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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 17:35
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"Elle posa sa lampe sur un coffre, et Phœbus, en habitué de la maison, ouvrit une porte qui donnait sur un bouge obscur.", a écrit Victor Hugo, dans un de ses plus célèbres romans, Notre-Dame de Paris...
 
Un bouge ! Il suffit de prononcer ce mot pour voir un lieu obscur, louche, peu engageant. Les consonnes labiale et chuintante, le son "ou" lui donnent une tonalité mystérieuse et secrète.
 
Le bouge est inquiétant, plein de ténèbres, de coins obscurs. Le bouge peut être un coupe gorges, un lieu infâme, un lieu où tout est possible.
 
Endroit mal famé quand il évoque un café, un cabaret, ou logement sale réservé à de pauvres gens, le bouge inquiète, et provoque une répulsion.
 
En même temps, il suscite la curiosité, il intrigue, interroge, il questionne le lecteur qui attend la suite...
 
Que peut-on trouver dans ce bouge ? Quels bandits, quels étranges spécimens d'individus, quelle engeance ?
 
Un simple mot est, ainsi, une ouverture, une entrée vers des perspectives nouvelles...
 
Le mot "bouge" issu du latin "bulga" désigne d'abord un  "petit sac", une "bourse de cuir", puis, il évoque une "petite pièce ronde", une "chambre réservée à des domestiques", enfin, il prend un sens plus péjoratif.
 
Curieusement, le nom "budget" comporte le même radical, avec un suffixe de diminutif, le budget était, à l'origine, un "petit sac dans lequel on mettait son argent".
Mais, qui voudrait habiter un "bouge" ? Qui aimerait élire domicile dans un taudis ?
 
Et le bouge est encore plus ténébreux que le taudis, plus étrange, plus inquiétant, plus glauque.
 
Le bouge peut réserver bien des surprises, il recèle des gens parfois peu recommandables, des êtres hors du commun, des parias, des voleurs...
 
Le bouge est un lieu de perdition, il appartient au domaine du mystère, du fantastique, de la peur, de l'angoisse.
 
Ce lieu sert à se cacher, à préserver un anonymat.... il recèle bien des secrets... lieu interlope, équivoque, il suscite inquiétude et fascination, en même temps.
 
Voilà un mot qui nous parle, nous étonne, un mot peu ordinaire, d'un emploi littéraire...
 
On utilise peu ce mot dans le langage courant : les bouges tendraient-ils à disparaître ? Ou préfère-t-on d'autres termes plus modernes ?
 
Voilà un mot riche de sens : le bouge est associé à l'obscurité, au mystère, à un monde secret, à des gens qui vivent à la marge...
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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5 août 2014 2 05 /08 /août /2014 18:05

 

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"Le Drac, avait dit l’abbé, est un des plus redoutables torrents qui soient en France ; actuellement, il se montre placide, presque tari, mais vienne la saison des ouragans et des neiges, il se réveille, pétille ainsi qu’une coulée d’argent, siffle et s’agite, écume et bondit, engloutit d’un coup les hameaux et les digues", a écrit Joris-Karl Huysmans, dans son roman, La Cathédrale.

 
Curieusement, le mot "torrent" est issu d'un verbe latin "torreo" qui signifie "brûler" : étrange étymologie qui peut s'expliquer par un sens voisin du verbe "torreo : être bouillonnant", et on perçoit bien, alors,  une eau vive, turbulente qui est celle des torrents.
 
Le torrent nous fait voir des paysages de montagnes abrupts, tourmentés, il nous fait entendre sa voix puissante d'eau emportée et tumultueuse, il nous montre des remous, des éclaboussements d'eau pure, des ruissellements pleins de force et de vivacité.
 
Ce mot aux sonorités de dentale, de gutturale répétée traduit une certaine violence : le torrent nous emporte dans un courant irrésistible, dans des flux tempétueux...
 
La voyelle nasalisée "an" fait virevolter ce mot et nous emmène dans un enroulement de vagues et de rebonds.
 
Le torrent, c'est la fougue, la vivacité, le débordement !
 
Le torrent, c'est la vie, la passion ! C'est le risque, l'aventure !
 
Ce mot est souvent utilisé de manière imagée : un torrent de larmes suggère une peine infinie, un chagrin inconsolable... le torrent des passions est irrésistible... un torrent d'injures peut être associé à la colère, on peut voir ondoyer aussi le torrent d'une chevelure, couleur d'or...
 
Le désir humain peut devenir un torrent... l'ambition peut être comparée à un torrent.
 
Ce mot implique une idée de violence : Homère, dans l'Iliade et l'Odyssée compare souvent les guerriers à des torrents impétueux qui emportent tout sur leur passage, comparaisons amplement développées qui donnent lieu à de véritables tableaux, ayant trait à la nature.
 
Le torrent nous ramène vers des lieux champêtres, sauvages, des paysages de montagne, vers une nature désirée, alors que nous vivons, souvent, dans des villes...
 
La montagne, son air pur, ses sommets aériens qui permettent d'oublier le monde moderne... La montagne, ses paysages vallonnés, boisés et ses senteurs d' épicéas, de sapins, de résineux....
 
Le torrent nous fait retrouver ces impressions d'une nature intacte, sauvage...
 
La fraîcheur de l'eau, sa pureté, sa transparence !
 
Cette eau limpide, vivifiante nous fait voyager vers une harmonie retrouvée : pureté des sons, de la lumière, des ondes, pureté des paysages, limpidité des couleurs....
 
Entendez-vous le torrent qui s'emporte et roule dans les montagnes ? Voyez-vous l'eau caracoler dans des tourbillons d'écumes ?
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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Montagnes-du-jura Alaux auteur



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2 août 2014 6 02 /08 /août /2014 16:48

 

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Les lucioles sont des insectes vraiment étonnants : invisibles le jour, elles émettent de vives lueurs, dans l'obscurité de la nuit... elles parent, alors, les jardins de guirlandes lumineuses éblouissantes.

 

Les lucioles, associées au nom latin "lux", qui désigne la lumière, possédent de merveilleux pouvoirs de brillance, dans les ténèbres de la nuit.

 

En plein été, c'est une aubaine que de les percevoir, sous un ciel étoilé, comme des réverbérations d'étoiles, sur le sol...

 

C'est comme si le ciel et la terre se rejoignaient dans une harmonie d'éclats !

 

C'est comme si les lucioles imitaient les étoiles, les reflétaient à dessein...

 

Miroirs du ciel, les lucioles sont capables de reproduire un ciel illuminé d'étoiles.

 

On en voyait, autrefois, dans le jardin de la maison de l'Estaque : il suffisait de se poster sur le balcon qui surplombe les plates-bandes, pour en apercevoir plusieurs, entre les branchages des rosiers...

 

Belles lueurs nocturnes !

Il suffisait de lever les yeux vers le ciel, pour voir s'éclairer la Grande Ourse, le Grand Charriot et son scintillement.

 

Eclats du ciel et de la terre se rejoignaient et étaient, alors, accessibles à nos regards ébahis : ma petite nièce raffolait de ce spectacle divin et c'était, comme un jeu, d'aller observer ces étoiles du ciel et de la terre.           

 

Tous les soirs, on allait contempler les lucioles et tous les soirs, elles nous offraient le spectacle de leurs chapelets lumineux...

 

Elles ne manquaient jamais à l'appel et on les retrouvait, tous les soirs, à la même place, fidèles au rendez-vous.

 

On regardait, ensuite, attentivement le ciel, pour repérer l'étoile polaire, une des plus brillantes dans le ciel...

 

Ce jeu d'observation se prolongeait, un moment, dans la douceur des nuits d'été : on commentait la clarté du ciel, l'éclat particulièrement intense des lucioles, leur taille, leur nombre.

Ce jeu de lumières nous fascinait, et emplissait nos yeux de rêves lumineux.

 

On admirait, comme un spectacle, ce jeu de reflets, ces images brillantes de la nuit, venues du fond du jardin et des espaces célestes.

 

On se délectait des splendeurs de la nuit, de l'odeur des cyprès qui encadraient le jardin, du parfum des roses qui traînait dans l'air...

 

 

Pour la nuit des étoiles : pour repérer le grand charriot, et l'étoile polaire :

            http://video.lefigaro.fr/figaro/vid...

 

 

http://youtu.be/ZHIwnAk2gGA

 

http://youtu.be/dqwSde_eEv4

 

http://youtu.be/vG16V1OAwMI

 

 

 

 

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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 16:53
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"Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !"
 
Ces vers célèbres de Baudelaire sont extraits d'un poème intitulé "Harmonie du soir", inséré dans Les Fleurs du mal. Baudelaire évoque, ici, une sorte de vertige des sensations, lié au crépuscule.
 
Le mot "vertige" vient d'un verbe latin "vertere" qui signifie "tourner" : l'étymologie révèle bien ce qu'est le vertige : un tournoiement de tête, un malaise, un égarement...

Le vertige nous fait "tourner", il nous fait perdre l'équilibre, il nous perturbe, nous trouble la vue... Le vertige est, souvent, un vrai malaise mais il peut être dû, aussi, à notre imagination.

 

C'est Montaigne qui, dans une page célèbre des Essais, analyse ce phénomène du vertige : Montaigne montre bien toutes les illusions de la perception et de la vue : on peut, parfois, éprouver une impression de vertige, quand on se trouve sur une hauteur, même lorsqu'on est protégé par un parapet, et que l'on ne court aucun danger.

 

C'est notre imagination qui intervient, qui nous fait éprouver de la peur, alors même qu'on ne risque rien : l'imagination nous trompe, nous abuse.

 

Le mot peut être utilisé, aussi, de façon imagée : le vertige de l'ambition, de la haine, de la jalousie, de l'amour, le vertige de la passion... Le mot suggère, alors, une forme d'égarement qui nous emporte dans un tourbillon.

 

Ce nom aux sonorités de fricative, de gutturale, de dentale et chuintante nous entraîne dans un tourbillon de consonnes variées et nous fait éprouver ainsi une sensation de vertige !

 

Etonnante correspondance entre le mot et la notion qu'il désigne !

 

Le vertige nous entraîne sur des échelles, des hauteurs de montagnes escarpées, des précipices, des sentiers périlleux.

 

Ce mot appartient à une famille très productive, issue du verbe latin, "vertere" : versant, versatile, verser, verset, versification, version, verso, adversaire, anniversaire, averse, aversion, bouleverser, controverse, conversation, conversion, déverser, divers, envers, inverse, irréversible, malversation, pervers, reconversion, renverser, subversif, tergiverser, transversal, travers, univers...

On voit, là, un vertige de mots dont la relation avec le sens initial "tourner" n'est pas toujours évidente !
 
Le terme "univers", par exemple, signifie d'abord : "tourné d'un seul élan vers", puis, "tous ensemble"... L'anniversaire "retourne" et revient tous les ans... Le "versus" ou le "vers" désigne, d'abord, le fait de "tourner" la charrue au bout du sillon, puis il évoque une ligne d'écriture.
 
Le vertige, quant à lui, nous fait tournoyer de peurs, d'émotions, de passions, parfois.
 
Associé au soir, dans le poème de Baudelaire, le mot suggère des moments qui nous conduisent vers l'oubli, le sommeil, les rêves...
 
Baudelaire nous entraîne dans un tourbillon d'images et de sensations... images religieuses, sensuelles, mélancoliques, liées à la nuit qui arrive...
 
Le poète arrive, même, à nous faire percevoir et ressentir la sensation de vertige, grâce à un chiasme, dans l'expression : "Valse mélancolique et langoureux vertige !" Les adjectifs inversés, dans les deux groupes de mots, suggèrent un tournoiement irrésistible.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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Photos : Christelle et rosemar



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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 16:43
curcuma guilleron creative commons

"Sur la fadeur de la nourriture de base, viennent se poser les saveurs éclatantes des épices, comme autant de couleurs vives sur une page blanche." C'est ainsi que Michel Tournier fait l'éloge des épices, dans un de ses ouvrages, intitulé Célébrations...
 
Le nom "épice" vient du latin, "species", qui a diverses significations : "vue, regard, aspect, apparence", puis, "espèce", "denrée, drogue, ingrédient, épice".
 
Le terme latin "species" est, donc, à l'origine de deux noms distincts : "espèce et épice"... avec des spécialisations de sens très différents.
 
Le mot "épice" renferme mille saveurs, des myriades de parfums exotiques et lointains... Avec ses sonorités de labiale, de sifflante, le mot dessine des goûts subtils ou plus intenses, des parfums mystérieux, étranges, qui semblent recéler des vertus et des pouvoirs magiques.
 
Une "apparence", tel est le sens premier du mot "species", dans lequel on perçoit une sorte d' énigme, de secret.
 
On songe à la route des épices : les épices comme la cannelle, la cardamome, le gingembre, et le curcuma étaient connues, et commercialisées en Orient, depuis la haute Antiquité. Ces épices étaient acheminées le long des routes du Moyen-Orient, avant le début de l'ère chrétienne, elles étaient associées à des histoires fantastiques, faisant intervenir la magie.
 
Les épices évoquent, aussi, une multitude de couleurs : rouge, ocre, orangé, vert, brun, couleur de terre.
 
Arômes, couleurs, goûts, parfums, quel monde de sensations variées dans les épices !
 
On songe à tous ces mots : le clou de girofle, la muscade, le poivre, le gingembre et le safran, noms variés d'épices, noms anciens issus du grec, du sanscrit ou de l'arabe.
 
Le safran, l'or rouge aux saveurs parfumées, originaire du Moyen Orient, fait épanouir ses teintes d'ocre et de rouille.
 
Le poivre aux éclats de gris, de noirs rayonne de piquant et de douceur à la fois.
 
Le gingembre résonne de ses voyelles nasalisées qui chantent et réveillent les sens.
 
Les épices sont comme des écumes de goût, des embrasements de couleurs : le curcuma se pare de teintes de chrysanline, le curcuma, aux sonorités redoublées, fait plaisir à entendre.
 
La cannelle, avec son suffixe de diminutif, nous fait songer aux couleurs douces de l'enfance.
 
Les épices, leurs noms, leurs couleurs nous emmènent vers l'orient, ses paysages de dunes, de barcanes, ses ondoiements de sable... les épices nous font voir des souks, des étalages bariolés et pittoresques.
 
Les épices nous font rêver à un monde coloré, aux parfums audacieux, pimentés ou plus doux...
 
 
 
Un film : La route des épices : 
 
 
 
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Photos : en haut : Le curcuma auteur : Guilleron / en bas : La cannelle  auteur : Thiry  Creative commons



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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 17:56
Masurepeinte-herve-Dupin.jpg
"L'auberge du Donjon n'avait pas grande apparence, mais j'aime ces masures aux poutres noircies par le temps et la fumée de l'âtre, ces auberges de l'époque des diligences, bâtisses branlantes qui ne seront bientôt plus qu'un souvenir", a écrit Gaston Leroux dans son roman, Le mystère de la chambre jaune...
 
Une "masure" ! Voilà un mot qui comporte des résonances particulières : il évoque, comme la "chaumine", une certaine pauvreté, la misère de ceux qui habitent ces lieux.
 
Avec ses sonorités contrastées de sifflante, de gutturale, ses voyelles variées, ce mot nous étonne et nous invite à la découverte...
 
Le nom " masure", habitation misérable, qui tombe en ruines, vient du verbe latin "manere", "rester, demeurer."
 
Curieusement, le terme "manoir" appartient à la même famille de mots... pourtant, ce mot désigne, lui, une demeure somptueuse.
 
Un "manoir" évoque la résidence ou la demeure d'un noble, un logis seigneurial, ce bâtiment est, parfois, désigné, aussi, par le terme "gentilhommière", l'habitation d'un "gentil", c'est-à-dire d'un noble de naissance.
 
On le voit : tout un monde sépare la "masure" du "manoir" !
 
La "masure" appartient aux plus pauvres, le"manoir" est réservé à des privilégiés.
 
Un même radical pour deux termes antinomiques : le seul élément qui rapproche ces deux substantifs est l'idée de demeure où l'on vit...
 
D'autres termes sont plus neutres : "la maison, le mas", mots formés encore sur le même radical.
 
On perçoit bien toute la richesse et la diversité des dérivations de la langue française : issus d'une même racine verbale, ces mots suggèrent différentes habitations de la plus humble, à la plus somptueuse.
 
C'est comme si la société, dans son ensemble, était représentée par tous ces termes : pauvres, riches, gens modestes ou plus huppés, gens de la ville, de la campagne...
 
En Provence, le "mas" est  une ferme, une habitation modeste, associée à une vie rurale.
 
Un autre mot, encore, doit être rattaché à cette famille : le terme "manant" qui a, d'abord, le sens d'habitant, de résident....puis il désigne un roturier, un paysan qui réside dans un village, il prend enfin une connotation péjorative et s'applique à un personnage grossier, mal élevé.
 
Curieuse famille de mots liée à différentes catégories sociales ! 
 
On voit bien que le mot "manoir" s'oppose à la pauvre "masure" : ce terme avec son suffixe -oir revêt une dimension mystérieuse : on imagine un château, une demeure imposante, des dépendances, un domaine...
 
La masure, quant à elle, nous fait voir ses lézardes, un toit qui s'écroule, des murs en détresse...
 
J'aime ces mots qui forment des contrastes : "le manoir, le château, la masure, la chaumine, la chaumière, la bastide", que de termes différents ! On perçoit encore, à travers ces exemples, toute la richesse de la langue française !
 
La pauvre masure et le manoir somptueux se rejoignent par leur radical : étonnant rapprochement de deux mots antinomiques ! 
 
 
 
 
 
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Paul Cézanne - Masures sous la neige
chateau libre
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3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 16:47
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"C'était l'heure indécise et exquise qui ne dit ni oui ni non. Il y avait, déjà, assez de nuit, pour qu'on pût s'y perdre à quelque distance, et encore assez de jour pour qu'on pût s'y reconnaître de près", a écrit Victor Hugo dans son roman, Les Misérables.
 
L'heure exquise nous fait rêver, nous emporte dans ses replis de lumières atténuées...
 
L'adjectif "exquis" vient du verbe latin "quaerere", "chercher, rechercher" précédé de la préposition "ex". Ce mot brille de ses sonorités de gutturales et de sifflante, étonnant contraste de consonnes, éclatantes et douce....
 
Ce mot élogieux marque l'excellence, une forme de délicatesse, de perfection, il équivaut à un superlatif et peut s'appliquer à de la nourriture, à des mets, mais aussi à des êtres, des objets, des moments...
 
De nombreux termes appartiennent à cette famille : "question, conquérir, acquérir, requête, requérir, enquête"...
 
Mais l'adjectif "exquis", par sa forme différente, son préfixe se détache de l'ensemble : il exprime une sorte d'élégance, de raffinement uniques.
 
Il nous fait entrer dans le monde des saveurs, de la cuisine : il nous fait goûter et savourer des plats légers, pleins de finesse.
 
Il nous berce de rêves : associé à la douceur, à la beauté, le mot définit,aussi, une excellence, un bonheur suprême.
 
L'heure exquise, une fleur exquise...  une rose d'automne, plus rare que celle du printemps, est plus qu'une autre exquise...
 
Cet adjectif semble moins utilisé dans le langage moderne : on lui préfère des mots plus ordinaires et plus banals : super, extra, des abréviations à la mode...
 
Retrouvons l'usage de ces mots, à l'étymologie révélatrice : ce qui est exquis est rare et recherché, ce qui est exquis relève d'une forme de recherche, de quête.
 
Ce qui est exquis exige des efforts, une forme d'attente...
 
Ainsi, l'étymologie de cet adjectif dévoile des sens cachés, qui ne sont pas évidents, elle nous montre, comme souvent, l'essence de ce mot, sa signification première.
 
L'étymologie révèle la vérité des mots, elle est primordiale, pour en comprendre le sens : il faut la préserver et conserver l'usage de tous ces mots qu'on a tendance à oublier, et qui sont réservés à un langage soutenu.
 
Le mot"exquis" paraît un peu désuet et périmé : il est, pourtant, plein de saveurs, d'authenticité, de sens.
 
L'heure exquise nous berce de ses teintes adoucies : elle a le charme de l'incertitude lorsque le soir tombe, que les formes s'estompent dans une nouvelle harmonie...
 
L'heure exquise nous séduit de sa douceur, de sa tendresse et nous emporte vers des rêves de renouveau..
 
L'heure exquise nous offre des moments de plénitude, de poésie...
 
 
 
Photos : rosemar                
 
 
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