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8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 10:50
Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers...

 

 




On est tous bouleversés par cette chanson qui évoque la plus grande infamie, la plus grande tragédie du XXème siècle : les déportations, toutes leurs horreurs, la peur, l'angoisse d'êtres humains qu'on a voués à la mort.


La chanson s'ouvre sur l'évocation du nombre des victimes : "vingt et cent, des milliers". La gradation met en évidence l'ampleur du massacre. On ne voit plus des êtres humains, mais une masse informe de silhouettes, designées par le pronom "ils", et ces êtres "nus, maigres et tremblants" enfermés dans "des wagons plombés" sont l'image même du désarroi : sans défense, humiliés par la nudité et la peur, on les voit "déchirer la nuit de leurs ongles battants". Cette image terrible restitue une sorte de révolte impossible et inutile, puisqu'elle s'acharne sur une ombre, une entité inconnue, et obscure... 


On a enlevé à ces hommes, devenus "des nombres", toute humanité et toute espérance, car leur destin était fixé par leurs origines mêmes : "Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés", expression irrémédiable qui suggère qu'on ne leur a laissé aucune échappatoire...

On leur a ôté tout avenir de bonheur, symbolisé par l'été qu'ils ne devaient plus revoir...

La description de ces convois de la mort est associée à la fuite monotone du temps, à l'obsession de survivre, malgré tout. Les énumérations restituent une attente interminable et terrible :"un jour, une heure, obstinément Combien de tours de roues, d'arrêts et de départs."

Quelques prénoms sont, enfin, cités : "Ils s'appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel", ces êtres nous semblent, alors, d'autant plus proches et familiers, on perçoit une diversité de religions dans les destinataires de leurs prières : "Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou.", d'autres ne prient pas, mais tous refusent la soumission qu'on leur a imposée, marquée par une expression imagée et forte, "vivre à genoux..."


La mort au bout du chemin pour beaucoup et un désespoir sans fin pour ceux qui en sont revenus, tel était le sort qui leur était réservé... La question posée : "ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux ?" suggère une impossibilité irrémédiable.


Les veines devenues si bleues sur leur bras, après toutes ces épreuves, soulignent encore les souffrances et les détresses vécues dans les camps.


L'évocation des miradors où guettaient les allemands suffit à dessiner le décor lugubre de ces camps : la surveillance, la peur permanente, marquée par le silence..."la lune se taisait comme vous vous taisiez", comme si le paysage se mettait à l'unisson de la douleur des déportés....


L'espoir de l'évasion se traduit par le verbe "regarder" répété...  le regard porte au loin, dans une envie de fuir ces lieux sinistres, mais la présence des chiens policiers apparaît menaçante dans l'expression contrastée : "Votre chair était tendre à leurs chiens policiers."


Certains voudraient oublier tous ces événements, les taire, mais le poète affirme la nécessité de dire l'atroce réailté, même à travers une chanson... oui, pour de telles causes, l'engagement est nécessaire, pour éviter l'oubli, car "le sang sèche vite en entrant dans l'histoire".


Au poète engagé, les chansons d'amour ne suffisent pas, quoi que puisse dire la foule représentée ici par le pronom "on".


Le poète veut crier au monde ce qui s'est passé, il refuse l'oubli et personne ne l'arrêtera :"Mais qui donc est de taille à pouvoir m'arrêter ?" La question oratoire montre la force d'une conviction, et le poète est prêt à "twister" les mots pour faire entendre sa voix et perpétuer la mémoire de ces êtres humains, parfois oubliés...


Jean Ferrat redonne vie à toutes ces victimes de la barbarie, en employant dans le dernier couplet le pronom "vous", il rappelle à l'humanité ces êtres martyrisés, il semble vouloir, aussi,  abolir leur anonymat...



 

 

 



https://fr.wikipedia.org/wiki/Nuit_et_Brouillard_(chanson)
 



 

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