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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 11:39
Les bois de palmiers du royaume de Murcie...

 

 

Pour le plaisir des mots : le palmier !

 

 

"Il s'embarqua à l'échelle de Tunis ; un vent favorable le conduit à Carthagène, il descend du navire et prend aussitôt la route de Grenade : il s'annonçait comme un médecin arabe qui venait herboriser parmi les rochers de la Sierra- Nevada. Une mule paisible le portait lentement dans le pays où les Abencerages volaient jadis sur de belliqueux coursiers ; un guide marchait en avant, conduisant deux autres mules ornées de sonnettes et de touffes de laine de diverses couleurs. Aben-Hamet traversa les grandes bruyères et les bois de palmiers du royaume de Murcie : à la vieillesse de ces palmiers il jugea qu'ils devaient avoir été plantés par ses pères, et son cœur fut pénétré de regrets. Là s'élevait une tour où veillait la sentinelle au temps de la guerre des Maures et des chrétiens ; ici se montrait une ruine dont l'architecture annonçait une origine mauresque, autre sujet de douleur pour l'Abencerage ! Il descendait de sa mule, et, sous prétexte de chercher des plantes, il se cachait un moment dans ces débris, pour donner un libre cours à ses larmes. Il reprenait ensuite sa route en rêvant au bruit des sonnettes de la caravane et au chant monotone de son guide. Celui-ci n'interrompait sa longue romance que pour encourager ses mules, en leur donnant le nom de belles et de valeureuses , ou pour les gourmander, en les appelant paresseuses et obstinées."


Dans ce texte de Chateaubriand, extrait d'une nouvelle intitulée Le dernier Abencérage, le héros maure Aben-Hamet qui revient sur la terre de ses ancêtres, découvre, avec émerveillements et émotion, un bois de palmiers situé dans la région de Murcie, au sud de l'Espagne...

Aben-Hamet, parti de Tunis, est subjugué par ces paysages de son ancienne patrie...


Le mot "palmier" nous berce, aussitôt, de ses balancements alanguis, il fait naître des paysages lointains, exotiques, des déserts de dunes et de barcanes, d'où surgissent des oasis de verdures.


Le mot nous fait rêver, avec ses sonorités de labiales, pleines de sensualité, avec ses voyelles, dont l'une, ouverte, évoque bien la forme épanouie de la palme, et l'autre, plus fermée, suggère toute la finesse des ramilles qui composent les feuilles.


On voit des paysages, au bord du Nil, hérissés de palmiers et de roseaux, on voit des palmes ondoyantes, sous un air léger et subtil.


Le mot "palme" aux origines anciennes, venu du latin "palma", a gardé sa forme originelle.


"Palma", c'est d'abord la paume de la main et le mot "paume" est issu, aussi, de ce terme latin. La feuille palmée ne ressemble-t-elle pas à une main ouverte ?


Ainsi, la "palme" et la "paume" ont une origine commune. La palme était, aussi, dans l'antiquité, un symbole de victoire, qui s'est perpétué dans la palme d'or d'un certain festival...


Le palmier, quant à lui, évoque les pays du sud, la Méditerranée, au climat doux et tempéré, il nous emmène vers l'Afrique mystérieuse, ses paysages désertiques, aux sables dorés, aux molles barcanes.


On entrevoit une palmeraie, pleine d'une fraîcheur apaisante... Le mot nous invite à une douce rêverie : empli de poésie, il donne une impression de paix, de bonheur calme et tranquille.

Le palmier nous apaise, nous fait voir des soleils renouvelés, des éblouissements de lumières, il nous fait entendre de légers bruissements.

Dans l'extrait de l'oeuvre de Chateaubriand, on voit le héros traverser "les bois de palmiers du royaume de Murcie."

L'évocation prend un relief poétique particulier, grâce à l'utilisation du nom propre "Murcie" qui évoque l'Espagne, avec des sonorités, à la fois, douces et âpres : labiale "m", sifflante "s", gutturale "r".

"Murcia ! Ségura!" Que d'exotisme dans ces noms venus d'Espagne !


Comment ne pas être sensible à la grâce de ces palmiers du royaume de Murcie ?

Comment ne pas en percevoir la beauté et l'élégance ?






http://www.audiocite.net/livres-audio-gratuits-romans/francois-rene-de-chateaubriand-le-dernier-abencerage.html
 

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12 mai 2016 4 12 /05 /mai /2016 13:34
L'oiseau nous parle de délicatesse, de musique, de poésie...

 

 

 

"Ô les oiseaux chantant doux, chantant gai, chantant fort !

Compagnons des saisons sereines, 

Notes de flûtes du printemps

Et du beau temps..." (Traduction de Marguerite Yourcenar)

 

C'est ainsi que le choeur apostrophe les oiseaux, dans une célèbre comédie antique écrite par Aristophane...

 

Aussitôt, le mot "oiseau" dessine des images de délicatesse, de charme, avec sa consonne sifflante "s", emplie de douceur, avec ses voyelles feutrées... Ce nom nous fait ressentir des éclats des plumes, un velouté...
On entrevoit des envols soudains, des arabesques somptueuses dans le ciel, des duvets de lumières, des guipures aériennes sur l'azur.


Ce mot très ancien venu du latin, "aucellus", lui même dérivé de "avicellus", révèle une formation de diminutif, à valeur affective.

Le nom "avis" désigne, en latin, l'oiseau et on perçoit, aussi, toute la légèreté, l'élégance des envols de l'animal dans les sonorités de ce mot ancien...

Le suffixe de diminutif -cellus lui confère une fragilité, une délicatesse supplémentaires. La forme moyenâgeuse de ce terme, "oisel" restitue, également, ce suffixe.

Le mot "oiseau", paraît bien loin de son ancêtre "avicellus", en raison de modifications phonétiques importantes, mais il a gardé une élégante simplicité.

Le nom grec de l'aigle, "aétos" est issu, probablement, de ce même radical ancien "avis".

D'autres termes plus modernes sont venus, au fil du temps, compléter cette famille de mots : "avion, aviateur, aviation"... et curieusement, on retrouve, presque intact, dans ces termes récents, le nom originel "avis".

J'aime ce petit mot d'autrefois qui a donné des dérivés modernes. Ce simple nom "avis" nous fait remonter aux origines les plus anciennes de notre langue, le latin et le grec.


Vivant dans les airs, dans les hautes sphères célestes, les oiseaux étaient, pour les grecs et les romains, considérés comme les messagers des dieux, ainsi leurs cris, leurs chants, leurs mouvements étaient interprétés comme des signes divins...

Les oiseaux messagers célestes aux voix diverses peuplent les arbres, les remplissent de vie, animent, de leurs envols, les jardins.

Les oiseaux virevoltent, dessinent des embruns, des volutes de lumières dans le ciel : leur nom même évoque des figures lumineuses, des tourbillons d'écumes, des envolées de mystères...

Leur nom suggère harmonie, tendresse, finesse, et éclats.

L'oiseau nous parle de délicatesse, de musique, de poésie : les chants des oiseaux, souvent associés à la poésie, accompagnent et rythment l'éveil de la nature... dès l'aube, ils envahissent les charmilles de leur mélodie radieuse.


L'oiseau dessine des volutes sur l'horizon, il décline toutes les harmonies du monde : douceur, éclats de plumes, murmures soyeux dans les arbres...

Symboles de liberté, d'élégance, les oiseaux côtoient le ciel : ces rois de l'azur représentent une beauté céleste, une part de mystère, et d'harmonie lumineuse...

 

 

 

 

Un autre extrait de la pièce d'Aristophane :

 

 

LA HUPPE, dans le taillis. : Epopopopopopopopopopoï ! Io, Io ! Venez, venez, venez, venez, venez ici, ô mes compagnons ailés ; vous qui paissez les sillons fertiles des laboureurs, tribus innombrables de mangeurs d'orge, famille des cueilleurs de graines, au vol rapide, au gosier mélodieux ; vous qui, dans la plaine labourée, gazouillez, autour de la glèbe, cette chanson d'une voix légère : "Tio, tio, tio, tio, tio, tio, tio, tio ;" et vous aussi qui dans les jardins, sous les feuillages du lierre, faites entendre vos accents ; et vous qui, sur les montagnes, becquetez les olives sauvages et les arbouses, hâtez-vous de voler vers mes chansons. Trioto, trioto, totobrix ! - Et vous, vous encore qui, dans les vallons marécageux, dévorez les cousins à la trompe aiguë, qui habitez les terrains humides de rosée et les prairies aimables de Marathon, francolin au plumage émaillé de mille couleurs, troupe d'alcyons volant sur les flots gonflés de la mer, venez apprendre la nouvelle. Nous rassemblons ici toutes les tribus des oiseaux au long cou. Un vieillard habile est venu, avec des idées neuves et de neuves entreprises. Venez tous à cette conférence, ici, ici, ici, ici. -- Torotorotorotorotix. Kikkabau, kikkabau. Torotorotorotorolililix.

 

 

https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Oiseaux_(Aristophane)





http://www.editionsdelondres.com/Les-oiseaux



https://youtu.be/LZClS79egCM


 






  

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5 mai 2016 4 05 /05 /mai /2016 13:36
Effleurer, quelle évanescence dans ce mot !

 

 

 

 

Pour le plaisir des mots : "effleurer" !


"Les anges portent des ailes invisibles qui viennent par inadvertance effleurer la peau de ceux qu'ils protègent... les picotements, les chatouillements, ce sont eux."

Avec humour, poésie et tendresse, Yves Simon évoque ainsi , dans un extrait de son roman Les Novices, les anges protecteurs qui nous entourent et nous signalent leur présence, en nous effleurant...

 

Le verbe "effleurer"restitue une légèreté, une évanescence, grâce à ses voyelles feutrées, il nous entraîne dans un univers empli de délicatesse...
 

Formé du préfixe ex- et du nom "fleur", ce verbe signifie d'abord "dépouiller de ses fleurs"...

 

Il suffit parfois d'un geste très léger et anodin pour faire tomber les pétales d'une fleur...

 

Ce verbe, aux sonorités contrastées de fricative "f"  très douce et de gutturale "r" plus âpre, restitue bien le sens premier : le mouvement est ténu, subtil, mais la fleur tombe inexorablement et meurt sous nos yeux...

 

On peut aussi effleurer une peau, une joue, dans un geste tendre et caressant...

 

De nombreux mots appartiennent à cette famille : "fleurir, fleuriste, fleuron, fleurette, fleuret, affleurer, flore, floraison, floréal, florilège, floral, fioriture"...

 

On perçoit des images de beauté, à l'évocation de ces mots, on perçoit des couleurs, des harmonies, des éclats et on comprend toute la richesse des dérivations françaises, grâce à l'ajout de préfixes ou de suffixes.

 

C'est un seul nom latin, "flos", "la fleur" qui est à l'origine de tous ces mots..

"Flos" ! Ce terme générique traduit bien, dans sa brièveté, fragilité, douceur, harmonie.

 

Le verbe "effleurer" a quelque peu perdu son sens étymologique : il signifie maintenant "toucher légèrement", mais le mot fleur qu'il contient suggère toute la tendresse du nom originel.

 

"Effleurer, affleurer", ces deux verbes qui se ressemblent sont empreints de douceur...

On aimerait croire ce qu'affirme Yves Simon : les anges nous effleurent chaque fois que nous ressentons des picotements !

On aimerait que des anges nous caressent aussi souvent !

 

Il est doux d'effleurer du sable fin, des galets lisses, des fossiles aux formes mystérieuses, aux enroulements voluptueux.

 

Il est doux de se laisser effleurer par des vagues ondoyantes, par des embruns légers, par des brises marines.

 

Ce verbe plein de volupté, de légèreté nous séduit, nous entraîne dans une ambiance apaisée, bienheureuse.

 

Dans notre monde empli de hargne et de virulence, ce mot nous fait percevoir une douceur, un bien-être, un réconfort.

 

On a envie d'effleurer de la mousse, du velours, de la dentelle, de la soie...

On aime effleurer des cheveux, une joue, une peau dorée...

 

Ce verbe lié à la sensation tactile nous emporte, aussi, dans une harmonie des sens : couleurs, teintes, senteurs de fleurs si variées, douceur du toucher...

 

Ce verbe nous emmène dans un univers poétique, celui des correspondances baudelairiennes, où les sensations se rejoignent...


 

 

 

 

 

 


 

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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 12:14
Ma pincée de tuiles...

 

 

 

Pour le plaisir des mots : la tuile !

Dans un extrait du roman de Giono, Le hussard sur le toit, on voit le héros de l'histoire se réfugier sur les toits des maisons de la ville de Manosque : menacé par la population qui le prend pour un empoisonneur, Angelo Pardi n'a pas d'autre solution pour échapper à la vindicte populaire...

La chaleur est écrasante, et l'évocation des toits de la ville est saisissante :


"La chaleur pétillait sur les tuiles. Le soleil n’avait plus de corps ; il était frotté comme une craie aveuglante sur tout le ciel ; les collines étaient tellement blanches qu’il n’y avait plus d’horizon."

Le héros perçoit l'ardeur de la chaleur qui se répercute sur les tuiles, et il décrit un paysage saturé de soleil...

La tuile nous fait admirer des toitures de Provence, sous un soleil de plomb, des ruissellements d'ocres sur les maisons du sud...

 

La tuile protectrice recouvre les toits d'ondulations aux teintes variées d'ocre, de rouilles, de bruns...

 

Le mot fait rayonner des voyelles aiguës, une dentale éclatante "t" qui suggère des couleurs, des formes chaleureuses...

 

La tuile s'empare du soleil, fait miroiter ses ondoyances, ses enroulements, ses coulées d'embruns rougeoyants...

 

Ce mot évoque des toitures pleines de charmes, des argiles aux teintes de roux...

 

Ce terme se pare d'origines anciennes, puisqu'il remonte au latin "tegula", "la tuile", issu d'un verbe "tego", qui signifie "couvrir, protéger".

Les mots "toit" et "tuile" sont issus de ce même radical verbal...

 

Ce nom revêt une dimension symbolique, il représente le faîte d'une maison, il suggère une idée de protection, de sécurité...

 

Et, pourtant, dans un emploi familier, la "tuile" fait, aussi référence à un accident imprévu, nous montrant une tuile qui tombe d'un toit et qui peut produire bien des dégâts...

 

Terme ambivalent, la tuile peut évoquer, curieusement, une idée et son contraire...

 

La tuile suggère, aussi, les maisons d'autrefois, aux toits pittoresques et charmeurs, les immeubles modernes, ayant laissé la place au béton, ne se couvrent plus de ces carreaux de terre séchée...

 

Le mot me rappelle cette "pincée de tuiles", que souhaite revoir Claude Nougaro, à la fin de sa chanson Toulouse.... Opposant la modernité à la ville qu'il a connue, autrefois, Claude Nougaro montre son attachement à ces vieux toits de tuiles...

"Aujourd'hui tes buildings grimpent haut
À Blagnac tes avions ronflent gros
Si l'un me ramène sur cette ville
Pourrai je encore y revoir ma pincée de tuiles
Ô mon païs, ô Toulouse, ô Toulouse..."

 

"Ma pincée de tuiles" ! Quelle poésie et quelle tendresse dans cette expression quasi -culinaire !

 

Les tuiles qui recouvrent les maisons ne sont-elles pas l'expression même de la vie, du mouvement ? Elles font penser à des vagues sur les toits, des roulis de teintes variées...

 

Les tuiles des maisons de Provence dessinent des camaïeux de rouilles, des motifs ondoyants, elles confèrent aux paysages un charme inoui.

Elles donnent aux vieilles maisons une douceur, une poésie particulières...

 

  

 

     
Photo : rosemar

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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 12:49
Les volucelles tapageuses...

 

 

 

Pour le plaisir des mots... La volucelle !

 


Dans un extrait des Travailleurs de la mer, Victor Hugo décrit l'île de Guernesey, sa végétation, ses herbes peuplées de toute une faune, des insectes aux noms éblouissants, et notamment, des "volucelles tapageuses"...

 

"Maintenant, faites courir là-dedans et faites voler là-dessus mille insectes, les uns hideux, les autres charmants, sous l’herbe, les longicornes, les longinases, les calandres, les fourmis occupées à traire les pucerons leurs vaches, les sauterelles baveuses, la coccinelle, bête du bon Dieu, et le taupin, bête du diable ; sur l’herbe, dans l’air, la libellule, l’ichneumon, la guêpe, les cétoines d’or, les bourdons de velours, les hémérobes de dentelle, les chrysis au ventre rouge, les volucelles tapageuses, et vous aurez quelque idée du spectacle plein de rêverie qu’en juin, à midi, la croupe de Jerbourg ou de Fermain-Bay offre à un entomologiste un peu songeur, et à un poète un peu naturaliste."

 

Le nom "volucelle "nous entraîne dans un monde aérien, mystérieux... Quel est cet insecte au nom si éblouissant ?

 

Ce mot nous fait voir des envols, des frémissements d'ailes, des danses volubiles...

 

La volucelle, mouche somptueuse déploie des ailes translucides, qui ressemblent à celles d'un papillon.

 

L'abdomen est cuivré, cerclé de noir, avec des teintes de pourpres, de xanthes, de bruns... un corset magnifique qui fait songer à un tissu soyeux de velours noir.

 

Le bourdonnement de ces insectes envahit l'espace, les volucelles s'enivrent du parfum des fleurs et on les voit passer de fleur en fleur pour se gaver de nectar...

On les voit, sous le soleil, s'illuminer de teintes mordorées, éclats d'or sur les fleurs aux senteurs capiteuses.

On les imagine corsetées, virevoltantes, exaltées des chaleurs de l'été...

 

Le mot nous fait entendre de douces sonorités, fricative "v", sifflante "c", et nous entraîne dans un univers poétique...

Le mot nous laisse entrevoir les ailes somptueuses de cet insecte, des ailes légères, fines, d'une transparence pleine de brillances et d'éclats...

 

Les graphies du son "l" suggèrent, aussi, la forme élancée de ces ailes graciles.

 

Ce mot, aux origines anciennes, venu du latin, est issu de l'adjectif "volucer, ailé, rapide", lui-même venu du verbe "volo, voler".

 

La volucelle suscite l'admiration, par sa dénomination évocatrice, ses embruns d'ailes subtiles, son bourdonnement tapageur.

 

Ce mot ne fait-il pas rêver ? Cette mouche revêt une parure délicate, elle nous fait entendre une musique, pleine de vivacité.

 

La finale -elle nous laisse entrevoir des envolées d'ailes somptueuses.

 

Ces mouches tapageuses, qui butinent les fleurs, suscitent l'intérêt du lecteur, car le mot "volucelle", par sa rareté, ses sonorités, emporte l'imagination...

 

Quelle poésie dans ce seul nom ! Quelle poésie dans cette expression ! L'adjectif "tapageuses" vient souligner le bourdonnement de ces insectes, d'une manière inattendue, avec une formation d'onomatopée qui nous fait entendre le tapage que font ces insectes...

 

 

 

 

 

 

 

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9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 11:47
Et pourtant, quelle poésie dans l'aubade !

 

Pour le plaisir des mots... l'aubade !

 

On se souvient de ces vers de Georges Brassens, extraits d'une chanson intitulée Il suffit de passer le pont..



"Il suffit de trois petits bonds,
C'est tout de suit' la tarantelle,
Laisse-moi tenir ton jupon,
J'saurai ménager tes dentelles...
J'ai graissé la patte au berger
Pour lui fair' jouer une aubade.
Lors, ma mi', sans croire au danger,
Faisons mille et une gambades,
Ton pied frappe et frappe la mousse...
Si l'chardon s'y pique dedans,
Ne pleure pas, ma mi' qui souffre :
Je te l'enlève avec les dents !"

 

Le poète fait appel à un berger pour "faire jouer une aubade", afin de séduire sa belle...



De nos jours, certaines coutumes se perdent et plus personne ne donne des aubades, ces concerts en plein air, à l'aube, devant la porte d'un être cher...

Et, pourtant, quelle poésie et quelle séduction dans l'aubade ! Un bonheur de chanter, de faire de la musique, un plaisir de l'aube...

Le mot n'est-il pas rempli de charmes, avec ses consonnes labiale, dentale, ses voyelles ouvertes qui suggèrent une harmonie, une envie de s'épanouir ?


L'aubade, liée à l'aube, à la couleur blanche, "albus", en latin, nous fait voir les couleurs de l'aurore, des teintes adoucies de roses...

Des lumières légères, incertaines, des ombres subtiles, un chuchotement de clartés, un balbutiement de jour qui se lève...

On entend un air de guitare, une voix qui s'élève vers un balcon, un chant d'amour et de bonheur, dans les lumières naissantes de l'aurore.

Qui ne rêve d'écouter une aubade ?

Aubade d'un berger musicien qui joue sur sa flûte des airs langoureux, aubade d'un poète amoureux...

L'aubade nous réveille agréablement, au son d'un instrument de musique, elle nous surprend à l'aube, au point du jour : lumières et chants s'accordent dans une harmonie de sons et de teintes...

Alba ! Blancheur et douceur des teintes de l'aube !


L'aubade évoque, aussi, le temps des troubadours, ces "trouveurs" de mots qui chantaient l'amour, la fin'amor, des poètes, des musiciens d'autrefois.

 

L'aubade n'est-elle pas une forme d'hommage, de célébration ? On aimerait retrouver, de nos jours, ces poètes, tel Brassens qui magnifiait son "Hélène", ses sabots, sa simplicité....

Le temps de l'aubade semble révolu... Remettons ce mot à l'honneur ! Des aubades nouvelles sont attendues !

Le printemps, la nature qui s'éveille, les feuilles et les fleurs qui s'épanouissent, les matins qui s'apaisent de douceurs, tout incite à l'aubade et ses musiques enivrantes, tout nous appelle vers des accords de guitare éblouissants, des voix charmeuses...

Voilà qu' une aubade d'oiseaux nous berce de trilles, de friselis vaporeux et subtils !

Ce mot résonne d'éclats de musique, d'images apaisantes, de doux murmures....

Ce mot évoque tout un art de l'harmonie, de la séduction....

Se réveiller, au son d'une aubade ! Un rêve !


    

 

 

 

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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 11:44
Un poisson pour célébrer le mois d'avril : la sardine de l'Estaque...

 

 


La sardine, poisson méditerranéen aux teintes argentées, brille de tant de reflets miroitants dans l'eau ! Le mot "sardine" ne nous fait-il pas percevoir tous les éclats de ce poisson, grâce à ses sonorités, une douce sifflante "s", une gutturale "r", plus rude, une dentale "d", des consonnes variées et contrastées ?


La sifflante nous laisse entrevoir des teintes chatoyantes de soie moirée, la gutturale peut suggérer toute la force de ces poissons qui vivent en bancs compacts et serrés, la dentale nous montre une brillance éclatante, les teintes argentées de l'animal...


Ce mot très ancien comporte des origines grecques : rien d'étonnant car la sardine est particulièrement présente et abondante en Méditerranée...


Et, comment ne pas apprécier ce mot très ancien qui remonte à la langue grecque ? "
σαρδίνη, sardiné ou sardéné" désignait, en grec ancien, la sardine...


Belle continuité dans le vocabulaire ! Le mot est resté presque intact, avec des sonorités identiques...

Son nom pourrait provenir de la "Sardaigne" car les Grecs avaient remarqué qu'elle abondait dans les eaux qui bordent cette île.

Un nom propre devenu un nom commun, ce phénomène connu s'appelle une antonomase.

Une île qui se transforme en un nom de poisson, voilà une belle métamorphose !

La sardine est, aussi, associée immanquablement, à la ville de Marseille...

Tout le monde connaît cette expression : "La sardine a bouché le vieux port de Marseille", expression populaire, datant du XVIIIe siècle. Les Marseillais ont, ainsi, tendance à exagérer les faits, à gonfler la réalité, à plaisanter, de manière caricaturale... on parle également de galéjades marseillaises... 

J'aime ce mot du sud, "la sardine", un mot qui évoque le port de Marseille, ses soleils, son accent, une voix qui chante...

On entend les poissonnières qui vantent leur marchandise sur les quais du port : "ELLE EST BELLE, MA SARDINE, ELLE EST BELLE !!"

Sur les étals, des soles, de daurades, des rougets, des sardines, des pageots, des loups, des merlans frétillent dans des bacs.

A l'Estaque, autrefois, une rue portait le nom de "Montée de la Sardine", en référence à l'activité principale de pêche de ce petit village, tout proche de Marseille, dont je suis originaire.

La sardine évoque le sud, tout un monde des pêcheurs et de "pescadous" d'autrefois : on entrevoit des bateaux anciens, des "bettes", des filets, des jambins, des cannes à pêche, des salabres, on sent l'air marin, l'odeur des pins de l'Estaque.

On perçoit des odeurs prégnantes de poissons, de sel, on hume le vent de la mer toute proche, on s'imprègne et on s'abreuve de senteurs marines.

La sardine, symbole méditerranéen, nous emporte vers les rivages du sud, vers l'enfance, des calanques boisées, des pins, vers un monde de liberté...


La sardine au corps allongé, pleine d'élégance, aux reflets brillants, s'irise de teintes bleutées, elle est l'image même de la mer, de ses lumières, de ses flots inondés de soleil...


 


    

 

 

 

Illustrations : en haut de l'article auteur : Citron

En bas : auteur : Etrusko25  Creative commons

 

Un poisson pour célébrer le mois d'avril : la sardine de l'Estaque...
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27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 10:36
L'oeuf, symbole de vie...

 

 

Pour le plaisir des mots...

 

L'oeuf, symbole de vie, de renouveau, est traditionnellement associé à la fête de Pâques.

 

Un mot simple, bref, qui remonte à l'antiquité : issu du latin "ovum" et plus anciennement du grec  ᾠόν, voilà un terme qui nous fait remonter encore le temps, aux origines de notre langue...

Le nom grec de l'oiseau,  οἰωνός, oiônós, est peut-être issu de ce même radical...

 

Le mot "oeuf" nous séduit par sa fricative finale "f", emplie de douceur... au pluriel, cette consonne s'efface souvent dans la prononciation.

 

L'oeuf évoque des formes "ovales", cet adjectif empruntant son radical au nom latin de l'oeuf.

L'oeuf représente la vie, une renaissance, avec ses courbes légères, ses mystères, ses teintes claires, à peine rosées...

Suavité des formes, surface lisse, ondoyante, légère, l'oeuf séduit tous les regards.

 

Chaque oeuf est différent dans ses dimensions, ses teintes : certains se marbrent de pites de rousseur, d'autres sont plus uniformes dans les couleurs... certains révèlent des clartés de jours, d'autres plus mats évoquent des peaux brunes et ambrées...

 

L'oeuf se pare, à l'occasion de la fête de Pâques, de motifs somptueux : la coquille devient oeuvre d'art, tableau miniature, couvert de lignes sinueuses, de couleurs variées aux tons de rouge pourpre...

 

Dessins géométriques, épis de blé, étoiles lumineuses viennent orner et embellir, un peu plus, les courbes arrondies des oeufs de Pâques.

Des parures dorées, des rubans éblouissants les enveloppent de brillances, de lumières de fête...

 

Un bonheur pour les enfants, un plaisir pour les yeux et pour le goût, quand ces oeufs deviennent sucreries en chocolat.

 

Des senteurs et des parfums de cacao surgissent, enivrent les papilles, s'épanouissent.

 

La chasse aux oeufs est lancée, et les enfants s'en donnent à coeur joie pour découvrir ces merveilles de couleurs, de goûts et de senteurs.

 

L'oeuf qui voit éclore la vie, l'oeuf qui contient l'essence de la vie, nous offre un beau symbole de bonheur, d'épanouissement à venir.

 

L'oeuf, est aussi, depuis l'antiquité, associé au printemps qui commence, il annonce un renouvellement du monde, des fleurs, des feuilles, des frondaisons, tant de couleurs éclatantes, tant de senteurs enivrantes !

 

 

 

 

 

 

L'oeuf, symbole de vie...
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19 mars 2016 6 19 /03 /mars /2016 11:26
Une volute de bourdonnements...

 

 

 

Pour le plaisir des mots...

 


"Une petite mouche dorée, entrée avec Eumée, dessina sur le silence une volute de bourdonnements". 


C'est ainsi que Giono évoque le vol d'une simple mouche dans un de ses romans intitulé Naissance de l'Odyssée...


Le mot "volute" issu d'un verbe latin "volvo", "rouler, s'enrouler" dessine sous nos yeux de belles spirales, des arrondis, des motifs voluptueux...


Ce nom peut désigner, tout d'abord, un ornement du chapiteau de la colonne ionique, en forme de spirale. 


Il peut évoquer aussi les enroulements d'une coquille d'escargot, ou encore, des tourbillons de fumées, de brumes...
 
Il peut suggérer les mouvements d'un insecte, comme dans l'extrait de Giono.
 
Avec sa douce fricative initiale, sa dentale "t", ses voyelles en forme d'arrondi, ce mot nous fait voir la pureté et l'harmonie de ces ornements.
 
Les colonnes ioniques montrent, sur leur sommet, des rouleaux de vagues, des tourbillons de blancheurs de marbres. Sous ces rouleaux, on voit se dessiner des palmes aux motifs délicats : élégance, simplicité font de ces hauts de colonnes de vraies oeuvres d'art.

On entrevoit des ellipses, des vagues déferlantes, des enroulements de papyrus, des boucles...
 
Le mot fait songer, aussi, à des enroulements de vagues, sur la mer, la mer qui roule et déroule mille replis, aux reflets ondoyants : les ondulations de la mer ne dessinent-elles pas des volutes infinies ?
 
Ce nom fait surgir des images de brumes vaporeuses qui enveloppent les paysages dans des tournoiements laiteux.

Des volutes de fumée s'évanouissent dans l'air, créant des arabesques, des cercles, des courbes sinueuses, des méandres infinis...

Des volutes de feuillages, de lierre ornent les murs dans des tourbillons de verts, Des volutes de fleurs s'épanouissent dans les jardins.

Certains instruments se parent de volutes somptueuses : luth, violes et violons...

 Dans le texte de Giono, c'est une mouche qui dessine des volutes, et on voit se mêler sensations visuelle et auditive, dans une belle harmonie poétique.


Ce mot aux sonorités évocatrices suggère des formes somptueuses, des envols de brume ou de fumées, des figures aériennes...


 
 

 

 

 

 

 

 

Une volute de bourdonnements...
Une volute de bourdonnements...
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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 12:15
Au clair de la lumerotte...

 

 

 

Pour le plaisir des mots : semaine de la langue française et de la francophonie...

 

La lumerotte, petite lumière, nous séduit de son charme enfantin et discret...

Elle est discrète, la lumerotte, elle est légère, fragile, evanescente et somptueuse, en même temps.

 

Labiale "m", gutturale "r", dentales "t" nous font voir de petits éclats lumineux, des brillances feutrées et douces...

Les différentes voyelles font danser le mot :"u, e, o", comme pour évoquer une flamme qui bascule...

 

Voilà un mot dont le lointain ancêtre latin "lumen" a été recomposé avec un suffixe de diminutif.

"Lucide, luciole, translucide, élucider, lumière, lumineux, illumination, allumette, luminescence, lumignon", de nombreux mots français sont issus de ce radical...

 

Ainsi, les mots anciens reprennent vie, grâce à des préfixes ou des suffixes.

Lumières vacillantes de bougies dans des citrouilles dorées, les lumerottes créent des ambiances pleines d'harmonies et de douceurs, des ombres légères, des éclats hésitants et tremblants.

 

La lumerotte est soeur de la "loupiote", bien connue chez nous, et qui désigne, aussi, une petite lampe, ou une bougie.

 

Que cette lumière est légère et subtile !

Des lunes douces, tamisées se profilent à l'intérieur de cette lampe improvisée.

 

Des couleurs orangées de flammes rousses se libèrent.... Le décor, tout autour, devient dansant et vacillant, la lumière s'anime, virevolte, s'épanouit...

 

La lumerotte fournit un semblant de jour qui apaise : petite, ondoyante, elle si discrète !

La lumerotte rassure, apporte un réconfort à celui qui redoute la pénombre...

 

Juste assez de lumière, pour ne pas être effrayé par l'obscurité de la nuit !

 

Juste assez de couleurs, pour s'éclairer de douces lueurs d'automne !

 

Juste assez d'éclats, pour que l'enfant s'endorme dans une demi-obscurité, teintée de lueurs rouges !

 

Ce mot, venu de Belgique, nous charme par sa composition, son étrangeté, son mystère...

 

 

 

 

Dans le cadre de la semaine de la langue française... Dis-moi dix mots...

 

Ressources :

 

http://www.dailymotion.com/video/x38e1hk

 

http://www.dismoidixmots.culture.fr/ressources/la-thematique-et-les-dix-mots

 

Au clair de la lumerotte...
Au clair de la lumerotte...
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