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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 11:56
Comment propager l'ignorance ?

 

 

 

 

Comment propager l'ignorance ? De plus en plus, les enfants, les adolescents ne maîtrisent plus la grammaire française, l'orthographe, disciplines tombées en disgrâce depuis nombre d'années.

Or, la langue, tout le monde le sait, est le support de la pensée, elle est essentielle pour exprimer des idées et comprendre le monde.

 

Les élèves d'aujourd'hui disposent, pourtant, d'outils merveilleux pour accéder à la connaissance : internet, les ordinateurs, les tablettes, les portables... Ils peuvent très rapidement se connecter et trouver toutes sortes d'informations sur toutes sortes de sujets.

Mais encore faut-il comprendre ces informations, les trier, les analyser.

 

Chaque année, le taux de réussite du baccalauréat bat des records : on a tendance à brader ce diplôme de fin de cycle.

Chaque année, les inspecteurs donnent des consignes d'indulgence très strictes aux enseignants chargés de corriger le baccalauréat.

 

Dès lors, ce diplôme est considérablement dévalorisé : on donne aux jeunes gens l'illusion de la connaissance, mais arrivés sur les bancs de l'université, un grand nombre d'entre eux échouent dans leurs études.

Une façon, encore, de propager et de cultiver l'ignorance.

 

Les adolescents, sûrs de maîtriser le savoir grâce à internet, en viennent à refuser toute notion d'effort et d'apprentissage.

Et le système les encourage dans ce sens.

Il faut de plus en plus aplanir les difficultés qui se présentent devant eux : l'orthographe est trop complexe et difficile, on va la simplifier.

La grammaire est trop rébarbative, il suffit de la passer sous silence.

Le latin et le grec, jugés très ardus, seront purement et simplement sacrifiés sur l'autel de la facilité et de la paresse.

Par ailleurs, dorénavant, les enseignants sont invités à pratiquer l'évaluation positive : il faut, à tout prix, valoriser les copies, éviter les notes "humiliantes".

Il faut donc donner l'illusion de la connaissance et du savoir.

Et c'est bien ainsi qu'on propage l'ignorance, c'est bien ainsi que l'on asservit les individus, qu'on les rend passifs.

C'est ainsi que les gens ne réfléchissent plus, se soumettent au règne des machines.

 

L'ignorance serait-elle devenue un moyen pour annihiler la volonté des peuples, pour les transformer en robots sans âme ?

La nouvelle réforme des collèges va accorder une large place aux EPI, enseignements pratiques interdisciplinaires qui se veulent attractifs et ludiques.

Mais on voit bien que des élèves qui ne maîtrisent pas les connaissances de base ne peuvent tirer profit de ces pratiques interdisciplinaires.

On sert aux élèves de la poudre aux yeux, une illusion de savoir : comment mêler plusieurs disciplines quand on ne les a pas vraiment assimilées ?

 

On va inéluctablement entraîner un émiettement des savoirs, préjudiciable aux "apprenants". J'utilise volontairement ce néologisme, synonyme jargonnant du mot "élèves".

Et, au fond, ce vocabulaire est très révélateur : il ne s'agit plus de hisser les jeunes vers la connaissance, il faut qu'ils apprennent d'eux-mêmes.

 

Mais comment apprendre si l'on ne maîtrise pas les outils élémentaires de la connaissance : une syntaxe élémentaire, un vocabulaire riche et varié ?

La pratique raisonnée de la langue est essentielle pour comprendre des textes et en percevoir toutes les subtilités : si l'on ne sait pas reconnaître le mode conditionnel, le subjonctif, l'impératif, on ne peut analyser correctement des textes littéraires.

Comment avoir envie d'apprendre quand tous les obstacles sont aplanis ?

Notre système éducatif doit être réformé, afin de redonner une véritable place à la culture, à la notion d'effort indispensable pour tous les apprentissages.

 

 

 

 

Comment propager l'ignorance ?
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2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 15:02
Voici revenue la saison des potirons et potimarrons...

 

 

 

Voici revenue la saison des potirons et des potimarrons... Tout un programme avec ces noms de légumes aux sonorités variées de labiale, dentale, gutturale...

Ces mots qui s'arrondissent de leurs voyelles "o", ces mots qui évoquent des rondeurs de fruits épanouis.

 

Les potirons nous émerveillent de leurs couleurs dorées, de leurs éclats d'orange vif...

Des couleurs de rouille, de xanthe surgissent, cerclées de blanc...

Des formes généreuses s'épanouissent.

 

A l'intérieur, la chair dorée révèle des teintes éclatantes encore, des senteurs douces et sereines, des graines d'un jaune pâle, dans des ravines et des effondrements.

De la famille des cucurbitacés, comme la citrouille et la courge, le potimarrron éclaire les journées d'automne de ses éclats de couleurs vives.

 

Et quel goût raffiné ! Un suc délicat de châtaignes...

 

La surface du fruit fait briller des miroirs, de légères aspérités apparaissent, de petits cratères.

 

Potirons, potimarrons, citrouilles, cucurbitacés... tous ces noms remplis d'expressivité semblent mimer les formes mêmes de ces fruits de l'automne : on entevoit des rondeurs, des épanouissements, des épanchements de couleurs.

 

Redondances dans les sonorités, éclats solaires de palatales, mots qui rebondissent et s'étirent dans des tourbillons de consonnes variées.

Quelle bonhomie dans ces termes !

Ils nous amusent, nous font sourire, nous annoncent toutes les couleurs bigarrées de l'automne.

On en perçoit toute la poésie, tant ils éveillent en nous des images : couleurs réitérées, formes apaisantes, cercles de lumières...

 

 

 

 

Photos : Pixabay et rosemar

Voici revenue la saison des potirons et potimarrons...
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27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 12:21
Quand internet déboule dans le Robert...

 

 

 

Le vocabulaire révèle une société et la nôtre est de plus en plus "vampirisée" par internet.

De nouveaux mots liés à cette technologie apparaissent ainsi et sont désormais entrés dans les dictionnaires : la "twittosphère", ou "communauté des personnes qui postent des tweets et de celles qui les lisent", les "youtubeurs et youtubeuses" qui publient leurs propres vidéos sur le site YouTube... le verbe "geeker", qui signifie passer du temps devant un ordinateur, et "l'émoji", cette petite image qui sert à exprimer une émotion, rire, mécontentement, colère, étonnement...

Les mots du web s'emparent des dictionnaires, Robert et Larousse...

Internet est en train de bouleverser le monde du travail, des loisirs, la vie des gens.

Désormais, nous écoutons de la musique sur internet, nous communiquons de plus en plus sur internet, nous nous informons sur internet et nous travaillons avec internet.

Une révolution qui bouleverse toutes nos habitudes...

Le temps passé sur internet ne cesse de croître, les jeunes ne quittent presque jamais leur portable : on les voit dans la rue, le portable à la main, les écouteurs dans les oreilles, ils en oublient d'observer le monde extérieur...

Les addictions à internet se multiplient, créant une dépendance parfois dangereuse...

Internet devient une drogue dont on ne peut plus se passer : il suffit d'une simple panne pour éprouver un manque.

Les applications liées à ce média sont nombreuses, elles se diversifient tous les jours.

Les verbes "twitter, liker" font désormais partie de notre vocabulaire....

Il faut voir avec quelle dextérité les jeunes utlisent leur portable, ils manient cet outil avec aisance et ne peuvent plus s'en passer.

La révolution internet a commencé et ce n'est que le début de cette invasion d'objets connectés de toutes sortes : matelas, montres, chaussures, lampes, meubles....
Jusqu'où ira-t-on dans cette course frénétique à l'innovation et au progrès ?


Pour ma part, je n'ai guère envie de dormir sur une housse de matelas connecté, ni de posséder une montre connectée.

Mais je poste, désormais, des vidéos sur you-tube : je suis devenue "youtubeuse"...

Mais j'écoute de la musique sur mon ordinateur et j'utilise de plus en plus internet comme beaucoup de français.

De plus, la société elle-même nous contraint à faire ce choix d'internet : bientôt les déclarations d'impôts passeront par le web et peu de gens pourront y échapper, car des sanctions seront prévues.

Il existe bien quelques réfractaires à cette technologie mais ils sont plutôt rares, car internet nous offre tant de possibilités dans la communication, le domaine des loisirs, l'information...


 


 

Quand internet déboule dans le Robert...
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26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 16:10
La saison du bonheur des vendanges...

 

 


C'est la saison des vendanges, le temps de récolter le vin nouveau ! Des grappes de fruits dorés, aux teintes de pourpre sombre s'offrent à nous...

Les fruits ronds s'alourdissent des chaleurs de l'été finissant.

C'est le moment de la fructification, du bonheur de la récolte, savamment préparée, c'est la promesse de vins nouveaux et chaleureux...

Les vignes chargées de fruits déroulent des grappes aux teintes bleutées, aux couleurs de soleil et de lumières.
Les grains forment des cascades...des ruisseaux ondoyants où s'étagent les fruits... 
L'automne ! La saison du bonheur des vendanges !

Le mot danse grâce à sa voyelle nasalisée redoublée, il évoque la joie, le plaisir de la récolte nouvelle qui s'annonce...

Les différentes consonnes, fricative initiale, dentale "d", chuintante "g" nous disent tant d'éclats emplis de douceur...

Les vendanges... le mot souvent au pluriel traduit aussi une abondance, il annonce une générosité, une prodigalité.

Les romantiques ont souvent décrit l'automne comme la saison du déclin, et de la mélancolie. Mais c'était oublier que l'automne est aussi la saison des vendanges, associées au vin nouveau... Le vin qui symbolise la vie, parfois la connaissance, notamment dans l'oeuvre de Rabelais...

Le mot a, bien sûr, des origines lointaines : on ne s'en étonnera pas, les grecs, les romains pratiquaient la culture de la vigne.
 Les vins étaient, pour les romains, adeptes de Bacchus, un breuvage sacré, un nectar digne des dieux.


Le mot vient du latin "vindemia", terme composé de deux radicaux : "vinum", le vin, et un verbe "demo" qui signifie "prendre, retirer".

"Prendre le vin" ! récolter cette moisson de nectars attachés à des terroirs si nombreux et divers...

"Le vin, la vigne, les vendanges", tous ces mots ont un ancêtre commun : le nom qui désigne le vin, en grec ancien "woinos, oinos", de là viennent les termes savants : "oenologie, oenologue".

Le mot "vendémiaire" désignait, dans le calendrier républicain, le mois des vendanges qui allait du 22 septembre au 21 octobre... encore un joli mot rattaché au radical latin "vindemia'...

Bien sûr, depuis toujours, les vendanges sont soumises à des aléas climatiques : cette année, la chaleur tardive et intense de la fin du mois d'août, les orages, la grêle ont parfois anéanti des vignobles, réduisant à néant les efforts des paysans.

Les vignobles demandent un travail lent et patient, les vignes réclament des soins réguliers. Et les vendanges sont la récompense d'un dur labeur et d'un savoir ancestral.

Les vendanges représentent la fête du vin nouveau, elles évoquent des images lumineuses de fruits mûris au soleil, elles ouvrent la douce saison de l'automne... 


 

 

 

 

 

Photos : Pixabay

La saison du bonheur des vendanges...
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24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 10:17
Avec le pampre de la vigne...

 

 

 

 

On se souvient de ces vers célèbres de Brassens, extraits de la chanson Dans l'eau de la claire fontaine...

 

"Avec le pampre de la vigne

Un bout de cotillon lui fis
Mais la belle était si petite
Qu’une seule feuille a suffi"...

 

 

Le mot "pampre"associé à la vigne fait surgir des images de plaisirs, et un certain hédonisme.

Le pampre... voilà un mot plein de sensualité et de charme, avec sa labiale réitérée, sa voyelle nasalisée, "am", avec une pointe d'âpreté que suggère la gutturale "r"...

Avec le pampre, on admire des feuilles, des fruits gorgés de soleil, des couleurs sombres ou éclatantes de noir, de xanthe...

Des grappes enroulent leurs grains autour des feuilles découpées, elles montrent des fruits serrés, denses...

Les fruits s'arrondissent, renvoyant la lumière, nimbés de nuées, ivres de sucs...

Les pampres forment des décors en arabesques, des tourbillons de feuilles, des enroulements sinueux qui envoûtent.

La voyelle nasalisée "an" suggère ces envols de feuilles...

Le pampre, c'est toute la poésie de la nature : branche, feuilles, fruits, couleurs...

Le pampre, c'est le vin, la gaieté, l'insouciance, les rires qui fusent.


Ce mot plein de résonances, évoque tant d'images de lumières : fruits mûrissants sous le soleil, fruits qui s'épanouissent et s'offrent à nous...

Les grappes s'écoulent comme des sources, elles épanchent leurs grains avec générosité...

Les feuilles forment des verdures abondantes autour des fruits, elles les enserrent, les entourent de leurs éclats découpés.

Les pampres évoquent la fête, le dieu Bacchus d'autrefois, les Bacchanales où le vin coulait à flots...

Le mot nous vient, ainsi, de l'antiquité : issu du latin "pampinus", à rapprocher du grec "ampélos, la vigne", ce terme ancien aux sonorités de labiale évoque des idées de séduction.


Le pampre contient le monde par ses formes, ses couleurs : nourriture, vin, rondeur des fruits, sources abondantes...






 Photo : Pixabay

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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 15:55
Léa et la quête des mots...

 

 


Léa n'avait jamais vu de livres dans la maison : ses parents n'en possédaient pas, ils vivaient pauvrement, et les livres ne faisaient pas partie de leur univers.

Un jour, pourtant, Léa ouvrit le tiroir d'une commode et découvrit l'objet, un livre unique, aux pages élimées, aux vieilles senteurs de papier...

Elle se mit à feuilleter l'ouvrage avec curiosité : partout, des dessins amusants, des aventures cocasses, des histoires surprenantes, des personnages étranges...
Une famille était mise en scène : la famille Fenouillard !

Le nom lui-même résonnait comme une caricature, il fleurait bon le canular.

Aussitôt, Léa se mit à lire avec avidité ce récit illustré : elle sourit devant les bêtises des deux fillettes, Artémise et Cunégonde. 
Les dessins, aussi, étaient des caricatures : Artémise et Cunégonde étaient affublées de chapeaux identiques et ridicules.

Artémise ! Cunégonde ! Des prénoms venus d'un autre monde, d'un autre temps ! Des prénoms aujourd'hui disparus.

Léa découvrit, alors, la magie des mots et des noms, elle comprit que chaque mot avait une résonance particulière et n'était pas choisi au hasard...
Elle saisit leur valeur, elle fut sensible à des sonorités, elle se mit à l'écoute des mots.

Dès lors, Léa s'intéressa aux mots, elle voulut en découvrir d'autres, elle se mit en quête, et elle décida de lire et de s'enrichir de mots nouveaux.
Elle lut Balzac, Flaubert, elle lut Zola, Racine, Molière, elle fut avide d'auteurs variés.

"Salammbô" ! Ce nom flamboyant et étrange la fit rêver... "La peau de chagrin" attira son attention, "La rabouilleuse" suscita, en elle, effroi et curiosité.
"La mare au diable" lui parut mystérieuse...

Et les mots contenus dans ces livres étaient, aussi, une fête : une variété infinie de noms, de verbes, d'adjectifs, des mots à découvrir, des mots à partager...

Léa comprit que cet univers était infini et que sa quête lui permettrait toujours de nouvelles découvertes, un bonheur de la curiosité...
Les mots lui offraient, ainsi, la possibilité de mieux saisir le monde, de mieux l'appréhender et l'apprécier.

Une fleur n'était plus une simple fleur : son nom lui donnait plus de valeur, plus de poésie et de tendresse.
Lilas, rose, jasmin, campanule, liseron, camélia, géranium... des mots évocateurs, empreints de douceurs...

Les noms des arbres étaient aussi un émerveillement : marronnier, châtaignier, tilleul, platane, pin, chêne, micocoulier...

Les noms des étoiles la fascinaient : Deneb, Aldébaran, Altaïr, Perséides, Alpha du centaure, Sirius...

Et même les mots les plus simples, les plus ordinaires se prêtaient à des découvertes, les noms des saisons, des fruits, des jours de la semaine, des nuages....

Ainsi, Léa put redécouvrir le monde à travers les mots : elle comprit leur importance, leur humanité, elle voulut en saisir les différents sens.

Elle comprit que les mots sont essentiels, car ils sont oeuvre humaine, chargés d'histoire, d'un passé ancien, ils sont l'essence de l'humanité, de la pensée, de la réflexion, du bonheur...




 

 

 

 

Léa et la quête des mots...
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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 15:56
Un poète d'autrefois : l'aède...

 

 

 

La langue grecque, par ses sonorités, ses graphies, n'est-elle pas, en elle-même, une ode à la poésie ? Et l'aède de l'antiquité symbolise tout un univers poétique...

 

Voici un extrait de l'Odyssée qui illustre bien le rôle essentiel de ces poètes du passé, que l'on appelait des aèdes :

 

Ἀλκίνοε κρεῖον, πάντων ἀριδείκετε λαῶν,
ἦ τοι μὲν τόδε καλὸν ἀκουέμεν ἐστὶν ἀοιδοῦ
τοιοῦδ', οἷος ὅδ' ἐστί, θεοῖσ' ἐναλίγκιος αὐδήν.
οὐ γὰρ ἐγώ γέ τί φημι τέλος χαριέστερον εἶναι
ἢ ὅτ' ἐϋφροσύνη μὲν ἔχῃ κάτα δῆμον ἅπαντα,
δαιτυμόνες δ' ἀνὰ δώματ' ἀκουάζωνται ἀοιδοῦ
ἥμενοι ἑξείης, παρὰ δὲ πλήθωσι τράπεζαι
σίτου καὶ κρειῶν, μέθυ δ' ἐκ κρητῆρος ἀφύσσων
οἰνοχόος φορέῃσι καὶ ἐγχείῃ δεπάεσσι·


 "Roi Alkinoos, le plus illustre de tous les peuples, il est doux d'écouter un aède tel que celui-ci, semblable aux dieux par la voix. Je ne pense pas que rien soit plus agréable. La joie saisit tout ce peuple, et tes convives, assis en rang dans ta demeure, écoutent l'aède. Et les tables sont chargées de pain et de chairs, et l'échanson, puisant le vin dans le cratère, en remplit les coupes et le distribue...", ainsi parle Ulysse, dans un extrait du chant IX de l'Odyssée...




Le mot "aède" évoque immanquablement l'antiquité grecque, le poète Homère, des oeuvres qui sont à l'origine de notre littérature, deux épopées illustres : L'Iliade et l'Odyssée...

L'aède est à la fois poète et chanteur : il accompagne ses poèmes, au son d'un instrument de musique, une cithare ou une lyre.

Le mot vient du verbe grec "
ἀείδω,aeido, ou ado, chanter"... 


Ce radical est à l'origine de nombreux autres mots français, même si on ne le perçoit pas toujours : "l'ode, la mélodie, la tragédie, la comédie, la monodie" comportent ce même radical, avec un timbre '"o". Le rhapsode, étymologiquement celui qui "coud ou ajuste des chants", est proche de l'aède, mais il ne compose pas, lui-même, ses chants.

L'aède est mis en scène, à plusieurs reprises, dans les épopées anciennes : dans l'Odyssée, on le voit apparaître sous les traits de Démodocos, le poète aveugle, image probable de l'auteur grec, lui-même, Homère.

Il est aède à la cour d'Alkinoos et apparaît aux chants VIII et IX de l'épopée. Ulysse, échoué sur l'île des Phéaciens, après avoir été malmené par une terrible tempête, assiste à un banquet donné en son honneur. Démodocos chante, alors, des épisodes de la guerre de Troie : notamment la querelle entre Ulysse et Achille, ce qui déclenche les larmes du héros.

La lyre est l' instrument de l'aède : selon la légende, la lyre ou phorminx fut inventée par Hermès à partir d'une carapace de tortue à laquelle étaient fixées deux cornes d'antilope et des cordes de boyau. Hermès l'offrit à Apollon dont elle devint l'instrument privilégié et l'un des attributs. 

La littérature, à l'époque d'Homère, était essentiellement orale : les aèdes composaient et apprenaient des poèmes qu'ils récitaient, au son d'un instrument de musique.

Musique et poésie étaient, ainsi, dès les origines intimement liées et indissociables : la poésie fait intervenir des rythmes, des effets sonores, des échos...


L'aède symbolise bien cette association : il est représenté, dans l'antiquité, sous les traits d'un aveugle, inspiré par les dieux, comme si la cécité lui conférait un statut divin, et lui donnait une intériorité particulière, propice à la créativité.

L'aède, celui qui chante et fait vivre la poésie était essentiel, à l'époque d'Homère : il représentait la mémoire des peuples, il était aussi, à lui tout seul, un spectacle vivant, grâce à la musique, à la beauté des textes, il avait la capacité d'émouvoir tout un auditoire : l'aède revêtait un caractère sacré, il était souvent assimilé à un dieu...


"L'illustre aède, le divin aède" : ces épithètes soulignent la vénération que suscitaient ces poètes de l'antiquité.

Créateurs, musiciens, chanteurs, ils étaient des artistes complets qui provoquaient le respect et l'admiration...


 

 

 

Homère :

 

http://expositions.bnf.fr/homere/it/13/01.htm

 

http://expositions.bnf.fr/homere/it/12/05.htm

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22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 15:57
Une île paresseuse...

 

 

 

Pour le plaisir et la poésie des mots : l'île !


"Chacun de nous porte en lui ses propres îles, refuges contre la bêtise, la laideur et la sourde contrainte d'un ordinaire non-désiré.", voilà une réflexion de Jacques Chancel qui donne à l'île toute sa dimension onirique...


L'île est souvent l'image d'un monde lointain, exotique, idéalisé... La mer toute proche nous fait sentir des parfums aux embruns de sel, et d'algues, la mer nous fait entendre ses murmures incessants, un doux bruissement des flots renouvelés sur le sable, des miroirs de lumières, des ondoiements de vagues qui réflètent des soleils dupliqués.

La mer, l'inconnu, le mystère, l'infini et l'évasion, le rêve...

La mer et ses vagues ondoyantes...

Des efffluves de pins se mêlent aux senteurs ambrées de l'eau, l'air vif nous emporte sur la vague marine, et nous enivre de liberté...


Le mot "île", dans sa brièveté, suggère bien un espace limité, entouré d'eau,  l'accent circonflexe lui confère une certaine singularité.

L'île représente un microcosme, un paradis, un idéal de bonheur.


Ce mot  ancien vient d'un terme latin, "insula" qui s'est abrégé en français... On retrouve l'ancien radical latin dans les noms "insulaire, péninsule"...

L'île, c'est le lieu, par excellence, de l'imaginaire utopique, un monde idéalisé qui représente l'envers de la réalité, un lieu où l'on peut atteindre un bonheur paradisiaque.

Baudelaire décrit ce bonheur dans nombre de ses poèmes, on songe, ainsi, à un sonnet intitulé Parfum exotique...

"Une île paresseuse où la nature donne
 Des arbres singuliers et des fruits savoureux ;
 Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
 Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne..."

L'île est souvent, dans l'oeuvre de Baudelaire, un lieu rêvé, symbole d'évasion, de liberté, d'exotisme, de voyages...

 C'est Thomas More qui, le premier, au seizième siècle, décrivit une île merveilleuse qu’il nomme Utopia, un lieu idéal où regne une société égalitaire, sans misère, sans contraintes.

Ce lieu utopique permet à Thomas More de se livrer à une critique du monde réel, dominé par l'argent, la cupidité, le désir de domination...


L'île sépare, isole, met à part : c'est un lieu d'exception, dans tous les sens du terme, un lieu qui permet de rêver à un monde meilleur.

Depuis les origines de notre littérature, depuis l'Odyssée du poète Homère, l'île est un motif qui a inspiré de nombreux auteurs : l'île fascine, c'est le pays de "nulle part", un monde inventé qui permet de s'évader dans le rêve, un monde à part...

L'île de Calypso, celle qui vit cachée, loin du monde, hors du temps, l'île de Circé la magicienne, l'île des lotophages, les mangeurs de lotus, autant d'images d'îles mystérieuses que l'on trouve dans l'Odyssée, des îles mythiques, lointaines.

Le verbe "isoler" et ses dérivés sont issus du même radical que le nom de l'île... Les insulaires, entourés d'eau, se retrouvent, parfois, isolés du reste du monde.

On retrouve, avec ce mot, un ancien terme venu du latin, que des évolutions phonétiques ont transformé notablement...

On retrouve un mot chargé d'histoire, venu du passé...

 

La consonne "s" du mot "insula" a laissé, sur ce nom, un accent circonflexe, un joli signe orthographique, comme un embrun venu de la mer !


 

 

 

 

 

Photos : Christelle   L'île d'Amorgos

Une île paresseuse...
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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 11:57
Le mélilot mouillé de pluie...

 


Pour la poésie et le plaisir des mots : le mélilot !


"Le vent sentait le sable chaud, l'eau froide, l'asphodèle et le buis. Le mélilot mouillé de pluie, ruisselait d'un parfum simplet, et deux acacias fumaient comme des cassolettes.

Dans un coin lointain du ciel, maintenant pur, l'orage fuyant tordait en silence ses muscles violets. L'aile d'Iris pointait au dessus de la colline.

Il allait, à petits pas, lourd d'une volupté que distillaient l'air, la lumière, les odeurs."

C'est ainsi que Giono décrit un paysage à travers les sensations olfactives et visuelles  de son personnage, Ulysse, dans un de ses romans intitulé Naissance de l'Odyssée...

Giono restitue des parfums qui s'entremêlent harmonieusement, et qui semblent envahir l'espace...
Ulysse est sensible aux senteurs qui l'environnent, notamment à celles du "mélilot".




Ce mot rare "mélilot" nous enivre, nous enveloppe de parfums et d'échos sonores ! Ce mot fascine et intrigue ! On n'en perçoit pas immédiatement la signification et les contours...

Quelle est cette plante au parfum simplet ? Quelle est cette essence mystérieuse du mélilot ?

Mélange de miel et de lotus, cette fleur semble avoir des vertus apaisantes, pleines de douceur.

Le mélilot, couleur de miel, se couvre de grappes dorées, il exhale un parfum subtil et délicat qui séduit les abeilles...

Ce mot aux douces sonorités vient directement de deux termes grecs μέλι, méli, « miel » et λωτός, lôtos, « lotus ».

Le mélilot à fleurs jaunes de la famille des fabacées ressemble au genêt : il produit des grappes de fleurs dorées, au parfum délicat et subtil.

Le mot rayonne de ses sonorités : labiale initiale, consonne redoublée "l", voyelles variées... On perçoit, des échos sonores, des voyelles qui se répondent...

Associé aux noms du miel et du lotus, ce nom de fleur évoque des images lumineuses...

Le miel qui suggère des couleurs dorées et brunes, des visions de ruches tourbillonnantes d'abeilles, un nectar aux teintes ambrées, le miel, symbole solaire qui représente la quintessence végétale de la lumière du jour..

Le lotus, lui, est associé à des légendes antiques, notamment celle des lotophages dans l’Odyssée d'Homère : Ulysse aborde la « terre des Lotophages qui se nourrissent de fleur de lotus ». Le lotus représente l'oubli, une sorte de drogue qui procure l'amnésie à tous ceux qui s'en nourrissent...

Le lotus sacré et mythique, fleur de l'orient est, aussi, une image de sérénité et de beauté...

Le mélilot, terme assez rare, aux sonorités pleines de poésie, nous charme de ses origines lointaines : le mot "mélilotos" remonte à l'antiquité grecque... 

Et ce mot a traversé les siècles, nous est parvenu avec tous ses éclats de sonorités...

Le mélilot nous fait rêver à une nature encore intacte, aux couleurs éclatantes, au genêt, doré de miel, à toutes ces fleurs du sud aux teintes solaires : mimosa, jonquille, forsythia...

Ce mot ancien, peu usité, crée une sorte d'harmonie, dans ses sonorités : il évoque, aussi deux autres mots remplis de symboles et de légendes...

 

 


L'épisode des lotophages dans l'Odyssée :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lotophages
 

Le mélilot mouillé de pluie...
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6 août 2016 6 06 /08 /août /2016 09:52
Pour célébrer la nuit des étoiles !

 



"Enfin, lorsque la nuit a déployé ses voiles, 

La lune, au visage changeant, 

Paraît sur un trône d'argent, 

Et tient cercle avec les étoiles, 

Le ciel est toujours clair tant que dure son cours, 

Et nous avons des nuits plus belles que vos jours."

Tels sont les vers que Jean Racine adressait à Monsieur Vitard, son oncle, pour évoquer les nuits qui magnifient le ciel, au dessus de la ville d'Uzès dans le Gard, où il séjourna pendant quelques mois... 


Les étoiles, la lune sont personnifiées dans un somptueux tableau, et parviennent à illuminer le ciel, d'une manière étonnante.



Le mot "étoile" nous est si familier ! Il a, pourtant, des origines anciennes et prestigieuses : issu du latin "stella", ce nom est apparenté au grec ancien "aster", et à l'anglais "star", un terme fréquemment utilisé, de nos jours, pour désigner un ou une artiste de talent...

Ce mot nous transporte dans un monde céleste, empreint de mystères...

Les mots "stellaire, constellation, astérie, astérisque" appartiennent à la même famille.

 L'astérie est le nom savant de l'étoile de mer... l'astérisque, une petite étoile, un signe graphique qui permet de renvoyer le lecteur à une référence, à une annotation...

L'étoile est, ainsi, présente, partout : dans le ciel, la mer, et même sur le papier ! L'étoile est une image si brillante...

Astre de la nuit, l'étoile brille d'un éclat particulier, c'est un symbole de beauté, d'élégance, de charme.

L'étoile est associée à nombre d'images valorisantes : une nuit à la belle étoile, l'étoile du berger, une étoile est née...

On aime, les nuits d'été, observer un ciel lumineux d'étoiles, on aime leurs noms évocateurs : la Grande Ourse, la Petite Ourse, le grand Chariot, le Cygne, Altaïr, Aldébaran, Vénus...

Que de poésie dans ces dénominations, que d'images, que de mystères à découvrir ! Que d'exotisme !

Altaïr, l'aigle en vol, dans la constellation de l'Aigle, Aldébaran, dans la constellation du Taureau, les Perséides, des pluies d'étoiles...

Des mots remplis d'échos sonores qui nous font rêver...

Les étoiles représentent un monde mystérieux, lointain, une énigme.

Elles évoquent d'autres formes lumineuses : l'anis étoilé, certaines fleurs qui font songer à des étoiles : fleurs astrales, astéracées, hélianthes, gazanias...

On perçoit d'autres images : on pense à l'étoile des neiges, à ses grands yeux, à l'étoile du berger, à un symbole de fête, on songe aux étoiles filantes, associées à des voeux de bonheur.

L'étoile peut évoquer la rêverie, l'amour, la pureté, l'innocence.

Alcyone, Aldébaran, Antarès, Maia, Véga, Bételgeuse : comment ne pas être ébloui par les noms mêmes de ces étoiles ? 

Chacun de ces mots nous révéle un univers plein de poésie, de sonorités éclatantes...

Le spectacle de la nuit a longtemps fasciné les hommes : ils ont projeté leurs rêves sur le monde stellaire, ils ont inventé des mythes.

Aujourd'hui, les hommes perdent ce contact avec le ciel et la nature : dans nos villes inondées de lumières artificielles, le spectacle de la nuit nous échappe... 


La 26 ème édition de la nuit des étoiles nous invite à renouer avec ce monde céleste : c'est le moment d'observer les étoiles filantes de l'essaim des Perséides, c'est le moment d'oublier nos écrans de télévision et d'ordinateur, pour admirer la voûte céleste...

 


Le poème de Racine :

 

http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/jean_racine/a_monsieur_vitart.html


 


 

Pour célébrer la nuit des étoiles !
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