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21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 16:48
L'adjectif nous offre une palette digne d'un peintre...

 

 

 

Il est temps de célébrer l'adjectif et toutes ses vertus ! Il est temps de redorer le blason de l'adjectif, devenu si rare ou rebattu !

De grâce, laissons de coté les "super", "extra" et redonnons aux adjectifs la place qu'ils méritent !

On aime leurs nuances infinies, l'adjectif peut rendre un texte brillant, éblouissant, chatoyant, éclatant, lumineux, ardent, fulgurant !

Il peut, parfois, être familier, populaire, et restituer une forme de simplicité et de modestie.

 

L'adjectif s'adjoint au nom pour le compléter, le qualifier, lui apporter toutes sortes de nuances... Que serait un texte, sans les adjectifs ?

Que pourrions-nous écrire, sans eux ?

Un texte privé d'adjectifs serait comme un corps sans âme, une fleur sans couleur...

L'adjectif nous permet d'exprimer tant de sentiments divers, tant d'appréciations sur les événements, les êtres, les objets, les êtres.

Le mot lui-même avec ses différentes consonnes, dentale sonore, chuintante, gutturale "c", dentale sourde, fricative à la fin, semble suggérer une diversité, une richesse étonnante de qualification...

L'adjectif fait preuve d'une certaine souplesse : il peut, même, devenir un nom quand il reçoit un article, on dit, alors, qu'il est substantivé : "les pauvres, les riches, les petits, les grands..."

L'adjectif nous offre une palette digne d'un peintre pour évoquer les couleurs, les formes, les substances, les textures de tout ce que l'on veut décrire...

Grâce à lui, on peut suggérer des parfums doux ou prégnants, des sons apaisants ou tonitruants...

Ce mot venu du latin "adjectum", participe du verbe "adjicere", "ajouter" n'est-il pas le complément indispensable du nom dont il vient préciser le sens ?

Tant d'adjectifs, dans notre langue, nous aident à exprimer tant d'idées !


"Rouge, rocheux, pourpre, flamboyant, légère, fragile, vive, intense, rougeoyante, volatile, cotonneuse, diaphane, subtil, ondoyant, lumineuse, élégante, rubescente, sombre, délicat, prégnante, lourde, virevoltant !"

Que de mots, et que d'expressivité dans les sonorités, les formes !

L'adjectif, substance même d'un texte, ajoute lumière, mouvement, force, intensité à une description, il permet d'animer une phrase.

L'adjectif qui s'accorde en genre avec le nom revêt, aussi, différents aspects : masculin ou féminin, il se colore de résonances particulières.

Il demande une recherche attentive : il faut trouver le mot juste qui restitue les sentiments, les idées que l'on veut mettre en valeur.

Beau prolongement du nom, l'adjectif peut précéder le substantif ou le suivre, et, là encore, il peut produire des effets différents.

Il peut entrer dans toutes sortes de figures de style : oxymore, redondance, effets d'insistance, rythmes binaires ou ternaires, hyperboles...

Il offre tant de possibilités ! 

Il admet différents degrés de significations : comparatif, superlatif, adverbes d'intensité viennent encore nuancer, à l'infini, le sens de l'adjectif et lui donner plus de relief...

Il peut souligner un éloge, mettre en valeur un blâme, il peut marquer une révolte soudaine et virulente, une vive indignation ou une admiration insistante.

Que de ressources dans l'adjectif, que de variétés !

 

N'oublions pas d'utiliser des adjectifs, pour donner plus de force, d'intensité, de vérité à l'expression des idées, pour nuancer et affiner une description, pour animer un récit...


 

 

 

 

 

Photos : rosemar

L'adjectif nous offre une palette digne d'un peintre...
L'adjectif nous offre une palette digne d'un peintre...
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16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 16:35
La méthode de l'explication d'un texte littéraire...

 

 

 

L'épreuve écrite anticipée de français du Baccalauréat se déroule, ce vendredi 19 juin : les candidats peuvent choisir, parmi les sujets proposés, le commentaire ou l'explication de textes, épreuve intéressante, à condition de bien connaître la méthode et de bien s'y préparer...

Expliquer un texte est un exercice parfois difficile pour les élèves, car ils n'en comprennent pas bien les enjeux : expliquer un texte, c'est, étymologiquement, "dérouler les plis" et les secrets d'un texte, donc éclairer le sens, en percevoir la signification profonde.

 


Pour ce faire, il est indispensable d'avoir une bonne maîtrise de la langue, de la grammaire, des figures de style, des différents procédés qui servent à renforcer le sens d'un texte, à lui donner du poids.

Comprendre et expliquer un texte passe par une lecture attentive et même plusieurs lectures...

Il est, d'abord, important de repérer le ou les thèmes essentiels traités par l'auteur. On peut commencer par regarder attentivement le vocabulaire, les différents champs lexicaux qui parsèment le texte.

Une analyse bien menée doit, aussi, passer par une bonne connaissance de la littérature, de ses différents genres : roman, théâtre, poésie, essai... il faut mettre en évidence le genre auquel appartient le texte, car chaque genre fait appel à des procédés distincts et spécifiques.

Il faut bien maîtriser le vocabulaire de chacun de ces genres, par exemple, pour le théâtre, les didascalies, le monologue, le dialogue, la tirade, les répliques, le procédé de stichomythie etc.

Il est utile, aussi, de préciser le type de texte : narratif, descriptif, informatif ou argumentatif, parfois ces types se combinent dans un même texte, mais on peut souvent repérer une fonction dominante.

Là encore, chaque type de texte a ses caractéristiques : la narration déroule une succession d'événements, des péripéties, la description fait souvent appel aux différentes sensations, la vue ( couleurs, formes, dimensions), l'ouie, l'odorat, le toucher et, moins souvent, le goût... L'argumentation développe des idées, une thèse, grâce à des arguments, des exemples dont il faut étudier la portée et l'efficacité, enfin le texte informatif donne des renseignements essentiels au lecteur : c'est le cas d'une première scène d'exposition au théâtre, par exemple.

Il est évident que l'auteur peut mêler, dans un même texte, narration et description, ou narration et argumentation, les différents types pouvant se combiner.

La "grammaire" du texte doit être analysée, avec précision : les temps des verbes et leurs différentes valeurs, les pronoms personnels utilisés, le singulier ou le pluriel qui dominent, l'emploi du pronom indéfini "on", etc.

Les verbes sont plus particulièrement porteurs de sens : temps, mode, voix doivent être observés avec attention. Ainsi, la voix passive récurrente permet de souligner la passivité d'un personnage, le mode impératif qui sert à donner des ordres montre une autorité, une envie de dominer, de triompher de l'autre.

Les différents temps des verbes et leurs valeurs permettent de décrypter le sens des textes : le présent peut être un présent de narration, ou de vérité générale ou de discours, l'imparfait marque la description, a une valeur itérative ou durative, à l'inverse le passé simple est utilisé pour l'enchaînement des actions dans un récit et indique une action ponctuelle, une instantanéité...

Il peut être intéressant de repérer les catégories de sens des verbes : verbes d'état, d'action, de mouvement, de perception, de déclaration.

La littérature ayant une fonction esthétique, il est essentiel de percevoir toutes les figures de style qui viennent embellir le texte, le rendre attrayant, agréable à lire...

Ces figures multiples et variées renforcent le sens, sont au service des idées : hyperboles, à valeur laudative ou dénonciatrice, périphrases, comparaisons, images, effets de sonorités ou encore énumérations, rythmes binaires ou ternaires à valeur d'insistance etc.

Le plan du texte est, parfois, habile ou original : dans ce cas, il est utile de mettre en évidence la structure de l'extrait à étudier.

Le vocabulaire lui-même est porteur de sens : mots élogieux ou péjoratifs, les niveaux de langue utilisés, familier, courant ou soutenu, enfin, la polysémie, les auteurs aimant parfois jouer de la pluralité de sens des mots.

Il faut regarder la forme des phrases : interrogatives et exclamatives permettent d'animer un texte, de le rendre plus vivant.

Le repérage du ou des registres d'un texte est, souvent, intéressant : le registre comique et ses différents procédés, le tragique et ses composantes, la fatalité, la terreur et la pitié, le pathétique qui vise à émouvoir, le texte ironique qui sert à dénoncer, le texte épique qui suscite l'effroi ou l'admiration, le fantastique qui provoque incertitude et peur.

Ainsi, on arrive à déterminer quel est le but de l'auteur : faire rire, émouvoir, provoquer la peur, éveiller la réflexion...

L'explication ou le commentaire doivent révéler les aspects les plus importants d'un texte, grâce à un plan qui peut mettre en évidence soit des thèmes essentiels, soit des registres ou encore la structure, ou la fonction du texte : informative, attractive, argumentative....

Cet exercice très formateur demande une certaine sensibilité littéraire, mais surtout une bonne maîtrise des outils de l'analyse littéraire qu'il faut mettre en oeuvre avec rigueur.


 

 

La méthode de l'explication d'un texte littéraire...
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11 juin 2015 4 11 /06 /juin /2015 16:22
Merveilles de la lecture...

 


 

Victor Hugo a découvert, très jeune, le bonheur de la lecture : il raconte cette expérience, dans un de ses poèmes les plus connus, extrait des Contemplations, intitulé Aux Feuillantines.


Les Feuillantines étaient un ancien couvent désaffecté où résida la mère de Hugo de 1809 à 1812... Ce poème nous replonge dans le monde merveilleux de l'enfance : Victor Hugo évoque ses deux frères, sa mère, dans une scène familière...


La mère apparaît à la fois protectrice et impérieuse : le jeu est permis mais il est interdit de piétiner "les fleurs" et d'escalader les "échelles"... Son discours, plein de simplicité, est reproduit directement, avec l'emploi de la première personne et du présent d'énonciation : "
je défends Qu'on marche dans les fleurs et qu'on monte aux échelles."

L'impératif "jouez", les subjonctifs "qu'on marche " qu'on monte" traduisent la bienveillance attentive de la mère. 


L'enfance associée au jeu, au bonheur, au rire, au bon appétit, apparaît, aussi, comme un monde de découvertes, de nouvelles expériences. Le grenier du couvent, lieu de jeu et de mystères, attire les jeunes enfants que sont Abel, Victor et Eugène.

L'imparfait d'habitude souligne l'intérêt que suscite ce grenier : "nous montions, nous regardions...  un livre inaccessible."

Le verbe "regarder" met en évidence, aussi,  toute la curiosité des enfants, car il évoque une observation attentive.

Et les enfants sont, rapidement, éblouis par ce livre lointain, situé sur le "haut d'une armoire", un livre qui leur paraît comme un trésor à atteindre et conquérir.


Ce livre devient l'objet d'une quête, d'une curiosité infinie, il est "noir", étrange, mystérieux, et finalement les enfants parviennent à atteindre l'objet, une "Bible", le livre par excellence.


Ce sont, alors, de véritables éclats de sensations qui apparaissent, soulignés par des exclamations : l'odeur du livre, la magie des images, des estampes, le ravissement de la découverte !

Les exclamations répétées restituent ce plaisir inédit de la découverte : "Des estampes partout ! quel bonheur ! quel délire!"


Et, dès lors, les enfants se mettent à lire avec enchantement : des mots magiques apparaissent, exotiques et lointains, des noms bibliques : "Joseph, Ruth, Booz, le bon samaritain..."


La comparaison finale du livre avec "un oiseau des cieux" traduit le bonheur infini de cette découverte...un bonheur fait de rires, d'étonnements et d'enthousiasmes...


Le livre est assimilé à un oiseau inaccessible capturé par les enfants. La dernière sensation tactile du poème traduit encore leur émerveillement  : ils sentent dans leurs mains comme 'une douceur de plumes".


Le bonheur de tenir en mains le livre est, ici, exprimé par une image pleine de beauté et de rêves. Le champ lexical du rire et du plaisir souligne cet enchantement : "charmés, en riant, joyeux". Le participe passé "charmé" a un sens très fort et restitue une sorte d'ensorcellement magique. Le verbe "lire", répété à trois reprises, montre la fascination des enfants, qui en oublient de "jouer".

 

Les sonorités de sifflantes, à la fin du poème, suggèrent, aussi, le bonheur de cette découverte :

"Tels des enfants, s'ils ont pris un oiseau des cieux,
S'appellent en riant et s'étonnent, joyeux,
De sentir dans leur main la douceur de ses plumes."



Ce poème, empreint de simplicité, nous fait percevoir, à travers différentes sensations, olfactive, auditive, tactile, visuelle, tous les bonheurs offerts par  la lecture...


 



 http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/victor_hugo/aux_feuillantines.html


 


 

 

 

Merveilles de la lecture...
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3 juin 2015 3 03 /06 /juin /2015 16:53
Les oiseaux qui chuchotent : aimons !

 

 


"La terre cache l'or et montre les moissons ;
Elle met dans le flanc des fuyantes saisons
Le germe des saisons prochaines,
Dans l'azur, les oiseaux qui chuchotent : aimons !
Et les sources, au fond de l'ombre, et sur les monts
L'immense tremblement des chênes."


Dans cet hymne à la terre, Victor Hugo célèbre le chant des oiseaux, leur murmure léger qu'il assimile à un chuchotement, un message de paix et d'amour.

Les oiseaux ne sont-ils pas des symboles d'harmonie, ne représentent-ils pas le poète lui-même, par leurs chants mélodieux ?

 

On entend, dans l'azur, les oseaux chuchoter : aimons !...


Le verbe "chuchoter" plein de douceur, nous fait percevoir des sonorités redondantes de chuintantes légères... Les voyelles "u" et "o" se répondent en une harmonie subtile...

Forme d'onomatopée, ce mot imite un murmure délicat, à peine audible.
Le verbe implique une idée de discrétion, de mystère, de pudeur, parfois.

L'étymologie en est incertaine mais le mot vient d'un autre verbe "chucheter" qui est utilisé pour le cri du moineau.

Associé à un oiseau, ce terme nous fait percevoir des chants dans les ramilles, des bruissements légers, des trilles délicates.
Les arbres se peuplent de ces paroles variées, légèrement perceptibles, ils semblent les répercuter de branche en branche.

Venus du ciel, ces mots azuréens, ces envols de murmures nous bercent de douceur, de sérénité, de bonheurs simples et tranquilles.

Les oiseaux chuchotent : "Aimons !" écrit Victor Hugo, un doux message, des mots simples, une injonction, celle d'aimer...

Aimer la nature, ses bruits, ses murmures, ses harmonies diverses, aimer les êtres qui nous entourent...

Aimer le ciel, la terre si féconde, les arbres, les aurores, les crépuscules, les brins d'herbes, les roses et leurs parfums.

Le chuchotement des oiseaux nous invite à l'harmonie, la communion avec le monde, un accord.

Comment ne pas être sensible à la simplicité de ce verbe "chuchoter" ?

Le redoublement de la consonne "ch" nous incite à la pudeur, à la retenue, la mesure.

On chuchote dans les églises, dans des lieux solennels, on chuchote pour ne pas envahir les autres.

On chuchote, aussi, pour confier des secrets, et préserver une intimité.

Le secret nous attire, nous séduit, nous donne envie d'en percer les mystères, il nous ouvre la voie de la curiosité, de la découverte...

 

"Murmurer, chuchoter," deux verbes pleins de charme, qui, par leurs douces sonorités de labiales et de chuintantes répétées nous montrent une sorte de modération, de tempérance.

 

En un temps où certains se plaisent à hurler leur haine et leur mépris, où la poésie elle même devient suspecte, il est bon de célébrer une forme de pudeur et de retenue.

"Chut ! " dit-on souvent pour imposer aux autres la discrétion et le silence... une interjection aussi expressive que le verbe chuchoter !

"Chut !", le mot même dans sa briéveté invite à la discrétion, au calme, à la sérénité...

 

Chut ! 

 




 Le poème de Hugo :
 
http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/victor_hugo/la_terre_hymne.html




Photos : rosemar

Les oiseaux qui chuchotent : aimons !
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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 16:44
Poésie, violence, tendresse : L'Odyssée de Pi...

 

 

Poésie, violence, tendresse, émotions, aventures, tels sont les ingrédients de ce film L'Odyssée de Pi, réalisé en 2012, par Ang Lee,  adapté d'un roman à succès Histoire de Pi de Yann Martel.


On retrouve, ici, le thème ancien du voyage initiatique : celui de l'Odyssée d'Homère, récit fondateur qui n'a pas fini d'inspirer auteurs et réalisateurs.


Le film raconte l'épopée extraordinaire d'un jeune indien, nommé Piscine Molitor Patel, fils du directeur d'un parc zoologique à Pondichéry. Durant son enfance, Piscine, moqué à cause de son prénom, se présente à tous sous l'abréviation "Pi". Sa famille, ne pouvant plus tenir le zoo, décide de déménager au Canada, et d'embarquer à bord d'un cargo.... À la suite d'un naufrage, Pi se retrouve en plein océan à bord d'un canot de sauvetage, accompagné d'un zèbre, d'une hyène, d'un orang-outan et d'un tigre du Bengale, appelé Richard Parker. 


On est subjugué, dès l'introduction du film, par la beauté des images, celles des animaux, d'abord, puis celles des paysages marins : le naufrage, l'immensité des flots peuplés d'étranges créatures...

Le personnage principal fait le récit de ses aventures à un journaliste, de la même façon qu'Ulysse, dans l'épopée d'Homère, raconte rétrospectivement certains épisodes de son périple, alors qu'il se trouve à la cour du roi Alkinoos.

On retrouve, comme dans l'Odyssée d'Homère, des dangers symbolisés par des "monstres" : la hyène, qui représente le mal absolu, s'attaque aux autres animaux, menace le jeune garçon, héros de l'histoire.

Elle fait penser au Cyclope qui dévore les compagnons d'Ulysse, dans l'Odyssée primitive.

Le tigre qui a un nom humain, Richard Parker, peut évoquer ces magiciennes de l'ancienne épopée : fascinant, mystérieux et dangereux à la fois, l'animal représente une force brutale, pleine de charmes...

Le héros, confronté à la disparition de ses parents lors du naufrage, face à la violence de la hyène et du tigre, face à la solitude, la désespérance, doit trouver toutes sortes de ressources, de ruses et de stratagèmes pour échapper, lui-même, à la mort.

Le destin de l'homme est, ainsi, mis en scène, un destin fait d'épreuves, de souffrances, de conflits qui permettent à l'être humain d'évoluer, de comprendre le monde, de lutter envers et contre tout.

Belle métaphore de la vie humaine en butte à des embûches, des drames, des obstacles qu'il faut, sans cesse, franchir !

Bien sûr, dans cette épopée, les dangers sont exacerbés à l'extrême, puisque le personnage doit lutter contre des animaux sauvages, féroces et dangereux, contre les éléments qui se déchaînent : tempêtes, ouragans...

La hyène tue successivement le zèbre, le singe, et Pi se retrouve, seul, en compagnie de Richard Parker, le tigre.

Ce tigre, au nom bien humain, impressionnant de force et de beauté, est finalement dompté par le jeune garçon, au prix d'efforts inouis de patiences et de ruses...

Le film montre aussi, au début, une sorte de quête mystique du jeune Pi, adepte de l'hindouisme, puis du christianisme, de la religion musulmane, alors que son père affirme : " Ne laissez pas toutes ces belles histoires et toutes ces lumières vous abuser. La religion, c'est l'obscurité..."

Le film déroule de superbes images : celles de la tempête déchaînée, des fonds marins vertigineux, la fureur des flots sur lesquels se retrouve le héros.

Le canot de sauvetage devient une sorte d'arche de Noé, où règnent la peur, la souffrance, le désarroi... Les dangers sont permanents, avec la présence du tigre menaçant, des requins qui tournent autour de l'embarcation.

Le thème de la survie, dans un univers hostile, celui de la culpabilité sont évoqués de manière dramatique et émouvante.

Le miroir de l'eau nous fait voir les spectacles magiques des ondes reflétant des paysages célestes, emplis de nuées drapées d'or, qui bourgeonnent et s'étirent.

L'humanité, la tendresse transparaissent, quand le héros a la possibilité de tuer le tigre tombé à l'eau et qu'il le sauve de la noyade, en lui offrant la possibilité de remonter sur le canot de survie.

Un tableau nocturne de l'océan, rempli de lumières, nous fait admirer une baleine qui bondit et met, encore, en péril la vie du héros...

Après une nouvelle tempête, l'escale sur l'île luxuriante des suricates fait penser à un paradis trompeur puisque, pendant la nuit, l'île se transforme en monstre carnivore et dévore tout : on est bien dans un univers mythique, où intervient le merveilleux.

Puis, parvenu sur les côtes du Mexique, épuisé, Pi voit s'éloigner vers la jungle Richard Parker, son compagnon de naufrage, qui ne lui accorde même pas un regard : un regret pour le héros qui semble vouloir le remercier, car, c'est finalement grâce à l'animal sauvage qu'il a pu se maintenir en vie, le tigre lui donnant un but, par le dressage...

L'histoire est incroyable, et d'ailleurs les hommes de la compagnie maritime qui interrogent le jeune homme refusent de le croire.

Dès lors, devant l'incrédulité générale, le héros raconte une autre version de l'aventure avec cette fois, des survivants humains, le cuisinier, un marin, la mère de Pi.

Dans cette deuxième version, le tigre se confond avec le jeune garçon.

La première version emporte, bien sûr, la préférence du journaliste qui recueille l'histoire de Pi.

Beau mensonge, histoire vraie, magnifiée ?

Le film démontre bien l'illusion de la littérature qui transforme la réalité pour la rendre plus belle : Ulysse, le héros de l'ancienne épopée, ce beau parleur, n'a t-il pas lui-même embelli sa propre histoire, grâce au poète qui retranscrit ses aventures, Homère ?

Belle réflexion sur l'oeuvre d'art qui réinvente la réalité, sur les difficultés de la vie humaine, ce film nous donne des leçons de courage, nous révèle les beautés des océans et du monde, met en scène l'instinct de survie  de l'homme et des animaux, nous fait, tout simplement,  rêver à une belle histoire...

 

 

 

 

 

 

Poésie, violence, tendresse : L'Odyssée de Pi...
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16 mai 2015 6 16 /05 /mai /2015 16:17
Mais qu'elle est belle, cette fraise sauvage !

 


"Et oui ! Je le sais bien !
Je n'emporterai rien,
Pas même l'ombre d'un nuage.
Mais qu'elle est belle, dans ma main,
Cette fraise sauvage !"

Tels sont les vers de Maurice Carême qu'on peut lire, dans le jardin des poètes, à Paris... On y découvre toute la beauté  et la simplicité de ce fruit du printemps, aux couleurs éblouissantes...


La fraise, petit fruit oblong, aux teintes de feux, laisse voir, sur sa surface, de légères graines aux teintes de vert pâle, elle se termine par une collerette aux couleurs de verdures, aux éclats nuancés...

La fraise rutile de ses enluminures rouges... à l'intérieur, le fruit révèle des embruns glacés et translucides de pulpes blanches et roses.

Ouvert, le fruit devient miroir lumineux,  exhale des fragrances inouies.

La fraise exalte, aussi, une substance pleine de douceur, des sucs rouges aux parfums printaniers...

Le mot lui-même, avec sa fricative initiale, sa consonne sifflante "s" suggère tant d'harmonie... Seule la gutturale "r" lui confère un aspect rustique, plein de charmes...

La collerette danse sur le fruit, l'habille de verdures, et le fruit piqueté de graines d'un vert léger, se pare d'éclats.

Des odeurs sucrées de bois s'envolent, auréolent le fruit plein de saveurs.


La Mara des bois, très parfumée nous emmène vers des sous-bois mystérieux, des ombrages apaisants et des parfums subtils.

Reine des vallées, ciflorette, gariguette, charlotte, jolis noms de fraises !

 

Couleurs, parfums, sucs s'accordent dans ce fruit lumineux !

Les noms mêmes des fraises nous font découvrir des paysages, la garrigue éblouie de soleils, des fleurs, des forêts, des vallonnements.

La garrigue âpre, parfumée de thym, la garrigue aux embruns de lavandes et de romarins.

Des bois aux écumes de mousse, des arbres, de douces obscurités...


Le mot "fraise" issu du latin "fraga" remonte à l'antiquité : probablement venu d'un verbe "fragro", "exhaler une odeur", le terme souligne les parfums délicieux de ce fruit... On reconnaît, aussitôt, le radical du nom "fragrance".

Quelles fragrances dans la fraise ! Quels éclats ! Quelles couleurs !

Le temps des fraises est revenu : du bonheur pour les yeux, pour le goût, des saveurs, des parfums !


 

 

Photo : Benoit Kommann   creative commons

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15 mai 2015 5 15 /05 /mai /2015 16:05
Il ne put en retrouver une seule miette...

 

 



"Le petit Poucet ... croyait retrouver aisément son chemin, par le moyen de son pain qu'il avait semé partout où il avait passé ; mais il fut bien surpris lorsqu'il ne put en retrouver une seule miette : les oiseaux étaient venus, qui avaient tout mangé."

 

Tout le monde se souvient de cet épisode célèbre du conte de Perrault, où le personnage du petit Poucet, confronté à l'épreuve de l'abandon, sème des miettes de pain sur son passage... Mais, il prend conscience, plus tard, que les oiseaux ont picoré les miettes avec avidité...

Ce mot "miette" est si évocateur, si léger, il suggère tant d'images !

La "miette" qui désigne une des petites parcelles qui tombent du pain, quand on le coupe, évoque de bonnes odeurs de pain, de petit déjeuner...

On reconnaît, dans ce nom, une formation de diminutif, avec un suffixe -ette qu'on trouve dans de nombreux mots pleins de charme : "maisonnette, fleurette, dinette, clochette, bouclette, lunette, noisette"...

La "miette",  petite portion de "mie", vient d'un terme latin "mica", "parcelle, miette, grain"...


On rapproche le mot du radical de l'adjectif grec : "micros", "petit" qui a donné de nombreux dérivés, en français : "microscopique, microbe, microcosme, microfilm."


La miette est bien de l'ordre du "minuscule", autre mot qui vient de ce même radical...

Le mot lui-même nous fait voir de petits débris de pain ou d'objets brisés : labiale initiale, dentale finale, ce terme bref  correspond bien à la réalité qu'il désigne...

La voyelle "i", assez aiguë, peut traduire l'idée d'une brisure et d'un morcellement soudain et brutal.

Le nom lui- même du minéral, le "mica" est issu directement du mot latin "mica", car, on le sait, ce minéral a tendance à s'émietter facilement.

"La miette, la mie, le mica, le microscope, minuscule", autant de mots issus d'un même radical et dont on ne soupçonne pas toujours les relations de sens...
Le français a su les intégrer avec des variations de significations tout à fait étonnantes.

J'aime ce mot "miette" qui comporte une valeur affective et tendre avec son suffixe de diminutif, sa labiale "m' associée souvent à une idée de tendresse.

J'aime ce mot qui évoque le pain, ses saveurs croustillantes, ses rondeurs de mies, un goût simple : du pain, du beurre, des tartines trempées dans le café, au petit matin, des senteurs de pains grillés.

La miette, petite parcelle de pain, aux éclats de mie fait rayonner des teintes de candeurs, le pain se brise, se morcelle et répand des brisures.

 

La miette, parfois envahissante, se répand, tombe sur la table, le sol, s'éparpille, mais elle révèle tous les éclats du pain, elle montre un pain croustillant à souhait, qui s'épanche, avec bonheur...

 

Le pain, symbole de vie, de partage, de travail, nourriture essentielle se brise en parcelles dorées.

Mais, il est vrai que les miettes peuvent symboliser, aussi, la pauvreté, la misère, puisqu'il ne reste à certains que des "miettes".

Ainsi, ce petit mot revêt différentes valeurs contrastées : plein de tendresse, il peut suggérer toute la misère du monde...



 

 

 

 

 

Il ne put en retrouver une seule miette...
Il ne put en retrouver une seule miette...
Il ne put en retrouver une seule miette...
Il ne put en retrouver une seule miette...
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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 16:48
Vive l'éclectisme !

 


Vive l'éclectisme ! Sur un blog, il est permis d'aborder toutes sortes de sujets : actualités, politique, expériences, littérature, poésie, musique, chansons, cinéma, peinture, étude de mots... Pourquoi toujours évoquer les mêmes thèmes ? La diversité apporte une saveur particulière, un bonheur de dire et d'exprimer des idées, des impressions, des sensations diverses.

J'aime l'éclectisme, il permet d'échapper à la routine quotidienne, souvent pesante pour chacun d'entre nous, il nous offre une évasion vers des sentiers différents, des respirations nouvelles, des ouvertures.

Un blog donne à chacun cette liberté de penser : une occasion de partager des émotions, des lectures, des mots que l'on apprécie...

Le plaisir des mots a tendance à se perdre : retrouvons-le dans l'éclectisme, afin d'échapper à une certaine monotonie de la vie...

Chaque mot peut être une occasion d'explorer sa composition, son étymologie, ses sonorités, ses divers sens figurés....

Les mots sont  des aides précieuses que nous oublions trop souvent de goûter, eux qui nous permettent d'exprimer ce que nous ressentons, eux qui nous accompagnent tous les jours dans notre vie, eux qui nous apportent l'essentiel : la communication, l'échange...

Chaque mot comporte une histoire, est rempli de connotations, d'anecdotes, de souvenirs, chaque mot peut être comme une découverte.

La poésie elle-même permet de redécouvrir le monde, elle le réinvente, nous en fait mieux percevoir les contours, elle magnifie tout ce que nous ne voyons plus, faute d'attention sur ce qui nous entoure.


L'art pictural nous offre tant de merveilles à admirer : paysages de Cézanne inondés de soleils, scènes champêtres de Watteau, champ de coquelicots de Monet, tableaux éblouissants des peintres impressionnistes...


La culture si diverse et les arts nous apportent un éclectisme bénéfique, une façon de renouveler le quotidien.

La littérature est, aussi, une source inépuisable d'éclectisme, avec tant de genres littéraires : romans, poésies, théâtre, essais.

La littérature, mine d'éclectisme, aborde tous les sujets, elle fait appel à une mise en forme, à des styles très différents, elle nous fait voyager dans le temps et l'espace : on aime la pensée mouvante et paradoxale de Montaigne, le rire bouffon et dénonciateur de Rabelais, on se laisse bercer par la poésie de Verlaine, on rêve sur des vagues marines  avec Baudelaire, on apprécie les satires de Voltaire, on rit, avec Molière, de défauts éternels, l'hypocrisie, la bêtise, la fausse science...

On est subjugué par des histoires fantastiques, qui nous emmènent entre rêve et réalité, on connaît toutes sortes d'émotions : peur, angoisse, admiration, étonnement, incertitudes...  

On admire le style épuré et classique de La Bruyère, la gouaille et le parler populaire de Céline, la langue imagée de Giono.

La musique, les chansons sont, aussi, sources d'épanouissements et de plaisirs nouveaux : que de diversité dans cet univers, tant de beautés et d'harmonies que l'on n'a jamais fini d'épuiser ! Vivaldi, Bach, Mozart, Massenet, Quantz, Puccini, et tous les autres nous emportent dans des tourbillons d'émotions...

Chaque instrument a ses caractéristiques et ses attraits : la guitare, éblouissante, la flûte, enchanteresse, la harpe et sa magie de sons limpides !

L'actualité, aussi, riche d'événements, parfois dramatiques, révoltants ou cocasses est une source d'inspiration permanente et sans cesse renouvelée...

Le monde actuel si complexe nous permet d'aborder toutes sortes de sujets.

Vive l'éclectisme ! Il nous offre l'occasion d'échapper à la monotonie ambiante, c'est, sans conteste, une façon de vivre en harmonie avec le monde, de nous intéresser à tout ce qui fait la vie...

Avec l'éclectisme, on choisit dans une variété infinie de sujets !

 

 

 

 

 

 

Photos : rosemar

Vive l'éclectisme !
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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 16:42
Dom Juan, le combat de Molière...

 


 

 

Dom Juan, personnage de séducteur n' a pas été inventé par Molière : celui-ci suit une tradition littéraire. Dom Juan est né en Espagne, en 1630, sous la plume d'un moine : Tirso de Molina.


Dans la pièce espagnole, Dom Juan,  vil séducteur, arrogant, plein de morgue, est puni à la fin de la pièce, et meurt, sous la vindicte divine, aprés s'être repenti... La pièce de Tirso de Molina a, donc, un but moralisateur : le libertin, celui qui s'affranchit de la foi et de la morale religieuse, est condamné irrémédiablement. Le moine Tirso de Molina oeuvre pour l'église et en défend les valeurs...


La pièce de Molière, elle, est plus ambiguë : certes, on retrouve le personnage de séducteur qui trompe les femmes sans vergogne, se moque d'elles : Dom Juan abandonne Done Elvire après l'avoir épousée, il séduit,  tour à tour, deux jeunes paysannes, Mathurine et Charlotte, leur promet le mariage et abuse de leur crédulité, il leur fait, même, croire qu'elles peuvent échapper à leur misérable condition de paysannes... 


Pourtant, Dom Juan fait preuve d'un certain courage : à la fin de la pièce, il affronte son destin, la mort, la vengeance divine, avec une audace, une détermination hors du commun : confronté à la présence divine, au surnaturel, il reste fidèle à lui-même, et refuse de se repentir.


Personnage sulfureux, cruel, séduisant, Dom Juan sait manier les mots, le discours qui lui sert à tromper, et il sait, à l'occasion, se faire poète dans ses propos sur le plaisir de la conquête...

Le héros de la pièce incarne une forme d'indépendance, refusant les conventions et les croyances de son temps. 

Quelles sont, donc, les intentions de Molière dans cette pièce ? Paradoxalement, alors que Molière met en scène un héros libertin, féroce, avide de plaisirs et de libertés, Dom Juan est avant tout une pièce de combat contre le fanatisme religieux qui triomphe au 17ème siècle.


Il ne faut pas oublier que la pièce a été écrite, juste après l'interdiction d'une autre pièce de Molière : Tartuffe. Les autorités religieuses sont intervenues, pour censurer cette oeuvre qui mettait en scène un faux dévot dangereux, ridicule et grotesque. Evoquer le thème religieux dans une comédie, voilà qui n'était pas du goût de certaines compagnies religieuses, notamment de la fameuse compagnie du Saint Sacrement !


Après l'interdiction de Tartuffe, Molière, directeur d'une troupe de théâtre, écrit immédiatement une autre pièce, pour occuper la scène et faire vivre ses acteurs : Dom Juan.

Dès lors, on ne s'étonnera pas de voir Molière s'attaquer à la religion, à ses représentants, surtout. Son but est de dénoncer le fanatisme religieux dont il vient d'être, lui-même, la victime.

Il faut, bien sûr, se livrer à cette critique avec une certaine subtilité, pour échapper à la censure. Ainsi, la pièce s'ouvre curieusement sur un éloge du tabac prononcé par Sganarelle, le valet de Dom Juan. Or le tabac était, à l'époque, interdit par l'église et les autorités religieuses. Molière, avec cet éloge amusant, défie le monde religieux, tout en le ménageant, car l'éloge est, aussi, quelque peu ridicule.


Par ailleurs, Molière revient sur le thème de l'hypocrisie religieuse qu'il a déjà voulu dénoncer dans Tartuffe : en effet, le personnage de Dom Juan feint, à l'acte V, une conversion religieuse, afin d'échapper aux reproches de son père et de la société : il s'agit, là, d'une tactique. Molière montre, ainsi, que les dévots ne sont, parfois, que des libertins déguisés, et qu'ils prennent le masque de la religion, pour commettre les pires méfaits... d'ailleurs, l'actualité révèle encore, hélas, que sous couvert de la religion, certains se livrent aux pires perversions...


Ainsi, curieusement, tout en peignant un libertin, un séducteur sans foi, ni loi, Molière dénonce la religion qui détient tant de pouvoirs en son temps, même celui de censurer ses pièces, même celui de se livrer aux pires excès, sous le manteau de la religion.

Le personnage de Sganarelle qui défend la religion face à son maître, fait preuve d'une piété quelque peu ridicule : ainsi, il met sur le même plan, la religion et les superstitions, comme le "loup garou"...

Certes, Dom Juan est puni, à la fin de la pièce, dans une mise en scène très spectaculaire, il est englouti dans les feux de l'enfer, dans une atmosphère d'apocalypse : tonnerre, foudre, éclairs... Mais il reste indompable, refuse de se repentir, et la pièce s'achève dans le rire, avec l'intervention finale de Sganarelle, le valet de Dom Juan qui se contente de regretter ses gages, alors que son maître vient de mourir. Le rire dénonciateur l'emporte, à la fin de la pièce.


Certains passages de Dom Juan furent censurés, coupés et interdits, dès les premières représentations. La pièce, elle-même, ne fut pas jouée très longtemps. Plusieurs scènes furent, à l'époque, jugées scandaleuses, notamment, l'éloge de l'inconstance prononcé par Dom Juan, propos subversifs par lesquels le personnage inverse les valeurs traditionnelles, ou encore la scène du pauvre placée au coeur même de la pièce : Dom Juan s'amuse à séduire un pauvre hère, essaie de le contraindre au blasphème, en lui proposant un louis d'or : le blasphème était un péché puni de mort au 17ème siècle...

Dom Juan se heurte, alors, à l'intransigeance du pauvre homme, à sa foi sincère car le vieil homme refuse de blasphémer.... Dom Juan apparaît, ici, comme un être diabolique, dans sa tentative de corrompre cet ermite et dans son désir de le séparer de Dieu.

La pièce a aussi le mérite de mettre en évidence les inégalités  qui divisent la société du 17 ème siècle : d'un côté, un libertin qui fait partie de la caste des nobles, qui s'amuse à séduire de jeunes femmes, de l'autre, des paysans et des paysannes qui parlent patois, qui se laissent facilement abuser par ce "grand seigneur, méchant homme."

Le personnage du pauvre ermite qui intervient, au coeur de la pièce, nous montre, aussi, toute la misère du petit peuple, et ce pauvre, malgré son désarroi, sait rester digne, car il refuse de blasphémer, face à la tentation du louis d'or que lui propose Dom Juan.

Au passage, Molière se livre, aussi, à une satire de la médecine de son temps, un thème récurrent dans son oeuvre... Sganarelle déguisé en médecin, faisant l'éloge de la médecine, la présente, en fait, comme une escroquerie, elle devient une sorte de "croyance", au même titre que la religion, et il suffit de porter un habit de médecin pour acquérir de la considération auprès des malades.


En tout cas, cette pièce pleine de subtilités, mélange de tragédie et de comédie, est bien une oeuvre de dénonciation et de combat : elle reste, hélas, plus que jamais d'actualité ! Le fanatisme religieux qui s'érige en censure est condamnable.

L'apparence de religion ou de bonté dont se couvrent certains pour commettre les pires actions doit être dénoncée. Les inégalités sont, encore, présentes dans notre monde et elles ont, même, tendance à s'aggraver, avec la crise et ses conséquences.

Ainsi, cette pièce qui dénonce des excès de toutes sortes, ceux de la religion, ceux des grands de ce monde, reste d'une grande modernité...




 

 

La tirade sur l'inconstance :

 



DON JUAN. - Quoi ? tu veux qu'on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu'on renonce au monde pour lui, et qu'on n'ait plus d'yeux pour personne ? La belle chose de vouloir se piquer d'un faux honneur d'être fidèle, de s'ensevelir pour toujours dans une passion, et d'être mort dès sa jeunesse à toutes les autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux ! Non, non : la constance n'est bonne que pour des ridicules ; toutes les belles ont droit de nous charmer, et l'avantage d'être rencontrée la première ne doit point dérober aux autres les justes prétentions qu'elles ont toutes sur nos cœurs. Pour moi, la beauté me ravit partout où je la trouve, et je cède facilement à cette douce violence dont elle nous entraîne. J'ai beau être engagé, l'amour que j'ai pour une belle n'engage point mon âme à faire injustice aux autres ; je conserve des yeux pour voir le mérite de toutes, et rends à chacune les hommages et les tributs où la nature nous oblige. Quoi qu'il en soit, je ne puis refuser mon cœur à tout ce que je vois d'aimable ; et dès qu'un beau visage me le demande, si j'en avais dix mille, je les donnerais tous. Les inclinations naissantes, après tout, ont des charmes inexplicables, et tout le plaisir de l'amour est dans le changement. On goûte une douceur extrême à réduire, par cent hommages, le cœur d'une jeune beauté, à voir de jour en jour les petits progrès qu'on y fait, à combattre par des transports, par des larmes et des soupirs, l'innocente pudeur d'une âme qui a peine à rendre les armes, à forcer pied à pied toutes les petites résistances qu'elle nous oppose, à vaincre les scrupules dont elle se fait un honneur et la mener doucement où nous avons envie de la faire venir. Mais lorsqu'on en est maître une fois, il n'y a plus rien à dire ni rien à souhaiter ; tout le beau de la passion est fini, et nous nous endormons dans la tranquillité d'un tel amour, si quelque objet nouveau ne vient réveiller nos désirs, et présenter à notre cœur les charmes attrayants d'une conquête à faire. Enfin il n'est rien de si doux que de triompher de la résistance d'une belle personne, et j'ai sur ce sujet l'ambition des conquérants, qui volent perpétuellement de victoire en victoire, et ne peuvent se résoudre à borner leurs souhaits. Il n'est rien qui puisse arrêter l'impétuosité de mes désirs : je me sens un cœur à aimer toute la terre ; et comme Alexandre, je souhaiterais qu'il y eût d'autres mondes, pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses.

 

La tirade sur l'hypocrisie : 

Dom Juan à Sganarelle :

Il n’y a plus de honte maintenant à cela : l’hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus. Le personnage d’homme de bien est le meilleur de tous les personnages qu’on puisse jouer aujourd’hui, et la profession d’hypocrite a de merveilleux avantages. C’est un art de qui l’imposture est toujours respectée ; et quoiqu’on la découvre, on n’ose rien dire contre elle. Tous les autres vices des hommes sont exposés à la censure et chacun a la liberté de les attaquer hautement, mais l’hypocrisie est un vice privilégié, qui, de sa main, ferme la bouche à tout le monde, et jouit en repos d’une impunité souveraine. On lie, à force de grimaces, une société étroite avec tous les gens du parti. Qui en choque un, se les jette tous sur les bras ; et ceux que l’on sait même agir de bonne foi là-dessus, et que chacun connaît pour être véritablement touchés, ceux là, dis-je, sont toujours les dupes des autres ; ils donnent hautement dans le panneau des grimaciers, et appuient aveuglément les singes de leurs actions. Combien crois-tu que j’en connaisse qui, par ce stratagème, ont rhabillé adroitement les désordres de leur jeunesse, qui se sont fait un bouclier du manteau de la religion, et, sous cet habit respecté, ont la permission d’être les plus méchants hommes du monde ? On a beau savoir leurs intrigues et les connaître pour ce qu’ils sont, ils ne laissent pas pour cela d’être en crédit parmi les gens ; et quelque baissement de tête, un soupir mortifié, et deux roulements d’yeux rajustent dans le monde tout ce qu’ils peuvent faire. C’est sous cet abri favorable que je veux me sauver, et mettre en sûreté mes affaires. Je ne quitterai point mes douces habitudes ; mais j’aurai soin de me cacher et me divertirai à petit bruit. Que si je viens à être découvert, je verrai, sans me remuer, prendre mes intérêts à toute la cabale, et je serai défendu par elle envers et contre tous. Enfin c’est là le vrai moyen de faire impunément tout ce que je voudrai. Je m’érigerai en censeur des actions d’autrui, jugerai mal de tout le monde, et n’aurai bonne opinion que de moi. Dès qu’une fois on m’aura choqué tant soit peu, je ne pardonnerai jamais et garderai tout doucement une haine irréconciliable. Je ferai le vengeur des intérêts du Ciel, et, sous ce prétexte commode, je pousserai mes ennemis, je les accuserai d’impiété, et saurai déchaîner contre eux des zélés indiscrets, qui, sans connaissance de cause, crieront en public contre eux, qui les accableront d’injures, et les damneront hautement de leur autorité privée. C’est ainsi qu’il faut profiter des faiblesses des hommes, et qu’un sage esprit s’accommode aux vices de son siècle.


Extrait de la scène 2 de l'acte V de Dom Juan - Molière

 

 

 

 

Dom Juan, le combat de Molière...
Dom Juan, le combat de Molière...
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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 15:04
Au rythme de la flûte...

 

 

"Mais il arriva, du fond de la salle, un bourdonnement de surprise et d'admiration. Une jeune fille venait d'entrer. 


  Sous un voile bleuâtre, lui cachant la poitrine et la tête, on distinguait les arcs de ses yeux, les calcédoines de ses oreilles, la blancheur de sa peau. Un carré de soie gorge-de-pigeon, en couvrant les épaules tenait aux reins, par une ceinture d'orfèvrerie. Ses caleçons noirs étaient semés de mandragores - et d'une manière indolente, elle faisait claquer de petites pantoufles en duvet de colibri. 

 Sur le haut de l'estrade, elle retira son voile - c'était Hérodias, comme autrefois dans sa jeunesse - puis elle se mit à danser. 

Ses pieds passaient l'un devant l'autre, au rythme de la flûte et d'une paire de crotales. Ses bras arrondis appelaient quelqu'un qui s'enfuyait toujours. Elle le poursuivait, plus légère qu'un papillon, comme une Psyché curieuse, comme une âme vagabonde et semblait prête à s'envoler. "


C'est ainsi que Flaubert dépeint la danse de Salomé, dans un de ses Contes, intitulé Hérodias... La description montre toute la puissance d'évocation de Flaubert : la jeune fille danse, au son de la flûte, et envoûte les spectateurs de ses gestes ondoyants. La flûte accompagne et souligne ses arabesques.


Le mot "flûte", si familier, donne une impression de légèreté, d'élégance, grâce à sa fricative initiale "f", pleine de douceur, ses éclats de voyelles feutrées "u" et "e".

La fricative peut suggérer le souffle du flûtiste dans l'instrument... Cette consonne élancée nous montre, aussi, la forme de l'objet, plein de finesse.

On entend des airs champêtres d'autrefois : le son de la flûte, simple roseau utilisé par des bergers et des pâtres, nous émeut et nous séduit, par sa rusticité et sa simplicité.

On songe à d'autres instruments proches, la clarinette, le piccolo, des mots pleins de résonances et de lumières...

La flûte plus simple, encore, nous emporte vers des temps anciens, mythiques, à l'époque d'Homère ou de Virgile, vers des paysages apaisés et sereins... des bords de rivières, des arbres aux ombrages bienveillants, des pins aux rondeurs anisées, des cyprès élégants et fuselés...

Tityre, Mélibée, Corydon, des bergers d'autrefois, dans un décor champêtre, s'expriment comme des poètes, composent des chants harmonieux, jouent, sur leur "calame", des airs envoûtants.

Le musicien nous transmet, par son souffle, tant d'émotions, de vertiges de sensations, de pureté, d'harmonie !


On perçoit, aussi, des airs célèbres : la flûte enchantée de Mozart, féérie musicale, empreinte de fantaisie... Tamino, Papageno, la reine de la nuit, Pamina ! Des noms mystérieux, aux sonorités lointaines et exotiques, pleines de poésie !
Une flûte qui envoûte des bêtes sauvages... Des personnages aux pouvoirs merveilleux...
Force, beauté, sagesse viennent triompher de toutes les épreuves que traversent les personnages !

 

On est  ébloui par le concerto pour flûte traversière de Vivaldi, on est subjugué par les concertos de Quantz pour flûte et orchestre, on est séduit par la musique somptueuse de Mozart.

 

On se laisse emporter par les sons étranges de la flûte de Pan...

La flûte, souvent associée à des pouvoirs magiques et étranges, met, ainsi,  en évidence tous les charmes de la musique, capable de bercer les coeurs, de les transformer, de métamorphoser la vie...

On songe à une autre légende plus tragique : celle du joueur de flûte de Hamelin.... racontée, notamment, par les frères Grimm. Elle évoque un désastre survenu en 1284 en Allemagne. Le maire de la ville promit au joueur de flûte une somme de mille écus s'il parvenait à débarrasser la ville des rats qui l'infestaient. L'homme, grâce à sa flûte, attira les rats qui le suivirent jusqu'à la Weser, la rivière qui arrose la ville, où ils se noyèrent. Les habitants  refusèrent, alors, de payer le joueur de flûte en le chassant, même, à coup de pierres. On sait comment se vengea le musicien... Il entraîna, de son instrument, tous les enfants de la ville qui se noyèrent dans le fleuve.

Cette légende montre bien tous les pouvoirs ensorceleurs que recèle la musique : elle enchante les esprits, les envoûte...

La flûte signe, ainsi,  une forme d'élégance et de mystères...

 

Ce mot venu, peut-être, du verbe latin, "flare", "souffler" semble évoquer une sorte de souffle spirituel et magique...


 

Pour compléter, un article sur la musique des chalumeaux :

 

http://rosemar.over-blog.com/article-la-musique-des-chalumeaux-123265229.html
 

 

 

 

 

Flûtes   photo de Christel42   creative commons

Flûtes photo de Christel42 creative commons

Au rythme de la flûte...
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