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3 août 2015 1 03 /08 /août /2015 08:52
Mais que les ruines sont belles !

 

 



Le mot "ruines" nous fait voir des vestiges d'autrefois, des temples grecs aux marbres écornés, d'une blancheur de lys... Ruines de monuments anciens aux colonnes décimées, aux chapiteaux écroulés que l'oeil se plaît à observer...

Cap Sounion, le Parthénon, les Propylées, le temple de Delphes, Ephèse, Milet, Pergame, des théâtres antiques aux échos sonores si parlants !

Mycènes, Epidaure, Dodone, Olympie !

Ruines des vieux villages de Provence, maisons de pierres sèches, aux murs éblouis de lumières !

On aime ces blocs de pierre apaisants, aux contours incertains, remplis de tant d'histoire, au passé somptueux...

On aime ces volutes harmonieuses, ces motifs épurés, ces lignes élancées.

 

Sous un soleil de plomb, les marbres se redessinent, revivent sous un ciel azuréen.

Le mot "ruines" nous fait percevoir, avec sa gutturale "r" toute la dureté de la pierre, et, aussi, la rudesse du temps qui passe, les voyelles "u" et "i" très aiguës qui s'enchaînent semblent restituer toute la douleur de ces écroulements...
Voilà encore un mot expressif ! On voit des pans de murs crouler, sous l'effet de la fuite du temps.

Venu d'un verbe latin "ruo", "s'effondrer", le mot "ruine" nous montre tant de désolation et de désarrois !

Mais que les ruines sont belles, aussi ! Que ces vestiges d'autrefois nous parlent ! Pierres usées, certes, mais polies et patinées par le temps, pierres, où l'on perçoit encore le geste du sculpteur si précis...

Fûts de colonnes écroulées, comme un château de cartes, dans un étagement de pierres amoncelées ! 
Statues brisées, meurtries, mais pleines d'harmonies !


Des noms célèbres surgissent, Phidias, Praxitèle, artistes du passé, dont les oeuvres nous sont parvenues à travers les siècles...

Les ruines nous transmettent tant de poésie, de beauté et d'élégance !

Elles nous parlent des religions et des dieux d'autrefois, Zeus, Athéna, Poséidon, Arès, Bacchus, Artémis, elles évoquent, aussi, toute l'humanité de ceux qui nous ont précédés, leurs croyances, leur vie, leur goût pour la beauté.

Elles recèlent tant de messages ! Elles sont peuplées d'une multitude de souvenirs, d'êtres qui les ont animées...

La Sicile et sa vallée des temples, Olympie et ses fûts de colonnes brisées, Delphes, la Tholos, le théâtre, Aspendos, ville turque !

Que de noms résonnent et que de splendeurs !

 

 

 

 

 

Photos : rosemar  Le temple de Diane, à Nïmes

Mais que les ruines sont belles !
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Mais que les ruines sont belles !
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29 juillet 2015 3 29 /07 /juillet /2015 08:51
Des éponges imbibées d'eau fraîche...


 

Dans un extrait du célèbre Roman de la momie de Théophile Gautier, on voit deux explorateurs utiliser des éponges, pour se rafraîchir et apaiser les chaleurs du désert, juste avant de pénétrer dans une tombe...


"La chaleur devenait si intense que le jeune lord se défit de son paletot blanc, et le docteur de son habit noir, que suivirent bientôt leur gilet et leur chemise ; Argyropoulos, voyant leur souffle s'embarrasser, dit quelques mots à l'oreille d'un fellah, qui courut à l'entrée du souterrain et rapporta deux grosses éponges imbibées d'eau fraîche, que les deux voyageurs, d'après le conseil du Grec, se mirent sur la bouche pour respirer un air plus frais à travers les pores humides, comme cela se pratique aux bains russes quand la vapeur est poussée à outrance.
On attaqua la porte, qui céda bientôt.
Un escalier taillé dans le roc vif se présenta avec sa descente rapide."


Le mot "éponge", si familier, a des origines lointaines et une histoire très ancienne !

Encore un mot venu du passé dont on ne soupçonne pas toute l'ancienneté, la noblesse et le prestige...

L'éponge qui  absorbe les liquides, grâce à sa  substance poreuse, qui revêt de somptueuses couleurs de sable nous séduit et nous étonne !

La douceur de l'éponge, sa rondeur, sa souplesse en font un objet sympathique et bienveillant...

Sa capacité d'absorption surprend : voilà un outil magique qui retient l'eau et la libère, par la simple pression de la main !

Le mot, avec ses consonnes labiale, chuintante n'est-il pas empreint de charme et d'élégance ? La voyelle nasalisée "on" lui confère, aussi, une légèreté infinie.

Les anfractuosités forment comme des remous, des vagues sinueuses sur l'objet, lui donnent des reliefs, des pleins, des déliés, une structure surprenante.

L'éponge, pleine de délicatesse dans sa texture, nous fait percevoir toute sa subtilité, on aime ses aspérités légères, aériennes.

L'éponge peut être d'origine animale, végétale ou synthétique...

L'éponge marine ou "porifera", est la plus étonnante : cet animal aux couleurs variées de rose profond, vert, blanc, mauve, aux formes diverses, nous fait entrer dans l'univers des profondeurs marines, mystérieuses, étranges, secrètes... Et on découvre que les éponges ont, ainsi, toutes sortes de propriétés, elles sont capables de se régénérer, de revivre, de s'associer !

Les éponges pourraient, même, être les plus vieux êtres vivants du monde !

Ces animaux sédentaires ont le pouvoir de vivre et de s'incruster sur différents supports : roche dure, sédiment meuble, coquilles, carapaces de crustacé...

Les éponges peuvent même abriter d'autres animaux, comme des crevettes, ou les larves de certains insectes...

Le mot, lui-même, très ancien nous fait remonter aux origines lointaines de notre langue, le latin et le grec. Le terme latin "spongia" vient du grec "spoggia"...ou "spoggos".


On trouve ce mot dans l'Odyssée d'Homère, par exemple dans cet extrait du chant I au vers 111... On y voit des serviteurs de la maison d'Ulysse nettoyer les tables, grâce à des éponges :

" Athéna part en s'élançant des sommets de l'Olympe et s'arrête au milieu de la population d'Ithaque, devant le vestibule d'Ulysse, sur le seuil de la cour. La déesse, sous les traits de l'étranger Mentes, roi des Taphiens, tient entre ses mains sa lance redoutable ; elle trouve les fiers prétendants se livrant au jeu de dés, couchés sur des peaux de bœufs qu'ils avaient immolés eux-mêmes ; /des hérauts et des serviteurs actifs s'empressaient, les uns de mêler le vin et l'eau dans les cratères, les autres de nettoyer les tables avec des éponges douées et poreuses, de les mettre en place et de diviser les viandes par morceaux. /Le premier qui aperçoit au loin la déesse est Télémaque, semblable à un dieu ; assis parmi les prétendants à la main de sa mère, son cœur est dévoré de chagrins.."


/"κήρυκες δ᾽ αὐτοῖσι καὶ ὀτρηροὶ θεράποντες


οἱ μὲν οἶνον ἔμισγον ἐνὶ κρητῆρσι καὶ ὕδωρ,


οἱ δ᾽ αὖτε σπόγγοισι πολυτρήτοισι τραπέζας


νίζον καὶ πρότιθεν, τοὶ δὲ κρέα πολλὰ δατεῦντο."/


Ainsi, ce mot ancien, utilisé par un des premiers auteurs de la littérature grecque, Homère, nous apparaît d'autant plus précieux, chargé d'histoire, d'un passé prestigieux...

L'éponge ! Mot venu du grec ! Les grecs, peuple de marins, ont dû découvrir, très tôt les propriétés étonnantes de l'éponge et s'en servaient déjà pour nettoyer différents supports !

L'adjectif qui qualifie le mot dans le texte grec, "polytrétos" signifie "aux mille trous", et caractérise bien la nature même de l'objet, couvert de crevasses et d'aspérités...

Voilà un mot qui nous fait découvrir des profondeurs marines, emplies de splendeurs, qui nous fait voyager dans le temps, qui nous charme de sonorités séduisantes !


Voilà un objet aux propriétés magiques, aux contours sinueux, remplis de douceurs !

 

 

 

 

Des éponges imbibées d'eau fraîche...
Des éponges imbibées d'eau fraîche...
Des éponges imbibées d'eau fraîche...
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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 10:41
Les vacances : oublions le vide !

 



Le mot "vacances" vient d'un verbe latin, "vacare", "être vide"... 

Et le vide est là ! La vacuité s'empare du monde ! Les touristes se précipitent sur les plages, pour remplir le vide, pour bronzer à outrance et ramener une peau dorée, à souhait...

Certains remplissent le vide, sur des forums de discussions, évacuant leur ennui, à coup d'invectives, d'insultes virulentes.

D'autres accusent les grecs de tous les maux de la terre, méprisant le sort qui leur est réservé, éructant leur haine : les grecs ont osé demander l'aide des européens, pour faire face aux incendies qui ravagent l'Attique ou le Péloponnèse !

"Les grecs ont triché, ont volé, Tsipras est un populiste dangereux, un nouvel Hitler qui sème la panique en Europe !"

Le vide des insultes, le vide de la pensée !

Le vide consternant de la vacuité !

Certains se passionnent pour le tour de France, émaillé par des soupçons de dopage, par des incidents qui montrent encore la vacuité de certains : des coureurs insultés, arrosés d'urine ou humiliés...

Certains se lancent des défis sur internet, des paris stupides qui peuvent conduire à la mort, une nouvelle mode délirante qui montre encore le vide de nos sociétés. Boire une quantité impressionnante d'alcool, se lancer dans une mer glacée, par mauvais temps... Facebook devient, ainsi, une incitation au vide et à la bêtise.

La vacuité s'empare du monde !

Et pourtant, le temps des vacances permet tant de bonheurs simples : le bonheur de l'eau fraîche dans le jardin, celui de la lecture, de l'écriture.

La poésie, les romans nous offrent des horizons si variés, voyages dans le temps, l'espace, l'imaginaire, la beauté de paysages lointains.

Le temps de l'action est ouvert à tous : balades dans la nature, découvertes de sites, de musées, nuits à la belle étoile...

Le plaisir des plats légers de l'été, les salades, les fruits de l'été si savoureux : les pêches, abricots, fraises et pastèques si rafraîchissantes.

Le bonheur de goûter à la liberté, à un temps retrouvé qui permet de se cultiver, d'engranger des expériences nouvelles, différentes.

Le plaisir du soleil, sans outrance, la joie de lézarder et de s'occuper du jardin, de gratter la terre, d'arroser les fleurs, d'en sentir tous les parfums, menthe, romarins, lavandes de l'été.

Le plaisir de la plage, au petit matin, au lever du soleil, quand la chaleur est douce, et légère, quand les rives sont désertes, l'eau limpide et lumineuse.

Le bonheur de photographier des paysages, des couchers de soleils éblouissants, d'observer toutes sortes de spectacles offerts par la nature : des rouleaux de vagues, des ciels lumineux, des pins éblouis de soleil, aux senteurs si douces...

N'oublions pas de regarder et d'observer le monde, non pas à travers un écran, mais en ouvrant les yeux sur tous les spectacles qui nous entourent...

De véritables spectacles, pleins de vérités, d'harmonies, les arbres, les fleurs, un vol d'oiseaux qui s'emparent du ciel, le murmure des cigales.

Des nuits étoilées sous la Grande Ourse, des lunes qui illuminent le ciel de croissants irisés, la voie lactée qui peuple la voûte céleste de tableaux irréels.

La musique s'offre à nous : on peut écouter, apprécier et découvrir toutes sortes d'oeuvres musicales, chansons, concertos, jazz, rock...

Oublions le vide pour des activités enrichissantes, culture, lectures, musiques, saveurs, spectacles divers...

Oublions le vide, pour remplir chaque journée de découvertes nouvelles....


 

 

 

 

 

 

Photos : Christelle et rosemar

 

Les vacances : oublions le vide !
Les vacances : oublions le vide !
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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 15:28
La demoiselle est l'image même de la légèreté !

 

 

Le mot "demoiselle" n'est plus guère utilisé, de nos jours, et pourtant quels charmes dans les sonorités du mot, quelle élégance !

Il est vrai qu'en ces temps d'émancipation et de libération de la femme, le terme apparaît quelque peu suranné et désuet, le mot "mademoiselle" n'apparaît plus, les jeunes filles qui passent leur baccalauréat sont, désormais, désignées par le terme "madame", sur les convocations qu'elles reçoivent.

Et pourtant ! Voilà un mot qui réunit la grâce de la féminité et celle de l'oiseau...

La "demoiselle" réveille des images de jeunesse, de fragilité, de beauté : elle suggère une certaine innocence, une impulsivité pleine de grâces.

Elle nous fait percevoir des envols et des murmures d'oiseaux dans les ramilles, on est comme saisi par une vivacité, un élan, une envie de se libérer, de parcourir le monde, de le découvrir...

On entrevoit un bonheur de vivre, de s'enivrer de toutes sortes de plaisirs...

Les sonorités du mot, dentale "d", labiale "m", sifflante "s", son amplitude, ses quatre syllabes révèlent, à la fois, sensualité, douceur, envie de s'affirmer.


Le son "elle" final donne à ce terme une subtilité aérienne, une légèreté étonnante.

La demoiselle semble survoler le monde, le saisir, s'en emparer, la demoiselle est l'image même de la légèreté.

Quel terme évocateur ! Quelles transparences et quelle limpidité dans ce seul nom !

Venu du latin "dominicella", diminutif de "domina", "la maîtresse de maison", la demoiselle est aussi la maîtresse et l'amie de coeur, celle qui ravit les esprits et attire les désirs...


La demoiselle, associée à l'amour, évoque des images passionnées et ardentes.

Formation de diminutif, le mot révèle délicatesse, douceur, tendresse.

Ce simple mot, aux sonorités évocatrices, nous montre toute l'ardeur et la fragilité de la jeunesse...

La demoiselle a fait aussi des émules : jolie forme de libellule, poisson des récifs coraliens, cheminées de fée pleines d'élégance, le mot fait surgir des insectes, des animaux, des paysages étonnants, aux teintes et aux formes éblouissantes...

 

Ce mot si doux ne pouvait que désigner des formes ondoyantes et légères, des images lumineuses de libellules qui frôlent les ondes, des hauteurs aériennes et subtiles...

Les cheminées de fée avec leurs chapeaux, séduisent tous les regards : paysages magiques de la Cappadoce, de la Grèce, couleurs d'ocres, falaises calcaires, éblouissements de blancs !

Les libellules se font danseuses sur l'eau, vertiges de lumières et d'ondoyances !

La demoiselle réunit en elle toutes ces hamonies, toutes ces teintes, ces envolées de bonheurs !

 

 

 

 

 

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18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 12:26
Les boucles soyeuses...

 

"Sur un signe affirmatif de la jeune femme, elle lui peigna ses cheveux blonds tout en désordre, à la suite des scènes violentes de la veille et des inquiétudes nerveuses de la nuit, en noua les boucles soyeuses avec des nœuds de velours et s’acquitta de sa besogne en coiffeuse qui sait son métier. Elle tira ensuite d’une armoire pratiquée dans le mur plusieurs robes d’une richesse et d’une élégance rares, qui semblaient coupées à la taille d’Isabelle..."

 

Dans cet extrait du Capitaine Fracasse de Théophile Gautier, on voit une servante coiffer les cheveux de l'héroïne, Isabelle, en les attachant avec des noeuds de velours... On perçoit les "boucles soyeuses" de la jeune femme...

 


Issu du nom latin "buccula", "la petite bouche", le mot "boucle" nous enroule dans ses motifs circulaires d'anneaux : boucle-bijou, boucle de cheveux, de ceinture ou figure de voltige aérienne, la boucle nous séduit de maintes façons...


Ce mot pein de sensualité, aux sonorités de labiale initiale, de gutturale prolongée par la consonne "l", avec sa finale féminine, nous fait voir des images variées et harmonieuses.


Une chevelure qui retombe en boucles, des anneaux somptueux, des enroulements de motifs....

Beaux replis de cheveux, belles toisons brunes ou blondes qui s'échappent en rouleaux de vagues somptueuses !

Des bijoux qui encadrent le visage et brillent, scintillent sous les cheveux.

Des dessins de volutes harmonieuses, des arabesques voluptueuses.... Boucles de noirs ou de xanthe, éclats de lumières !

Des vagues somptueuses qui se déroulent sur la grève, parsemées d'écumes, aux senteurs de brume marine.

Les cours d'eau, les ruisseaux, les chemins  forment, parfois, des boucles sinueuses, pleines de charmes et de mystères.

Les origines mêmes du mot qui évoquent la bouche, ses formes d'arrondis nous étonnent et nous emportent dans un monde et un tourbillon de sensations...

La bouche qui goûte la nourriture, mais aussi les mots, leurs arrondis, leurs pleins et leurs déliés, la bouche qui déroule des mots, des phrases, des harmonies musicales si variées !

Les boucles de la bouche qui suggèrent la sensualité, la parole, le partage...

Formation de diminutif, comportant le suffixe -"ula", ce mot a, dès les origines, une valeur affective, pleine de tendresse.

Le terme latin"buccula" dont il est issu est, lui-même, plein d'harmonie....

Les mots écrits ne sont-ils pas, eux aussi, constitués de boucles, d'arrondis, de cercles majesteux ?  La boucle du "o" qui se referme sur elle même, celle de la gutturale "c", en demi-cercle, celle de la consonne "l" qui se noue en hauteur...

La labiale "b" qui se prononce avec les lèvres rapprochées n'est-elle pas associée au baiser ? 

Les boucles des lettres ornent les pages, s'enroulent et nous subjuguent de beautés, d'étonnements, de découvertes....


Beaux arrondis de l'écriture manuscrite qu'il faut préserver, belles boucles, beaux motifs qui décorent et enluminent les pages !

Nulle origine grecque, pour ce mot, puisque le terme grec qui désigne la boucle est le nom "plokamos", d'un verbe "pléko, plier, enrouler"...

Mais ce nom "boucle", issu du latin nous parle encore des origines lointaines de notre langue, il évoque, aussi, tant d'images lumineuses !
 

 

 

 

 

 

 

Photo en haut de l'article : Tableau La femme au miroir, Le Titien

Page d'enluminures

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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 10:40
Je serais sable dans le vent...

 

 

"Comme un halo de la lune 
Mon souffle entoure le tien 
Et sans la rosée de tes lèvres 
Je serais sable dans le vent."

C'est ainsi que Max-Pol Fouchet évoque l'amour, sa toute puissance, dans un de ses poèmes. Et sans cet amour, il ne serait plus que "sable dans le vent", une belle image qui restitue le désarroi de l'amoureux privé de celle qu'il aime...


Il suffit de prononcer ce mot : "sable !" Et, aussitôt, surgissent des images de poussières qui virevoltent !


Ce nom "sable" traduit légèreté, douceur, éclats, grâce à ses sonorités de sifflante "s" et de labiale "b".

On voit se dresser des dunes, de molles barcanes, dans des déserts d'azur infini, on voit des soleils se refléter, sur des étendues ondoyantes...

La mer déroule ses replis sur le sable, elle le couvre d'écumes sur les bords, créant des tableaux, des éclats de transparences.

Par grand vent, le sable vit, s'agite, tourbillonne, devient cinglant.... ses grains volatiles s'immiscent partout, virevoltent, caracolent avec virulence.

Le sable est violent, agressif sous le mistral du midi, il s'emporte, se disperse, se multiplie à l'infini...
 

Au repos, il s'apaise, redevient douceurs de soie, caresse...

Il se fait source, sous les doigts, il s'échappe, léger, fluide, il s'égrène en pluie de lumières...

Grains de sable, minuscules, éclats de roche, étoiles infimes.

Finesse du mot ! Souplesse, limpidité !

Venu du latin, "sabulum", ce terme ancien, est issu, sans doute, d'un mot grec "psammos" qui désigne, aussi, le sable !

"Psammos !" Quelle légèreté dans les consonnes labiales et les sifflantes, quel souffle aérien !

Aussitôt, on voit la poussière de sable s'envoler dans l'air !

Ne sommes-nous pas tous des grains de sable, fragiles, légers, inconsistants ? Ne sommes-nous pas ces grains de poussières volatiles ?

Le sable doré fait miroiter le soleil, s'en empare, le reproduit et diffuse des lumières éblouissantes.

Chaudes couleurs du sable, pailletées d'or ! Le sable devient fournaise, au coeur de l'été, il s'embrase de feux, il éblouit les regards.

Le sable brûle, il redouble la chaleur de l'été, il la répercute, l'exacerbe et garde longtemps sa brûlure.

Le sable devient, parfois, château auréolé de lumières, il se façonne, se métamorphose...

Malléable, souple, il revêt différentes formes : coquillages, oiseaux, bateaux, enroulements d'escargots, poissons.

Il se marbre d'empreintes, de vagues, de reliefs, sous les flots du rivage, il se teinte de couleurs mordorées....

Sous les vagues, le sable s'irise de reflets lumineux, il se fait ondoyant, il forme des dunes légères et subtiles, il nous fait découvrir de nouveaux paysages...

 

 

 

 

 

Photos : Christelle et  rosemar

Je serais sable dans le vent...
Je serais sable dans le vent...
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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 15:05
Des sandales qui nous donneraient presque des ailes...

 

 

 

Venu directement du grec, "sandalon", le mot "sandale" est très proche de son ancêtre hellénique...


Voilà un mot qui a traversé les siècles, resté proche du nom originel : on trouve ce terme dans les hymnes homériques, notamment dans l'hymne à Hermès : il désigne, dans ce texte, des sandales de bois fixées par des courroies.

Hermès, messager des dieux dans la mythologie grecque, possède des sandales ailées qui lui permettent de franchir les mers et les terres avec rapidité... Dans l'Odyssée, on le voit "nouer sous ses pieds ses divines sandales brodées de bel or".

Le terme utilisé par Homère est un autre mot "pédilon"qui désigne une semelle attachée sous le pied...

Le nom "sandalon" est employé, lui, dans les hymnes homériques, oeuvres moins connues.

Les Hymnes homériques sont, en fait, constitués d'une collection de trente-quatre courts poèmes épiques. 

 

Chacun des hymnes dédié à un dieu était destiné à être chanté par un aède en guise de prélude, avant de passer à une œuvre plus longue. Les Hymnes homériques varient par leur sujet, leur longueur, leur époque de rédaction, ils ont été écrits entre le VIIe s. av. J.-C. et le IVe siècle de notre ère : un ensemble hétérogène, disparate, une compilation de poèmes variés.
L'épithète "homérique", qui leur est attribuée, n'est due qu'à leur mètre commun, l'hexamètre dactylique, qui est le vers par excellence de l'épopée.


En grec ancien, le mot "sandalon" est de genre neutre, comme de nombreux noms d'objets. Le français a perdu ce genre ancien, mais en conserve quelques résidus dans des mots comme : "cela, ça, ce, l'utile, l'agréable..."

Le mot devenu féminin, en français, traduit une délicatesse, une élégance, un raffinement.


Le nom "sandale" nous séduit par ses sonorités de sifflante "s", de dentale éclatante "d", par sa voyelle nasalisée "an" qui restitue et suggère une forme de légèreté...

La sandale dénudée laisse voir le pied, lui donne une sorte de liberté.

Les sandales se portent en été, elles offrent une respiration, un bonheur de pouvoir marcher dans des chaussures aérées, légères.

On oublie, alors, les carcans des chaussures fermées, on se libère des contraintes de l'hiver, on retrouve un confort oublié, une respiration nouvelle.

Les sandales prennent des formes diverses : élégantes, confortables, elles nous apportent  des possibilités infinies.

Souples, légères, colorées, les sandales sont un des bonheurs de l'été, une libération !

Spartiates, tongs, mules, nu-pieds, elles se déclinent en plusieurs modèles.

Les tongs connaissent, ainsi, un succès considérable, dans la mesure où le pied est complètement dénudé.

Les spartiates sont nommées ainsi, en raison de leur simplicité, car la ville grecque de Sparte était réputée pour ses moeurs austères.

Voilà un mot connu des grecs, "la sandale", qui désigne une réalité encore moderne : j'aime ce mot venu d'ailleurs, d'une autre époque, mais si actuel !

Ce mot nous parle du passé, du présent, il évoque la langue grecque à laquelle on doit tant de mots de notre vocabulaire !

Il nous ramène vers un passé mythique, rempli de dieux et de déesses, il nous fait remonter aux sources de notre langue, à nos origines...

Les grecs de l'époque homérique portaient déjà des sandales : ils nous ont légué le mot et cet objet pratique, aéré, qui nous donnerait presque des ailes !




 

 

 

Des sandales qui nous donneraient presque des ailes...
Des sandales qui nous donneraient presque des ailes...
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1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 14:55
Rempli d'eau ainsi qu'une gargoulette...

 

 



« J'ai un pressentiment que nous trouverons dans la vallée de Biban-el-Molouk une tombe inviolée, disait à un jeune Anglais de haute mine un personnage beaucoup plus humble, en essuyant d'un gros mouchoir à carreaux bleus son front chauve où perlaient des gouttes de sueur, comme s'il eût été modelé en argile poreuse et rempli d'eau ainsi qu'une gargoulette de Thèbes.

- Qu'Osiris vous entende, répondit au docteur allemand le jeune lord : c'est une invocation qu'on peut se permettre en face de l'ancienne Diospolis magna ; mais bien des fois déjà nous avons été déçus ; les chercheurs de trésors nous ont toujours devancés."

Tels sont les premiers mots de l'oeuvre de Théophile Gautier, Le roman de la momie. Un des deux personnages transpire abondamment et son visage qui laisse perler de la sueur est comparé à une "gargoulette".


Le mot "gargoulette" rayonne de sonorités du sud : ce récipient poreux en terre cuite est utilisé pour conserver l'eau fraîche, dans les régions du sud, notamment dans le midi de la France.

Avec ses consonnes gutturales redondantes, "g" et "r", ce mot nous fait entendre un bruit d'eau qui s'écoule.

Le son "ou" prolonge ce bruissement d'eau, la finale de diminutif "-ette" donne un air sympathique à ce vase.

Le bec étroit de la gargoulette permet de diriger le jet directement vers le fond de la gorge, tout en maintenant le bec à distance de la bouche. De là vient l'expression "boire à la gargoulette", synonyme de "boire à la régalade". Il n'est pas facile de boire à la gargoulette et cela demande une technique particulière mais on perçoit dans ces expressions tout un bonheur de s'abreuver et de goûter une eau fraîche.

La gargoulette évoque des images du sud, des paysages incendiés de soleil, une eau apaisante au coeur de l'été, un plaisir de boire à l'ancienne, comme on le faisait autrefois avec des récipients rustiques de terre cuite.

La gargoulette suggère des sources limpides, où l'on puise l'eau pour s'abreuver en été, elle nous fait voir des formes élégantes, une matière naturelle, aux couleurs de terre cuite...

La base pansue s'épanouit, les anses se déroulent voluptueusement autour du vase et l'encerclent de formes pleines de douceurs et d'harmonie.

 

La gargoulette ressemble à un objet d'art, aux teintes vernissées ou mates...

Ce mot fait "gargouiller" l'eau, il nous éblouit par son expressivité, ses sonorités du sud, ses éclats de voyelles.

D'ailleurs, ce mot provient, sans doute, de l’occitan "gargoleta, le cruchon" ou de l'ancien français "garoule, gargouille" et peut-être, plus anciennement, du grec "γαργαρίζειν, gargarízein, se gargariser", il serait apparenté au latin "gula, gosier, gorge".

La "gargoulette" possède bien un "gosier", par lequel s'écoule l'eau.

Objet anthropomorphe, la gargoulette nous séduit par ses formes, son utilisation, sa beauté d'oeuvre d'art.

Ce mot, aux origines lointaines nous fait entendre la langue originelle, le grec, langue du sud aux sonorités familières et étranges, à la fois.

La gargoulette nous fait goûter la langue et l'accent du sud, celui de Pagnol, de Giono qui décrivent la Provence, la racontent, et soulignent la beauté et la rudesse de ses paysages.

La gargoulette nous fait voir la garrigue, des senteurs du sud, du thym qui serpente sur les chemins, qui exalte les collines et enivre les promeneurs.

Elle dessine des ciels bleus, balayés par le mistral, des envolées de nuages qui se dispersent soudain, une source qui bruisse dans la campagne, des parfums de menthe, de romarins...



 

 

 

 

 

Rempli d'eau ainsi qu'une gargoulette...
Rempli d'eau ainsi qu'une gargoulette...
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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 15:34
Une dictée facile pour le brevet des collèges...

 

 


L'orthographe n'a plus la cote, ce que démontre, une fois de plus, l'épreuve de la dictée du brevet des collèges : notée seulement sur 6 points pour l'ensemble de l'épreuve de français, cette dictée ne présentait pas de difficultés majeures...

De plus, le texte court et simple ne contenait aucun piège.

Rappelons le principe de l'épreuve : l'extrait est d'abord lu intégralement, puis dicté aux élèves, avec toutes les liaisons et la ponctuation, il est, enfin, relu une dernière fois.


En voici le texte, un extrait de l'oeuvre intitulée Désert de J M G Le Clézio, 

"Il n’y avait rien d’autre sur la terre, rien, ni personne. Ils étaient nés du désert, aucun autre chemin ne pouvait les conduire. Ils ne disaient rien. Ils ne voulaient rien. Le vent passait sur eux, à travers eux, comme s’il n’y avait personne sur les dunes. Ils marchaient depuis la première aube, sans s’arrêter, la fatigue et la soif les enveloppaient comme une gangue. La sécheresse avait durci leurs lèvres et leur langue. La faim les rongeait. Ils n’auraient pas pu parler. Ils étaient devenus, depuis si longtemps, muets comme le le désert, pleins de lumière quand le soleil brûle au centre du ciel vide."

Le mot "gangue", plus difficile, était donné, préalablement, aux élèves et devait être écrit au tableau.

Pour le reste, on peut le constater : ce texte bref ne contient aucun accord complexe : par exemple, aucun accord du participe passé employé  avec l'auxiliaire avoir, quand un cod est placé avant le verbe.
Les accords sont, pour la plupart, évidents. Les mots employés sont d'un usage courant, accessibles à tous.

Le barême appliqué montre, aussi, une forme de mépris pour l'orthographe : 6 points seulement !
Il n'est pas étonnant de voir arriver, en lycée, des élèves qui font d'énormes fautes d'accord ou d'usage : on ne les a pas formés pour qu'ils puissent prêter attention à l'orthographe, si bien que certains écrivent phonétiquement des mots pourtant simples...

Depuis des années, l'exercice de la dictée a été sacrifié et malmené : dictées préparées à l'avance, dictées partielles à trous, leçons d'orthographe méprisées.

Quel dommage ! Certains élèves se retrouvent sur les bancs du lycée, avec des lacunes énormes, qu'ils ont, ensuite, les plus grandes difficultés à combler.

D'ailleurs, on en vient à donner des cours de rattrapage et d'orthographe dans certaines universités, car nombre d'étudiants se retrouvent démunis face à ces manques.

Ne serait-il pas plus judicieux de remettre l'orthographe à l'honneur, dès l'école primaire et le collège, de consolider les connaissances des élèves en grammaire, dès le plus jeune âge ?

Non, l'orthographe n'est pas la science des ânes ! Elle révèle tout le passé de notre langue, elle est une preuve de rigueur, elle clarifie la pensée et la réflexion : un texte mal orthographié est souvent incompréhensible ou difficile à déchiffrer !

Revenons aux fondamentaux que sont l'orthographe et le grammaire, donnons aux élèves des bases solides pour  qu'ils aient la posssibilité de s'exprimer et de réfléchir avec rigueur.

L'exercice de la dictée doit retrouver une place de choix, dans l'enseignement primaire et dans les collèges.... L'orthographe doit être enseignée comme une discipline à part entière.

L'orthographe est esentielle parce qu'elle se rattache à l'étymologie des mots, à leur histoire, à leur sens originel, souvent précieux et oublié...

 

 

 

 

 

 

 

 

Une dictée facile pour le brevet des collèges...
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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 17:04
La pâle pierre de tes ongles...

 

 

"Je suis affamé de ton rire de cascade, et de tes mains couleur de grenier furieux, oui, j'ai faim de la pâle pierre de tes ongles, je veux manger ta peau comme une amande intacte."

Voilà une belle déclaration d'amour que l'on doit à Pablo Néruda, dans son ouvrage intitulé La Centaine d'amour...
 


"L'ongle" ! On perçoit, là, un mot si ordinaire et si familier qu'on n'y prête plus attention : surface transparente et translucide, l'ongle au bout des doigts révèle des teintes ombrées de roses....

Ce nom entre, même, dans des expressions familières : "se battre, bec et ongles... connaître, savoir jusqu'au bout des ongles".

L'ongle se pare, parfois, de vernis colorés. Le mot suggère, à la fois, la légèreté et la dureté de cette partie du corps : la voyelle nasalisée "on" nous fait voir une sorte d'évanescence, la gutturale "g" restitue la force de l'ongle.

Les ongles qui finissent les doigts s'ornent de lunules d'opales, de jolies teintes nuancées de roses.

Le mot vient d'une formation de diminutif "ungula", issue du nom latin "unguis", "l'ongle."

Diminutif à valeur hypocoristique, ce terme comporte, anciennement, une nuance affective.

Comment ne pas admirer ces petites surfaces translucides au bout des doigts ? Elles ressemblent à des pierres précieuses...

D'ailleurs, ce nom a, aussi, des origines grecques, plus lointaines : "onux", en grec, désigne "l'ongle", mais aussi, une pierre précieuse, "l'onyx", avec laquelle les grecs fabriquaient des boîtes à parfums ou des vases à boire.

L'onyx était très utilisé dans l'antiquité... Avec ses couleurs nuancées de verts, de roses, rouilles, bruns, blancs, l'onyx offre une variété de pierres aux glacis de lumières...

Ongle et pierre précieuse sont, ainsi, associées.

Belle étymologie pour ce nom issu du latin et du grec, belle origine puisque ce mot nous fait, encore, remonter aux sources de notre langue !

Hésiode, Eschyle, Xénophon utilisaient ce terme et il nous est parvenu, par l'intermédiaire du latin, avec des modifications phonétiques.

J'aime ce mot simple, "l'ongle", qui nous vient de l'antiquité, dont on ne soupçonne pas l'ancienneté.

Terme plein d'élégance, l'onyx nous fait, aussi, voir un monde de pierres précieuses brillantes, lumineuses, éclatantes !

L'onyx s'orne de lignes sinueuses, de sillons harmonieux, de vagues éblouissantes, sur des fonds de roses et de rouges... Les pierres s'illuminent de reflets, renvoient la lumière, la répercutent...

Le terme "onyx", avec le "i" grec, la consonne "x" révèle une sorte de rareté précieuse.

L'ongle et l'onyx se rejoignent par une forme d'élégance, de finesse, de douceur.

 

L'ongle et l'onyx se signalent, aussi, par leur résistance et leur dureté : l'ongle qui finit le doigt permet de griffer, de s'agripper.

A la fois utile et plein d'agréments, l'ongle nous séduit par ses teintes douces et nuancées, par sa solidité.

Il renvoie la lumière, brille, se teinte de lueurs de roses qui évoquent l'aurore....

 




 

 

 

 

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