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17 juillet 2021 6 17 /07 /juillet /2021 08:36
Marcel Proust à l'honneur...

 

 

Marcel Proust est né le 10 juillet 1871 à Paris, il y a 150 ans...

Pour commémorer cet anniversaire, voici un article déjà publié sur mon blog : l'analyse d'un magnifique extrait de son oeuvre Sodome et Gomorrhe...

Un extrait où l'on perçoit toute la sensibilité de cet auteur, notamment sa sensibilité face à la nature et  ses splendeurs. 

Dans notre monde moderne, voué à la vitesse, nous ne savons plus observer, admirer, nous étonner devant la nature et ses merveilles.

Proust nous réapprend l'importance du regard...

 

Dans cet extrait,  Proust décrit un champ de pommiers en fleurs... A la manière d'un peintre, il compose un véritable tableau empli de charme et de séduction.

Le champ de pommiers est évoqué à travers un réseau d'images qui font songer à une rencontre amoureuse : la première phrase est révélatrice : " Dès que je fus arrivé à la route, ce fut un éblouissement..."

Proust semble suggérer un coup de foudre, une séduction brutale, inattendue qui le saisit : cette soudaineté se traduit par la brièveté de la phrase, par l'emploi du passé simple à valeur ponctuelle et du mot "éblouissement"

Les pommiers sont présentés à travers des personnifications, des métaphores qui transfigurent le paysage : ils sont "d'un luxe inouï", "en toilette de bal", "ne prenant pas de précautions pour ne pas gâter le plus merveilleux satin rose qu'on eût jamais vu..."

Toutes ces évocations font songer à une beauté féminine, parée pour aller au bal... Le style hyperbolique restitue un émerveillement : "luxe inouï, le plus merveilleux satin rose."

Plus loin, la personnification se poursuit et fait penser encore à une séduction amoureuse : "une brise légère mais timide faisait trembler légèrement les bouquets rougissants". Le verbe "trembler", le terme "rougissant" évoquent des émois amoureux.

Enfin, la description s'achève sur la vision d'une "beauté fleurie et rose."

Le narrateur semble ébloui par le spectacle qu'il a sous les yeux, comme on pourrait l'être au cours d'une rencontre amoureuse. Ce procédé restitue toute l'émotion qu'il éprouve devant ce tableau...

De fait, cette description nous fait songer à un tableau, d'abord grâce à la composition de cet extrait : au premier plan, le champ de pommiers, en arrière plan, le fond du tableau, avec "l'horizon lointain de la mer".

On perçoit aussi des éléments du tableau : "des bouquets, des mésanges, des branches" qui se juxtaposent selon la technique impressionniste, avec des touches de couleurs successives.

Proust fait aussi référence, au cours de la description, à "une estampe japonaise", certains détails correspondent bien à un tableau oriental : "les mésanges, les bouquets de fleurs" étant des thèmes récurrents souvent reproduits dans les estampes japonaises.

Le tableau est coloré dans des tons assez doux : "satin rose, le bleu du ciel, les bouquets rougissants, des mésanges bleues, le gris de la pluie".

La dernière phrase de l'extrait, dans sa brièveté pourrait constituer le titre du tableau : "C'était une journée de printemps..."

Les références artistiques sont bien présentes dans le texte : "estampe japonaise, amateur d'exotisme et de couleurs, artificiellement, effets d'art.."

On perçoit le grand sens artistique de Proust et sa sensibilité : la musique, la peinture occupent une place essentielle dans son oeuvre, ici, la beauté du champ de pommiers a des effets extraordinaires sur le narrateur qui en est ému jusqu'aux larmes, l'impression artistique se traduisant par un effet physique.

La nature devient une véritable oeuvre d'art.

Le champ lexical de la nature est particulièrement développé : "feuilles, pommiers, boue, soleil, mer, ciel, azur, brise, bouquets, mésanges, pluie"... et les 4 éléments y sont représentés : la terre, l'eau, l'air, le feu...

Et cette nature semble elle-même participer à la création du tableau, grâce à l'emploi réitéré du verbe "faire" : "satin rose que faisait briller le soleil, les fleurs qui faisaient paraître son bleu rasséréné.. une brise légère faisait trembler les bouquets rougissants..."

La nature semble vouloir embellir le tableau, par la lumière, par le contraste des couleurs, par le mouvement.

Ainsi, la nature se fait art, elle semble imiter l'art.

La réalité est tellement belle qu'elle semble presque composée artificiellement, tout en restant naturelle....

 

 

 

 

Le texte :

 

 

"Mais, dès que je fus arrivé à la route, ce fut un éblouissement. Là où je n’avais vu, avec ma grand’mère, au mois d’août, que les feuilles et comme l’emplacement des pommiers, à perte de vue ils étaient en pleine floraison, d’un luxe inouï, les pieds dans la boue et en toilette de bal, ne prenant pas de précautions pour ne pas gâter le plus merveilleux satin rose qu’on eût jamais vu et que faisait briller le soleil ; l’horizon lointain de la mer fournissait aux pommiers comme un arrière-plan d’estampe japonaise ; si je levais la tête pour regarder le ciel entre les fleurs, qui faisaient paraître son bleu rasséréné, presque violent, elles semblaient s’écarter pour montrer la profondeur de ce paradis. Sous cet azur, une brise légère mais froide faisait trembler légèrement les bouquets rougissants. Des mésanges bleues venaient se poser sur les branches et sautaient entre les fleurs, indulgentes, comme si c’eût été un amateur d’exotisme et de couleurs qui avait artificiellement créé cette beauté vivante. Mais elle touchait jusqu’aux larmes parce que, si loin qu’on allait dans ses effets d’art raffiné, on sentait qu’elle était naturelle, que ces pommiers étaient là en pleine campagne comme des paysans, sur une grande route de France. Puis aux rayons du soleil succédèrent subitement ceux de la pluie ; ils zébrèrent tout l’horizon, enserrèrent la file des pommiers dans leur réseau gris. Mais ceux-ci continuaient à dresser leur beauté, fleurie et rose, dans le vent devenu glacial sous l’averse qui tombait : c’était une journée de printemps."

 

 

   

 

 

 

Marcel Proust à l'honneur...
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7 juillet 2021 3 07 /07 /juillet /2021 08:48
Hommage à Axel Kahn...

 

On le savait gravement malade, atteint d'un cancer incurable, mais on n'imaginait pas une fin si rapide : le grand scientifique Axel Kahn, humaniste, nous a quittés hier, le 6 juillet 2021.

Agé de 76 ans, le président de la Ligue contre le cancer est mort après avoir lutté contre un cancer dont il avait lui-même annoncé l’issue fatale.

Docteur en médecine et docteur ès sciences, Axel Kahn a été directeur de recherche à l’Inserm, directeur de l’Institut Cochin (2002-2007), président de l’université Paris Descartes (2007-2011) et président de la Ligue nationale contre le cancer.

Il était spécialiste des maladies génétiques, notamment hématologiques.

 

J'avais assisté à une de ses interventions lors du Festival de la Biographie à Nîmes, en 2019. Un moment fort, inoubliable, une interview passionnante.

Voici l'article que j'avais publié, à cette occasion :

 

Axel Kahn, c'est d'abord pour moi un phrasé particulier qui nous fait savourer les mots, les phrases : on aime l'écouter parler, avec sa verve caractéristique, on reconnaît tout de suite son timbre de voix.

 

Généticien, scientifique, médecin, Axel Kahn est aussi un écrivain : après avoir écrit la biographie de son père qui s'est suicidé le 17 avril 1970, il se lance dans un autre projet : rédiger sa propre autobiographie intitulé Chemins.

 

"Une autobiographie à travers ce qui, après tout, me caractérise mieux que tout, mieux que la génétique, mieux que la médecine, mieux que l'éthique, mieux que beaucoup de choses, c'est à dire mon amour absolu, mon besoin physique, mon besoin vital d'être sur les chemins, en train de cheminer... c'est l'autobiographie d'un homme, des flashs de mémoire entre 5 ans et 73 ans."

 

Axel Kahn évoque l'héritage immense, démesuré qui est celui de son père. Et notamment ce message que lui a laissé son père : "Sois raisonnable et humain..." et Axel Kahn, de se poser ces questions : "Qu'entendait-il par être raisonnable et humain ? En quelles circonstances notre raison et notre humanité sont-elles menacées ?"

Cette phrase, cette injonction ont accompagné Axel Kahn tout au long de son parcours, "comme un fil d'Ariane qui lui a permis de se retrouver dans les dédales de la vie où les Minotaures sont multiples."

 

Il parle aussi de son enfance au Petit-Pressigny, un petit village de 500 habitants dans le sud de l'Indre et Loire qui fut pour lui comme un paradis terrestre : et il a retrouvé maintes fois sur les chemins cette impression de bonheur absolu liée à l'enfance.

 

Axel Kahn raconte des souvenirs, notamment une rencontre éblouissante avec son père : à Chamonix, alors que le jeune Axel atteint de tuberculose fait un séjour dans un sanatorium, une rencontre forte, chargée d'émotions dans de somptueux paysages enneigés... Il découvre alors un homme qui est son père et qui l'aime.

 

Axel Kahn parle aussi de religion : les dogmes catholiques lui ont paru à un moment de sa vie totalement incroyables : la virginité de Marie, la Trinité, le Jugement dernier, la résurrection du Christ...

Mais il ne peut pas rejeter l'humanisme chrétien : même si on ne fait pas l'hypothèse de Dieu, tout n'est pas permis... Axel Kahn reste attaché à un humanisme rationnel sans Dieu.

 

Axel Kahn évoque encore son expérience de président d'Université : une mission exaltante... "essayer de préparer l'avenir, et essayer de dire aux étudiants : "Vous savez, si vous vous intéressez au passé, à vos racines, à ce qui vous a permis d'être là, non seulement ce ne sera pas un affaiblissement pour préparer l'avenir, mais cela vous donnera un ressort extraordinaire."

 

Axel Kahn raconte de nombreuses anecdotes survenues lors de ses pérégrinations et il rappelle que son livre intitulé Chemins est un document sur la France du début du XXIème siècle : "l'importance de l'attachement aux territoires, la diagonale du vide, là où les gens voient tout foutre le camp, des gens pour qui seul le pire est certain...", la France des gilets jaunes.

 

Ainsi, son autobiographie n'est pas seulement un éloge de la marche, elle est aussi le reflet de la France contemporaine : une étude sociologique de notre époque...

 

 

 

http://rosemar.over-blog.com/2019/01/une-rencontre-passionnante-avec-axel-kahn.html

 


 

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2 juillet 2021 5 02 /07 /juillet /2021 10:50
Et si on lisait à voix haute : le pouvoir de la poésie...

 

Nouvelle édition de ce concours réservé aux collégiens et lycéens : Si on lisait à voix haute, à l'initiative de François Busnel, l'animateur talentueux de "La grande librairie".

Ce fut encore un régal d'écouter ces adolescentes et ces adolescents férus et passionnés de lecture.

 

L'occasion de découvrir ou de redécouvrir des textes :  une belle incitation à la lecture !

Les candidats ont choisi eux-mêmes leurs textes et témoignent ainsi de leurs goûts littéraires...

Romain Gary, Antoine Leiris, Sylvie Germain, Musset, Salinger, Yasmina Reza, Maylis de Kerangal, Murakami, Le Clézio, Claude Bourgeyx, Olivier Adam, Jules Vallès, Maupassant, Sylvain Tesson, Jean-Pierre Siméon, Pierre Lemaître, des choix éclectiques.

On a pu ainsi écouter, avec bonheur, Colin qui lisait un extrait un extrait de La Promesse de l'Aube de Romain Gary. Magnifique texte d'une tendresse désespérée, dédié à la mère de l'auteur...

"“Avec l'amour maternel, la vie vous fait, à l'aube, une promesse qu'elle ne tient jamais... Jamais plus, jamais plus, jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d'amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n'y a plus de puits, il n'y a que des mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l'aube, une étude très serrée de l'amour et vous avez sur vous de la documentation. Je ne dis pas qu'il faille empêcher les mères d'aimer leurs petits. Je dis simplement qu'il vaut mieux que les mères aient encore quelqu'un d'autre à aimer. Si ma mère avait eu un amant, je n'aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine. Malheureusement pour moi, je me connais en vrais diamants.”

Ou encore Gaspard, 17 ans, musicien, guitariste qui lisait un extrait d'un texte de Sylvie Germain, La Pleurante des rues de Prague. Un superbe hymne à la nature et à la vie ! Un texte d'une grande poésie !

"Il dansait le cygne, il dansait au ras de l’eau, à fleur de nuit, au cœur de la ville, si proche des humains et pourtant si étranger... Il dansait, le cygne... il n'était ni mâle, ni femelle, il n'était qu'un vivant ivre de sentir en lui le pouls de la vie..."

 

 

Amélie, 16 ans nous fit redécouvrir un poème de Musset : Le Pélican... Beau texte romantique tendre et déchirant à la fois...

Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots.
Lorsque le pélican, lassé d'un long voyage,
Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,
Ses petits affamés courent sur le rivage
En le voyant au loin s'abattre sur les eaux.
Déjà, croyant saisir et partager leur proie,
Ils courent à leur père avec des cris de joie
En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.
Lui, gagnant à pas lent une roche élevée,
De son aile pendante abritant sa couvée,
Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.
Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte;
En vain il a des mers fouillé la profondeur;
L'océan était vide et la plage déserte;
Pour toute nourriture il apporte son cœur."

 

 

Lubin, en classe de première, lisait un extrait émouvant de l'Attrape-coeurs, roman de Salinger.

 

"Vous l’auriez aimé. Il avait deux ans de moins que moi mais il était dans les cinquante fois plus intelligent. Il était super-intelligent. Ses professeurs écrivaient tout le temps à ma mère pour lui dire quel plaisir çà leur faisait d’avoir Allie dans leur classe. Et c’était pas du baratin. Ils le pensaient pour de vrai. Non seulement Allie était le plus intelligent de la famille mais en bien des façons il était le plus chouette. Il se mettait jamais en rogne. Les rouquins, on dit qu’ils se mettent en rogne facilement, mais Allie jamais. Je vais vous dire le genre de rouquin que c’était. J’ai commencé à jouer au golf quand j’avais à peine dix ans. Je me souviens d’une fois, l’année de mes  douze ans, je plaçais la balle sur le tee, et j’ai eu l’impression que si je me retournais je verrais Allie. Je me suis retourné. Et tout juste il était là, assis sur son vélo, de l’autre côté de la clôture- y avait cette clôture qui entourait le terrain- et il était là, à cent cinquante mètres de moi qui me regardait faire. Voilà le genre de rouquin que c’était. Bon Dieu, on n’a jamais vu un môme aussi chouette. Pendant les repas ça lui arrivait de rire tellement en pensant à quelque chose qu’il en tombait presque de sa chaise. C’était l’année de mes treize ans et mes vieux allaient être forcés de me faire psychanalyser et tout parce que j’avais brisé toutes les vitres du garage. Je leur en veux pas. Je couchais dans le garage,  la nuit où Allie est mort, et j’ai brisé toutes les foutues vitres à coups de poing, juste comme ça."

 

J'ai particulièrement apprécié aussi la lecture faite par le jeune Gaspard d'un texte de Jean-Pierre Siméon : Stabat mater furiosa... une dénonciation de la guerre :

 

"ma prière voilà comment commence ma prière
j’aime que le matin blanc pèse à la vitre et l’on tue ici
j’aime qu’un enfant courant dans l’herbe haute vienne à cogner sa joue à mes paumes et l’on tue ici...

j’aime que la pierre roule dans la rivière et que cela fasse un bruit de clarinette et l’on tue ici
j’aime que les heures ne soient que le temps qui passe pour faire les heures et l’on tue ici
et voilà comment continue ma prière
êtes-vous là encore êtes-vous là mangeurs d’ombres
je crache
je crache sur l’homme de
l’homme de guerre
je crache sur le guerrier 
de la prochaine guerre..."

 

De la poésie pour dénoncer la guerre... et quelle poésie flamboyante !

 

"Plaidoyer du verbe de la vie contre le verbe de la guerre, âpre, aiguisé, sans faux-semblants, et à la fois empreint d’une douceur ample, pleine, "accordée à la nécessité simple de vivre", cette prière profane répond mot pour mot au langage de la violence, en appui sur la colère, sur la douleur, mais à coups d’arguments de la beauté vivante, de l’amour inguérissable, des matins clairs, des soirs ouverts, des cerisiers bêtement z’en fleurs…

Dans une forme épurée, concentrée sur la langue et sa force de fabrique sensible, la poésie s’incarne alors comme "arme inverse".

Il nous faut redécouvrir le pouvoir de la poésie, la "puissance provocatrice du verbe" ! La poésie est une des formes de résistance, elle permet d'échapper à la folie de notre monde...

 

Elle nous montre que le regard est essentiel, que la pensée est une force, une force de joie et de bonheur.

Elle nous fait redécouvrir le monde, elle est musique, rythme, réflexions, et surtout attention.

C'est un moyen de résister à la déferlante des progrès qui nous submergent et qu'on a du mal à contrôler...

 

Quand on écoute des textes  lus avec autant d'intensité et de passion, et notamment des textes poétiques, on ne peut qu'avoir la curiosité d'aller à la rencontre de ces auteurs classiques ou non, qui ont écrit des ouvrages de grande qualité empreints d'émotion, de sensibilité.

 

Bravo aussi à tous les enseignants qui ont motivé et sélectionné les candidats de ce concours. Sans eux, une telle expérience n'aurait pas été possible...

Merci à eux !

 

Sources :

 

https://www.france.tv/france-5/si-on-lisait-a-voix-haute/2522839-la-finale.html

 

https://www.facebook.com/LaGrandeLibrairie/videos/187091276672328/

 

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21 juin 2021 1 21 /06 /juin /2021 08:43
Une musique solaire...

 

Pour célébrer la fête de la musique...

"Tout est musique. La musique est partout, elle contient tout. Elle est dans le mouvement des arbres, dans la présence des oiseaux. Elle est dans la douceur d'un matin, dans le chant d'un ruisseau...", écrit Marie-Claire Le Guay, dans son ouvrage intitulé "La vie est plus belle en musique".

 

Encore un concert de jazz offert aux Nîmois, inspiré par la nature et le soleil, dans le cadre prestigieux des Jardins de la Fontaine, devant le temple de Diane...

 

Un décor somptueux, sous les tilleuls illuminés par les lumières des projecteurs, un temple vieux de 2000 ans, monument le plus romantique, et aussi le plus mystérieux de Nîmes, un édifice associé au culte impérial...

Les Nîmois l'ont baptisé à tort "temple de Diane". Il n'est probablement ni temple, ni consacré à Diane. On a longtemps pensé qu'il pouvait s'agir d'une bibliothèque, mais les archéologues penchent aujourd'hui davantage pour une salle de méditation où on accueillait les pèlerins, avant leur entrée dans le sanctuaire.

Ce bâtiment  était l’une des composantes du grand sanctuaire dédié à Nemausus et au culte impérial.

 

En tout cas, un lieu empli de charmes et d'histoire...

 

C'est dans ce cadre somptueux que Franck Nicolas a fait son retour sur scène, lors du Nîmes Métropole Jazz Festival. Le trompettiste compose une musique solaire : son inspiration lui vient de la nature, des planètes et du soleil.

 

Franck Nicolas expérimente ici une nouvelle façon d’aborder l’improvisation jazz guidée par les mouvements, les fulgurances et la puissance de la lumière solaire. 

Franck Nicolas, trompettiste, compositeur Guadeloupéen est un créateur à l’appétit insatiable.

Pour ce concert, le trompettiste était accompagné du lumineux Alain Jean-Marie au piano et du légendaire Reggie Washington aux lignes de contrebasse inspirées.

Un beau moment de détente, de bonheur sous les tilleuls des Jardins... 

 


" A New-York en 2002, Frank Nicolas crée le jazz-ka (mélange de jazz et de tambour traditionnel de Guadeloupe) au côté d’Alain Jean-Marie, Magic Malik, Jacques Schwarz-Bart, Lonnie Plaxico… En 2017, il invente le jazz-kalina (mix entre jazz et musique Kalina symbolisée par l’utilisation des coquillages caraïbes).

 

En 2020, il s’oriente vers un tout nouveau concept où se mêlent musique et spiritualité, "la Musique-Solaire". L’essence inspiratrice de cette musique provient de la nature, des planètes et du Soleil, source de vie de notre monde. La première expérience de cette musique s’est réalisée sur des standards de jazz au côté de Randy Weston et d’Alex Black en trio avec Franck Nicolas, lors d’une ultime tournée du pianiste de légende."

 

 

 

 

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14 juin 2021 1 14 /06 /juin /2021 08:50
Le latin et le grec menacés de disparition outre-Atlantique...

 

Du passé faisons table rase ! C'est la nouvelle mode... comme si le passé était totalement honteux et haïssable... On déboulonne les statues, on réécrit des oeuvres littéraires, on expurge, on efface la mémoire.

Mais, c'est grave : la mémoire est essentielle, elle nous construit. 

 

Aux Etats-Unis, certains se font l'écho de cette nouvelle lubie : l'enseignement des lettres classiques serait une machine à fabriquer du suprématisme blanc !

Il faudrait donc éradiquer ces disciplines ! Cet enseignement aurait servi, au cours des siècles, à  "justifier l’esclavagisme, la science de la race, le colonialisme, le nazisme et les autres fascismes du XXe siècle ».

On croit rêver ! L'antiquité gréco-latine entachée de tous les vices !

 

Mais c'est faire fi de tout un apport culturel humaniste précieux...

Ainsi, l'Odyssée d'Homère est une véritable leçon de vie !


L'Odyssée, c'est tout d'abord une fabuleuse histoire d'un voyage initiatique : Ulysse parti pour la guerre de Troie voit son retour à Ithaque, sa patrie, retardé et entravé par de nombreuses péripéties. Il connaît de multiples épreuves qu'il doit affronter avec courage, avant de pouvoir retrouver sa terre natale tant désirée.

 

Ces difficultés sont inhérentes à la vie humaine : il faut ,sans arrêt, pour progresser, franchir des épreuves et sans doute, le récit des aventures d'Ulysse, "Odusseus", en grec, est aussi l'histoire de toute vie humaine : le bonheur réside dans le fait d'avoir surpassé tous ces obstacles.

 

"Bien sûr, l’Antiquité était esclavagiste, mais au même titre que d’autres civilisations anciennes brillantes, qu’elles soient africaines, indiennes ou islamiques. Oui, Aristote a théorisé l’esclavage, mais étudier ses textes, est-ce les plébisciter ?"

 


Il est important, aussi, pour mieux affronter l'avenir de connaître toutes les origines de notre culture : le théâtre, la tragédie, la comédie, la poésie, la fable, toute notre littérature a des racines grecques et latines, nos auteurs se sont imprégnés de cette culture, et s'en sont inspirés.

Les sciences elles-mêmes se sont développées en Grèce, les mathématiques, l'astronomie, la physique.

 

"Contre les maths à neuneu, contre l'anglomanie délirante, la high-tech arrogante et l'IA pour les nuls, adulons sans frein l'héritage gréco-latin, sans lequel c'est toute la littérature française, la philosophie allemande, la peinture italienne et l'esprit critique universel qui partent en sucette !", écrit Vanessa Houpert dans un numéro du journal Marianne.

Préservons notre culture !

 

 

Source :

 

https://www.xn--pourunecolelibre-hqb.com/2021/04/le-grec-et-le-latin-nouvelles-cibles.html

 

 

Le latin et le grec menacés de disparition outre-Atlantique...
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4 juin 2021 5 04 /06 /juin /2021 11:25
L'aubépine en fleur fut mon premier alphabet...

 

"L'aubépine en fleur fut mon premier alphabet.", a écrit René Char, "lui qui est né à l'Isle-sur-Sorgue, bourg vauclusien où tournent, inlassables, de grandes roues de bois moussu sur les multiples bras de la Sorgue qui traverse la ville. Une partie de l'œuvre de René Char est ha­bitée par ce pays de Provence et y prend source..."

 

L'aube et l'épine réunies en un seul mot ! Belle association ! L'aubépine nous fait rêver à des aurores naissantes, à la lumière qui marque le début du jour, à la blancheur de l'aube qui réveille le monde, et voit s'épanouir de nouvelles couleurs...

 

"Alba spina", "la blanche épine" suscite notre admiration : fleurs blanches, très lumineuses, éclaboussées de petits pistils bondissants, aux couleurs de xanthe, épines acérées, sauvages, l'aubépine fleurit dans la nature.

 

Eclats de blancs sur le feuillage, embruns lumineux, la fleur et le mot rayonnent, éclairent le monde ! 

Albe fleur spineuse ! Douces lueurs d'aubépine !

 

Issue de deux mots latins "alba" et " spina", l'aubépine signifie, donc, étymologiquement la "blanche épine"....

 

"Albatros, aube, album, aubade, Albion, albumine" : de nombreux mots contiennent le même radical évoquant l'idée de lumière, de blancheur...

 

L'aubépine, arbuste méditerranéen, se caractérise par ses petites fleurs blanches.

 

Avec ses consonnes labiales sonore et sourde, "b" et "p", ses voyelles variées, le mot resplendit de sonorités éclatantes.

 

Espèce sauvage, l'aubépine, symbole de liberté, d'élégance, aux fleurs blanches pleines de délicatesse attire tous les regards...

Mais, la blanche épine, espèce rebelle, couverte d'épines acérées ne se laisse pas facilement approcher.

Proche de l'églantier, de la rose sauvage, l'aubépine se couvre comme elle d'aiguilles acérées...

 

L'églantier qui appartient à la même famille se caractérise, aussi, par ses aiguilles... Le mot comporte encore un radical latin "aculeus" qui désigne un aiguillon, un dard...

 

 

L'aubépine évoque, forcément, des images d'aube naissante, le point du jour qui s'éveille, une lumière qui surgit, dans des éclats de rose et de blanc.

L'aubépine devient l'image de "l'aurore aux doigts de rose"....

La blancheur de l'aubépine, sa luminosité suggèrent des visions de pureté, de limpidité, de candeur éclatante....

Comme la blancheur du lys, du gardénia, de la fleur de syrinx, et de tant de fleurs : anémone, cattleya, ipomée, fleur de lune, narcisse, anthémis, fleurs blanches de l'aube....

 

 

 

 

Photos : Pixabay

L'aubépine en fleur fut mon premier alphabet...
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28 mai 2021 5 28 /05 /mai /2021 11:00
Une vie de passion pour le cinéma !

 

 

Une exposition intitulée "Une vie de passion, Yves Thos, affichiste de cinéma", présentée au Carré d'Art à Nîmes, a été l'occasion pour Marc Simon, comédien, musicien, de donner une conférence sur les musiques de film en lien avec les affiches de cinéma...

 

Pour mettre les spectateurs dans l'ambiance, Marc Simon interprète d'abord une chanson de sa composition, pleine d'entrain : une personne déploie toutes sortes d'arguments et de moyens pour emmener sa chère "tantine" au cinéma.

Et c'est déjà une invitation à vivre les aventures du cinéma à travers musiques et affiches de films.

 

On découvre ainsi une affiche d'un film de Blake Edwards : "La grande course autour du monde", avec Tony Curtis et Nathalie Wood. Et si on regarde tout en bas de l'affiche, on voit que la musique a été composée par Henry Mancini : son nom est à peine mentionné, en petits caractères.

 

Henry Mancini ? Vous connaissez ? Moi, pas du tout. Mancini est pourtant un grand compositeur de musiques de film, c'est à lui que l'on doit notamment la musique de "La panthère rose", un autre film de Blake Edwards, une musique célèbre entre toutes, que tout le monde connaît, cette fois....

Blake Edwards avait aussi signé une série télévisée "Mister Lucky", dont la musique fut composée encore par Henry Mancini.

Henry Mancini a composé la musique d'un autre film de Blake Eddwards : Darling lili.

Henry Mancini est né en 1924 à Cleveland de parents italiens originaires des Abruzzes. Il grandit à Aliquippa, près de Pittsburgh. Son père était ouvrier dans la sidérurgie et pratiquait la musique dans un orchestre. Il encouragea son fils à apprendre la flûte et le piano. Mancini est donc issu d'un milieu très modeste.

 

 

On se déplace ensuite vers une autre affiche : "Il Bidone, L'Arnaque", en langage populaire,  un film de Fellini, avec Giulietta Masina. On doit la musique à Nino Rota, célèbre compositeur.

Fellini raconte dans ce film les aventures au quotidien de gens très simples.

Et bien sûr, on ne peut évoquer Fellini sans parler de "La Strada" dont le thème célèbre fut composé aussi par Nino Rota.

 

Une autre affiche retient encore notre attention, celle d'un film de Jean Renoir, avec Jean-Louis Barrault, "Le testament du docteur Cordelier" :  Il s'agit d'une adaptation non officielle de l'histoire  "Docteur Jekyll et Mister Hyde."

C'est Joseph Kosma qui en signe la musique. C'est l'occasion pour Marc Simon d'évoquer les liens étroits entre chansons et cinéma...

 

Ainsi, Fernandel a d'abord été chanteur puis acteur, Bourvil avait une formation de musicien, il s'est fait connaître par l'opérette.  Au départ musicien et chanteur de music-hall et d'opérette, il connut le succès à la Libération avec la chanson Les Crayons, en se créant un rôle caricatural de paysan normand naïf et benêt.

C'est Joseph Kosma qui compose Les feuilles mortes , une chanson célèbre du film "Les portes de la nuit" de Marcel Carné.

 

Une nouvelle affiche encore, celle du film "Drame de la jalousie" de Ettore Scola, avec Marcello Mastroianni et Monica Viti. La musique du film fut composée par Armando Trovajoli : ce musicien a joué avec les plus fameux jazzmen : Duke Ellington, Louis Armstrong, Miles Davis, Stéphane Grappelli et Django Reinhardt.

Musicien éclectique, Trovajoli alterne musiques légères, romantiques, jazz... il a écrit de très nombreuses musiques pour le cinéma.

 

Un peu plus loin, une affiche du film "Une vierge sur canapé", avec Tony Curtis et Nathalie Wood : les personnages ont un air coquin et souriant. La musique est signée Neal Hefti.

Hefti a aussi fait beaucoup d’arrangements pour Count Basie, notamment une session d’enregistrement avec Frank Sinatra. Hefti était surtout connu pour sa musique de swing... l'occasion de rappeler que Henry Salvador a chanté Count Basie.

 

Puis, Marc Simon évoque un compositeur français : Georges Delerue si talentueux pour mêler des musiques venues d'horizons différents. C'est ainsi qu'il écrivit la musique du film "Les tribulations d'un Chinois en Chine" : un subtil mélange de traditions chinoises et de valse française.

Georges Delerue compose aussi les musiques de L'homme de Rio, et Cartouche avec Jean-Paul Belmondo. des styles de musique très variés.

On connaît aussi cette chanson célèbre : "Trois petites notes de musique",  chanson française écrite par Henri Colpi sur une musique de Georges Delerue pour le film "Une aussi longue absence" d'Henri Colpi, où elle est interprétée par Cora Vaucaire (1961).

 

Enfin, Marc Simon nous présente des affiches de James Bond : le succès des films doit beaucoup à la musique de John Barry.

John Barry qui fut le mari de Jane Birkin a composé onze bandes originales de James Bond.

Le "James Bond Theme" est une musique instrumentale créé par Monty Norman et arrangée puis orchestrée par John Barry. Les deux compositeurs se sont disputé la paternité du titre.

John Barry est un musicien polyvalent, un magnifique orchestrateur. Ses musiques font rêver.

On remarque aussi que, sur les affiches, le rôle de la femme n'est pas très valorisant : par exemple, sur une image, la femme est au pied de James Bond, un cliché sexiste des années 60.

Merci à Marc Simon pour ce voyage musical à travers des affiches de cinéma : l'occasion de mieux connaître ces musiciens qui savent magnifiquement accompagner les images et les mettre en valeur...

Que serait le cinéma sans la musique ?

 

 

 

 

 

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21 mai 2021 5 21 /05 /mai /2021 09:14
Moutons, canaille, sotte espèce !

 

- "Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Eh bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d'honneur."

 

Tel est le discours du renard dans la fable Les Animaux malades de la peste... 

La Fontaine, dans cette fable,  met en scène un procès truqué au cours duquel on cherche un coupable, une victime expiatoire, lorsqu'une maladie, la peste, se déclare. Le lion, le Roi des animaux vient d'avouer qu'il a dévoré "force moutons" et qu'il lui est même arrivé de manger le berger...

Mais le Renard, en courtisan rusé, le disculpe : il n'a fait que dévorer de "la canaille".

 

"Canaille, racaille, valetaille, marmaille", autant de termes péjoratifs qui comportent la même finale, à valeur dévalorisante...

 

Ainsi, Maupassant écrit au début de la nouvelle intitulée "Aux champs" : "Les deux chaumières étaient côte à côte, au pied d'une colline, proches d'une petite ville de bains. Les deux paysans besognaient dur sur la terre inféconde pour élever tous leurs petits. Chaque ménage en avait quatre. Devant les deux portes voisines, toute la marmaille grouillait du matin au soir."

 

Ces noms ont, de plus, une valeur collective et englobent plusieurs personnes...

Ces mots résonnent, pourtant de sonorités éblouissantes : voyelle "a" réitérée, gutturales variées, dentale, fricative...

Ces mots appartiennent souvent au peuple et désignent parfois, le peuple...

"La canaille" désigne la "vile populace", le petit peuple souvent méprisé par les grands de ce monde...

 

"La marmaille" s'applique à un groupe d'enfants souvent modestes, pauvres, sans ressources.

 

J'aime ces mots familiers et populaires, j'aime leurs éclats, leur gouaille !

 

La canaille est pourtant un terme à l'origine péjoratif : formé sur le mot  latin "canis", le chien, ce terme renvoie au monde animal, par l'emploi de ce mot, l'homme est ravalé au rang d'un animal, méprisé, avili...

Ce terme plein d'expressivité dans son radical, avec le suffixe -aille dit l'essentiel : un certain mépris pour le peuple, la piétaille !!

 

Bien sûr, il existe, aussi, de vraies "canailles", des bandits, des escrocs de bas étage : eux méritent le mépris et le rejet....

 

Ce mot oscille entre sympathie et dégoût : formation populaire, il fait tout de même résonner la voix du peuple, on entend ce langage haut en couleurs qui est celui du peuple !

 

"Bafouille, bâfrer, bastonner, cagnard, clébard, emmouscailler, décarcasser... flicaille, rouste, mariole, mouscaille, etc."

Que de mots évocateurs ! On aime ces sonorités familières, ce verbe populaire, celui de Céline et de Rabelais...

 

On apprécie ce parler qui rayonne, qui nous charme de mots différents : on perçoit, là, une vraie inventivité dans les suffixations, les sonorités....

Ces mots chantent, et disent la voix du peuple.

Ces mots reflètent aussi les difficultés du peuple déconsidéré, mis à mal, déprécié...

 

 

 

 

 

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26 avril 2021 1 26 /04 /avril /2021 11:05
La culture victimaire : l'orthographe clouée au pilori...

 

 

Pénaliser les élèves qui ne maîtrisent pas l'orthographe ? Ce serait là "une pratique élitiste et excluante", selon l'université de Hull, en Angleterre.

Cette faculté anglaise a enjoint à ses enseignants de ne pas sanctionner les erreurs à l'écrit des élèves. Une manière de "décoloniser" le programme scolaire et d'assurer l'égalité des chances entre les étudiants.

Le langage académique reposerait sur un mode d'expression "homogène, nord européen, blanc, masculin, élitiste et dépendant d'un haut niveau de maîtrise technique de l'anglais écrit et oral."

 

Mais, enfin, négliger l'orthographe, la grammaire, c'est faire fi de toute une culture, tout un passé.


Depuis des années, l'enseignement de l'orthographe a été négligé, en France : faut-il donc s'étonner de voir des adultes diplômés méconnaître les règles élémentaires de l'orthographe et de la grammaire ?

L'orthographe est pourtant un code essentiel : il assure la compréhension d'un texte.

Bien sûr, ce code exige des efforts dans son apprentissage : il faut mémoriser des règles, des mots. Ces efforts seraient-ils superflus ?


Un texte mal orthographié offre peu de lisibilité, est parfois incompréhensible : langage internet, abréviations, grosses fautes d'accord, mots déformés, mal utilisés, barbarismes, solécismes nuisent à une bonne compréhension du message.

 

La cancel culture fait des ravages : même la langue n'est pas épargnée.

Comme l'écrit Pascal Bruckner, "Les difficultés de la langue française sont, comme dans les années 1990-1991, vues par certains comme "une insulte à l'égalité" pour toutes les personnes d'origine immigrée."

"Le racisme dominerait dans l'art, l'école, la musique classique, trop blanche et inadaptée à la diversité ethnique..."

 

Mais où en arrive-t-on ?

Notre langue est issue d'un long passé historique : c'est un témoignage précieux de tous ceux qui nous ont précédés.

D'ailleurs, notre langue française est faite de différents apports culturels : c'est ce qui en fait la richesse, une forme de diversité.

Il y a bien sûr, l'apport de la culture gréco-latine, mais aussi de nombreux emprunts linguistiques. Dès le début de son existence, vers le XIe siècle, l'ancien français a commencé à emprunter des mots à l'arabe, à l'allemand, au néerlandais, à l'italien, etc. Dans la Gaule soumise par les Francs, le gallo-roman a massivement emprunté à la langue franque appelée «germanique». Tout au long de son histoire, le français a emprunté des milliers de mots à plusieurs autres langues, mais il en a aussi donné à d'autres avec lesquelles il a été en contact.

 

Ce n'est pas par hasard si le mot "orthographe" s'écrit de cette façon : le mot vient, bien sûr, du grec ancien avec ses graphies caractéristiques : "th, ph".

Il est essentiel de distinguer dans la graphie ces homophones : "c'est, s'est, ces, ses, sais, sait" ou encore : "m'as, m'a, ma, mat".

Ne pas le faire contribue à brouiller les messages.

Et on pourrait multiplier les exemples !

 

 

https://www.lepoint.fr/societe/les-professeurs-ne-devraient-pas-sanctionner-les-fautes-d-orthographe-13-04-2021-2422106_23.php

 

 

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16 avril 2021 5 16 /04 /avril /2021 09:16
Les apôtres de la lenteur musicale...

 

La lenteur est une manière d'appréhender le monde et de mieux l'apprécier... sans doute... "Slow is beautiful", tel est le titre de la conférence donnée par Marc Simon, à Nîmes, au Carré d'Art.

 

La lenteur, nous dit-il est une des composantes essentielles de la musique.

Et qui sont ces apôtres de la lenteur, ces défricheurs de l'immobilité ?

Pour en trouver, on peut remonter d'abord  à - 500 avant JC : un fragment musical du premier stasimon d' Oreste d' Euripide... "Je pleure, je pleure tellement". En 1892, parmi un certain nombre de papyrus d' Hermopolis , en Egypte, dans la collection de l' archiduc Rainer Ferdinand d'Autriche , un fragment a été découvert et publié , contenant un passage mutilé avec notation.

 

"κατολοφύρομαι κατολοφύρομαι ματέρος αἷμα σᾶς, ὅ σ’ ἀναβακχεύει, ὁ μέγας ὄλβος οὐ μόνιμος ἐν βροτοῖς, ἀνὰ δὲ λαῖφος ὥς τις ἀκάτου θοᾶς τινάξας δαίμων κατέκλυσεν δεινῶν πόνων ὡς πόντου λάβροις ὀλεθρίοισιν ἐν κύμασιν"

"O désolation, désolation ! pour le sang de ta mère qui renouvelle ton délire  Une haute fortune ne peut subsister parmi les mortels : comme un frêle vaisseau dont la tempête a déchiré les voiles, les dieux l'engloutissent dans un abîme de malheurs, aussi dévorant que les flots de la mer orageuse"

 

 

On connaît la légende : Oreste a tué sa mère Clytemnestre et son amant Egisthe, meurtrier d' Agamemnon.

Cette musique a été reconstituée par l'Atrium Musicae de Madrid.

On a là des effets de lenteur liés à des choses sacrées, profondes, mystiques.

 

Plus tard, au 11 ème siècle, l'abbesse allemande Hildegarde de Bingen a composé des chants religieux : une voix qui, pour être mystique, est extrêmement libre.

C'est une musique très douce, apaisante où Hildegarde évoque ses visions : on entend une note qui est derrière, un paysage musical, le fameux bourdon.

Le bourdon est un son fondamental, il sert d'horizon, c'est comme un paysage qui permet au chanteur de chanter juste.

 

Puis, Marc Simon nous fait écouter des chants de femmes venus de Polynésie, des îles Salomon, des chants très anciens pour des cérémonies annuelles, le Sanga. Ce sont des musiques orales qui ne sont pas écrites : on y retrouve une certaine lenteur, comme une communion...

 

Certains se sont amusés aussi à jouer des airs de musique connus sur un rythme très lent : la lenteur peut alors nous déstabiliser, nous mettre dans l'embarras : on ne reconnaît plus ces airs célèbres.

Par exemple, la 5ème symphonie de Beethoven massacré par un orchestre anglais, ou encore Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss ou la farandole de Bizet.

 

Brian Eno est encore un adepte de la lenteur musicale... musicien, arrangeur et producteur britannique, Eno s'est décrit comme un « non-musicien » et a contribué à introduire une variété d'approches conceptuelles et de techniques d'enregistrement dans la musique contemporaine.

 

En Inde, Ravi Shankar compose des ragas, des musiques lentes, pleines de mystères et de spiritualité.

 

La lenteur permet une grande liberté : Miles Davis a découvert le monde du flamenco, il s'est passionné pour cette musique : dans Croquis d'Espagne, il reprend le concerto de Aranjuez sur un mode lent...

 

Claude Debussy, quant à lui, a révolutionné la musique : il compose ainsi ce morceau intitulé "Des pas sur la neige" avec 3 notes seulement répétées, "ré, mi, fa",  il rajoute des accords... Ainsi, avec la lenteur, on trouve souvent une autre notion : la simplicité.
La lenteur nous invite souvent à l'apaisement, la méditation....

 

Mais elle peut avoir d'autres fonctions : Erik Satie voulait écrire de la musique d'ameublement, il compose alors "Tenture de cabinet préfectoral", avec la lenteur, la pesanteur, la répétition, il se moque des cabinets préfectoraux...

 

Pour John Cage, musicien avant-gardiste, la lenteur peut même s'approcher du silence : avec 4 minutes, 33, il remet en cause le côté sacro-saint de la musique, avec un brin de provocation...

John Cage utilise parfois un piano préparé avec des morceaux de bois, de vis : certaines notes ne font plus de notes : il crée un nouvel instrument et des harmoniques nouvelles.

 

Merci à Marc Simon pour ce beau voyage musical qui nous a permis de découvrir des musiques originales, souvent étonnantes, apaisantes.

 

 

 

https://archives.crem-cnrs.fr/archives/items/CNRSMH_I_1972_016_182_08/

 

 

 

 

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