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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 11:39
Les bois de palmiers du royaume de Murcie...

 

 

Pour le plaisir des mots : le palmier !

 

 

"Il s'embarqua à l'échelle de Tunis ; un vent favorable le conduit à Carthagène, il descend du navire et prend aussitôt la route de Grenade : il s'annonçait comme un médecin arabe qui venait herboriser parmi les rochers de la Sierra- Nevada. Une mule paisible le portait lentement dans le pays où les Abencerages volaient jadis sur de belliqueux coursiers ; un guide marchait en avant, conduisant deux autres mules ornées de sonnettes et de touffes de laine de diverses couleurs. Aben-Hamet traversa les grandes bruyères et les bois de palmiers du royaume de Murcie : à la vieillesse de ces palmiers il jugea qu'ils devaient avoir été plantés par ses pères, et son cœur fut pénétré de regrets. Là s'élevait une tour où veillait la sentinelle au temps de la guerre des Maures et des chrétiens ; ici se montrait une ruine dont l'architecture annonçait une origine mauresque, autre sujet de douleur pour l'Abencerage ! Il descendait de sa mule, et, sous prétexte de chercher des plantes, il se cachait un moment dans ces débris, pour donner un libre cours à ses larmes. Il reprenait ensuite sa route en rêvant au bruit des sonnettes de la caravane et au chant monotone de son guide. Celui-ci n'interrompait sa longue romance que pour encourager ses mules, en leur donnant le nom de belles et de valeureuses , ou pour les gourmander, en les appelant paresseuses et obstinées."


Dans ce texte de Chateaubriand, extrait d'une nouvelle intitulée Le dernier Abencérage, le héros maure Aben-Hamet qui revient sur la terre de ses ancêtres, découvre, avec émerveillements et émotion, un bois de palmiers situé dans la région de Murcie, au sud de l'Espagne...

Aben-Hamet, parti de Tunis, est subjugué par ces paysages de son ancienne patrie...


Le mot "palmier" nous berce, aussitôt, de ses balancements alanguis, il fait naître des paysages lointains, exotiques, des déserts de dunes et de barcanes, d'où surgissent des oasis de verdures.


Le mot nous fait rêver, avec ses sonorités de labiales, pleines de sensualité, avec ses voyelles, dont l'une, ouverte, évoque bien la forme épanouie de la palme, et l'autre, plus fermée, suggère toute la finesse des ramilles qui composent les feuilles.


On voit des paysages, au bord du Nil, hérissés de palmiers et de roseaux, on voit des palmes ondoyantes, sous un air léger et subtil.


Le mot "palme" aux origines anciennes, venu du latin "palma", a gardé sa forme originelle.


"Palma", c'est d'abord la paume de la main et le mot "paume" est issu, aussi, de ce terme latin. La feuille palmée ne ressemble-t-elle pas à une main ouverte ?


Ainsi, la "palme" et la "paume" ont une origine commune. La palme était, aussi, dans l'antiquité, un symbole de victoire, qui s'est perpétué dans la palme d'or d'un certain festival...


Le palmier, quant à lui, évoque les pays du sud, la Méditerranée, au climat doux et tempéré, il nous emmène vers l'Afrique mystérieuse, ses paysages désertiques, aux sables dorés, aux molles barcanes.


On entrevoit une palmeraie, pleine d'une fraîcheur apaisante... Le mot nous invite à une douce rêverie : empli de poésie, il donne une impression de paix, de bonheur calme et tranquille.

Le palmier nous apaise, nous fait voir des soleils renouvelés, des éblouissements de lumières, il nous fait entendre de légers bruissements.

Dans l'extrait de l'oeuvre de Chateaubriand, on voit le héros traverser "les bois de palmiers du royaume de Murcie."

L'évocation prend un relief poétique particulier, grâce à l'utilisation du nom propre "Murcie" qui évoque l'Espagne, avec des sonorités, à la fois, douces et âpres : labiale "m", sifflante "s", gutturale "r".

"Murcia ! Ségura!" Que d'exotisme dans ces noms venus d'Espagne !


Comment ne pas être sensible à la grâce de ces palmiers du royaume de Murcie ?

Comment ne pas en percevoir la beauté et l'élégance ?






http://www.audiocite.net/livres-audio-gratuits-romans/francois-rene-de-chateaubriand-le-dernier-abencerage.html
 

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29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 09:00
Maman, joli message sur la terrasse...

 

 



"J’entends au-dessus de moi dans les cieux 
Les anges qui murmurent entre eux 
Ils ne peuvent trouver de mot d’amour plus grand 
Que celui-ci : Maman."


Dans ce court poème, Edgar Poe met en évidence, avec tant de délicatesse et d'élégance, toute la tendresse de ce mot : "Maman"...


Indubitablement, le mot "maman" évoque tout l'amour du monde : c'est bien le premier mot qui vient à la bouche des enfants, le premier mot que l'on apprend à écrire, aussi.

C'est un doux murmure apaisant, un mot empli d'échos sonores : labiale "m" réitérée, voyelle "a" redoublée d'une voyelle nasalisée "an".

Un de mes premiers souvenirs d'écriture, c'est ce mot "maman", tracé à la craie sur la terrasse de la maison familiale...

Un mot dessiné laborieusement par l'enfant que j'étais, un mot qui exigeait toute mon attention, pour en restituer toute l'harmonie.

Trois ponts pour se protéger, un "a" pour un cercle de tendresse, deux ponts pour se protéger encore...


Et bien sûr, maman était là, pour guider mes gestes, et me montrer les lettres.

Elle était là pour me dire sa bienveillance, pour mettre en évidence le bonheur, la valeur des mots et de l'écriture.


Un moment unique, un moment qui reste gravé dans ma mémoire : je revois le sol de la terrasse, les murs de pierres, tout autour, le visage de maman penché sur moi...

Je revois ses yeux, ses cheveux bruns, son sourire.


Et puis, la satisfaction d'avoir réussi à tracer les lettres, et puis, des sourires complices, un bonheur partagé.


Le bonheur de prononcer le mot, en suivant le tracé des lettres...


Le bonheur de le redire, pour en savourer les sonorités...


Maman, joli message sur la terrasse, à jamais gravé dans mon esprit...


 

 

 

 

Photos : rosemar

Maman, joli message sur la terrasse...
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21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 10:48
Le micocoulier nous ouvre les portes du soleil...

 



Pour le plaisir des mots : le micocoulier !

 

Le mot "micocoulier" évoque immanquablement la Provence, le Sud, avec ses sonorités redondantes, ses voyelles ouvertes et bienveillantes : un mot qui retentit d'échos sonores, un mot qui chante et qui rayonne de lumières...


Labiale "m" à l'initiale, gutturale "c" réitérée, ce nom d'arbre fait rêver à des paysages du sud, à des collines odorantes, des parfums embaumés de thym, de romarin.

Voilà un mot qui rebondit joyeusement, qui étonne par son ampleur, à la fois majestueuse et emplie de simplicité et de bonhomie...

Des feuilles légères, souples, une frondaison ondoyante, une élégance apaisante, le micocoulier se dresse majestueux et imposant.

On aime écouter ce mot qui nous fait entendre le mistral, qui nous murmure la langue du sud, ses rodomontades, ses éclats.

On entend chanter"la farigoule, le fenouil, la tramontane", on voit des "restanques" sous le soleil du midi.

Le micocoulier nous ouvre les portes du soleil, de la lumière, d'une douceur chaleureuse.

Le micocoulier rayonne de ses rondeurs de voyelles "o".

D'ailleurs, l'arbre dessine des frondaisons arrondies, apaisantes.

Avec le micocoulier, toute la Provence surgit : des collines blanches, embrasées de soleil, des paysages familiers, la garrigue, des senteurs de thym, de lavandes...

Des pins, des cèdres, des cyprès, des tilleuls, des arbres solaires, comme le micocoulier...


J'aime ce mot du sud qui restitue un accent, des odeurs, des paysages, des fleurs.

Coquelicots, genêts, mimosas, cytises, éclats de rouges et de xanthes...

Un mot qui fait naître tant d'images, tant de tendresse, tant de souvenirs.

La langue du sud pittoresque, chantante, redondante, des mots du sud aux sonorités évocatrices.

Des mots qui font danser le vent et les arbres, des mots qui éblouissent, des calanques dorées de lumières...

Des ravines qui descendent vers la mer, des cascades de blancs, des pinèdes d'un vert léger...

Le micocoulier, au feuillage volatile et aérien, semble s'évaporer dans le bleu du ciel et dans l'air du midi.

Le micocoulier rayonne de ses feuillages d'un vert tendre et doux.






http://www.lesarbres.fr/micocoulier.html

 

http://rosemar.over-blog.com/article-un-mot-qui-chante-la-farigoule-123681184.html

 

Photo : rosemar

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12 mai 2016 4 12 /05 /mai /2016 13:34
L'oiseau nous parle de délicatesse, de musique, de poésie...

 

 

 

"Ô les oiseaux chantant doux, chantant gai, chantant fort !

Compagnons des saisons sereines, 

Notes de flûtes du printemps

Et du beau temps..." (Traduction de Marguerite Yourcenar)

 

C'est ainsi que le choeur apostrophe les oiseaux, dans une célèbre comédie antique écrite par Aristophane...

 

Aussitôt, le mot "oiseau" dessine des images de délicatesse, de charme, avec sa consonne sifflante "s", emplie de douceur, avec ses voyelles feutrées... Ce nom nous fait ressentir des éclats des plumes, un velouté...
On entrevoit des envols soudains, des arabesques somptueuses dans le ciel, des duvets de lumières, des guipures aériennes sur l'azur.


Ce mot très ancien venu du latin, "aucellus", lui même dérivé de "avicellus", révèle une formation de diminutif, à valeur affective.

Le nom "avis" désigne, en latin, l'oiseau et on perçoit, aussi, toute la légèreté, l'élégance des envols de l'animal dans les sonorités de ce mot ancien...

Le suffixe de diminutif -cellus lui confère une fragilité, une délicatesse supplémentaires. La forme moyenâgeuse de ce terme, "oisel" restitue, également, ce suffixe.

Le mot "oiseau", paraît bien loin de son ancêtre "avicellus", en raison de modifications phonétiques importantes, mais il a gardé une élégante simplicité.

Le nom grec de l'aigle, "aétos" est issu, probablement, de ce même radical ancien "avis".

D'autres termes plus modernes sont venus, au fil du temps, compléter cette famille de mots : "avion, aviateur, aviation"... et curieusement, on retrouve, presque intact, dans ces termes récents, le nom originel "avis".

J'aime ce petit mot d'autrefois qui a donné des dérivés modernes. Ce simple nom "avis" nous fait remonter aux origines les plus anciennes de notre langue, le latin et le grec.


Vivant dans les airs, dans les hautes sphères célestes, les oiseaux étaient, pour les grecs et les romains, considérés comme les messagers des dieux, ainsi leurs cris, leurs chants, leurs mouvements étaient interprétés comme des signes divins...

Les oiseaux messagers célestes aux voix diverses peuplent les arbres, les remplissent de vie, animent, de leurs envols, les jardins.

Les oiseaux virevoltent, dessinent des embruns, des volutes de lumières dans le ciel : leur nom même évoque des figures lumineuses, des tourbillons d'écumes, des envolées de mystères...

Leur nom suggère harmonie, tendresse, finesse, et éclats.

L'oiseau nous parle de délicatesse, de musique, de poésie : les chants des oiseaux, souvent associés à la poésie, accompagnent et rythment l'éveil de la nature... dès l'aube, ils envahissent les charmilles de leur mélodie radieuse.


L'oiseau dessine des volutes sur l'horizon, il décline toutes les harmonies du monde : douceur, éclats de plumes, murmures soyeux dans les arbres...

Symboles de liberté, d'élégance, les oiseaux côtoient le ciel : ces rois de l'azur représentent une beauté céleste, une part de mystère, et d'harmonie lumineuse...

 

 

 

 

Un autre extrait de la pièce d'Aristophane :

 

 

LA HUPPE, dans le taillis. : Epopopopopopopopopopoï ! Io, Io ! Venez, venez, venez, venez, venez ici, ô mes compagnons ailés ; vous qui paissez les sillons fertiles des laboureurs, tribus innombrables de mangeurs d'orge, famille des cueilleurs de graines, au vol rapide, au gosier mélodieux ; vous qui, dans la plaine labourée, gazouillez, autour de la glèbe, cette chanson d'une voix légère : "Tio, tio, tio, tio, tio, tio, tio, tio ;" et vous aussi qui dans les jardins, sous les feuillages du lierre, faites entendre vos accents ; et vous qui, sur les montagnes, becquetez les olives sauvages et les arbouses, hâtez-vous de voler vers mes chansons. Trioto, trioto, totobrix ! - Et vous, vous encore qui, dans les vallons marécageux, dévorez les cousins à la trompe aiguë, qui habitez les terrains humides de rosée et les prairies aimables de Marathon, francolin au plumage émaillé de mille couleurs, troupe d'alcyons volant sur les flots gonflés de la mer, venez apprendre la nouvelle. Nous rassemblons ici toutes les tribus des oiseaux au long cou. Un vieillard habile est venu, avec des idées neuves et de neuves entreprises. Venez tous à cette conférence, ici, ici, ici, ici. -- Torotorotorotorotix. Kikkabau, kikkabau. Torotorotorotorolililix.

 

 

https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Oiseaux_(Aristophane)





http://www.editionsdelondres.com/Les-oiseaux



https://youtu.be/LZClS79egCM


 






  

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5 mai 2016 4 05 /05 /mai /2016 13:36
Effleurer, quelle évanescence dans ce mot !

 

 

 

 

Pour le plaisir des mots : "effleurer" !


"Les anges portent des ailes invisibles qui viennent par inadvertance effleurer la peau de ceux qu'ils protègent... les picotements, les chatouillements, ce sont eux."

Avec humour, poésie et tendresse, Yves Simon évoque ainsi , dans un extrait de son roman Les Novices, les anges protecteurs qui nous entourent et nous signalent leur présence, en nous effleurant...

 

Le verbe "effleurer"restitue une légèreté, une évanescence, grâce à ses voyelles feutrées, il nous entraîne dans un univers empli de délicatesse...
 

Formé du préfixe ex- et du nom "fleur", ce verbe signifie d'abord "dépouiller de ses fleurs"...

 

Il suffit parfois d'un geste très léger et anodin pour faire tomber les pétales d'une fleur...

 

Ce verbe, aux sonorités contrastées de fricative "f"  très douce et de gutturale "r" plus âpre, restitue bien le sens premier : le mouvement est ténu, subtil, mais la fleur tombe inexorablement et meurt sous nos yeux...

 

On peut aussi effleurer une peau, une joue, dans un geste tendre et caressant...

 

De nombreux mots appartiennent à cette famille : "fleurir, fleuriste, fleuron, fleurette, fleuret, affleurer, flore, floraison, floréal, florilège, floral, fioriture"...

 

On perçoit des images de beauté, à l'évocation de ces mots, on perçoit des couleurs, des harmonies, des éclats et on comprend toute la richesse des dérivations françaises, grâce à l'ajout de préfixes ou de suffixes.

 

C'est un seul nom latin, "flos", "la fleur" qui est à l'origine de tous ces mots..

"Flos" ! Ce terme générique traduit bien, dans sa brièveté, fragilité, douceur, harmonie.

 

Le verbe "effleurer" a quelque peu perdu son sens étymologique : il signifie maintenant "toucher légèrement", mais le mot fleur qu'il contient suggère toute la tendresse du nom originel.

 

"Effleurer, affleurer", ces deux verbes qui se ressemblent sont empreints de douceur...

On aimerait croire ce qu'affirme Yves Simon : les anges nous effleurent chaque fois que nous ressentons des picotements !

On aimerait que des anges nous caressent aussi souvent !

 

Il est doux d'effleurer du sable fin, des galets lisses, des fossiles aux formes mystérieuses, aux enroulements voluptueux.

 

Il est doux de se laisser effleurer par des vagues ondoyantes, par des embruns légers, par des brises marines.

 

Ce verbe plein de volupté, de légèreté nous séduit, nous entraîne dans une ambiance apaisée, bienheureuse.

 

Dans notre monde empli de hargne et de virulence, ce mot nous fait percevoir une douceur, un bien-être, un réconfort.

 

On a envie d'effleurer de la mousse, du velours, de la dentelle, de la soie...

On aime effleurer des cheveux, une joue, une peau dorée...

 

Ce verbe lié à la sensation tactile nous emporte, aussi, dans une harmonie des sens : couleurs, teintes, senteurs de fleurs si variées, douceur du toucher...

 

Ce verbe nous emmène dans un univers poétique, celui des correspondances baudelairiennes, où les sensations se rejoignent...


 

 

 

 

 

 


 

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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 12:14
Ma pincée de tuiles...

 

 

 

Pour le plaisir des mots : la tuile !

Dans un extrait du roman de Giono, Le hussard sur le toit, on voit le héros de l'histoire se réfugier sur les toits des maisons de la ville de Manosque : menacé par la population qui le prend pour un empoisonneur, Angelo Pardi n'a pas d'autre solution pour échapper à la vindicte populaire...

La chaleur est écrasante, et l'évocation des toits de la ville est saisissante :


"La chaleur pétillait sur les tuiles. Le soleil n’avait plus de corps ; il était frotté comme une craie aveuglante sur tout le ciel ; les collines étaient tellement blanches qu’il n’y avait plus d’horizon."

Le héros perçoit l'ardeur de la chaleur qui se répercute sur les tuiles, et il décrit un paysage saturé de soleil...

La tuile nous fait admirer des toitures de Provence, sous un soleil de plomb, des ruissellements d'ocres sur les maisons du sud...

 

La tuile protectrice recouvre les toits d'ondulations aux teintes variées d'ocre, de rouilles, de bruns...

 

Le mot fait rayonner des voyelles aiguës, une dentale éclatante "t" qui suggère des couleurs, des formes chaleureuses...

 

La tuile s'empare du soleil, fait miroiter ses ondoyances, ses enroulements, ses coulées d'embruns rougeoyants...

 

Ce mot évoque des toitures pleines de charmes, des argiles aux teintes de roux...

 

Ce terme se pare d'origines anciennes, puisqu'il remonte au latin "tegula", "la tuile", issu d'un verbe "tego", qui signifie "couvrir, protéger".

Les mots "toit" et "tuile" sont issus de ce même radical verbal...

 

Ce nom revêt une dimension symbolique, il représente le faîte d'une maison, il suggère une idée de protection, de sécurité...

 

Et, pourtant, dans un emploi familier, la "tuile" fait, aussi référence à un accident imprévu, nous montrant une tuile qui tombe d'un toit et qui peut produire bien des dégâts...

 

Terme ambivalent, la tuile peut évoquer, curieusement, une idée et son contraire...

 

La tuile suggère, aussi, les maisons d'autrefois, aux toits pittoresques et charmeurs, les immeubles modernes, ayant laissé la place au béton, ne se couvrent plus de ces carreaux de terre séchée...

 

Le mot me rappelle cette "pincée de tuiles", que souhaite revoir Claude Nougaro, à la fin de sa chanson Toulouse.... Opposant la modernité à la ville qu'il a connue, autrefois, Claude Nougaro montre son attachement à ces vieux toits de tuiles...

"Aujourd'hui tes buildings grimpent haut
À Blagnac tes avions ronflent gros
Si l'un me ramène sur cette ville
Pourrai je encore y revoir ma pincée de tuiles
Ô mon païs, ô Toulouse, ô Toulouse..."

 

"Ma pincée de tuiles" ! Quelle poésie et quelle tendresse dans cette expression quasi -culinaire !

 

Les tuiles qui recouvrent les maisons ne sont-elles pas l'expression même de la vie, du mouvement ? Elles font penser à des vagues sur les toits, des roulis de teintes variées...

 

Les tuiles des maisons de Provence dessinent des camaïeux de rouilles, des motifs ondoyants, elles confèrent aux paysages un charme inoui.

Elles donnent aux vieilles maisons une douceur, une poésie particulières...

 

  

 

     
Photo : rosemar

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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 12:49
Les volucelles tapageuses...

 

 

 

Pour le plaisir des mots... La volucelle !

 


Dans un extrait des Travailleurs de la mer, Victor Hugo décrit l'île de Guernesey, sa végétation, ses herbes peuplées de toute une faune, des insectes aux noms éblouissants, et notamment, des "volucelles tapageuses"...

 

"Maintenant, faites courir là-dedans et faites voler là-dessus mille insectes, les uns hideux, les autres charmants, sous l’herbe, les longicornes, les longinases, les calandres, les fourmis occupées à traire les pucerons leurs vaches, les sauterelles baveuses, la coccinelle, bête du bon Dieu, et le taupin, bête du diable ; sur l’herbe, dans l’air, la libellule, l’ichneumon, la guêpe, les cétoines d’or, les bourdons de velours, les hémérobes de dentelle, les chrysis au ventre rouge, les volucelles tapageuses, et vous aurez quelque idée du spectacle plein de rêverie qu’en juin, à midi, la croupe de Jerbourg ou de Fermain-Bay offre à un entomologiste un peu songeur, et à un poète un peu naturaliste."

 

Le nom "volucelle "nous entraîne dans un monde aérien, mystérieux... Quel est cet insecte au nom si éblouissant ?

 

Ce mot nous fait voir des envols, des frémissements d'ailes, des danses volubiles...

 

La volucelle, mouche somptueuse déploie des ailes translucides, qui ressemblent à celles d'un papillon.

 

L'abdomen est cuivré, cerclé de noir, avec des teintes de pourpres, de xanthes, de bruns... un corset magnifique qui fait songer à un tissu soyeux de velours noir.

 

Le bourdonnement de ces insectes envahit l'espace, les volucelles s'enivrent du parfum des fleurs et on les voit passer de fleur en fleur pour se gaver de nectar...

On les voit, sous le soleil, s'illuminer de teintes mordorées, éclats d'or sur les fleurs aux senteurs capiteuses.

On les imagine corsetées, virevoltantes, exaltées des chaleurs de l'été...

 

Le mot nous fait entendre de douces sonorités, fricative "v", sifflante "c", et nous entraîne dans un univers poétique...

Le mot nous laisse entrevoir les ailes somptueuses de cet insecte, des ailes légères, fines, d'une transparence pleine de brillances et d'éclats...

 

Les graphies du son "l" suggèrent, aussi, la forme élancée de ces ailes graciles.

 

Ce mot, aux origines anciennes, venu du latin, est issu de l'adjectif "volucer, ailé, rapide", lui-même venu du verbe "volo, voler".

 

La volucelle suscite l'admiration, par sa dénomination évocatrice, ses embruns d'ailes subtiles, son bourdonnement tapageur.

 

Ce mot ne fait-il pas rêver ? Cette mouche revêt une parure délicate, elle nous fait entendre une musique, pleine de vivacité.

 

La finale -elle nous laisse entrevoir des envolées d'ailes somptueuses.

 

Ces mouches tapageuses, qui butinent les fleurs, suscitent l'intérêt du lecteur, car le mot "volucelle", par sa rareté, ses sonorités, emporte l'imagination...

 

Quelle poésie dans ce seul nom ! Quelle poésie dans cette expression ! L'adjectif "tapageuses" vient souligner le bourdonnement de ces insectes, d'une manière inattendue, avec une formation d'onomatopée qui nous fait entendre le tapage que font ces insectes...

 

 

 

 

 

 

 

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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 12:26
Honneur à la culture française...

 

 

 


En ces temps de mondialisation où l'on veut nous imposer une uniformisation des cultures, j'affirme ici mon attachement à la culture, à la langue, à l'âme françaises. La culture de mon pays m'a forgée, m'a façonnée : celle d'un pays épris de liberté, aimant la réflexion, la controverse, la pureté de la langue...

La langue de Rabelais au vocabulaire foisonnant, celle de Voltaire aiguisée et acérée, celle de Hugo tour à tour grandiloquente et dépouillée, celle de Baudelaire qui nous emmène au bord du rêve, celle de Zola proche parfois de l'épopée, celle de Montaigne limpide et complexe à la fois, celle de Céline pleine de familiarités et d'inventivités.

La langue des auteurs classiques, La Fontaine, La Bruyère, Molière, Racine... langue épurée, qui exprime l'esssentiel.



J'aime "l'esprit" français, une certaine liberté de ton, une envie de contestation....

J'aime la langue de mon pays, ses sonorités dures ou douces, ses éclats, ses envolées, sa poésie, son charme... la poésie de Verlaine, de Musset, de Hugo, de Racine, Corneille...

J'aime le théâtre de Racine, celui de Molière, de Giraudoux.

Que dire des romans si variés depuis le Moyen âge jusqu'à nos jours ? Romans  de Chrétien De Troyes, Lesage, Marivaux, Balzac, Flaubert, Giono...

J'aime les mots de ma langue, leur variété, leurs nuances infinies, leurs origines, tant de mots venus du latin et du grec.

Des mots familiers ou recherchés, des niveaux de langue très divers....

J'aime les idées de progrès, l'engagement des auteurs, celui de Hugo, de Zola qui défendent le peuple et ses valeurs, celui de Montaigne qui dénonce l'intolérance et les guerres de religion, celui de Montesquieu qui remet en cause la monarchie de droit divin et ses privilèges, celui des poètes de la résistance... 

J'apprécie la peinture plus particulièrement l'impressionnisme, celui de Monet, de Manet, de Cézanne, de Renoir... l'impressionnisme qui a aussi influencé la littérature : certaines descriptions de Maupassant, de Zola en sont imprégnées...
 

Comment ne pas percevoir aussi le génie musical d'Offenbach, de Bizet, de Lully, de Rameau, de Saint Saens ? 
 Comment ne pas être sensible aux chansons et à la poésie de Brassens, de Nougaro, de Brel ?
 
Musique, peinture, littérature autant d'arts dans lesquels se sont illustrés nombre de créateurs de talent !
 
Notre culture est essentielle parce qu'elle constitue nos origines, notre passé, notre ancrage et qu'elle nous permet aussi de mieux comprendre ce que nous sommes, notre originalité, nos spécificités.
 
La culture est l'âme d'un peuple, de tous ceux qui nous ont précédés, leurs pensées, leurs idées, leur idéal... Sans elle, sans ce passé de culture, nous ne serions que des fantômes sans vie, des esprits vides et arides : sans ce passé, nous ne pourrions pas nous construire et progresser...
 
 

 

 

 

 

 

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9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 11:47
Et pourtant, quelle poésie dans l'aubade !

 

Pour le plaisir des mots... l'aubade !

 

On se souvient de ces vers de Georges Brassens, extraits d'une chanson intitulée Il suffit de passer le pont..



"Il suffit de trois petits bonds,
C'est tout de suit' la tarantelle,
Laisse-moi tenir ton jupon,
J'saurai ménager tes dentelles...
J'ai graissé la patte au berger
Pour lui fair' jouer une aubade.
Lors, ma mi', sans croire au danger,
Faisons mille et une gambades,
Ton pied frappe et frappe la mousse...
Si l'chardon s'y pique dedans,
Ne pleure pas, ma mi' qui souffre :
Je te l'enlève avec les dents !"

 

Le poète fait appel à un berger pour "faire jouer une aubade", afin de séduire sa belle...



De nos jours, certaines coutumes se perdent et plus personne ne donne des aubades, ces concerts en plein air, à l'aube, devant la porte d'un être cher...

Et, pourtant, quelle poésie et quelle séduction dans l'aubade ! Un bonheur de chanter, de faire de la musique, un plaisir de l'aube...

Le mot n'est-il pas rempli de charmes, avec ses consonnes labiale, dentale, ses voyelles ouvertes qui suggèrent une harmonie, une envie de s'épanouir ?


L'aubade, liée à l'aube, à la couleur blanche, "albus", en latin, nous fait voir les couleurs de l'aurore, des teintes adoucies de roses...

Des lumières légères, incertaines, des ombres subtiles, un chuchotement de clartés, un balbutiement de jour qui se lève...

On entend un air de guitare, une voix qui s'élève vers un balcon, un chant d'amour et de bonheur, dans les lumières naissantes de l'aurore.

Qui ne rêve d'écouter une aubade ?

Aubade d'un berger musicien qui joue sur sa flûte des airs langoureux, aubade d'un poète amoureux...

L'aubade nous réveille agréablement, au son d'un instrument de musique, elle nous surprend à l'aube, au point du jour : lumières et chants s'accordent dans une harmonie de sons et de teintes...

Alba ! Blancheur et douceur des teintes de l'aube !


L'aubade évoque, aussi, le temps des troubadours, ces "trouveurs" de mots qui chantaient l'amour, la fin'amor, des poètes, des musiciens d'autrefois.

 

L'aubade n'est-elle pas une forme d'hommage, de célébration ? On aimerait retrouver, de nos jours, ces poètes, tel Brassens qui magnifiait son "Hélène", ses sabots, sa simplicité....

Le temps de l'aubade semble révolu... Remettons ce mot à l'honneur ! Des aubades nouvelles sont attendues !

Le printemps, la nature qui s'éveille, les feuilles et les fleurs qui s'épanouissent, les matins qui s'apaisent de douceurs, tout incite à l'aubade et ses musiques enivrantes, tout nous appelle vers des accords de guitare éblouissants, des voix charmeuses...

Voilà qu' une aubade d'oiseaux nous berce de trilles, de friselis vaporeux et subtils !

Ce mot résonne d'éclats de musique, d'images apaisantes, de doux murmures....

Ce mot évoque tout un art de l'harmonie, de la séduction....

Se réveiller, au son d'une aubade ! Un rêve !


    

 

 

 

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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 11:44
Un poisson pour célébrer le mois d'avril : la sardine de l'Estaque...

 

 


La sardine, poisson méditerranéen aux teintes argentées, brille de tant de reflets miroitants dans l'eau ! Le mot "sardine" ne nous fait-il pas percevoir tous les éclats de ce poisson, grâce à ses sonorités, une douce sifflante "s", une gutturale "r", plus rude, une dentale "d", des consonnes variées et contrastées ?


La sifflante nous laisse entrevoir des teintes chatoyantes de soie moirée, la gutturale peut suggérer toute la force de ces poissons qui vivent en bancs compacts et serrés, la dentale nous montre une brillance éclatante, les teintes argentées de l'animal...


Ce mot très ancien comporte des origines grecques : rien d'étonnant car la sardine est particulièrement présente et abondante en Méditerranée...


Et, comment ne pas apprécier ce mot très ancien qui remonte à la langue grecque ? "
σαρδίνη, sardiné ou sardéné" désignait, en grec ancien, la sardine...


Belle continuité dans le vocabulaire ! Le mot est resté presque intact, avec des sonorités identiques...

Son nom pourrait provenir de la "Sardaigne" car les Grecs avaient remarqué qu'elle abondait dans les eaux qui bordent cette île.

Un nom propre devenu un nom commun, ce phénomène connu s'appelle une antonomase.

Une île qui se transforme en un nom de poisson, voilà une belle métamorphose !

La sardine est, aussi, associée immanquablement, à la ville de Marseille...

Tout le monde connaît cette expression : "La sardine a bouché le vieux port de Marseille", expression populaire, datant du XVIIIe siècle. Les Marseillais ont, ainsi, tendance à exagérer les faits, à gonfler la réalité, à plaisanter, de manière caricaturale... on parle également de galéjades marseillaises... 

J'aime ce mot du sud, "la sardine", un mot qui évoque le port de Marseille, ses soleils, son accent, une voix qui chante...

On entend les poissonnières qui vantent leur marchandise sur les quais du port : "ELLE EST BELLE, MA SARDINE, ELLE EST BELLE !!"

Sur les étals, des soles, de daurades, des rougets, des sardines, des pageots, des loups, des merlans frétillent dans des bacs.

A l'Estaque, autrefois, une rue portait le nom de "Montée de la Sardine", en référence à l'activité principale de pêche de ce petit village, tout proche de Marseille, dont je suis originaire.

La sardine évoque le sud, tout un monde des pêcheurs et de "pescadous" d'autrefois : on entrevoit des bateaux anciens, des "bettes", des filets, des jambins, des cannes à pêche, des salabres, on sent l'air marin, l'odeur des pins de l'Estaque.

On perçoit des odeurs prégnantes de poissons, de sel, on hume le vent de la mer toute proche, on s'imprègne et on s'abreuve de senteurs marines.

La sardine, symbole méditerranéen, nous emporte vers les rivages du sud, vers l'enfance, des calanques boisées, des pins, vers un monde de liberté...


La sardine au corps allongé, pleine d'élégance, aux reflets brillants, s'irise de teintes bleutées, elle est l'image même de la mer, de ses lumières, de ses flots inondés de soleil...


 


    

 

 

 

Illustrations : en haut de l'article auteur : Citron

En bas : auteur : Etrusko25  Creative commons

 

Un poisson pour célébrer le mois d'avril : la sardine de l'Estaque...
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