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24 juin 2022 5 24 /06 /juin /2022 13:01
Allons sous la charmille où l'églantier fleurit...

 

"Puisque les prés sont verts, puisque le ciel est bleu,

Aimons. Par les grands mots l'idylle est engourdie ;

N'ayons pas l'air de gens jouant la tragédie ;

Disons tout ce qui peut nous passer par l'esprit ;

Allons sous la charmille où l'églantier fleurit,

Dans l'ombre où sont les grands chuchotements des chênes."

 

Voici une belle invitation à l'amour écrite par Victor Hugo : le cadre champêtre décrit dans ces vers avec simplicité n'est-il pas propice à l'amour ?

 

 

Le mot "charmille" désigne une allée plantée de charmes, souvent taillés en forme de berceaux.... Issu du nom latin "carpinus", le mot charme évoque un arbre somptueux, dont le nom fait rêver....

Le nom "carpinus" est de genre féminin en latin, comme la plupart des noms d'arbres, car on considérait que les arbres étaient habitées par des divinités féminines.

 

On connaît aussi l'homonyme "charme", venu du latin "carmen", "le vers, l'incantation magique" qui renvoie à une toute autre notion, une idée de séduction intense...

 

Curieuse homophonie entre deux mots assez différents au départ "carpinus" et "carmen" ! Mais les évolutions phonétiques ont modifié deux termes différents qui se sont, ainsi, rapprochés... La consonne "c" se transforme souvent en une chuintante "ch" dans le passage au français...et la fin d'un mot disparaît parfois parce que la finale n'était pas accentuée en latin...

 

Le mot "charmille" est plein de poésie : il suggère un cadre champêtre, une ombre douce et bienveillante, il invite à la rêverie...

 

Avec ses sonorités de chuintante, de gutturale, de labiale, ce nom à la finale féminine, nous entraîne dans un univers fait de beauté et d'harmonie : la charmille est accueillante, elle invite à la promenade, à la découverte... 

 

Les vers de Victor Hugo insérés dans le groupe des idylles sont une invitation à l'amour,  l'idylle étant un petit poème qui célèbre l'amour dans un décor pastoral...

 

Hugo parvient à donner à l'évocation une extrême douceur grâce à de jeux de sonorités : allitération de la consonne "ch" avec les mots "charmille, chuchotement, chênes...", utilisation de consonnes très douces, sifflante "s", fricative "f"..., emploi de voyelles nasalisées qui ralentissent le rythme et qui invitent à la rêverie amoureuse...

 

Le verbe "aller" à l'impératif souligne l'invitation et entraîne le lecteur vers ce monde idyllique, au décor attirant : les charmes, l'églantier en fleurs, les chênes personnifiés...

 

On perçoit, aussitôt, des couleurs, des parfums de fleurs : l'églantier, rosier sauvage nous entraîne dans un sillage de senteurs....

 

  

 
 

 

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20 mai 2022 5 20 /05 /mai /2022 11:50
Sylvain Tesson : "Il faut choyer, vénérer les mots !"

 

Invité d'honneur de l'émission La Grande Librairie du mercredi 11 mai , Sylvain Tesson a rendu un magnifique hommage aux mots, à la langue...

 

"Ma vie, c'est raconter par des mots tout ce que je vis, c'est à dire transformer en verbe les sensations que j'éprouve, les émotions qui me traversent, les situations que je vis et les rencontres que je fais...

Avec l'impression que ce n'est pas vécu complètement tant que ce n'est pas écrit. Sinon, ça se volatilise dans l'indicible.

J'adore dire ce que j'ai vécu, d'ailleurs, je prends des notes tout le temps, je raconte, je vis deux vies, en fait. Une vie organique, sur le plan réel, dans la substance réelle des choses et après, je la transcris sur le papier.

 

J'aime la restitution formelle en mots de ce qui a été vécu, mais je n'ai pas besoin d'y ajouter la fiction, je n'ai pas besoin d'y ajouter cette espèce de dopant, de stéroïde de l'imaginaire... j'ai l'impression que c'est du dopage, c'est comme quand on s'injecte des substances pour aller plus vite dans la côte, je n'ai pas besoin de la fiction. Je trouve que c'est tellement incroyable, le spectacle du monde, le spectacle des hommes, ce qui vous traverse, la vie, le simple corps humain, le spectacle d'une main qui se referme, tout cela vient de millions d'années, de mystères qui ne sont pas encore très bien compris, pas encore très bien connus, tout est incroyable !

 

Tout ce qui se dévoile est beau, tout est mystérieux, tout ce que vous rencontrez, tout est adorable... alors, pourquoi ne pas se contenter d'écrire ce qui vous est arrivé ? Et ça vous précipite dans une espèce de roman qui est votre propre vie..."

 

Mais il y a aussi le style de Sylvain Tesson, souvent empreint d'autodérision, de jeux de mots, d'un amour fou pour la langue, l'histoire, la géographie...

"Il y a une chose que j'aime profondément et que j'aimerais partager avec tous les gens que j'aime, c'est l'amour des mots, j'aime les mots, je trouve cela merveilleux...

Ce sont des voyageurs remarquables, ils viennent de très loin, ils ont traversé des siècles, parfois, ils ont été un petit peu torturés, parfois, on ne les comprend pas, parfois, on les emploie pour autre sens, ce sont souvent des migrants, ils viennent de partout, ils se sont fécondés, parfois ils ont disparu.

 

Il y a une espèce de richesse sensuelle dans le vocabulaire et dans l'usage des mots... moi, j'adore les dire !

En plus, j'ai eu un problème physique, à la suite d'une chute. Donc, l'élocution est devenue difficile, alors, c'est comme un travail de pétrissage, j'aime dire les mots, j'aime les chuintantes, j'aime les sifflantes, j'aime les dentales, c'est pour moi un effort d'articuler et je trouve qu'il faut rendre grâce aux mots.

 

Il y a la langue, c'est ce qu'il y a de plus beau, le verbe ! C'est notre propre, c'est ce qui fait que vous et moi, on est des êtres humains : c'est pas uniquement qu'on est bipède et que l'on a, comme diraient les paléontologues, les yeux qui nous permettent de regarder de face, comme les prédateurs, ce n'est pas que ça, le propre de l'homme...

Le propre de l'homme, c'est le verbe, c'est la capacité de dire le monde, de le recomposer, de le recréer, de le comprendre, de recréer un plan de réalité avec simplement le verbe ! C'est magnifique ! Il faut choyer les mots, il faut les vénérer !

C'est dommage que nous soyons un peu, en ce moment, dans une époque où les machines ont pris tellement de place, partout autour de nous, entre nous, en nous, même, que la langue s'est un peu écartée, elle est un peu intimidée, elle s'est appauvrie.

Certes, il y a encore des gens qui ont le verbe haut, qui parlent clair, qui parlent fort, il y a encore des langages merveilleux, il y a encore des gisements pétrolifères, il y a encore des gisements sémantiques, il y a encore des gisements de mots techniques, argotiques, il y a encore des gens qui parlent de magnifiques langues soit extrêmement châtiées, soit extrêmement populaires, mais, en tout cas, le personnel qui est censé nous diriger, l'autorité politique qui parfois, dans l'histoire, a usé d'un verbe superbe, je pense aux oraisons, je pense aux grands discours, je pense aux grandes plaidoiries, aujourd'hui, ils s'expriment vraiment comme des marchands de semelles de caoutchouc, ça ne va pas du tout..."

 

Quel vibrant éloge des mots et de la langue !

Magnifique éloge dans lequel Sylvain Tesson use d'un langage imagé, poétique !

Un éloge au cours duquel il magnifie les sonorités, chuintantes, sifflantes, gutturales, dentales... un éloge où il dévoile son amour pour la langue française, sa diversité, ses richesses, ses différents registres...

Célébrons les mots !

 Ecoutez le nom de l'aurore, aussitôt apparaissent des teintes dorées et roses d'une matinée transparente et claire... Entendez le mot "pécore" et vous voyez aussitôt la prétention, la sottise de celle qui parle à tort et à travers.

 

Les mots nous parlent d'autant plus qu'ils nous sont inconnus ou mystérieux : "amarante, cinabre, synecdoque, cicindèle." Les mots offrent, alors, une beauté exotique et lointaine qu'on a envie de découvrir comme de nouvelles terres, de nouvelles conquêtes, des territoires inexplorés.

 

Les mots se répondent aussi, se parlent entre eux, ils s'associent, se marient ou se contrarient. Le verbe, ou le mot par excellence, l'adverbe, le verbiage se fondent harmonieusement. L'homonyme, le synonyme, l'anonyme et l'antonyme forment une symbiose parfaite, une famille de mots inséparables.

 

 

Source :

https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/la-grande-librairie-saison-14/3342676-emission-speciale-sylvain-tesson.html

 

 

 

Sylvain Tesson : "Il faut choyer, vénérer les mots !"
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29 avril 2022 5 29 /04 /avril /2022 11:36
Des pâtres silencieux dodelinaient dans la musique...

 

 

"Du joueur dans l'ombre, seules apparaissaient les mains : son corps, comme celui d'un dieu, était de l'autre côté de la nuit. Autour de lui, impondérable et souverain, des bûcherons, des pâtres silencieux dodelinaient dans la musique...  Au delà du foyer, le ventre de la guitare envoûtait toujours les bûcherons. Il en fluait un bruit gluant, moitié ronflement de ruisseau et voix d'arbre..."

 

 

Dans cet extrait du roman de Giono, Naissance de l'Odyssée, des paysans écoutent la musique d'une guitare et en suivent le rythme, en "dodelinant".

 

Ce verbe "dodeliner" qui signifie "se balancer doucement", est sans doute lié à l'expression enfantine "dodo" qui sert à bercer et à apaiser les jeunes enfants.

Duplication de la première syllabe du verbe "dormir", le mot "dodo' est utilisé dans des berceuses populaires connues de tous...

Le verbe "dodeliner", avec sa dentale redoublée, ses voyelles variées, traduit bien ce balancement régulier du corps, ce bercement léger.

Ce mot qui renvoie à un terme familier est rempli d'expressivité...

 

Dans l'extrait de Giono, les paysans semblent vibrer au rythme de la musique produite par une guitare. Avec ce verbe, on perçoit leurs mouvements réguliers et doux, on voit leurs gestes mesurés, on ressent aussi leur passion et leur intérêt pour cet air de guitare qui surgit de la nuit.

 

Ces bûcherons sont, d'ailleurs, silencieux, tout à l'écoute de la musique.

Ils semblent même imprégnés de cet air de guitare, car ils dodelinent "dans la musique."

 

Ce beau verbe expressif, à la dentale redondante, nous emporte dans le monde de l'enfance, des berceuses d'autrefois, pleines de simplicité, de charmes...

 

Il nous fait entrevoir des attitudes familières et courantes : une tête qui dodeline au son d'une musique entraînante, une envie de se laisser bercer par des airs que l'on aime.

 

Ce verbe, aux voyelles distinctes, le "o" ouvert, le "i" plus aigu et fermé, le "e", plus neutre restitue bien une sorte de mélodie variée qui incite à un bercement léger et régulier.

 

Ce verbe nous séduit par ses sonorités et par les images qu'il suscite : doux balancements de palmes, une harmonie rythmique, des chansons qui envoûtent, qui font rêver...

 

Giono nous montre un moment magique de communion autour d'une musique : on entre dans le choeur de ces bûcherons sensibles à un air de guitare...

 

 

  
 

 

 

 

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23 avril 2022 6 23 /04 /avril /2022 08:50
Le château était un de ces bâtiments, mélange de grandeur et de mélancolie...


"Le château dans lequel mon domestique s’était avisé de pénétrer de force, plutôt que de me permettre, déplorablement blessé comme je l’étais, de passer une nuit en plein air, était un de ces bâtiments, mélange de grandeur et de mélancolie, qui ont si longtemps dressé leurs fronts sourcilleux au milieu des Apennins, aussi bien dans la réalité que dans l’imagination de mistress Radcliffe. Selon toute apparence, il avait été temporairement et tout récemment abandonné. Nous nous installâmes dans une des chambres les plus petites et les moins somptueusement meublées. Elle était située dans une tour écartée du bâtiment. Sa décoration était riche, mais antique et délabrée. Les murs étaient tendus de tapisseries et décorés de nombreux trophées héraldiques de toute forme, ainsi que d’une quantité vraiment prodigieuse de peintures modernes..."

 

C'est ainsi que Edgar Alan Poe décrit un château abandonné au début de la nouvelle intitulée Le portrait ovale...

Le château ! C'est le lieu des récits de notre enfance, des livres d'histoire, des contes de fées...

Lieu par excellence du fantastique, lieu de mystères, lieu chargé de passé, d'histoire, le château fascine : les tours hautaines, avec leurs meurtrières ténues, étroites, impressionnent.

La grandeur des lieux, la hauteur des murailles suscitent, à la fois, admiration, fascination et frayeur...

 

A l'intérieur, on admire des cheminées imposantes, des décors somptueux, des meubles massifs et lourds, de grands miroirs qui reflètent la lumière...

Le château évoque le luxe, l'abondance : on est ébloui par des tapisseries d'un autre temps, des salles immenses où l'on se perd, des portraits de personnages illustres qui ornent les murs de pierre.

 

Le château évoque aussi les culs de basse fosse, des endroits secrets, cachés, obscurs, où étaient enfermés des rebelles hors la loi, souvent de pauvres gens.

Le château fait surgir des images de fantômes, des apparitions mystérieuses, inquiétantes... On songe à tant de récits fantastiques, le portrait ovale de E A Poe, Le chevalier double de Théophile Gautier, tant de récits troublants, envoûtants qui nous emmènent au bord du rêve...

 

Le mot lui-même est ancien : issu du latin "castellum", qui désignait le "fortin", ce nom lui-même n'est-il pas étonnant, malgré son air familier ?

Avec son accent circonflexe, venu de la consonne "s" disparue, le château revêt une dimension encore plus étrange et mystérieuse.

La chuintante initiale, la dentale "t" forment un ensemble à la fois doux et éclatant... Les deux sons voyelles "a" et "o" semblent suggérer toute l'admiration que suscitent ces lieux.

 

Le château n'est-il pas plein de charmes ? Les créneaux, les tours, les tourelles, les ponts levis, les échauguettes, tous ces mots ne sont-ils pas, en eux mêmes, empreints de mystères ?

C'est comme si l'accent de ce mot l'auréolait, aussi, d'étrangetés, cet accent nous fait voir le sommet des tourelles, des vertiges de hauteurs !

 

Le château peut être parfois château de sable, et il fait encore rêver à un monde de lumières, aux vacances, au bord de la mer, à des châteaux éphémères que les vagues dispersent....

 

Le château représente aussi un monde d'illusion, quand on se met à "faire des châteaux en Espagne"....

"Qui ne fait châteaux en Espagne ?", écrivait La Fontaine, qui ne rêve pas d'un avenir meilleur et plus souriant ?

 

 

 


 

 

Photos : Pixabay

Le château était un de ces bâtiments, mélange de grandeur et de mélancolie...
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10 novembre 2021 3 10 /11 /novembre /2021 11:10
La calligraphie est l'algèbre de l'âme...

 

"La calligraphie est l'algèbre de l'âme tracée par l'organe le plus spiritualisé du corps, sa main droite. Elle est la célébration de l'invisible par le visible."

Voilà une belle définition de la calligraphie que l'on doit à Michel Tournier, dans son roman intitulé La goutte d'or.
 

 

L'art de la calligraphie tend à disparaître : de plus en plus, le clavier remplace l'écriture manuelle, le travail patient de la main qui trace des pleins et des déliés....

Arrondis, boucles, arabesques, l'écriture trace des motifs qui sont, parfois, de véritables oeuvres d'art...

 

Le mot lui-même, plein d'élégance, révèle des sonorités contrastées de gutturales assez dures, "k", "g", "r", qui s'adoucissent en une fricative finale "f".

Les voyelles "a" et "i" bien distinctes peuvent traduire la diversité des formes tracées sur la feuille de papier...

 

Ce mot très ancien remonte au grec, "καλλιγραφία, kalligraphía" étymologiquement, "la belle écriture"... La calligraphie est, dès les origines, liée à l'idée de beauté et d'harmonie...

"Calligramme, calliphlox, callipyge, hémérocalle", tous ces mots contiennent l'idée de beauté et viennent de ce mot ancien : "κάλλος kállos, la beauté..."

 

Calligraphie persane, extrême orientale, ou latine ont donné lieu à des chefs d'oeuvre...

L'écriture déroule et fait tourbillonner des arabesques, de vagues, des volutes, des envols de brumes... Les motifs virevoltent, éblouissants...

On perçoit le trait, toute l'habileté de l'artiste qui a peint ces dessins, écriture et oeuvres d'art se mêlent sur ces pages dignes de la technique d'un peintre...

 

Avant l'apparition de l'imprimerie, les livres étaient des manuscrits, copiés par des moines dans des ateliers, ils étaient aussi décorés par des enlumineurs...

Ainsi, au Moyen-Age, le livre d'Heures connut un immense succès , c'était un ouvrage de piété personnelle, avec un calendrier, des prières, des extraits de l'Evangile, des litanies des saints...

 

Des enroulements de feuilles, des fleurs, des oiseaux accompagnent les calligraphies des copistes, dans un ensemble harmonieux...

Quel travail patient et minutieux ! Que d'heures passées à décorer ces pages, à les illustrer, à les embellir de ces écritures savamment ouvragées !

 

La calligraphie semble appartenir à un temps révolu, surtout avec l'apparition d'internet et son développement...

"Les mains n'ont plus rien à faire dans un monde numérisé... Dans ces conditions, quel destin peut-on imaginer pour nos mains, de plus en plus dépourvues de fonctions ? Avec le visiocasque, il sera possible d'effectuer n'importe quelle recherche et d'établir toutes sortes de communications grâce à des ordres dictés directement par la voix ou par l'oeil, sans le moindre mouvement de la main, ni même du doigt.", écrit Konrad Paul Liessmann dans son ouvrage La haine de la culture.

 

Pourtant, certains passionnés s'adonnent encore à l'art de la calligraphie, il existe des cours de calligraphie qui permettent de retrouver cet art ancien, si riche, si précieux...

 

 

 

 

 

 

La calligraphie est l'algèbre de l'âme...
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23 août 2021 1 23 /08 /août /2021 09:33
La fin des "journées du patrimoine" en Belgique...

 

Non, ce n'est pas une histoire belge, ce n'est pas une blague belge... on annonce la fin des "Journées du patrimoine" à Bruxelles, en Belgique. Pas l’événement en tant que tel, mais sa dénomination !

Le terme "patrimoine" étant jugé sexiste, voire peu inclusif, les autorités bruxelloises, notamment le secrétaire d’État chargé de l’Urbanisme et du Patrimoine, Pascal Smet, et l’administration ont décidé de les rebaptiser "Heritage Days", rapporte le média francophone La Libre , mercredi 18 août.

L’appellation "patrimoine" renvoie, en effet, à l’héritage transmis par le père, selon le secrétaire d’État, le mot patrimoine venant du latin "pater", "le père".

 

Mais, au nom de l'inclusion, à quelles dérives se livre-t-on ?

Faudrait-il ne plus utiliser aussi les mots "patrie, expatrier, rapatrier, patronyme" ?

 

Que dire aussi de l'emploi d'une expression anglaise "Heritage Days" pour remplacer le joli mot venu du latin "patrimoine" ?

Faut-il renier notre histoire, notre langue, notre culture ?

Alors que la langue anglaise s'impose toujours un peu plus sur internet, alors qu'elle se fait de plus en plus présente sur les affiches, dans le langage publicitaire, il faut refuser ces intrusions.

 

On assiste à une véritable invasion de la langue anglaise sur internet : les publicitaires ont constamment recours à des termes venus d'outre-Manche...

"French days, it-shoes, slingback, fashion news, sense of seduction, battle de look, sun is back, c'est le moment de shopper..." j'en passe et des meilleures...

 

Quelle est cette mode stupide à laquelle les gens se conforment ?

Notre chef de l'état lui-même, Emmanuel Macon a volontiers recours à des termes anglais.

 

Avec la crise du coronavirus, on a vu  aussi se développer et se multiplier nombre d'anglicismes...

Avant l'épidémie, nous n'avions jamais entendu ce terme "cluster" utilisé dans le jargon scientifique. Les hommes politiques l'ont rapidement adopté.

Les mots "care", "tracking" sont aussi à la mode...

 

Quant à la mode "inclusive", à la culture victimaire, elle envahit aussi tous les secteurs de la société : l'orthographe devrait être plus inclusive, nous dit-on ..."le racisme dominerait dans l'art, l'école, la musique classique, trop blanche et inadaptée à la diversité ethnique...", comme l'écrit Pascal Bruckner.

Un pur délire !

"Voir du racisme ou du sexisme partout, c'est vivre dans un univers paranoïaque", comme l'écrit fort justement le politologue Pierre-André Taguieff.

 

 

 

 

Source :

 

https://www.lepoint.fr/europe/belgique-pas-assez-inclusives-les-journees-du-patrimoine-rebaptiseesbelgique-pas-assez-inclusives-les-journees-du-patrimoine-rebaptisees-19-08-2021-2439494_2626.php

La fin des "journées du patrimoine" en Belgique...
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4 juin 2021 5 04 /06 /juin /2021 11:25
L'aubépine en fleur fut mon premier alphabet...

 

"L'aubépine en fleur fut mon premier alphabet.", a écrit René Char, "lui qui est né à l'Isle-sur-Sorgue, bourg vauclusien où tournent, inlassables, de grandes roues de bois moussu sur les multiples bras de la Sorgue qui traverse la ville. Une partie de l'œuvre de René Char est ha­bitée par ce pays de Provence et y prend source..."

 

L'aube et l'épine réunies en un seul mot ! Belle association ! L'aubépine nous fait rêver à des aurores naissantes, à la lumière qui marque le début du jour, à la blancheur de l'aube qui réveille le monde, et voit s'épanouir de nouvelles couleurs...

 

"Alba spina", "la blanche épine" suscite notre admiration : fleurs blanches, très lumineuses, éclaboussées de petits pistils bondissants, aux couleurs de xanthe, épines acérées, sauvages, l'aubépine fleurit dans la nature.

 

Eclats de blancs sur le feuillage, embruns lumineux, la fleur et le mot rayonnent, éclairent le monde ! 

Albe fleur spineuse ! Douces lueurs d'aubépine !

 

Issue de deux mots latins "alba" et " spina", l'aubépine signifie, donc, étymologiquement la "blanche épine"....

 

"Albatros, aube, album, aubade, Albion, albumine" : de nombreux mots contiennent le même radical évoquant l'idée de lumière, de blancheur...

 

L'aubépine, arbuste méditerranéen, se caractérise par ses petites fleurs blanches.

 

Avec ses consonnes labiales sonore et sourde, "b" et "p", ses voyelles variées, le mot resplendit de sonorités éclatantes.

 

Espèce sauvage, l'aubépine, symbole de liberté, d'élégance, aux fleurs blanches pleines de délicatesse attire tous les regards...

Mais, la blanche épine, espèce rebelle, couverte d'épines acérées ne se laisse pas facilement approcher.

Proche de l'églantier, de la rose sauvage, l'aubépine se couvre comme elle d'aiguilles acérées...

 

L'églantier qui appartient à la même famille se caractérise, aussi, par ses aiguilles... Le mot comporte encore un radical latin "aculeus" qui désigne un aiguillon, un dard...

 

 

L'aubépine évoque, forcément, des images d'aube naissante, le point du jour qui s'éveille, une lumière qui surgit, dans des éclats de rose et de blanc.

L'aubépine devient l'image de "l'aurore aux doigts de rose"....

La blancheur de l'aubépine, sa luminosité suggèrent des visions de pureté, de limpidité, de candeur éclatante....

Comme la blancheur du lys, du gardénia, de la fleur de syrinx, et de tant de fleurs : anémone, cattleya, ipomée, fleur de lune, narcisse, anthémis, fleurs blanches de l'aube....

 

 

 

 

Photos : Pixabay

L'aubépine en fleur fut mon premier alphabet...
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21 mai 2021 5 21 /05 /mai /2021 09:14
Moutons, canaille, sotte espèce !

 

- "Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Eh bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d'honneur."

 

Tel est le discours du renard dans la fable Les Animaux malades de la peste... 

La Fontaine, dans cette fable,  met en scène un procès truqué au cours duquel on cherche un coupable, une victime expiatoire, lorsqu'une maladie, la peste, se déclare. Le lion, le Roi des animaux vient d'avouer qu'il a dévoré "force moutons" et qu'il lui est même arrivé de manger le berger...

Mais le Renard, en courtisan rusé, le disculpe : il n'a fait que dévorer de "la canaille".

 

"Canaille, racaille, valetaille, marmaille", autant de termes péjoratifs qui comportent la même finale, à valeur dévalorisante...

 

Ainsi, Maupassant écrit au début de la nouvelle intitulée "Aux champs" : "Les deux chaumières étaient côte à côte, au pied d'une colline, proches d'une petite ville de bains. Les deux paysans besognaient dur sur la terre inféconde pour élever tous leurs petits. Chaque ménage en avait quatre. Devant les deux portes voisines, toute la marmaille grouillait du matin au soir."

 

Ces noms ont, de plus, une valeur collective et englobent plusieurs personnes...

Ces mots résonnent, pourtant de sonorités éblouissantes : voyelle "a" réitérée, gutturales variées, dentale, fricative...

Ces mots appartiennent souvent au peuple et désignent parfois, le peuple...

"La canaille" désigne la "vile populace", le petit peuple souvent méprisé par les grands de ce monde...

 

"La marmaille" s'applique à un groupe d'enfants souvent modestes, pauvres, sans ressources.

 

J'aime ces mots familiers et populaires, j'aime leurs éclats, leur gouaille !

 

La canaille est pourtant un terme à l'origine péjoratif : formé sur le mot  latin "canis", le chien, ce terme renvoie au monde animal, par l'emploi de ce mot, l'homme est ravalé au rang d'un animal, méprisé, avili...

Ce terme plein d'expressivité dans son radical, avec le suffixe -aille dit l'essentiel : un certain mépris pour le peuple, la piétaille !!

 

Bien sûr, il existe, aussi, de vraies "canailles", des bandits, des escrocs de bas étage : eux méritent le mépris et le rejet....

 

Ce mot oscille entre sympathie et dégoût : formation populaire, il fait tout de même résonner la voix du peuple, on entend ce langage haut en couleurs qui est celui du peuple !

 

"Bafouille, bâfrer, bastonner, cagnard, clébard, emmouscailler, décarcasser... flicaille, rouste, mariole, mouscaille, etc."

Que de mots évocateurs ! On aime ces sonorités familières, ce verbe populaire, celui de Céline et de Rabelais...

 

On apprécie ce parler qui rayonne, qui nous charme de mots différents : on perçoit, là, une vraie inventivité dans les suffixations, les sonorités....

Ces mots chantent, et disent la voix du peuple.

Ces mots reflètent aussi les difficultés du peuple déconsidéré, mis à mal, déprécié...

 

 

 

 

 

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28 avril 2021 3 28 /04 /avril /2021 08:41
Le monde n'a jamais manqué de Charlatans...


 

"Le monde n'a jamais manqué de Charlatans : 
       Cette science, de tout temps,
       Fut en Professeurs très fertile.
 Tantôt l'un en théâtre affronte l'Achéron, 
       Et l'autre affiche par la ville
       Qu'il est un passe-Cicéron." 
       

 

Tel est le début de la fable de La Fontaine, intitulé Le Charlatan : l'auteur y dépeint un beau parleur qui trompe son monde et s'en amuse....
  

Le mot "charlatan" nous fait entendre toute la roublardise de celui qui parle ; il a la "tchatche", le charlatan...Il nous berce de mots illusoires et trompeurs...

Le mot lui-même, avec la chuintante initiale pleine de douceurs, sa voyelle réitérée "a" qui souligne un flot continu de paroles, sa gutturale "r", assez rude, la dentale "t" éclatante suggère bien toute la rouerie du charlatan...

La voyelle nasalisée "an", à la fin du mot montre aussi toute la duplicité du personnage qui parvient à vous emporter dans ses mensonges illusoires !

 

Le charlatan nous éblouit de mots étonnants, il nous subjugue dans des enroulements de phrases qui n'en finissent pas.

Voilà un mot qui nous parle, par ses sonorités, un mot qui résonne d'éclats variés et redondants en même temps !

 

Le charlatan aime redire, il goûte les mots, les enchante de ses envolées de phrases.

Quel mot éloquent ! Un mot comme je les aime, si évocateur !

Ce nom est emprunté à l'italien "ciarlatano, charlatan", issu du verbe "ciarlare, bavarder, jaser".

 

Vendeur ambulant de toutes sortes de produits qu’il débite en déballant toutes sortes de boniments sur les places publiques, le charlatan fait beaucoup de bruits.

Il fait rayonner des discours tonitruants, il use d'hyperboles, de termes élogieux pour vanter sa marchandise...

Personnage haut en couleurs, plein de faconde, le charlatan s'apparente à un bateleur qui joue des rôles, interpelle le public, attire l'attention par toutes sortes de moyens...

 

Le mot a pris, aussi, un sens péjoratif, il désigne une personne qui abuse de la crédulité des gens, qui leur soutire même de l'argent, en abusant de leur naïveté...

Le charlatanisme a encore de beaux jours devant lui : rebouteux, magiciens, mages connaissent encore bien du succès de nos jours...

 

Ainsi, en temps de pandémie, de nombreux charlatans profitent du Covid pour tromper leur monde...

Leurs remèdes sont illusoires : on pourrait se protéger du Covid-19 en jeûnant, en buvant des tisanes ou en prenant des bains froids : la peur engendrée par la crise sanitaire actuelle sert de terreau aux arnaques et aux dérives sectaires.

"Le coronavirus a été un accélérateur du complotisme, notamment lié à la santé", déplore Tristan Mendès France, maître de conférences à l'Université de Paris et spécialiste des cultures numériques.

Il faut dire que les messages contradictoires de nos gouvernants, leurs incertitudes, notamment sur l'efficacité du port du masque, ont largement contribué à l'explosion des théories du complot.

Les fausses nouvelles médicales ont proliféré. L'automédication à la chloroquine a provoqué des décès et des placements en réanimation.


 

Le charlatan sait user du langage pour "rouler" les autres, ce beau parleur peut être, parfois, intéressé et dangereux.

 

Mais comment ne pas aimer ce mot "le charlatan", aux origines italiennes si parlantes, aux sonorités si éclatantes et révélatrices ?

Quel mot ! Quelles résonances !

 

 

La fable de La Fontaine :

 

http://www.la-fontaine-ch-thierry.net/charlatan.htm

 

Source :

 

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/enquete-ces-coachs-et-therapeutes-qui-profitent-du-covid-19_4343305.html

  

 
 


 

Le monde n'a jamais manqué de Charlatans...
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26 avril 2021 1 26 /04 /avril /2021 11:05
La culture victimaire : l'orthographe clouée au pilori...

 

 

Pénaliser les élèves qui ne maîtrisent pas l'orthographe ? Ce serait là "une pratique élitiste et excluante", selon l'université de Hull, en Angleterre.

Cette faculté anglaise a enjoint à ses enseignants de ne pas sanctionner les erreurs à l'écrit des élèves. Une manière de "décoloniser" le programme scolaire et d'assurer l'égalité des chances entre les étudiants.

Le langage académique reposerait sur un mode d'expression "homogène, nord européen, blanc, masculin, élitiste et dépendant d'un haut niveau de maîtrise technique de l'anglais écrit et oral."

 

Mais, enfin, négliger l'orthographe, la grammaire, c'est faire fi de toute une culture, tout un passé.


Depuis des années, l'enseignement de l'orthographe a été négligé, en France : faut-il donc s'étonner de voir des adultes diplômés méconnaître les règles élémentaires de l'orthographe et de la grammaire ?

L'orthographe est pourtant un code essentiel : il assure la compréhension d'un texte.

Bien sûr, ce code exige des efforts dans son apprentissage : il faut mémoriser des règles, des mots. Ces efforts seraient-ils superflus ?


Un texte mal orthographié offre peu de lisibilité, est parfois incompréhensible : langage internet, abréviations, grosses fautes d'accord, mots déformés, mal utilisés, barbarismes, solécismes nuisent à une bonne compréhension du message.

 

La cancel culture fait des ravages : même la langue n'est pas épargnée.

Comme l'écrit Pascal Bruckner, "Les difficultés de la langue française sont, comme dans les années 1990-1991, vues par certains comme "une insulte à l'égalité" pour toutes les personnes d'origine immigrée."

"Le racisme dominerait dans l'art, l'école, la musique classique, trop blanche et inadaptée à la diversité ethnique..."

 

Mais où en arrive-t-on ?

Notre langue est issue d'un long passé historique : c'est un témoignage précieux de tous ceux qui nous ont précédés.

D'ailleurs, notre langue française est faite de différents apports culturels : c'est ce qui en fait la richesse, une forme de diversité.

Il y a bien sûr, l'apport de la culture gréco-latine, mais aussi de nombreux emprunts linguistiques. Dès le début de son existence, vers le XIe siècle, l'ancien français a commencé à emprunter des mots à l'arabe, à l'allemand, au néerlandais, à l'italien, etc. Dans la Gaule soumise par les Francs, le gallo-roman a massivement emprunté à la langue franque appelée «germanique». Tout au long de son histoire, le français a emprunté des milliers de mots à plusieurs autres langues, mais il en a aussi donné à d'autres avec lesquelles il a été en contact.

 

Ce n'est pas par hasard si le mot "orthographe" s'écrit de cette façon : le mot vient, bien sûr, du grec ancien avec ses graphies caractéristiques : "th, ph".

Il est essentiel de distinguer dans la graphie ces homophones : "c'est, s'est, ces, ses, sais, sait" ou encore : "m'as, m'a, ma, mat".

Ne pas le faire contribue à brouiller les messages.

Et on pourrait multiplier les exemples !

 

 

https://www.lepoint.fr/societe/les-professeurs-ne-devraient-pas-sanctionner-les-fautes-d-orthographe-13-04-2021-2422106_23.php

 

 

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