Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 08:24
Où sont ceux que ton coeur aime ?

 

 


Dans un de ses poèmes célèbres, Lamartine imagine que les voix des morts se révèlent à travers les souffles du vent, les brins d'herbe qui frissonnent, les pins qui bruissent, une cloche qui résonne, des flots qui se répandent sur la grève...

 

Les voix qui se sont tues semblent, alors, se ranimer dans la nature entière, des voix, des rires, des paroles entendues, des souvenirs qui restent en chacun de nous...

 

Des visages ressurgissent du passé, des gestes, des sourires, des conversations, des moments d'autrefois.

Mes grands-tantes, mes grands-parents, disparus si vite, nos parents.

 

Des visages qui ont été si proches se sont éloignés, il nous reste tant de souvenirs, tant de pensées pour eux !

Il nous reste, gravés dans nos mémoires, leurs joies, leurs peines, leurs émotions, leur sensibilité, leur amour de la vie et du monde...

Il nous reste leur empreinte, leurs idées, une façon de vivre, dans la simplicité...

 

Le monde s'accélère, les progrès se multiplient, la vie s'emballe, mais nous aimons tous revoir des souvenirs tendres du passé.

Ceux dont les voix se sont tues font partie de nous, ils sont une part essentielle de notre âme et de nos coeurs.

Ils sont là, parmi nous, ils revivent à travers nos souvenirs...

 

On revoit des paysages familiers, la campagne aixoise si belle, aux couleurs d'ocre et de rouille, à l'automne, le pays de mes grands-parents maternels.

On revoit le pays d'Aix, des villages aux noms si parlants et pittoresques, Cabriès, Bouc-bel-Air, Violési, les Chabauds...

 

On perçoit des senteurs marines, celles de l'Estaque, petit village de pêcheurs, où ont vécu mes parents, on admire des embruns marins, des flots aux murmures sans cesse renouvelés...

On entrevoit, sur l'eau, une barque, peuplée de filets, de salabres, de bâches, de jambins.

Des calanques aux rochers abrupts se dessinent, des pins qui se penchent vers la mer, des collines lumineuses...

 

On revoit un jardin envahi de roses, de jasmins, d'althéas, des couleurs vives ou légères, on s'enivre de parfums de menthe, de romarins, de gardénias.

 

Une maison d'autrefois, dans un écrin de verdures : oliviers, thuyas, cyprès...

 

Des brassées de fleurs, dans le jardin, des brassées de senteurs, des joies simples, des bonheurs ordinaires et familiers...

 

 

 

Le poème de Lamartine : Pensée des morts

http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/alphonse_de_lamartine/pensee_des_morts.html

 

Le poème repris par Georges Brassens :

http://www.jukebox.fr/georges-brassens/clip,pensee-des-morts,vmr5r.html

 

Un extrait du poème de Lamartine :

 

"Ah ! quand les vents de l'automne
 Sifflent dans les rameaux morts,
 Quand le brin d'herbe frissonne,
 Quand le pin rend ses accords,
 Quand la cloche des ténèbres
 Balance ses glas funèbres,
 La nuit, à travers les bois,
 A chaque vent qui s'élève,
 A chaque flot sur la grève,
 Je dis : N'es-tu pas leur voix ?

Du moins si leur voix si pure
 Est trop vague pour nos sens,
 Leur âme en secret murmure
 De plus intimes accents ;
 Au fond des coeurs qui sommeillent,
 Leurs souvenirs qui s'éveillent
 Se pressent de tous côtés,
 Comme d'arides feuillages
 Que rapportent les orages
 Au tronc qui les a portés..." 


 

Photos : rosemar

 

Où sont ceux que ton coeur aime ?
Repost 0
14 octobre 2016 5 14 /10 /octobre /2016 13:49
Bob Dylan, poète, musicien reçoit le prix Nobel de littérature...

 


On considère souvent la chanson comme un genre mineur, et pourtant ce sont, là, les origines et les sources de notre littérature : Homère, un des premiers poètes composait des textes faits pour être dits et déclamés au son d'un instrument de musique.

La poésie et la musique sont, ainsi, indissociables. Bob Dylan, musicien, chanteur, vient de recevoir le Prix Nobel de littérature... une surprise pour beaucoup.

Et pourtant, la chanson, cet art qui nous accompagne tout au long de nos vies mérite d'être mise à l'honneur.

 

La chanson est poésie, elle est littérature : elle nous fait redécouvrir le monde, ses beautés, ses mystères, elle nous fait percevoir, avec acuité, les injustices, les malheurs, les douleurs humaines.

Et Bob Dylan, chanteur engagé, est un de ces poètes qui fustige les horreurs de ce monde.

Comment ne pas évoquer une de ses chansons les plus célèbres : Blowin' In The Wind ?

Une chanson qui met en évidence tous les obstacles que peuvent rencontrer les êtres humains, obstacles symbolisés par les nombreuses routes qu'ils doivent parcourir...

 

La paix est aussi une quête difficile, comme le suggère l'image de la colombe qui doit traverser des mers, avant de trouver le repos...

La répétition de l'expression "how many" souligne toutes ces embûches...

Et bien sûr, le poète se désespère d'entendre tonner les canons tant de fois,"avant qu'ils soient interdits pour toujours", un voeu qui paraît inaccessible.

Les questions posées "how many" se résolvent par cette phrase "la réponse est souffle dans le vent"... symbole d'une réponse impossible et d'une incapacité à apporter des solutions à tous les problèmes de ce monde.

A chacun, sans doute, de trouver des réponses par une prise de conscience personnelle.

 

La réalité est évoquée en termes de conflit, avec ces mots :

"How many years can a mountain exist
Combien d'années une montagne peut-elle exister
Before it's washed to the sea ?
Avant d'être engloutie par la mer ?"

Le poète se demande, aussi, combien de temps les peuples doivent lutter pour leur liberté... Il fustige ceux qui détournent le regard pour ne pas voir les malheurs de ce monde.

 

Il met en évidence notre aveuglement, notre surdité face aux douleurs des hommes.

La chanson s'achève sur une dernière question : 

"Yes, 'n' how many deaths will it take till he knows
Oui, et combien faut-il de morts pour qu'il comprenne
That too many people have died ?
Que beaucoup trop de gens sont morts ?"

La mort toujours recommencée est suggérée par l'emploi du nom et du verbe évoquant cette idée... La guerre est, ainsi, dénoncée : elle ne résout rien, n'apporte que  mort et désolation...

Cette chanson engagée contient de nombreux messages essentiels : un hymne à la liberté, un appel à la conscience de chacun, à la paix...

Grâce aux nombreuses questions posées, le poète nous prend à témoin, nous interpelle et suscite en nous une réflexion sur l'absurdité des guerres, des conflits, des rivalités qui opposent les hommes.

Ce texte de Bob Dylan se lit comme un véritable poème, il suscite, à la fois, émotion et réflexion...

 

Le texte :

http://www.lacoccinelle.net/244511.html

 


 

 

 

Repost 0
9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 15:56
Un poète d'autrefois : l'aède...

 

 

 

La langue grecque, par ses sonorités, ses graphies, n'est-elle pas, en elle-même, une ode à la poésie ? Et l'aède de l'antiquité symbolise tout un univers poétique...

 

Voici un extrait de l'Odyssée qui illustre bien le rôle essentiel de ces poètes du passé, que l'on appelait des aèdes :

 

Ἀλκίνοε κρεῖον, πάντων ἀριδείκετε λαῶν,
ἦ τοι μὲν τόδε καλὸν ἀκουέμεν ἐστὶν ἀοιδοῦ
τοιοῦδ', οἷος ὅδ' ἐστί, θεοῖσ' ἐναλίγκιος αὐδήν.
οὐ γὰρ ἐγώ γέ τί φημι τέλος χαριέστερον εἶναι
ἢ ὅτ' ἐϋφροσύνη μὲν ἔχῃ κάτα δῆμον ἅπαντα,
δαιτυμόνες δ' ἀνὰ δώματ' ἀκουάζωνται ἀοιδοῦ
ἥμενοι ἑξείης, παρὰ δὲ πλήθωσι τράπεζαι
σίτου καὶ κρειῶν, μέθυ δ' ἐκ κρητῆρος ἀφύσσων
οἰνοχόος φορέῃσι καὶ ἐγχείῃ δεπάεσσι·


 "Roi Alkinoos, le plus illustre de tous les peuples, il est doux d'écouter un aède tel que celui-ci, semblable aux dieux par la voix. Je ne pense pas que rien soit plus agréable. La joie saisit tout ce peuple, et tes convives, assis en rang dans ta demeure, écoutent l'aède. Et les tables sont chargées de pain et de chairs, et l'échanson, puisant le vin dans le cratère, en remplit les coupes et le distribue...", ainsi parle Ulysse, dans un extrait du chant IX de l'Odyssée...




Le mot "aède" évoque immanquablement l'antiquité grecque, le poète Homère, des oeuvres qui sont à l'origine de notre littérature, deux épopées illustres : L'Iliade et l'Odyssée...

L'aède est à la fois poète et chanteur : il accompagne ses poèmes, au son d'un instrument de musique, une cithare ou une lyre.

Le mot vient du verbe grec "
ἀείδω,aeido, ou ado, chanter"... 


Ce radical est à l'origine de nombreux autres mots français, même si on ne le perçoit pas toujours : "l'ode, la mélodie, la tragédie, la comédie, la monodie" comportent ce même radical, avec un timbre '"o". Le rhapsode, étymologiquement celui qui "coud ou ajuste des chants", est proche de l'aède, mais il ne compose pas, lui-même, ses chants.

L'aède est mis en scène, à plusieurs reprises, dans les épopées anciennes : dans l'Odyssée, on le voit apparaître sous les traits de Démodocos, le poète aveugle, image probable de l'auteur grec, lui-même, Homère.

Il est aède à la cour d'Alkinoos et apparaît aux chants VIII et IX de l'épopée. Ulysse, échoué sur l'île des Phéaciens, après avoir été malmené par une terrible tempête, assiste à un banquet donné en son honneur. Démodocos chante, alors, des épisodes de la guerre de Troie : notamment la querelle entre Ulysse et Achille, ce qui déclenche les larmes du héros.

La lyre est l' instrument de l'aède : selon la légende, la lyre ou phorminx fut inventée par Hermès à partir d'une carapace de tortue à laquelle étaient fixées deux cornes d'antilope et des cordes de boyau. Hermès l'offrit à Apollon dont elle devint l'instrument privilégié et l'un des attributs. 

La littérature, à l'époque d'Homère, était essentiellement orale : les aèdes composaient et apprenaient des poèmes qu'ils récitaient, au son d'un instrument de musique.

Musique et poésie étaient, ainsi, dès les origines intimement liées et indissociables : la poésie fait intervenir des rythmes, des effets sonores, des échos...


L'aède symbolise bien cette association : il est représenté, dans l'antiquité, sous les traits d'un aveugle, inspiré par les dieux, comme si la cécité lui conférait un statut divin, et lui donnait une intériorité particulière, propice à la créativité.

L'aède, celui qui chante et fait vivre la poésie était essentiel, à l'époque d'Homère : il représentait la mémoire des peuples, il était aussi, à lui tout seul, un spectacle vivant, grâce à la musique, à la beauté des textes, il avait la capacité d'émouvoir tout un auditoire : l'aède revêtait un caractère sacré, il était souvent assimilé à un dieu...


"L'illustre aède, le divin aède" : ces épithètes soulignent la vénération que suscitaient ces poètes de l'antiquité.

Créateurs, musiciens, chanteurs, ils étaient des artistes complets qui provoquaient le respect et l'admiration...


 

 

 

Homère :

 

http://expositions.bnf.fr/homere/it/13/01.htm

 

http://expositions.bnf.fr/homere/it/12/05.htm

Repost 0
22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 15:57
Une île paresseuse...

 

 

 

Pour le plaisir et la poésie des mots : l'île !


"Chacun de nous porte en lui ses propres îles, refuges contre la bêtise, la laideur et la sourde contrainte d'un ordinaire non-désiré.", voilà une réflexion de Jacques Chancel qui donne à l'île toute sa dimension onirique...


L'île est souvent l'image d'un monde lointain, exotique, idéalisé... La mer toute proche nous fait sentir des parfums aux embruns de sel, et d'algues, la mer nous fait entendre ses murmures incessants, un doux bruissement des flots renouvelés sur le sable, des miroirs de lumières, des ondoiements de vagues qui réflètent des soleils dupliqués.

La mer, l'inconnu, le mystère, l'infini et l'évasion, le rêve...

La mer et ses vagues ondoyantes...

Des efffluves de pins se mêlent aux senteurs ambrées de l'eau, l'air vif nous emporte sur la vague marine, et nous enivre de liberté...


Le mot "île", dans sa brièveté, suggère bien un espace limité, entouré d'eau,  l'accent circonflexe lui confère une certaine singularité.

L'île représente un microcosme, un paradis, un idéal de bonheur.


Ce mot  ancien vient d'un terme latin, "insula" qui s'est abrégé en français... On retrouve l'ancien radical latin dans les noms "insulaire, péninsule"...

L'île, c'est le lieu, par excellence, de l'imaginaire utopique, un monde idéalisé qui représente l'envers de la réalité, un lieu où l'on peut atteindre un bonheur paradisiaque.

Baudelaire décrit ce bonheur dans nombre de ses poèmes, on songe, ainsi, à un sonnet intitulé Parfum exotique...

"Une île paresseuse où la nature donne
 Des arbres singuliers et des fruits savoureux ;
 Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
 Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne..."

L'île est souvent, dans l'oeuvre de Baudelaire, un lieu rêvé, symbole d'évasion, de liberté, d'exotisme, de voyages...

 C'est Thomas More qui, le premier, au seizième siècle, décrivit une île merveilleuse qu’il nomme Utopia, un lieu idéal où regne une société égalitaire, sans misère, sans contraintes.

Ce lieu utopique permet à Thomas More de se livrer à une critique du monde réel, dominé par l'argent, la cupidité, le désir de domination...


L'île sépare, isole, met à part : c'est un lieu d'exception, dans tous les sens du terme, un lieu qui permet de rêver à un monde meilleur.

Depuis les origines de notre littérature, depuis l'Odyssée du poète Homère, l'île est un motif qui a inspiré de nombreux auteurs : l'île fascine, c'est le pays de "nulle part", un monde inventé qui permet de s'évader dans le rêve, un monde à part...

L'île de Calypso, celle qui vit cachée, loin du monde, hors du temps, l'île de Circé la magicienne, l'île des lotophages, les mangeurs de lotus, autant d'images d'îles mystérieuses que l'on trouve dans l'Odyssée, des îles mythiques, lointaines.

Le verbe "isoler" et ses dérivés sont issus du même radical que le nom de l'île... Les insulaires, entourés d'eau, se retrouvent, parfois, isolés du reste du monde.

On retrouve, avec ce mot, un ancien terme venu du latin, que des évolutions phonétiques ont transformé notablement...

On retrouve un mot chargé d'histoire, venu du passé...

 

La consonne "s" du mot "insula" a laissé, sur ce nom, un accent circonflexe, un joli signe orthographique, comme un embrun venu de la mer !


 

 

 

 

 

Photos : Christelle   L'île d'Amorgos

Une île paresseuse...
Repost 0
10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 11:57
Le mélilot mouillé de pluie...

 


Pour la poésie et le plaisir des mots : le mélilot !


"Le vent sentait le sable chaud, l'eau froide, l'asphodèle et le buis. Le mélilot mouillé de pluie, ruisselait d'un parfum simplet, et deux acacias fumaient comme des cassolettes.

Dans un coin lointain du ciel, maintenant pur, l'orage fuyant tordait en silence ses muscles violets. L'aile d'Iris pointait au dessus de la colline.

Il allait, à petits pas, lourd d'une volupté que distillaient l'air, la lumière, les odeurs."

C'est ainsi que Giono décrit un paysage à travers les sensations olfactives et visuelles  de son personnage, Ulysse, dans un de ses romans intitulé Naissance de l'Odyssée...

Giono restitue des parfums qui s'entremêlent harmonieusement, et qui semblent envahir l'espace...
Ulysse est sensible aux senteurs qui l'environnent, notamment à celles du "mélilot".




Ce mot rare "mélilot" nous enivre, nous enveloppe de parfums et d'échos sonores ! Ce mot fascine et intrigue ! On n'en perçoit pas immédiatement la signification et les contours...

Quelle est cette plante au parfum simplet ? Quelle est cette essence mystérieuse du mélilot ?

Mélange de miel et de lotus, cette fleur semble avoir des vertus apaisantes, pleines de douceur.

Le mélilot, couleur de miel, se couvre de grappes dorées, il exhale un parfum subtil et délicat qui séduit les abeilles...

Ce mot aux douces sonorités vient directement de deux termes grecs μέλι, méli, « miel » et λωτός, lôtos, « lotus ».

Le mélilot à fleurs jaunes de la famille des fabacées ressemble au genêt : il produit des grappes de fleurs dorées, au parfum délicat et subtil.

Le mot rayonne de ses sonorités : labiale initiale, consonne redoublée "l", voyelles variées... On perçoit, des échos sonores, des voyelles qui se répondent...

Associé aux noms du miel et du lotus, ce nom de fleur évoque des images lumineuses...

Le miel qui suggère des couleurs dorées et brunes, des visions de ruches tourbillonnantes d'abeilles, un nectar aux teintes ambrées, le miel, symbole solaire qui représente la quintessence végétale de la lumière du jour..

Le lotus, lui, est associé à des légendes antiques, notamment celle des lotophages dans l’Odyssée d'Homère : Ulysse aborde la « terre des Lotophages qui se nourrissent de fleur de lotus ». Le lotus représente l'oubli, une sorte de drogue qui procure l'amnésie à tous ceux qui s'en nourrissent...

Le lotus sacré et mythique, fleur de l'orient est, aussi, une image de sérénité et de beauté...

Le mélilot, terme assez rare, aux sonorités pleines de poésie, nous charme de ses origines lointaines : le mot "mélilotos" remonte à l'antiquité grecque... 

Et ce mot a traversé les siècles, nous est parvenu avec tous ses éclats de sonorités...

Le mélilot nous fait rêver à une nature encore intacte, aux couleurs éclatantes, au genêt, doré de miel, à toutes ces fleurs du sud aux teintes solaires : mimosa, jonquille, forsythia...

Ce mot ancien, peu usité, crée une sorte d'harmonie, dans ses sonorités : il évoque, aussi deux autres mots remplis de symboles et de légendes...

 

 


L'épisode des lotophages dans l'Odyssée :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lotophages
 

Le mélilot mouillé de pluie...
Repost 0
6 août 2016 6 06 /08 /août /2016 09:52
Pour célébrer la nuit des étoiles !

 



"Enfin, lorsque la nuit a déployé ses voiles, 

La lune, au visage changeant, 

Paraît sur un trône d'argent, 

Et tient cercle avec les étoiles, 

Le ciel est toujours clair tant que dure son cours, 

Et nous avons des nuits plus belles que vos jours."

Tels sont les vers que Jean Racine adressait à Monsieur Vitard, son oncle, pour évoquer les nuits qui magnifient le ciel, au dessus de la ville d'Uzès dans le Gard, où il séjourna pendant quelques mois... 


Les étoiles, la lune sont personnifiées dans un somptueux tableau, et parviennent à illuminer le ciel, d'une manière étonnante.



Le mot "étoile" nous est si familier ! Il a, pourtant, des origines anciennes et prestigieuses : issu du latin "stella", ce nom est apparenté au grec ancien "aster", et à l'anglais "star", un terme fréquemment utilisé, de nos jours, pour désigner un ou une artiste de talent...

Ce mot nous transporte dans un monde céleste, empreint de mystères...

Les mots "stellaire, constellation, astérie, astérisque" appartiennent à la même famille.

 L'astérie est le nom savant de l'étoile de mer... l'astérisque, une petite étoile, un signe graphique qui permet de renvoyer le lecteur à une référence, à une annotation...

L'étoile est, ainsi, présente, partout : dans le ciel, la mer, et même sur le papier ! L'étoile est une image si brillante...

Astre de la nuit, l'étoile brille d'un éclat particulier, c'est un symbole de beauté, d'élégance, de charme.

L'étoile est associée à nombre d'images valorisantes : une nuit à la belle étoile, l'étoile du berger, une étoile est née...

On aime, les nuits d'été, observer un ciel lumineux d'étoiles, on aime leurs noms évocateurs : la Grande Ourse, la Petite Ourse, le grand Chariot, le Cygne, Altaïr, Aldébaran, Vénus...

Que de poésie dans ces dénominations, que d'images, que de mystères à découvrir ! Que d'exotisme !

Altaïr, l'aigle en vol, dans la constellation de l'Aigle, Aldébaran, dans la constellation du Taureau, les Perséides, des pluies d'étoiles...

Des mots remplis d'échos sonores qui nous font rêver...

Les étoiles représentent un monde mystérieux, lointain, une énigme.

Elles évoquent d'autres formes lumineuses : l'anis étoilé, certaines fleurs qui font songer à des étoiles : fleurs astrales, astéracées, hélianthes, gazanias...

On perçoit d'autres images : on pense à l'étoile des neiges, à ses grands yeux, à l'étoile du berger, à un symbole de fête, on songe aux étoiles filantes, associées à des voeux de bonheur.

L'étoile peut évoquer la rêverie, l'amour, la pureté, l'innocence.

Alcyone, Aldébaran, Antarès, Maia, Véga, Bételgeuse : comment ne pas être ébloui par les noms mêmes de ces étoiles ? 

Chacun de ces mots nous révéle un univers plein de poésie, de sonorités éclatantes...

Le spectacle de la nuit a longtemps fasciné les hommes : ils ont projeté leurs rêves sur le monde stellaire, ils ont inventé des mythes.

Aujourd'hui, les hommes perdent ce contact avec le ciel et la nature : dans nos villes inondées de lumières artificielles, le spectacle de la nuit nous échappe... 


La 26 ème édition de la nuit des étoiles nous invite à renouer avec ce monde céleste : c'est le moment d'observer les étoiles filantes de l'essaim des Perséides, c'est le moment d'oublier nos écrans de télévision et d'ordinateur, pour admirer la voûte céleste...

 


Le poème de Racine :

 

http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/jean_racine/a_monsieur_vitart.html


 


 

Pour célébrer la nuit des étoiles !
Repost 0
3 août 2016 3 03 /08 /août /2016 12:03
Un conte fantastique à découvrir et à méditer : Le chevalier double...

 

 



Combattre ses propres démons, vaincre le mal que chacun peut avoir en soi, parvenir à faire triompher le bien, c'est, là, le thème de cette nouvelle fantastique, intitulée Le chevalier double, dont l'auteur est Théophile Gautier.


Nous sommes, tous, plus ou moins, soumis à une dualité, le bien, le mal, et nous avons tous eu la tentation du mal.

Dans ce conte de Théophile Gautier, une jeune châtelaine, prénommée Edwige, mariée au comte de Lodbrog, s'est laissé envoûter par un étranger "beau comme un ange", au sourire glaçant, un chanteur, accompagné d'un corbeau noir.

L'histoire se déroule dans un pays du Nord qui n'est pas nommé, comme le suggèrent les noms des personnages aux consonances scandinaves.

Venu se réfugier dans le château de la dame, par une nuit d'orages et de tempête, cet inconnu est double : un sourire d'ange et un regard terrifiant.

On retrouve au début de ce récit, de nombreux ingrédients du conte fantastique... le lieu : il s'agit d'un château, le moment : l'histoire se déroule la nuit. L'évocation de la tempête est particulièrement inquiétante : "Il faisait un terrible temps cette nuit-là : les tours tremblaient dans leur charpente, les girouettes piaulaient, le feu rampait dans la cheminée, et le vent frappait à la vitre comme un importun qui veut entrer."

Dans cette description, on perçoit, comme souvent, dans le registre fantastique, le procédé de personnification de certains éléments du décor, ce qui accroît le mystère et la peur.

Après le départ du mystérieux inconnu, la châtelaine donne naissance à un fils, prénommé Oluf... mais elle perçoit en lui, le "regard noir de l'étranger".

Un "mire", une sorte de médecin ou de mage est consulté : il déclare, aussitôt, que le petit "Oluf" a une étoile double, une verte, une rouge, une verte comme l'espérance, une rouge comme l'enfer..."

L'enfant grandit, tantôt "bon comme un ange", tantôt "méchant comme un diable".

Choisira-t-il le bien ou le mal ?

Quel sera son destin ? Qu'est-ce qui pourra le sauver du mal ?

Il devra combattre, de toutes ses forces, le mal qui est en lui, dans une lutte héroïque et féroce, il devra vaincre ses mauvais démons.

Ce combat est mis en scène, quand Oluf rencontre son double maléfique : un choc violent entre deux chevaliers, un choc dont l'issue semble incertaine...

Ainsi, chacun d'entre nous doit lutter contre des pulsions de haine, de jalousie, de rancoeur, chacun d'entre nous a une part d'ombre.

Ce récit fantastique a valeur de message : il nous montre toutes les difficultés de vaincre les forces du mal : le mensonge, l'hypocrisie, la méchanceté, le désir de soumettre, la violence.

Ne sommes-nous pas tous doubles ?

Il nous faut souvent affronter ces forces du mal, les vaincre, essayer de dépasser le désir de vengeance, la haine.

C'est ce qui fonde l'humanité : cette lutte passe par la réflexion, par l'effort, par des conflits internes qu'il nous faut résoudre et comment les résoudre ?

Comment affronter ses propres démons ?


Ce récit bref, fascinant, facile à lire, écrit dans un style original et vivant, nous entraîne dans un univers fantastique, tout en nous incitant à la réflexion : une lecture de vacances accessible à tous !






Le texte :

 

https://fr.wikisource.org/wiki/Romans_et_Contes_de_Th%C3%A9ophile_Gautier/Le_Chevalier_double

 

Un conte fantastique à découvrir et à méditer : Le chevalier double...
Repost 0
29 juillet 2016 5 29 /07 /juillet /2016 09:33
Une fille qui sort d'un bain au flot clair...

 

Pour le plaisir et la poésie des mots : le bain !


 

"Reste ici caché : demeure !
Dans une heure,
D'un oeil ardent tu verras
Sortir du bain l'ingénue,
Toute nue,
Croisant ses mains sur ses bras.


Car c'est un astre qui brille
Qu'une fille
Qui sort d'un bain au flot clair,
Cherche s'il ne vient personne,
Et frissonne,
Toute mouillée au grand air."

 

C'est ainsi que Victor Hugo évoque, avec sensualité, Sara la baigneuse, dans un poème extrait des Orientales... La jeune femme, sortie du bain, ne peut que susciter l'attention des spectateurs...



Le mot "bain", issu d'un terme, latin 'balneum", est ancien : on ne s'en étonnera pas, car les romains pratiquaient l'art du bain, ils fréquentaient régulièrement les thermes, lieux de rencontres et de bien-être...


Les premières installations de bains datent de 2 500 ans av. J.-C. Les thermes sont, d'abord, privés et les thermes publics n'apparaissent qu'au premier siècle avant JC... Ces établissements avaient plusieurs fonctions : on s’y lavait, mais on y côtoyait, aussi, des amis, on y faisait du sport, on jouait aux dés, on se cultivait dans des bibliothèques, on pouvait y traiter de toutes sortes d' affaires ou se restaurer.


De nos jours, le bain, c'est souvent un moment de détente, dans une baignoire ou encore en été, une immersion dans la mer qui procure bonheurs et sérénité....


Ce mot d'une seule syllabe nous fait entrevoir une plongée soudaine dans l'eau : le nom vient, probablement, d'un verbe grec plus ancien, "bapto", qui signifie plonger....


On perçoit aussitôt la relation de sens avec le mot "baptême".


Le bain, c'est le contact avec la magie de l'eau, c'est le plaisir de se fondre dans cet élément qui nous apaise et nous apporte un réconfort unique...

Dans une baignoire, on goûte au bonheur du savon, de sa douceur, de ses parfums.

En mer, on se laisse porter par les vagues, les replis de l'eau, on se gorge de senteurs marines, d'embruns, on goûte aux éclats ensoleillés des flots...

Le mot lui-même, avec sa labiale initiale, sa voyelle nasalisée, nous laisse imaginer toute la fluidité de l'eau, ses élans, ses envolées, ses vagues...

Ce mot lumineux et dansant nous fait voir des rives ensoleillées, des calanques de pierres blanches qui dévalent les collines, une mer bleutée, aux embruns de blancs, des paysages d'été énivrés de candeurs.

On goûte, au petit matin, le plaisir de se baigner dans une crique, près de l'ombre des pins du midi, on se dore au soleil levant, on écoute les échos répétés des vagues, on se rafraîchit de bonheurs.

On s'exalte, aussi, des senteurs de pins mêlées à celles des ondes amères...

On se glisse dans l'onde salée, on se laisse porter par les flots, on entre dans un autre univers, léger, aérien, subtil...

On se fond dans l'élément marin, on s'enivre de couleurs, de lumières, d'éclats de vagues, on entend des bruissements d'eau, des clapotis.

On peut prendre, ensuite, un bain de soleil et de lumières...

Mais le bain est, dès les origines, lié à l'eau, car le verbe grec "bapto" signifie "plonger dans l'eau"...

L'eau, cet élément symbole de vie, nous apporte tant de bienfaits, tant de sensations diverses : couleurs, senteurs, fraîcheur ou chaleur, murmures apaisants...

L'eau n'est-elle pas associée à la sensualité, au bonheur des sens ?

Voilà un mot qui remonte à un terme grec très ancien, un mot qui nous permet de relier le présent et le passé, un mot riche d'histoires et de résonances !

 

 

 

Le poème de Victor Hugo :

 

http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/victor_hugo/sara_la_baigneuse.html

 

 

 

Repost 0
25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 15:16
Le culte de l'utilitarisme...

 

 

 

 

Utile ! Désormais, il faut que tout soit utile ! On en oublie l'essentiel : le rôle de la culture dans la formation de l'individu...

Dans notre monde moderne, les humanités n'ont plus leur place, l'enseignement du latin et du grec est, ainsi, sacrifié, avec la nouvelle réforme des collèges, prévue pour la prochaine rentrée scolaire.

 

Bientôt, les cours de Français pourraient se réduire à l'apprentissage de la langue : fini l'enseignement de la littérature, finies la lecture et l'explication des grands textes de notre patrimoine.

A quoi bon étudier Racine, Corneille, Molière, Rabelais, La Fontaine ?

 

Il faut privilégier ce qui est directement utile dans la formation des individus : on s'oriente vers une éducation pratique et technique.

On en oublie la sensibilité, l'importance de la culture littéraire et humaniste...  grave lacune dans un monde où l'individualisme est grandissant...

 

Je me souviens d'une remarque d'un de mes élèves : "A quoi sert le cours de Français ? Je sais parler Français...", comme si la seule maîtrise de la langue suffisait à la formation d'une personnalité.

Que fait-on de l'intelligence, de la compréhension du monde et des autres ?

La littérature offre justement cette ouverture aux autres qui manque cruellement dans nos sociétés...

 

La plupart des médecins deviennent des techniciens sans âme : or, la relation avec les patients est essentielle, une confiance doit s'établir et doit passer par un dialogue humaniste.

Les administratifs n'ont plus le sens de la relation humaine : ils traitent, parfois, les gens comme des objets, des numéros.

La communication devient de plus en plus inhumaine, elle passe par des téléphones, des ordinateurs et la vraie communication se délite.

Les hommes politiques, au cours de campagnes électorales tapageuses, font, aussi, de fausses promesses, n'hésitent pas à leurrer les gens pour s'emparer du pouvoir : leur visée est utilitaire.

 

Les êtres humains attachés à des biens matériels, à leurs voitures, leurs portables perdent le contact avec les autres.

Il faut, donc, plus que jamais, former les individus à la culture : si celle-ci semble ne pas avoir une utilité immédiate, elle est pourtant essentielle pour assurer la cohésion d'une société, elle apporte à chacun un épanouissement personnel, une curiosité, une acuité d'esprit.

Elle offre une liberté, une façon d'appréhender le monde et les autres, avec humanité.

Notre monde de technicité grandissante ne doit pas renoncer à la culture qui est essentielle.

 

Vers quel abîme d'égoïsme se dirige-t-on, si on renonce à la culture ? Vers quel gouffre d'inhumanité allons-nous être précipités ?

Un monde purement utilitaire ne peut pas être un monde heureux. Nous avons tous besoin d'une formation à la sensibilité.

La réflexion est, aussi, essentielle : les grands textes nous offrent l'occasion de réfléchir à toutes sortes de sujets qui nous concernent tous.

Ne perdons pas notre humanité dans un monde d'objets, ne perdons pas ce qui fait l'essence même de l'être humain : redonnons à la culture toute sa place, pour un avenir meilleur.

 

 

 

 

 

Le culte de l'utilitarisme...
Repost 0
20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 12:04
Les grands lézards chauds des feux du midi...

 

 

Pour le plaisir des mots : le lézard !


"Sous les noirs acajous, les lianes en fleur,
 Dans l'air lourd, immobile et saturé de mouches,
 Pendent, et, s'enroulant en bas parmi les souches,
 Bercent le perroquet splendide et querelleur,
 L'araignée au dos jaune et les singes farouches.
 C'est là que le tueur de boeufs et de chevaux,
 Le long des vieux troncs morts à l'écorce moussue,
 Sinistre et fatigué, revient à pas égaux.
 Il va, frottant ses reins musculeux qu'il bossue ;
 Et, du mufle béant par la soif alourdi,
 Un souffle rauque et bref, d'une brusque secousse,
 Trouble les grands lézards, chauds des feux de midi,
 Dont la fuite étincelle à travers l'herbe rousse.
 En un creux du bois sombre interdit au soleil
 Il s'affaisse, allongé sur quelque roche plate ;"
 


C'est ainsi que Leconte de Lisle évoque le jaguar, sa silhouette sombre et imposante qui fait fuir soudainement les lézards, dans un poème intitulé Rêve de jaguar...


Le lézard nous fait admirer ses formes sinueuses, au coeur de l'été : un corps fuselé et marqueté de marbrures et de motifs variés....

Le lézard surgit soudain d'une roche et nous surprend par sa rapidité ét sa vivacité car il est prompt à s'évanouir, aussi vite qu'il est apparu...

Beau reptile qu'on aimerait observer plus longuement, belle marqueterie de fins réseaux entrelacés...

Le mot aux sonorités de sifflante "z", de gutturale "r" semble montrer à la fois beauté et inquiétude, douceur et rudesse.

Le lézard évoque des animaux primitifs et lointains, des monstres originels qui fascinent et terrorisent.

Le lézard, un mur qui se lézarde, un mur en ruines qui s'écroule...

Le lézard suggère aussi cette menace, cette déchirure...

Le mot fait surgir les chaleurs lourdes de l'été, lorsqu'on aperçoit, au détour d'un chemin, sa longue silhouette, ses mouvements vifs, sa cambrure élégante.

Vision fugitive, éclats de lumières sous le soleil accablant de Provence, alors que les cigales répercutent leurs voix redoublées et intenses sur les paysages...

Vision éblouissante qui s'évanouit...

Ombre légère sur les pierres, le lézard fugitif laisse les empreintes de son image : des teintes de gris, de verts, des fuseaux subtils qui ondoient et disparaissent.

Il s'attarde, parfois, sur les murs embrasés des feux de l'été : il se laisse dorer par le soleil, devient bijou de lumières.

Le mot "lézard", venu du latin "lacertus" a des origines anciennes. Le poète Virgile utilise ce nom dans les Bucoliques : on voit, ainsi, dans un extrait de cet ouvrage, un lézard rechercher l'ombre des ronces pour échapper à la lourde chaleur qui enflamme les paysages....

Le lézard est associé au sud, à la Méditerranée, il aime les éboulis de pierres, les calanques.


Le lézard nous séduit par ses formes, ses couleurs, ses danses ondoyantes et légères, ses mosaïques surprenantes.





 

Les grands lézards chauds des feux du midi...
Repost 0

Présentation

  • : Le blog de rosemar
  • Le blog de rosemar
  • : Pour le plaisir des mots : poésie, chanson, littérature, actualités, politique, éducation...
  • Contact

Profil

  • rosemar
  • Esprit libre et indépendant ,contestataire
  • Esprit libre et indépendant ,contestataire

Texte Libre

fleurs 4fleurs 3coqulicot

Recherche

Http://fatizo.over-Blog.com/