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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 17:56
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"L'auberge du Donjon n'avait pas grande apparence, mais j'aime ces masures aux poutres noircies par le temps et la fumée de l'âtre, ces auberges de l'époque des diligences, bâtisses branlantes qui ne seront bientôt plus qu'un souvenir", a écrit Gaston Leroux dans son roman, Le mystère de la chambre jaune...
 
Une "masure" ! Voilà un mot qui comporte des résonances particulières : il évoque, comme la "chaumine", une certaine pauvreté, la misère de ceux qui habitent ces lieux.
 
Avec ses sonorités contrastées de sifflante, de gutturale, ses voyelles variées, ce mot nous étonne et nous invite à la découverte...
 
Le nom " masure", habitation misérable, qui tombe en ruines, vient du verbe latin "manere", "rester, demeurer."
 
Curieusement, le terme "manoir" appartient à la même famille de mots... pourtant, ce mot désigne, lui, une demeure somptueuse.
 
Un "manoir" évoque la résidence ou la demeure d'un noble, un logis seigneurial, ce bâtiment est, parfois, désigné, aussi, par le terme "gentilhommière", l'habitation d'un "gentil", c'est-à-dire d'un noble de naissance.
 
On le voit : tout un monde sépare la "masure" du "manoir" !
 
La "masure" appartient aux plus pauvres, le"manoir" est réservé à des privilégiés.
 
Un même radical pour deux termes antinomiques : le seul élément qui rapproche ces deux substantifs est l'idée de demeure où l'on vit...
 
D'autres termes sont plus neutres : "la maison, le mas", mots formés encore sur le même radical.
 
On perçoit bien toute la richesse et la diversité des dérivations de la langue française : issus d'une même racine verbale, ces mots suggèrent différentes habitations de la plus humble, à la plus somptueuse.
 
C'est comme si la société, dans son ensemble, était représentée par tous ces termes : pauvres, riches, gens modestes ou plus huppés, gens de la ville, de la campagne...
 
En Provence, le "mas" est  une ferme, une habitation modeste, associée à une vie rurale.
 
Un autre mot, encore, doit être rattaché à cette famille : le terme "manant" qui a, d'abord, le sens d'habitant, de résident....puis il désigne un roturier, un paysan qui réside dans un village, il prend enfin une connotation péjorative et s'applique à un personnage grossier, mal élevé.
 
Curieuse famille de mots liée à différentes catégories sociales ! 
 
On voit bien que le mot "manoir" s'oppose à la pauvre "masure" : ce terme avec son suffixe -oir revêt une dimension mystérieuse : on imagine un château, une demeure imposante, des dépendances, un domaine...
 
La masure, quant à elle, nous fait voir ses lézardes, un toit qui s'écroule, des murs en détresse...
 
J'aime ces mots qui forment des contrastes : "le manoir, le château, la masure, la chaumine, la chaumière, la bastide", que de termes différents ! On perçoit encore, à travers ces exemples, toute la richesse de la langue française !
 
La pauvre masure et le manoir somptueux se rejoignent par leur radical : étonnant rapprochement de deux mots antinomiques ! 
 
 
 
 
 
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Paul Cézanne - Masures sous la neige
chateau libre
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10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 17:43
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"Aux étalages débordait une efflorescence de mousselines et de dentelles, des touffes de plumes, des fleurs de soie. Un peu grisée, Pauline s'arrêtait aux vitrines", a écrit Jacques Chardonne, dans son roman intitulé Les Destinées Sentimentales...
 
La dentelle nous offre sa texture aérienne, légère... Efflorescence ! Cascatelle de fleurs et de bouquets ! Fibrilles somptueuses !
 
La dentelle nous parle de sa finesse, de ses entrelacs, de ses mailles subtiles : la dentelle ou "petite dent" tisse des réseaux de fleurs, de feuilles, d'arabesques...
 
La dentelle... c'est la splendeur des motifs... fils de soie, blancheur éclatante qui laisse entrevoir la peau rosée ou dorée...
 
Formation de diminutif, ce mot révéle la subtilité des mailles, leur légèreté...
 
La dentelle... c'est la douceur de l'été... embellissement et magnificence de la peau, fêtes, bonheurs.
 
C'est elle qui dessine mille motifs : marguerites, roses, étoiles, éclats de feuille, c'est elle qui se pare d'une blancheur de lys, d'un rose pâle très doux.
 
Honneur à la dentelle ! C'est elle qui orne les manches, le dos, discrète, légère, c'est elle encore, qui fait respirer la peau, la libère, la révèle !
 
C'est elle qui attire le regard, qui séduit, aguiche, brille, resplendit de ses fils lumineux.
 
Les fils qui s'entrecroisent, se superposent, se chevauchent forment des résilles éblouissantes.
 
Texture aérienne, nids d'abeilles pleins de finesse, la dentelle aux sonorités de dentales éclatantes, de voyelle nasalisée nous emporte dans un tourbillon de joie, de plaisirs, de sensualité !
 
La dentelle fait naître des images de bal, de danse, de rêves... de soleil, de vacances.
 
Elle danse et tresse mille réseaux, mille tableaux de douceurs, de tendresses...
 
La dentelle fait resplendir la peau, la sublime, la transforme, la dentelle éblouit les regards.
 
Elle évoque d'autres mots et d'autres tissus somptueux : mousseline, soie, organdis, voile, satin... grenadines, bayadères...
 
Grâce à son suffixe -elle de diminutif, elle rappelle aussi l'enfance, et des mots pleins de douceurs... coupelle, ombrelle, prunelle...
 
La dentelle est à l'honneur ! Elle est signe de délicatesse, de charme, de tendresse...
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5 juillet 2014 6 05 /07 /juillet /2014 17:51

 

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L'amphore, comme nous le dit l'étymologie du mot, est un récipient que l'on tient des deux côtés : c'est l'origine même de ce nom, venu de deux termes grecs : "amphis, des deux côtés" et "phoreo, porter"...

 

Ce grand vase à deux anses dans lequel on conservait du vin, du miel, de l'huile, du garum, révèle des formes épurées.

 

La simplicité, la pureté de ce récipient utilitaire étonnent : on perçoit, là, de véritables oeuvres d'art.

 

La couleur claire, comme marbrée, le col évasé, la base arrondie, ovalisée donnent un aspect décoratif à ces objets.

 

Les amphores, par leurs formes allongées, font songer à des colonnes de temples... Elles s'élancent en hauteur, avec une base très étroite.

Le col évasé se termine par un rebord ourlé qui évoque le haut d'une colonne.

 

Des deux côtés, les anses symétriques dessinent des arabesques, et contribuent à une sorte d'harmonie.

 

L'amphore est, souvent, irisée de couleurs de roses, atténuées.

 

C'est bien l'harmonie qui préside à l'ensemble : on perçoit le geste habile du potier qui a fabriqué l'objet, on perçoit une sensibilité pleine de simplicité.

 

Comment ne pas admirer tant de clarté, de pureté, de naturel, d'élégance ?

 

Cet objet modeste, reproduit à des milliers d'exemplaires, semble, pourtant, avoir une valeur d'exception.

 

Il existe, aussi, des amphores de petites dimensions appelées "amphorisques" : sortes de modèles réduits, elles étaient utilisées pour y placer des onguents, des parfums.

 

Le raffinement, la sobriété de l'amphore nous éblouissent : formes, teintes,  silhouette allurée.

 

Ces objets qui nous sont parvenus par delà les siècles, nous émeuvent par leur histoire : on en a retrouvé dans nombre de bateaux naufragés, car les amphores ont été transportées et diffusées à travers toute la Méditerranée : amphores phéniciennes, grecques, égyptiennes, gauloises, amphores romaines...

 

Les amphores empilées dans les navires romains, à fond de cale, permettaient le transport de nombreux produits.

 

Ces vases, purement utilitaires, semblent être, pourtant, l'oeuvre d'artistes pleins de savoir-faire et de talent.

 

L'amphore, aux formes élancées et aériennes n'est-elle pas un symbole même de simplicité, de finesse, d'harmonie ?

 

 

http://youtu.be/YuGQipKhtGA

 

http://youtu.be/uJLXyBzMci0

 

 

 

 

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Photos : Christophe F. et rosemar



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3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 16:47
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"C'était l'heure indécise et exquise qui ne dit ni oui ni non. Il y avait, déjà, assez de nuit, pour qu'on pût s'y perdre à quelque distance, et encore assez de jour pour qu'on pût s'y reconnaître de près", a écrit Victor Hugo dans son roman, Les Misérables.
 
L'heure exquise nous fait rêver, nous emporte dans ses replis de lumières atténuées...
 
L'adjectif "exquis" vient du verbe latin "quaerere", "chercher, rechercher" précédé de la préposition "ex". Ce mot brille de ses sonorités de gutturales et de sifflante, étonnant contraste de consonnes, éclatantes et douce....
 
Ce mot élogieux marque l'excellence, une forme de délicatesse, de perfection, il équivaut à un superlatif et peut s'appliquer à de la nourriture, à des mets, mais aussi à des êtres, des objets, des moments...
 
De nombreux termes appartiennent à cette famille : "question, conquérir, acquérir, requête, requérir, enquête"...
 
Mais l'adjectif "exquis", par sa forme différente, son préfixe se détache de l'ensemble : il exprime une sorte d'élégance, de raffinement uniques.
 
Il nous fait entrer dans le monde des saveurs, de la cuisine : il nous fait goûter et savourer des plats légers, pleins de finesse.
 
Il nous berce de rêves : associé à la douceur, à la beauté, le mot définit,aussi, une excellence, un bonheur suprême.
 
L'heure exquise, une fleur exquise...  une rose d'automne, plus rare que celle du printemps, est plus qu'une autre exquise...
 
Cet adjectif semble moins utilisé dans le langage moderne : on lui préfère des mots plus ordinaires et plus banals : super, extra, des abréviations à la mode...
 
Retrouvons l'usage de ces mots, à l'étymologie révélatrice : ce qui est exquis est rare et recherché, ce qui est exquis relève d'une forme de recherche, de quête.
 
Ce qui est exquis exige des efforts, une forme d'attente...
 
Ainsi, l'étymologie de cet adjectif dévoile des sens cachés, qui ne sont pas évidents, elle nous montre, comme souvent, l'essence de ce mot, sa signification première.
 
L'étymologie révèle la vérité des mots, elle est primordiale, pour en comprendre le sens : il faut la préserver et conserver l'usage de tous ces mots qu'on a tendance à oublier, et qui sont réservés à un langage soutenu.
 
Le mot"exquis" paraît un peu désuet et périmé : il est, pourtant, plein de saveurs, d'authenticité, de sens.
 
L'heure exquise nous berce de ses teintes adoucies : elle a le charme de l'incertitude lorsque le soir tombe, que les formes s'estompent dans une nouvelle harmonie...
 
L'heure exquise nous séduit de sa douceur, de sa tendresse et nous emporte vers des rêves de renouveau..
 
L'heure exquise nous offre des moments de plénitude, de poésie...
 
 
 
Photos : rosemar                
 
 
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