaient avoir été plantés par ses pères, et son cœur fut pénétré de regrets. Là s'élevait une tour où veillait la sentinelle au temps de la guerre des Maures et des chrétiens ; ici se montrait une ruine dont l'architecture annonçait une origine mauresque, autre sujet de douleur pour l'Abencerage ! Il descendait de sa mule, et, sous prétexte de chercher des plantes, il se cachait un moment dans ces débris, pour donner un libre cours à ses larmes. Il reprenait ensuite sa route en rêvant au bruit des sonnettes de la caravane et au chant monotone de son guide. Celui-ci n'interrompait sa longue romance que pour encourager ses mules, en leur donnant le nom de belles et de valeureuses , ou pour les gourmander, en les appelant paresseuses et obstinées."


Dans ce texte de Chateaubriand, extrait d'une nouvelle intitulée Le dernier Abencérage, le héros maure Aben-Hamet qui revient sur la terre de ses ancêtres, découvre, avec émerveillements et émotion, un bois de palmiers situé dans la région de Murcie, au sud de l'Espagne...

Aben-Hamet, parti de Tunis, est subjugué par ces paysages de son ancienne patrie...


Le mot "palmier" nous berce, aussitôt, de ses balancements alanguis, il fait naître des paysages lointains, exotiques, des déserts de dunes et de barcanes, d'où surgissent des oasis de verdures.


Le mot nous fait rêver, avec ses sonorités de labiales, pleines de sensualité, avec ses voyelles, dont l'une, ouverte, évoque bien la forme épanouie de la palme, et l'autre, plus fermée, suggère toute la finesse des ramilles qui composent les feuilles.


On voit des paysages, au bord du Nil, hérissés de palmiers et de roseaux, on voit des palmes ondoyantes, sous un air léger et subtil.


Le mot "palme" aux origines anciennes, venu du latin "palma", a gardé sa forme originelle.


"Palma", c'est d'abord la paume de la main et le mot "paume" est issu, aussi, de ce terme latin. La feuille palmée ne ressemble-t-elle pas à une main ouverte ?


Ainsi, la "palme" et la "paume" ont une origine commune. La palme était, aussi, dans l'antiquité, un symbole de victoire, qui s'est perpétué dans la palme d'or d'un certain festival...


Le palmier, quant à lui, évoque les pays du sud, la Méditerranée, au climat doux et tempéré, il nous emmène vers l'Afrique mystérieuse, ses paysages désertiques, aux sables dorés, aux molles barcanes.


On entrevoit une palmeraie, pleine d'une fraîcheur apaisante... Le mot nous invite à une douce rêverie : empli de poésie, il donne une impression de paix, de bonheur calme et tranquille.

Le palmier nous apaise, nous fait voir des soleils renouvelés, des éblouissements de lumières, il nous fait entendre de légers bruissements.

Dans l'extrait de l'oeuvre de Chateaubriand, on voit le héros traverser "les bois de palmiers du royaume de Murcie."

L'évocation prend un relief poétique particulier, grâce à l'utilisation du nom propre "Murcie" qui évoque l'Espagne, avec des sonorités, à la fois, douces et âpres : labiale "m", sifflante "s", gutturale "r".

"Murcia ! Ségura!" Que d'exotisme dans ces noms venus d'Espagne !


Comment ne pas être sensible à la grâce de ces palmiers du royaume de Murcie ?

Comment ne pas en percevoir la beauté et l'élégance ?






http://www.audiocite.net/livres-audio-gratuits-romans/francois-rene-de-chateaubriand-le-dernier-abencerage.html
 

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