Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
25 mars 2019 1 25 /03 /mars /2019 11:11
Les secrets du phylactère...

 

Dans le cadre de la semaine de la langue française et de la francophonie : du 19 au 26 mars 2019...

 

 

Le mot "phylactère" semble recéler bien des mystères : un mot rare aux sonorités variées et diverses, fricative à l'initiale, gutturales "c" et "r", dentale "t"...

Un mot très ancien qui remonte à la langue grecque :  "φυλακτήριον, phulaktêrion, l'amulette", venu d'un verbe  "φυλάσσω, phulássô, garder, préserver."
 

Un mot lié à la notion d'écriture, car l'amulette renfermait anciennement une formule secrète, parfois un texte sacré.

Un mot magique et solennel, un mot majestueux avec ses 4 syllabes, son "i" grec, la graphie "ph" venu directement du grec ancien.

 

Ce nom venu d'un lointain passé ne nous parle plus guère et pourtant, il désigne aussi une réalité très moderne : une bulle de bande dessinée dans laquelle sont enfermés les dialogues, les propos prononcés par des personnages de BD.

 

Il est vrai qu'on utilise peu ce terme "phylactère" et qu'on lui préfère le substantif plus familier "une bulle".

Et désormais le contenu de ces bulles n'est plus caché, protégé, il est accessible à tous.

 

Les bandes dessinées représentent bien le monde de l'enfance : c'est souvent une première approche de la lecture : nous avons tous lu les aventures de Tintin, les albums d'Astérix le Gaulois, nous avons ri de plaisir en lisant ces récits truffés de jeux de mots, d'allusions historiques, peuplés de personnages insolites, drolatiques.

 

Nous avons tous apprécié de découvrir les enquêtes du reporter Tintin... la beauté, la précision du dessin alliés au texte, la BD a produit de véritables trésors.

La BD nous introduit dans un monde de couleurs, de formes, nous fait voyager dans le temps et l'espace, nous procure une évasion... et elle n'est pas réservée à l'enfance.

Ludique, la BD peut aussi nous informer de manière attractive et séduisante...

 

Le phylactère ancien, lui, intrigue, fascine, suscite la curiosité : quel est le texte qu'il renferme ? Le mot nous fait accéder à un univers mystique, étrange, mystérieux... Il nous fait voyager dans un passé lointain, à une époque où on portait des amulettes, des talismans.

On associe souvent les amulettes aux anciens Égyptiens, qui en portaient en toute occasion, jusque dans leur tombe. Il était courant d'enterrer une momie avec des dizaines d'amulettes en forme de scarabée. 

 

 


Les dix mots choisis pour illustrer cette thématique sont : arabesque, composer, coquille, cursif/-ive, gribouillis, logogramme, phylactère, rébus, signe, tracé.

 

 

http://www.dismoidixmots.culture.fr/ressources/la-thematique-et-les-dix-mots-2018-2019

 

https://semainelanguefrancaise.culture.gouv.fr/

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
18 mars 2019 1 18 /03 /mars /2019 11:58
Les mystères et les métamorphoses de l'écriture...

 

Dans le cadre de la semaine de la langue française et de la francophonie du 16 au 24 Mars 2019...

 

L'écriture fascine depuis ses lointaines origines : petits dessins, pictogrammes, cunéiforme, hiéroglyphes...

Depuis le "gribouillis" informe jusqu'à l'art de "composer" des récits, l'écriture a décliné toutes sortes de possibilités...

Le mot "gribouillis" avec son suffixe familier de diminutif suggère bien une écriture confuse et informe. L'enfant aime ainsi gribouiller sur des feuilles, avant même d'avoir appris à écrire...

A l'inverse, le verbe "composer" venu du latin "componere", "placer ensemble" montre une volonté de structurer la pensée, d'ordonner les idées. On connaît bien l'exercice de la composition française et ses exigences...

"Composer" suppose réflexion, attention, lenteur, toutes qualités qui ont tendance à se perdre dans notre monde moderne.

 

L'écriture si précieuse a permis de transmettre tant de messages, de pensées, d'émotions, de réflexions, de beauté et d'harmonie.

 

L'écriture se décline en différents mots très évocateurs...

Ce peut être une "arabesque" sinueuse pleine de charme, ou un simple "tracé", ou encore une écriture "cursive."

L'arabesque, en forme de volute, de spirale relève de l'oeuvre d'art : le mot  lui-même fait rêver, avec ses quatre syllabes langoureuses, le mot évoque élégance, légèreté, sinuosité...

Le tracé est, quant à lui, souvent plus rudimentaire : c'est l'origine même de l'écriture...

L'écriture cursive, elle, va vite : elle court sur la feuille en un tracé continu...

 

Et puis, l'écrit fait appel aussi au dessin : c'est ce que l'on perçoit dans l'art des hiéroglyphes, si ancien, mais aussi dans l'usage fréquent, dans nos sociétés, de "logos", ces symboles associés à des marques...

L'écureuil pour la caisse d'épargne, le losange pour une marque de voiture, un lion pour une autre... 

Etonnant tout de même ! comme le souligne Roger-Pol Droit, "le "logos" terme grec qui désigne à l'origine le discours, la raison, "s'emploie désormais pour nommer la forme visuelle d'une marque !" 

 

Le "rebus" constitué d'une suite de dessins, de lettres, de chiffres nous intrigue, avec sa terminaison latine, et nous permet de découvrir une énigme : c'est un petit jeu sympathique... ce mot ancien remonte au latin et signifie "avec les choses".

 

Et que dire de ce mot mystérieux, le "phylactère" ? En grec ancien, il désignait une amulette, un talisman.

C'était aussi une petite boîte, renfermant des bandes de parchemin ou de vélin.

Le terme désigne, de nos jours, les bulles des bandes dessinées remplies d'écriture.

 

Et pourquoi le nom "coquille" est-il associé à l'écriture ? Dans le langage journalistique, il s'agit d'une faute typographique, quand une lettre est substituée à une autre... Venu du latin "conchylium" et du grec "cogkhulion", c'est une formation de diminutif qui désigne le petit coquillage. Une coquille évoque une lettre à l'envers, inversée...

 

Et puis, dans l'écriture, tout est "signe"... Les mots eux-mêmes sont des signes composés d'un signifiant et d'un signifié. La magie des mots ! Le mystère de leur origine, de leurs significations ! Leurs sonorités, leur musique éclatantes ou douces ! La magie de la poésie !

 

 

 

 

Les dix mots choisis pour illustrer cette thématique sont : arabesque, composer, coquille, cursif/-ive, gribouillis, logogramme, phylactère, rébus, signe, tracé.

 

 

http://www.dismoidixmots.culture.fr/ressources/la-thematique-et-les-dix-mots-2018-2019

 

https://semainelanguefrancaise.culture.gouv.fr/

 

 

https://www.dailymotion.com/video/x707j0m

Partager cet article
Repost0
13 mars 2019 3 13 /03 /mars /2019 11:08
Finis les Brigitte, les Annie, les André, les Robert, les Michel...

 

Les prénoms choisis par les parents signent une époque : finis les Brigitte, les Annie, les André, les Robert, les Michel. Ces prénoms sont désormais désuets, et n'ont plus la cote.

On leur préfère des prénoms d'origine américaine, des prénoms régionaux, des prénoms arabo-musulmans...

Les Kévin, les Dylan, les Eliott, Tom, Alyssa, les Mohammed, les Sofian, Ahmed, les Zohra, les Jasmine, Yassin, Aïcha prospèrent.

Et les Marie disparaissent...

La France fait face à une progression importante des prénoms arabo-musulmans, étrangers, américains et régionaux.


Jerôme Fourquet, politologue et directeur du département Opinion de l'Ifop, publie l'Archipel Français et constate ainsi cette déferlante de nouveaux prénoms.

Cette image de l'archipel renvoie à une fragmentation de la société française : fractures sociologiques, culturelles, territoriales.

 

De fait, les prénoms d'origine chrétienne ont tendance à s'effacer : faut-il voir là un déclin de la religion catholique ?

Il est certain que cette religion perd du terrain : de moins en moins de fidèles, de moins en moins de prêtres, des églises désaffectées à vendre...

Une religion qui est, de plus, traversée par des scandales : pédophilie, agressions sexuelles, nonnes violées.

Le message originel a été perverti et dévoyé par l'église, comme c'est souvent le cas dans le domaine religieux...

 

Pourtant, comment ne pas percevoir la valeur et la grandeur du message originel ?

"Grandeur morale, humaine, spirituelle", comme le souligne bien André Comte-Sponville, dans son ouvrage L'inconsolable et autres impromptus.

La France a changé, la religion catholique est amoindrie, mais le message est magnifique : "amour, souci des plus faibles, justice, charité..."

On ne peut renier deux mille ans de civilisation chrétienne, on ne doit pas renier le message originel.

 

Si les prénoms de consonance chrétienne disparaissent, c'est sans doute un effet de mode pour certains, une forme de réaction pour d'autres, mais  nous ne devons pas gommer des millénaires de culture.

Notre culture, nos arts, notre architecture sont imprégnés de culture chrétienne : tant de chefs d'oeuvre !

 

La France apparaît en tous cas divisée : fractures géographique, religieuse et culturelle.

Comment résoudre ces divisions ? Une tâche difficile : une nation doit se retrouver autour de valeurs communes : la langue française, la culture humaniste, la laïcité, la tolérance, l'amour...

Mais, hélas, la langue est souvent négligée, mise à mal, la culture est battue en brèche, méprisée, la tolérance se heurte souvent à de graves oppositions dans les moeurs, les façons de vivre...

 

 

https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-07-mars-2019

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
22 février 2019 5 22 /02 /février /2019 15:04
La poésie est essentielle...

 

 

La poésie est essentielle : on l'oublie trop souvent, mais grâce à elle nous appréhendons mieux la beauté du monde, grâce à elle, nous aimons mieux le monde.

 

La poésie n'est-elle pas une ouverture sur tout ce qui nous entoure ?

Elle suscite émotions, sensibilité, révolte, colère, réflexions.

Elle recrée le monde, le rend plus évident et plus présent.

 

Harmonie ou dissonnance, beauté ou virulence, la poésie nous aide à vivre.

Elle peut transformer et magnifier les êtres, les objets, tout en restituant leur profondeur et leur essence.

 

La poésie transfigure le monde et nous en fait mieux percevoir toute la beauté, ce que nous ne voyons plus, ce que nous ne regardons plus, ou ne ressentons plus.

Un lézard qui s'attarde sur un mur, un coucher de soleil, aux teintes flamboyantes, une aurore naissante aux embruns de roses et de pourpres.

Des senteurs de pins dans les sous-bois, si prégnantes qu'elles envahissent l'espace et nous enivrent de bonheurs.

Des couleurs nuancés à l'infini de verts, des camaïeux, des mosaïques variées...

 

La poésie des mots est, en elle-même, une évidence : les mots qui nomment et qui résonnent de sonorités, d'échos qui se répondent.

Les mots et leurs éclats de voix !

Des jeux de mots, des contrastes, des associations nouvelles, des mots qui tourbillonnent et nous emportent avec eux pour découvrir des paysages, des êtres, des histoires.

Oxymores, comparaisons, anaphores, allitérations, assonances, échos sonores, rimes, la poésie nous emporte dans un univers nouveau.

 

Que serions-nous sans la poésie ? Elle nous accompagne dans nos joies, nos révoltes, nos peines, elle nous montre que le regard est essentiel, que la pensée est une force, une force de joie et de bonheur.

 

Elle nous fait redécouvrir le monde, elle est musique, rythme, réflexions, et attention.

Elle est "peinture", elle est tableau, elle contient et réunit tous les arts.

Elle est "musique", aux sonorités variées, douces, légères, ou rudes, virulentes, quand elle s'emporte et dénonce des injustices.

 

Grâce aux images, elle nous fait ressentir l'harmonie des éléments : le ciel, la mer, la terre, les arbres qui chaloupent sous le vent de l'été.

"Un nuage, Flocon de laine, nage Dans les champs bleus du ciel"!

"Les grands lys orgueilleux se balancent au vent" !

 

Fusions, correspondances, mondes qui se rejoignent !

La poésie nous entraîne dans son sillage et nous fait aimer le monde...

 

 

 

 

 

La poésie est essentielle...
Partager cet article
Repost0
5 janvier 2019 6 05 /01 /janvier /2019 11:51
Il extirpa du goulot le bouchon tenace...

 

 

"Le digne aubergiste, connaissant la qualité de ses hôtes, les conduisit lui-même en une chambre basse bien tendue où brillait dans une cheminée à large manteau un feu pétillant et clair. Il prit des mains du sommelier la bouteille grise de poussière et tapissée de toile d’araignée, la décoiffa de son casque de cire avec des précautions infinies, extirpa du goulot, sans secousse, le bouchon tenace, et d’une main aussi ferme que si elle eût été coulée en bronze versa un fil de liqueur blond comme la topaze dans les verres de Venise à pied en spirale que lui tendaient le duc et le chevalier." 

 

C'est ainsi que Théophile Gautier évoque un aubergiste, Maître Bilot en train de servir du vin à ses hôtes... C'est, là, un extrait d'un des romans les plus connus de cet auteur, intitulé Le Capitaine Fracasse...

 Maître Bilot enlève avec élégance le bouchon d'une vieille bouteille.

 

Le bouchon d'une bouteille permet d'en préserver le contenu... Bouchon de liège pour les vins, ou bouchons de métal ou de plastique pour d'autres breuvages...

 

Mais le bouchon a d'abord été une botte de chanvre ou de foin : apparenté aux mots "buisson, bois, bosquet", le bouchon est, à l'origine, une simple touffe de paille...

 

On connaît le verbe "bouchonner", qui désigne l'action de nettoyer un cheval avec une poignée de paille...

 

De nos jours, le mot "bouchon" est associé surtout aux bouteilles qu'il permet de fermer hermétiquement...

Ce mot très familier s'ouvre sur une labiale langoureuse, se prolonge par une chuintante pleine de douceur et s'achève par une voyelle nasalisée "on" qui semble mimer la levée et parfois l'envol du bouchon...

Voilà un mot aux sonorités évocatrices, pleines de charmes...

 

Le bouchon d'une bouteille de Champagne demande un certain doigté pour être enlevé du goulot : il peut s'échapper avec vivacité, mu par les bulles d'air que dégage le breuvage...

 

Une fois extirpé, le bouchon de liège révèle parfois des motifs de pampres, de grappes de raisins, d'étoile rayonnante, de dessins géométriques en forme d'épis...

 

Le bouchon est issu du chêne liège, un arbre à l'écorce légère et ainsi le mot "bouchon" renvoie à nouveau à son étymologie première : "bois, buisson, morceau de paille ou de bois".

Le mot "liège", quant à lui, doit son origine à un adjectif latin, "levis, léger."

 

On découvre alors certains breuvages dorés, des liqueurs de miel, des vins parfumés et savoureux...

On déguste ces boissons bien protégées et on se délecte d'arômes de soleil et de fruits...

 

Le bouchon désignait aussi autrefois un petit bouquet de paille, un rameau de feuillages qui servait d'enseigne à un cabaret, puis le cabaret, le restaurant lui-même...

 

Le bouchon associé à la bouteille, à l'auberge nous fait entrevoir des saveurs, des goûts, des liqueurs délicieuses, des mets délicats...

 

   
 

 

http://www.lepoint.fr/vin/20-questions-sur-le-vin-comment-bien-utiliser-les-bouchons-23-11-2017-2174612_581.php

 

 

Il extirpa du goulot le bouchon tenace...
Partager cet article
Repost0
27 décembre 2018 4 27 /12 /décembre /2018 12:29
Une leçon d'étoiles...

 

Pour apprendre les étoiles, rien de mieux que d'écouter un berger de Provence nous en parler : on ne peut que savourer sa façon de décrire le ciel et ses mystères...

Il faut relire le récit intitulé Les étoiles, inséré dans le recueil d'Alphonse Daudet, Les lettres de mon moulin.

Un texte où un jeune berger raconte à la première personne une nuit passée à la belle étoile auprès de Stéphanette, la fille de ses maîtres...

 

Le berger solitaire, occupé à garder ses bêtes sur Le Luberon, pendant le mois de Juillet, reçoit la visite inhabituelle de Stéphanette  qui lui apporte ses "vivres de quinzaine."

Bloquée par un orage, la jeune fille est contrainte de passer la nuit auprès du berger.

Le jeune homme amoureux est ravi de cette opportunité qui lui permet de mieux faire connaissance avec la demoiselle.

 

Il nous raconte alors la nuit et ses mystères... Un monde poétique où l'obscurité amplifie les bruits, les lumières qui brillent... "un monde mystérieux s'éveille dans la solitude et le silence..."

La nature se met à vivre plus intensément : "les sources chantent bien plus clair, les étangs allument de petites flammes". Personnifiée, la nature est ainsi magnifiée par ce berger poète qui évoque "les esprits de la montagne qui vont et viennent librement".

 

Puis, la jeune fille émerveillée tourne son regard vers le ciel, éblouie par tant d'étoiles.

C'est alors que le berger lui donne une leçon d'étoiles...

Il lui montre la Voie lactée ou "le Chemin de Saint-Jacques", puis la Grande Ourse ou "le Char des Ames"...

Des noms surgissent dans la nuit, emplis de symboles et de poésie.

Les étoiles ouvrent des chemins, font naître des images de char lumineux, prennent vie, deviennent des personnages, "un Charretier, Trois Rois, Jean de Milan, le flambeau des astres"...

Le berger évoque aussi des histoires merveilleuses, des mariages d'étoiles...

Enfin, il nomme "la plus belle des étoiles", "l'Etoile du Berger" qui "éclaire à l'aube quand nous sortons le troupeau et aussi, le soir quand nous le rentrons..."

Elle devient elle aussi un personnage prénommée "Maguelonne".

La scène s'achève dans une ambiance de complicité entre les deux personnages puisque la jeune fille pose sa tête sur l'épaule du berger et s'endort. Les étoiles comparées à un troupeau se meuvent dans le ciel et le berger imagine alors qu'une étoile "la plus fine, la plus brillante" vient de se poser sur son épaule...

 

 

 

Le texte :

 

"Cependant la nuit était venue tout à fait. Il ne restait plus sur la crête des montagnes qu’une poussière de soleil, une vapeur de lumière du côté du couchant. Je voulus que notre demoiselle entrât se reposer dans le parc. Ayant étendu sur la paille fraîche une belle peau toute neuve, je lui souhaitai la bonne nuit, et j’allai m’asseoir dehors devant la porte… Dieu m’est témoin que, malgré le feu d’amour qui me brûlait le sang, aucune mauvaise pensée ne me vint ; rien qu’une grande fierté de songer que dans un coin du parc, tout près du troupeau curieux qui la regardait dormir, la fille de mes maîtres, — comme une brebis plus précieuse et plus blanche que toutes les autres, — reposait, confiée à ma garde. Jamais le ciel ne m’avait paru si profond, les étoiles si brillantes… Tout à coup, la claire-voie du parc s’ouvrit et la belle Stéphanette parut. Elle ne pouvait pas dormir. Les bêtes faisaient crier la paille en remuant, ou bêlaient dans leurs rêves. Elle aimait mieux venir près du feu. Voyant cela, je lui jetai ma peau de bique sur les épaules, j’activai la flamme, et nous restâmes assis l’un près de l’autre sans parler. Si vous avez jamais passé la nuit à la belle étoile, vous savez qu’à l’heure où nous dormons, un monde mystérieux s’éveille dans la solitude et le silence. Alors les sources chantent bien plus clair, les étangs allument des petites flammes. Tous les esprits de la montagne vont et viennent librement ; et il y a dans l’air des frôlements, des bruits imperceptibles, comme si l’on entendait les branches grandir, l’herbe pousser. Le jour, c’est la vie des êtres ; mais la nuit, c’est la vie des choses. Quand on n’en a pas l’habitude, ça fait peur… Aussi notre demoiselle était toute frissonnante et se serrait contre moi au moindre bruit. Une fois, un cri long, mélancolique, parti de l’étang qui luisait plus bas, monta vers nous en ondulant. Au même instant une belle étoile filante glissa par-dessus nos têtes dans la même direction, comme si cette plainte que nous venions d’entendre portait une lumière avec elle.

— Qu’est-ce que c’est ? me demanda Stéphanette à voix basse.

— Une âme qui entre en paradis, maîtresse ; et je fis le signe de la croix.

Elle se signa aussi, et resta un moment la tête en l’air, très recueillie. Puis elle me dit :

— C’est donc vrai, berger, que vous êtes sorciers, vous autres ?

— Nullement, notre demoiselle. Mais ici nous vivons plus près des étoiles, et nous savons ce qui s’y passe mieux que des gens de la plaine. 
Elle regardait toujours en haut, la tête appuyée dans la main, entourée de la peau de mouton comme un petit pâtre céleste :

— Qu’il y en a ! Que c’est beau ! Jamais je n’en avais tant vu… Est-ce que tu sais leurs noms, berger ?

— Mais oui, maîtresse… Tenez ! juste au-dessus de nous, voilà le Chemin de saint Jacques (la voie lactée). Il va de France droit sur l’Espagne. C’est saint Jacques de Galice qui l’a tracé pour montrer sa route au brave Charlemagne lorsqu’il faisait la guerre aux Sarrasins. Plus loin, vous avez le Char des âmes (la grande Ourse) avec ses quatre essieux resplendissants. Les trois étoiles qui vont devant sont les Trois bêtes, et cette toute petite contre la troisième c’est le Charretier. Voyez-vous tout autour cette pluie d’étoiles qui tombent ? ce sont les âmes dont le bon Dieu ne veut pas chez lui… Un peu plus bas, voici le Râteau ou les Trois rois (Orion). C’est ce qui nous sert d’horloge, à nous autres. Rien qu’en les regardant, je sais maintenant qu’il est minuit passé. Un peu plus bas, toujours vers le midi, brille Jean de Milan, le flambeau des astres (Sirius). Sur cette étoile-là, voici ce que les bergers racontent. Il paraît qu’une nuit Jean de Milan, avec les Trois rois et la Poussinière (la Pléiade), furent invités à la noce d’une étoile de leurs amies. La Poussinière, plus pressée, partit, dit-on, la première, et prit le chemin haut. Regardez-la, là-haut, tout au fond du ciel. Les Trois rois coupèrent plus bas et la rattrapèrent ; mais ce paresseux de Jean de Milan, qui avait dormi trop tard, resta tout à fait derrière, et furieux, pour les arrêter, leur jeta son bâton. C’est pourquoi les Trois rois s’appellent aussi le Bâton de Jean de Milan… Mais la plus belle de toutes les étoiles, maîtresse, c’est la nôtre, c’est l’Étoile du berger, qui nous éclaire à l’aube quand nous sortons le troupeau, et aussi le soir quand nous le rentrons. Nous la nommons encore Maguelonne, la belle Maguelonne qui court après Pierre de Provence (Saturne) et se marie avec lui tous les sept ans.

— Comment ! berger, il y a donc des mariages d’étoiles ?

— Mais oui, maîtresse.

Et comme j’essayais de lui expliquer ce que c’était que ces mariages, je sentis quelque chose de frais et de fin peser légèrement sur mon épaule. C’était sa tête alourdie de sommeil qui s’appuyait contre moi avec un joli froissement de rubans, de dentelles et de cheveux ondés. Elle resta ainsi sans bouger jusqu’au moment où les astres du ciel pâlirent, effacés par le jour qui montait. Moi, je la regardais dormir, un peu troublé au fond de mon être, mais saintement protégé par cette claire nuit qui ne m’a jamais donné que de belles pensées. Autour de nous, les étoiles continuaient leur marche silencieuse, dociles comme un grand troupeau ; et par moments je me figurais qu’une de ces étoiles, la plus fine, la plus brillante, ayant perdu sa route, était venue se poser sur mon épaule pour dormir…"

 

 

 

https://fr.wikisource.org/wiki/Lettres_de_mon_moulin/Les_%C3%A9toiles

 

 

 

 

Une leçon d'étoiles...
Partager cet article
Repost0
19 décembre 2018 3 19 /12 /décembre /2018 11:18
L'orange de Noël...

 

Les enfants recevaient autrefois une simple orange en guise de cadeau de Noël... les temps ont bien changé, désormais ils sont submergés de cadeaux. Noël est devenue une fête de la surconsommation, où les enfants sont souvent choyés à l'excès.

 

Jusque vers le milieu du vingtième siècle, l'orange était un mets de choix, venu des pays du sud, un fruit aux teintes dorées, symbole de soleil.

 

Et quand on y songe, quelle merveille ! Un fruit tout en rondeurs et sensualité, un fruit aux senteurs enivrantes, aux couleurs chaleureuses de l'été, au coeur même de l'hiver.

Autrefois recouverte d'un papier de soie, l'orange exhalait ses parfums, dès qu'on la découvrait...

Une merveille de la nature que nous ne voyons plus, tellement nous sommes blasés...

 

Il faut relire la somptueuse description qu'en fait Alphonse Daudet, dans Les lettres de mon moulin.

Il évoque ces fruits en faisant appel à tous les sens...

Il est vrai qu'il décrit ces oranges alors qu'elles sont encore sur les arbres...

Couleurs, senteurs, éclats des fruits, l'évocation nous fait voyager vers l'Algérie, à Blidah...

Les oranges de Blidah sont magnifiées, entourées d'une "auréole de splendeur", serties d'un feuillage "sombre, lustré, vernissé".

Elles apparaissent dans un décor de neige où "tous les fruits poudrés à frimas avaient une douceur splendide, un rayonnement discret comme de l'or voilé de claires étoffes blanches..."

Les oranges sont sublimées et deviennent des trésors, elles sont comparées à "des verres de couleurs", "des fleurs éclatantes". Une exclamation restitue l'admiration du spectateur : "c'est là qu'elles étaient belles !"

Les couleurs rayonnantes des fruits sont amplifiées par le décor blanc de neige.

Les oranges sont personnifiées, comme vêtues de "claires étoffes blanches" "de soutanes rouges sous des robes de dentelles, de dorures d'autel enveloppées de guipures."

Plus loin, l'auteur nous fait découvrir les oranges d'un jardin au nom magique et mystérieux : "Barbicaglia", un jardin en Corse près d'Ajaccio...

Le seul nom de ce lieu fait rêver ! Les sonorités redondantes de labiale "b", les échos répétés de la voyelle "a', de la voyelle "i" nous transportent dans un univers poétique.

Et la description qui suit fait intervenir différentes sensations, d'abord le sens olfactif : "les orangers en fleur et en fruit brûlaient leurs parfums d’essences."

Puis, on entend "le bruit mat d'une orange mûre, tombée tout à coup... sur la terre pleine."

La sensation visuelle contribue à la beauté du tableau :"des fruits superbes, d’un rouge pourpre à l’intérieur..."

Entre les feuilles des orangers, la mer offre aussi un arrière plan somptueux avec "des espaces bleus éblouissants comme des morceaux de verre brisés qui miroitaient dans la brume de l’air."

Ainsi, Daudet nous fait percevoir ces merveilles de la nature : les oranges, des fruits aux teintes solaires, aux parfums enivrants, aux formes sensuelles...

 

 

Le texte :

 

"Pour bien connaître les oranges, il faut les avoir vues chez elles, aux îles Baléares, en Sardaigne, en Corse, en Algérie, dans l’air bleu doré, l’atmosphère tiède de la Méditerranée. Je me rappelle un petit bois d’orangers, aux portes de Blidah ; c’est là qu’elles étaient belles ! Dans le feuillage sombre, lustré, vernissé, les fruits avaient l’éclat de verres de couleur, et doraient l’air environnant avec cette auréole de splendeur qui entoure les fleurs éclatantes. Çà et là des éclaircies laissaient voir à travers les branches les remparts de la petite ville, le minaret d’une mosquée, le dôme d’un marabout, et au-dessus l’énorme masse de l’Atlas, verte à sa base, couronnée de neige comme d’une fourrure blanche, avec des moutonnements, un flou de flocons tombés.

Une nuit, pendant que j’étais là, je ne sais par quel phénomène ignoré depuis trente ans cette zone de frimas et d’hiver se secoua sur la ville endormie, et Blidah se réveilla transformée, poudrée à blanc. Dans cet air algérien si léger, si pur, la neige semblait une poussière de nacre. Elle avait des reflets de plumes de paon blanc. Le plus beau, c’était le bois d’orangers. Les feuilles solides gardaient la neige intacte et droite comme des sorbets sur des plateaux de laque, et tous les fruits poudrés à frimas avaient une douceur splendide, un rayonnement discret comme de l’or voilé de claires étoffes blanches. Cela donnait vaguement l’impression d’une fête d’église, de soutanes rouges sous des robes de dentelles, de dorures d’autel enveloppées de guipures…

Mais mon meilleur souvenir d’oranges me vient encore de Barbicaglia, un grand jardin auprès d’Ajaccio où j’allais faire la sieste aux heures de chaleur. Ici les orangers, plus hauts, plus espacés qu’à Blidah, descendaient jusqu’à la route, dont le jardin n’était séparé que par une haie vive et un fossé. Tout de suite après, c’était la mer, l’immense mer bleue… Quelles bonnes heures j’ai passées dans ce jardin ! Au-dessus de ma tête, les orangers en fleur et en fruit brûlaient leurs parfums d’essences. De temps en temps, une orange mûre, détachée tout à coup, tombait près de moi comme alourdie de chaleur, avec un bruit mat, sans écho, sur la terre pleine. Je n’avais qu’à allonger la main. C’étaient des fruits superbes, d’un rouge pourpre à l’intérieur. Ils me paraissaient exquis, et puis l’horizon était si beau ! Entre les feuilles, la mer mettait des espaces bleus éblouissants comme des morceaux de verre brisés qui miroitaient dans la brume de l’air. Avec cela le mouvement du flot agitant l’atmosphère à de grandes distances, ce murmure cadencé qui vous berce comme dans une barque invisible, la chaleur, l’odeur des oranges… Ah ! qu’on était bien pour dormir dans le jardin de Barbicaglia !"

 

 

 

Le texte intégral :

 

https://fr.wikisource.org/wiki/Lettres_de_mon_moulin/Les_oranges

 

 

 

 

L'orange de Noël...
Partager cet article
Repost0
15 décembre 2018 6 15 /12 /décembre /2018 10:29
Une tragédie grecque dans une mise en scène trépidante : Electre de Sophocle...

 

 

 

Les tragédies grecques qui évoquent des mythes anciens nous paraissent souvent lointaines, difficiles d'accès, obscures...

Et pourtant, les mythes qu'elles mettent en scène font appel à des sentiments universels : la vengeance, la haine, la rancoeur, l'hybris, la colère, la transgression qui sont l'essence même de ce genre ancien.

 

Electre, c'est la fille qui voulut venger la mort de son père, Agamemnon, descendant des Atrides, en tuant la meurtrière, sa propre mère... Une sombre histoire de vendetta familiale : les haines s'exacerbent, violentes, terribles.

 

La compagnie Humani Théâtre revisite cette tragédie dans un spectacle déambulatoire au cours duquel les spectateurs sont invités à se déplacer en même temps que les acteurs... Une façon d'impliquer le spectateur, de le faire participer à la dramaturgie, et de l'intégrer dans l'action.

 

Le spectacle est total et mêle comme dans une tragédie antique danses, chorégraphie, musiques, chants, et jeu des acteurs...

 

Evidemment, le cadre choisi pour cette représentation, Les jardins de la Fontaine à Nîmes, participe à la beauté du spectacle et permet aussi de restituer le décor d'une tragédie antique : en plein air, dans un site riche de monuments au passé prestigieux...

 

La pièce débute après que le roi de Mycènes, Agamemnon, a été assassiné par son épouse Clytemnestre et l'amant de celle-ci, Egisthe : ils règnent désormais tous deux sur la cité. Electre, fille d'Agamemnon, connait une existence misérable au palais de Mycènes. Contrairement à sa sœur plus discrète et timorée, Chrysothémis, elle dénonce violemment sa mère et Égisthe, elle espère le retour de son frère, Oreste, pour venger le meurtre de leur père.

 

Dès le premier tableau, une musique très rythmée nous emporte dans un univers fait de violence : les acteurs marchent avec une détermination farouche vers leur destin, une des composantes essentielles de la tragédie.

 

Dans une chorégraphie tourmentée, les personnages font, alors, tournoyer leur corps autour d'Electre, puis reprennent leur marche mécanique, soudain, ils se laissent tomber et s'effondrent, alors que deux d'entre eux restent debout et s'enlacent dans un baiser langoureux... on comprend qu'il s'agit des deux amants maudits : Clytemnestre et Egisthe.

 

L'action commence avec l'intervention d'Oreste : il vient de revenir à Mycènes et décide de faire croire à sa mère et à Égisthe qu'il est mort... une ruse qui lui permettra de venger son père.

 

Electre , de son côté, exprime sa douleur dans un monologue poignant et pathétique : elle rappelle l'assassinat de son père, le guet-apens qui lui a été tendu par sa mère et son amant Egisthe. Elle invoque les Dieux, les appelle à l'aide. Elle crie sa fureur.

Le choeur antique représenté par un acteur qui se fond dans la foule des spectateurs l'interpelle, alors : "Fille de la plus misérable des mères, pourquoi te répandre sans cesse en plaintes inassouvies ?"

 

Chrysothémis apparaît et reproche à Electre son intransigeance et sa démesure.

La suite du spectacle nous entraîne dans un tourbillon de férocité et de haine, notamment lors d'une confrontation qui oppose  Clytemnestre et Electre : un dialogue tendu, âpre et un antagonisme farouche. La distance qui sépare les deux actrices, au cours de cette scène, symbolise bien des haines irréconciliables.

On perçoit bien en quoi consiste le conflit tragique : c'est un conflit entre deux légitimités qui s'affirment, chaque point de vue pouvant être défendable. Clytemnestre dénonce le crime commis par Agamemnon qui immola sa propre fille, Iphigénie, afin de satisfaire la déesse Artémis qu'il avait offensée.

Electre dénonce la trahison de sa mère, le meurtre de son père.

 

Un messager vient annoncer, alors, la mort d'Oreste dans une course de chars, une scène somptueuse où les acteurs miment la course et la chute d'Oreste.

Clytemnestre, la mère maudite, ne peut s'empêcher d'exprimer son soulagement : elle ne sera plus soumise à la vengeance de son fils.

Mais Oreste n'est pas mort, il revient au palais, et dans une scène émouvante, révèle son identité à Electre.

Comme toute tragédie, la pièce s'achève avec la mort de Clytemnestre et d'Egisthe, abattus par Oreste.

Oreste apparaît à la fois triomphant et accablé, en proie aux tourments de la vengeance accomplie et du sang répandu : et si sa victoire n'était qu'apparente ? Le crime prétendument libérateur peut-il rompre l'enchaînement fatal ?

 

La mise en scène sobre et pleine d'âpreté souligne la violence et la force des passions qui emportent les personnages.

 

 

 

Distribution : 
Mise en scène : Marine Arnault
Chorégraphe : Mathieu Maisonneuve
Musique : Sam Burguiere et Camille Simeray
Textes en Occitan : Emmanuel Isopet
Costumes : Marianne Mangone
Lumière et Bande Son : Gaby Bosc
Production, diffusion : Nathalie Marty
Administration : Anneso Roffé
Avec : Jérôme Benest, Florence Bernard, Thierry Capozza, Cécile Combredet, Guillaume Guerin, Didier Lagana, Mathieu Maisoneuve

 

 

 

Partager cet article
Repost0
5 décembre 2018 3 05 /12 /décembre /2018 13:02
Les grenouilles qui demandent un roi...

 

Il est utile de lire et relire les Fables de La Fontaine : elles sont pleines d'enseignements en ces temps où les contestations se multiplient... gilets jaunes, lycéens, routiers, paysans....

 

Fable pittoresque et vivante, ce texte intitulé Les grenouilles qui demandent un roi met en garde les peuples contre l’absence de réflexion et l’instinct grégaire, leur conseillant la prudence.

Les grenouilles capricieuses, versatiles en appellent un jour à Jupin, Jupiter pour changer de régime politique.

Tiens, Jupiter, cela vous dit quelque chose ?

 

Lasses de la démocratie, les grenouilles héritent alors d'un pouvoir monarchique, d'abord assez doux, puis tyrannique et cruel...

 

Bien sûr, la morale de cette fable est conservatrice : "il faut savoir se contenter de ce que l'on a... Ne pas aller trop loin dans les exigences..."

Bien sûr, notre régime démocratique comporte bien des défauts, qu'il convient de débusquer et de dénoncer, et nous avons encore la possibilité de le faire par des manifestations.

On a entendu un porte-parole des gilets jaunes réclamer "la démission du gouvernement" et la nomination du général de Villiers comme Premier ministre. Un militaire à la tête de l'Etat Français ??

On voit bien là se profiler un régime dictatorial...

 

Le mouvement des gilets jaunes a obtenu satisfaction sur de nombreux points.

Pour 70 % des Français, le report de la hausse du carburant justifie l'arrêt de la contestation.

D'autres revendications surgissent : celles des lycéens, des routiers, des petits paysans, elles méritent d'être entendues.

Mais, il convient de ne pas céder à la tentation du jusqu'au-boutisme  qui pourrait conduire au pire.

Il convient de savoir rester dans les limites du raisonnable...

La manifestation de samedi est maintenue à Paris : il faut craindre encore des débordements, des exactions, des saccages et des pillages.

Les casseurs, les radicaux vont s'inviter à ces débordements.

Qui paiera ? Qui souffrira encore de ces violences ? Quelles seront les victimes ?

 

J'invite tout le monde à relire et à méditer la fable : Les grenouilles qui demandent un roi...

 

 

 

Le texte :

 


 

"Les grenouilles se lassant
De l'état démocratique,
Par leurs clameurs firent tant
Que Jupin les soumit au pouvoir monarchique.
Il leur tomba du ciel un roi tout pacifique :
Ce roi fit toutefois un tel bruit en tombant,
Que la gent marécageuse,
Gent fort sotte et fort peureuse,
S'alla cacher sous les eaux,
Dans les joncs, les roseaux,
Dans les trous du marécage,
Sans oser de longtemps regarder au visage
Celui qu'elles croyaient être un géant nouveau.
Or c'était un soliveau,
De qui la gravité fit peur à la première
Qui, de le voir s'aventurant,
Osa bien quitter sa tanière.
Elle approcha, mais en tremblant ;
Une autre la suivit, une autre en fit autant :
Il en vint une fourmilière ;
Et leur troupe à la fin se rendit familière
Jusqu'à sauter sur l'épaule du roi.
Le bon sire le souffre et se tient toujours coi.
Jupin en a bientôt la cervelle rompue :
« Donnez-nous, dit ce peuple, un roi qui se remue. »
Le monarque des dieux leur envoie une grue,
Qui les croque, qui les tue,
Qui les gobe à son plaisir ;
Et grenouilles de se plaindre.
Et Jupin de leur dire :« Eh quoi ? votre désir
A ses lois croit-il nous astreindre ?
Vous avez dû premièrement
Garder votre gouvernement ;
Mais, ne l'ayant pas fait, il vous devait suffire
Que votre premier roi fut débonnaire et doux
De celui-ci contentez-vous,
De peur d'en rencontrer un pire."

Jean de La Fontaine, Fables
 

 

 

 

 

 

Les grenouilles qui demandent un roi...
Partager cet article
Repost0
17 octobre 2018 3 17 /10 /octobre /2018 08:53
Un mot qui invite à la discrétion : le secret...

 

 

 

Issu du mot "secretus", participe passé adjectivé du verbe latin "secerno, séparer, mettre à part", le mot "secret" suscite notre curiosité...

Ce terme composé du préfixe se- qui marque la séparation et du verbe "cerno", "séparer, distinguer", comporte deux fois cette idée de mise à l'écart...

Sifflante initiale, gutturales au centre "c" et "r", le mot "secret" symbolise bien une forme de discrétion, de mystère lourd et pesant.

Avec ses voyelles peu marquées, ses deux syllabes, le mot lui même invite à la discrétion.

 

Le secret, qui est caché, suggère parfois une faute, un manquement à ne pas révéler...

Il est empreint d'échos négatifs, d'une volonté de masquer certaines réalités.

 

Mais ce mot suggère aussi des énigmes à découvrir, le secret de l'apparition de la vie, celui de la création du monde, celui des pyramides...

Ces secrets éveillent notre imagination, une envie de découvrir de nouveaux horizons, de percer certains mystères.

 

J'aime ce terme expressif et bien évocateur de l'idée qu'il exprime, ses sonorités feutrées et rugueuses à la fois...

Le secret nous invite à la curiosité et à la découverte : il attire l'attention, intrigue, étonne.

 

Le thème du secret hante notre littérature : depuis le mythe de Pandore, rapporté par Hésiode, ce motif apparaît de manière récurrente.

Pandore, la première femme, apporte le malheur aux hommes en ouvrant la fameuse boîte que Zeus lui avait donnée : en voulant découvrir un secret, Pandore libère les forces du mal et conduit les hommes vers une forme de déchéance...

Certains secrets apparaissent ainsi dangereux... 

 

Ce mythe ancien dévalorise la femme, fait d'elle un modèle de curiosité néfaste...

On retrouve ce thème dans l'histoire de Psyché racontée par Apulée, récit inséré dans son roman l'âne d'or, ou encore dans un conte de Perrault, Barbe bleue...

Dans la bible, c'est le personnage d'Eve qui fait preuve de curiosité et entraîne le malheur des hommes.

Dans tous ces récits primitifs, la femme est souvent montrée du doigt, discréditée, responsable des douleurs et des détresses humaines...

 

Et, pourtant, la curiosité, l'envie de découvrir ne font-elles pas avancer le monde ?

Tant d'énigmes encore à résoudre, tant de secrets nous hantent et nous font avancer vers la connaissance !

 

La curiosité permet de se poser des questions, de les résoudre, de progresser...

Au fond, l'être humain est toujours en quête de secrets et de mystères : il se pose tant de questions sur le monde qui l'entoure...

 

 

 

 

  
 

 

 

 

Un mot qui invite à la discrétion : le secret...
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de rosemar
  • : Pour le plaisir des mots : poésie, chanson, littérature, actualités, politique, éducation...
  • Contact

Profil

  • rosemar
  • Esprit libre et indépendant ,contestataire
  • Esprit libre et indépendant ,contestataire

Texte Libre

fleurs 4fleurs 3coqulicot

Recherche

Http://fatizo.over-Blog.com/