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21 mai 2021 5 21 /05 /mai /2021 09:14
Moutons, canaille, sotte espèce !

 

- "Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Eh bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d'honneur."

 

Tel est le discours du renard dans la fable Les Animaux malades de la peste... 

La Fontaine, dans cette fable,  met en scène un procès truqué au cours duquel on cherche un coupable, une victime expiatoire, lorsqu'une maladie, la peste, se déclare. Le lion, le Roi des animaux vient d'avouer qu'il a dévoré "force moutons" et qu'il lui est même arrivé de manger le berger...

Mais le Renard, en courtisan rusé, le disculpe : il n'a fait que dévorer de "la canaille".

 

"Canaille, racaille, valetaille, marmaille", autant de termes péjoratifs qui comportent la même finale, à valeur dévalorisante...

 

Ainsi, Maupassant écrit au début de la nouvelle intitulée "Aux champs" : "Les deux chaumières étaient côte à côte, au pied d'une colline, proches d'une petite ville de bains. Les deux paysans besognaient dur sur la terre inféconde pour élever tous leurs petits. Chaque ménage en avait quatre. Devant les deux portes voisines, toute la marmaille grouillait du matin au soir."

 

Ces noms ont, de plus, une valeur collective et englobent plusieurs personnes...

Ces mots résonnent, pourtant de sonorités éblouissantes : voyelle "a" réitérée, gutturales variées, dentale, fricative...

Ces mots appartiennent souvent au peuple et désignent parfois, le peuple...

"La canaille" désigne la "vile populace", le petit peuple souvent méprisé par les grands de ce monde...

 

"La marmaille" s'applique à un groupe d'enfants souvent modestes, pauvres, sans ressources.

 

J'aime ces mots familiers et populaires, j'aime leurs éclats, leur gouaille !

 

La canaille est pourtant un terme à l'origine péjoratif : formé sur le mot  latin "canis", le chien, ce terme renvoie au monde animal, par l'emploi de ce mot, l'homme est ravalé au rang d'un animal, méprisé, avili...

Ce terme plein d'expressivité dans son radical, avec le suffixe -aille dit l'essentiel : un certain mépris pour le peuple, la piétaille !!

 

Bien sûr, il existe, aussi, de vraies "canailles", des bandits, des escrocs de bas étage : eux méritent le mépris et le rejet....

 

Ce mot oscille entre sympathie et dégoût : formation populaire, il fait tout de même résonner la voix du peuple, on entend ce langage haut en couleurs qui est celui du peuple !

 

"Bafouille, bâfrer, bastonner, cagnard, clébard, emmouscailler, décarcasser... flicaille, rouste, mariole, mouscaille, etc."

Que de mots évocateurs ! On aime ces sonorités familières, ce verbe populaire, celui de Céline et de Rabelais...

 

On apprécie ce parler qui rayonne, qui nous charme de mots différents : on perçoit, là, une vraie inventivité dans les suffixations, les sonorités....

Ces mots chantent, et disent la voix du peuple.

Ces mots reflètent aussi les difficultés du peuple déconsidéré, mis à mal, déprécié...

 

 

 

 

 

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28 avril 2021 3 28 /04 /avril /2021 08:41
Le monde n'a jamais manqué de Charlatans...


 

"Le monde n'a jamais manqué de Charlatans : 
       Cette science, de tout temps,
       Fut en Professeurs très fertile.
 Tantôt l'un en théâtre affronte l'Achéron, 
       Et l'autre affiche par la ville
       Qu'il est un passe-Cicéron." 
       

 

Tel est le début de la fable de La Fontaine, intitulé Le Charlatan : l'auteur y dépeint un beau parleur qui trompe son monde et s'en amuse....
  

Le mot "charlatan" nous fait entendre toute la roublardise de celui qui parle ; il a la "tchatche", le charlatan...Il nous berce de mots illusoires et trompeurs...

Le mot lui-même, avec la chuintante initiale pleine de douceurs, sa voyelle réitérée "a" qui souligne un flot continu de paroles, sa gutturale "r", assez rude, la dentale "t" éclatante suggère bien toute la rouerie du charlatan...

La voyelle nasalisée "an", à la fin du mot montre aussi toute la duplicité du personnage qui parvient à vous emporter dans ses mensonges illusoires !

 

Le charlatan nous éblouit de mots étonnants, il nous subjugue dans des enroulements de phrases qui n'en finissent pas.

Voilà un mot qui nous parle, par ses sonorités, un mot qui résonne d'éclats variés et redondants en même temps !

 

Le charlatan aime redire, il goûte les mots, les enchante de ses envolées de phrases.

Quel mot éloquent ! Un mot comme je les aime, si évocateur !

Ce nom est emprunté à l'italien "ciarlatano, charlatan", issu du verbe "ciarlare, bavarder, jaser".

 

Vendeur ambulant de toutes sortes de produits qu’il débite en déballant toutes sortes de boniments sur les places publiques, le charlatan fait beaucoup de bruits.

Il fait rayonner des discours tonitruants, il use d'hyperboles, de termes élogieux pour vanter sa marchandise...

Personnage haut en couleurs, plein de faconde, le charlatan s'apparente à un bateleur qui joue des rôles, interpelle le public, attire l'attention par toutes sortes de moyens...

 

Le mot a pris, aussi, un sens péjoratif, il désigne une personne qui abuse de la crédulité des gens, qui leur soutire même de l'argent, en abusant de leur naïveté...

Le charlatanisme a encore de beaux jours devant lui : rebouteux, magiciens, mages connaissent encore bien du succès de nos jours...

 

Ainsi, en temps de pandémie, de nombreux charlatans profitent du Covid pour tromper leur monde...

Leurs remèdes sont illusoires : on pourrait se protéger du Covid-19 en jeûnant, en buvant des tisanes ou en prenant des bains froids : la peur engendrée par la crise sanitaire actuelle sert de terreau aux arnaques et aux dérives sectaires.

"Le coronavirus a été un accélérateur du complotisme, notamment lié à la santé", déplore Tristan Mendès France, maître de conférences à l'Université de Paris et spécialiste des cultures numériques.

Il faut dire que les messages contradictoires de nos gouvernants, leurs incertitudes, notamment sur l'efficacité du port du masque, ont largement contribué à l'explosion des théories du complot.

Les fausses nouvelles médicales ont proliféré. L'automédication à la chloroquine a provoqué des décès et des placements en réanimation.


 

Le charlatan sait user du langage pour "rouler" les autres, ce beau parleur peut être, parfois, intéressé et dangereux.

 

Mais comment ne pas aimer ce mot "le charlatan", aux origines italiennes si parlantes, aux sonorités si éclatantes et révélatrices ?

Quel mot ! Quelles résonances !

 

 

La fable de La Fontaine :

 

http://www.la-fontaine-ch-thierry.net/charlatan.htm

 

Source :

 

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/enquete-ces-coachs-et-therapeutes-qui-profitent-du-covid-19_4343305.html

  

 
 


 

Le monde n'a jamais manqué de Charlatans...
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22 mars 2020 7 22 /03 /mars /2020 11:08
L'oasis comme un éblouissement...

 

Pour se détendre et rêver... la poésie des mots...

 

Dans le cadre de la Semaine de la langue française et de la Francophonie... du 14 au 22 mars 2020... Dis-moi dix mots : au fil de l'eau.

 

L'oasis ! Il suffit d'entendre ce mot plein d'exotisme pour voir se dérouler des paysages magiques de déserts, des dunes et des barcanes incendiées de soleils et de lumières, et soudain, comme un miracle, apparaît un lieu de verdures, aux palmes alanguies...

 

Le mot lui-même aux douces sonorités de sifflantes "s", réitérée nous apaise, et nous étonne aussi, avec ses voyelles variées qui s'enchaînent dans ce nom très court.

 

L'oasis semble, ainsi, comme un éblouissement, une découverte soudaine et inattendue...

 

L'oasis évoque l'Egypte, des dieux antiques aux sonorités voisines : Isis, Osiris, Apis, Anubis, Sérapis, Satis...

 

Ce mot venu du grec"ὄασις" a, aussi, des origines égyptiennes : issu de langues anciennes, il revêt un caractère mystérieux, étrange, d'autant que ce nom est resté intact au fil des siècles.

Préservé de toute altération, le mot "oasis" nous étonne, et nous éblouit...

 

Havre de paix, de repos et de bonheur, l'oasis sollicite tous les sens : on perçoit des couleurs nouvelles, on entend des clapotements d'eau, la fraîcheur d'une source nous apaise, on peut goûter une eau vivifiante...

 

Repos, détente, harmonie du lieu, brise légère, l'oasis apporte bonheur et réconfort, au milieu d'un désert de solitude.

Une palmeraie, une eau bruissante, des teintes verdoyantes..., l'oasis offre un bonheur longtemps attendu.

 

Un bruit d'eau, des frémissements de palmes agitées doucement, des murmures d'oiseaux, des reflets d'or sur les palmiers dattiers, des bruits d'eau "avec des rayons d'or dans les palmes...

 

Quels apaisements et quelle harmonie ! Miroirs d'ondes où se reflètent les longs fuseaux de palmiers hérissés de buissons ! Roseaux ondoyants !

 

L'oasis nous fait rêver à des lieux de paix, de repos, elle nous fait voyager vers d'autres paysages aux couleurs étonnantes...

Le vert côtoie des ocres aux douceurs de sables, le brun illumine le vert...

L'oasis nous offre un réservoir de sensations : couleurs, fraîcheur du lieu, bruissements de l'eau...

 

 

Les dix mots retenus :

aquarelle (nom)
à vau-l'eau (adv.)
engloutir (v.)
fluide (adj.)
mangrove (nom)
oasis (nom)
ondée (nom)
plouf (interj.)
ruisseler (v.)
spitant (adj.)

 

 

http://www.dismoidixmots.culture.fr/ressources/la-thematique-et-les-dix-mots-au-fil-de-leau

 

 

 

L'oasis comme un éblouissement...
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16 mars 2020 1 16 /03 /mars /2020 11:16
Au fil de l'eau : une ressource qui s'épuise...

 

Dans le cadre de la Semaine de la langue française et de la Francophonie... du 14 au 22 mars 2020... Dis-moi dix mots : au fil de l'eau...

 

La magie de l'eau ! Sa fluidité, ses transparences, ses mystères, les symboles qu'elle représente : la vie, la pureté, la fraîcheur...

 

L'eau peut être fontaine, source, rivière, fleuve, torrent, lac, mer, océan, pluie, rosée du matin...

 

Que de mots sont associés à l'eau ! Des mots anciens car l'eau est à l'origine de la vie et elle a toujours accompagné l'homme...

 

On admire depuis toujours sa fluidité : venu du latin "fluo" et plus anciennement du grec φλύω, le mot restitue bien avec sa fricative initiale cette caractéristique de l'eau, un radical que l'on retrouve dans le nom "le fleuve".

 

On est parfois surpris par une "ondée" : une pluie soudaine, souvent bienvenue et bienveillante... Là encore, le mot remonte au latin "unda", et plus anciennement au grec "ὕδωρ"... L'ondée rafraîchissante embellit les jardins, magnifie les fleurs, régénère les arbres...

 

Et l'eau ruisselle, se répand, devient petits ruisseaux ondulants... des mots anciens, venus du latin populaire rivuscellus, diminutif de rivus "petit cours d’eau", "rivière".

 

L'eau est encore si bienveillante quand elle fait naître des "oasis" dans un désert hostile... l'oasis, lieu de verdure aux palmes alanguies nous fait rêver... le mot nous promet une halte reposante, emplie de fraîcheur, de luxuriance...

Ce mot venu du grec"ὄασις" a, aussi, des origines égyptiennes : issu de langues anciennes, il revêt un caractère mystérieux, étrange, d'autant que ce nom est resté intact au fil des siècles.

 

L'eau peut aussi devenir "mangrove", formation végétale caractéristique des littoraux marins tropicaux, où dominent les palétuviers...

La mangrove joue un rôle écologique essentiel dans la conservation des littoraux tropicaux. ... La mangrove abrite une grande biodiversité animale. Certains poissons viennent s'y reproduire, d'autres y assurent leur croissance.

 

L'eau peut se faire aussi oeuvre d'art, elle permet de dessiner des "aquarelles", peintures légères sur papier avec des couleurs transparentes délayées dans de l'eau... des paysages, des arbres, des portraits naissent alors sous la main experte des artistes...

On reconnaît immédiatement l'ancienneté du mot : il vient bien sûr du latin "aqua"... un radical que l'on retrouve dans les termes "aqueduc, aquarium, aquatique."

 

Plus étrange encore, pour les Belges, l'eau peut être "spitante", chez nous elle serait plutôt pétillante... Et quelle agréable sensation procure cette eau pétillante au plus fort de la chaleur de l'été ! Elle stimule les papilles...

 

Mais l'eau peut soudain devenir turbulente, terrifiante quand tumultueuse, elle "engloutit" des rues, quand elle se fait torrentielle et qu'elle inonde des paysages entiers.

Et voici encore un mot ancien puisqu 'il est issu du verbe latin "inglutire", "avaler gloutonnement, faire disparaître dans un gouffre."

Quel verbe expressif dans ses sonorités de consonnes : gutturale "gu", dentale "t"!

 

Et parfois plus rien n'empêche le passage de l'eau, elle s'emporte et emporte tout sur son passage : alors, tout s'en va à vau-l'eau...

Ce nom "eau" a lui-même des origines anciennes puisqu'il est issu à nouveau du latin "aqua", par une dérivation populaire : "aqua" est devenu au XIe siècle egua et ewe, au XIIe siècle aive, aigue, eve puis eaue.

 

Enfin, on ne peut oublier la chanson de l'eau, ses murmures, ses bruissements, ses glouglous... ou encore le bruit d'un corps ou d'un objet qui tombe dans l'eau : "Plouf !", une onomatopée sympathique... 

 

Hélas, l'eau est devenue une ressource menacée : pollution, surexploitation, gaspillages, prélèvement des eaux souterraines, agriculture intensive. Un million de personnes meurent chaque année de maladies liées au manque d'eau potable et c'est la mauvaise gestion humaine de l'eau qui en est la cause.

 

 

http://www.dismoidixmots.culture.fr/ressources/la-thematique-et-les-dix-mots-au-fil-de-leau

 

 

Les dix mots :

 

aquarelle (nom)
à vau-l'eau (adv.)
engloutir (v.)
fluide (adj.)
mangrove (nom)
oasis (nom)
ondée (nom)
plouf (interj.)
ruisseler (v.)
spitant (adj.)

 

 

Au fil de l'eau : une ressource qui s'épuise...
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9 décembre 2019 1 09 /12 /décembre /2019 13:26
Le lundi réunit la brillance du jour et celle de la lune...

 

 


"Lundi" : nous utilisons tant de fois ce mot qui nous paraît si familier ! Un mot venu, en fait, du latin... pour les Romains, le lundi était le jour de la lune, "lunae dies".

 

En fin de mot, le radical "-di" désigne le jour, et on peut rattacher ce terme à l'adjectif "diurne".

 

Le mot "jour", lui, vient du latin "diurnus", d'un radical qui signifie"briller" et apparenté au mot "deus", le "dieu" et, notamment, à "Zeus" dans la mythologie grecque !

Le mot "luna" comporte le même radical que les noms "lux, lumen" qui désignent la lumière.

 

Ainsi le mot "lundi" réunit la brillance du jour et celle de la lune ! 

 

Il évoque des divinités, il renvoie à la mythologie gréco-romaine.

Tous les jours de la semaine s'achèvent avec cette finale -di, sauf le dimanche qui, lui, s'ouvre sur cette syllabe et marque, ainsi, sa singularité.

 

On voit, à travers ces exemples, l'empreinte qu'a laissée le latin sur notre langue : le latin est présent dans de nombreux mots de vocabulaire, il nous accompagne tous les jours sans qu'on en ait conscience.

Notre langue, notre culture sont latines et grecques.

 

Grâce à l'étymologie, le mot "lundi" prend une toute autre dimension : devenu jour de la lune, il peut permettre quelques distractions, il revêt, aussi, un charme poétique, il évoque des images de nuits étoilées auréolées de différentes formes de lunes...

Croissants de lune, lune pleine, lune qui émerge des nuages, qui se voile de nuées ondoyantes et légères...

 

Le lundi n'est plus un jour ordinaire : il devient jour lumineux, divin, il se pare d'un passé mythique et mythologique : la déesse de la lune dans l'antiquité était la soeur d'Hélios.

On la représente guidant un char argenté à travers le ciel obscur, tiré par des chevaux blancs. Elle brille d'une douce lumière argentée pendant qu'elle voyage à travers les cieux, renvoyant une douce lumière sur la terre ensommeillée.

 

Le mot "lundi" qui nous apparaît si commun revêt, soudain, un charme particulier...

Il contient la lune, le jour, la lumière, il nous raconte des histoires mythologiques...

Il suggère d'autres déesses lunaires : Séléné, Diane, Artémis, Hécate...

Il suggère tant de noms aux sonorités exotiques, mystérieuses, empreintes de poésie....

Séléné, la grecque ! Diane, la romaine !

 

Il évoque un monde peuplé de dieux et déesses, une nature vivante, animée.

 

Si le lundi fait rêver, que dire du vendredi, le jour de Vénus ?

Le vendredi devient un jour idyllique, associé à l'amour, la tendresse, il est vrai qu'il annonce de jolies perspectives avec l'arrivée de la fin de semaine et du repos dominical...

 

Que dire du mardi, le jour de Mars, le dieu guerrier et du jeudi, le jour de Juppiter ?

 

Ainsi, les jours de la semaine évoquent des divinités anciennes, ils se parent d' un relief particulier, d'une dimension mythique et mythologique...

 

 

 

http://www.cosmovisions.com/$Selene.htm

 

 

 

 

 

 

Le lundi réunit la brillance du jour et celle de la lune...
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2 septembre 2019 1 02 /09 /septembre /2019 12:08
L'art perdu de la description...

 

 

L'attention n'est plus au coeur de l'école : elle se disperse, elle se délite de plus en plus. Les élèves ne savent plus se concentrer, écouter, être attentifs. 

Or, "la formation de la faculté d'attention est le but véritable et presque l'unique intérêt des études..." a fort justement écrit Simone Veil.

 

Quand on n'écoute pas l'autre, quand on ne porte plus attention au monde, on perd le contact, on perd l'essence du monde.

"On ne peut pas conserver la nature, sans l'identifier, sans la décrire... il est inconcevable de pouvoir conserver quelque chose que l'on ne nomme pas, que l'on ne connaît pas..."

 

Et pour décrire, il convient d'être particulièrement attentif...

Dans un monde de l'action, de la performance, la description n'est plus à la mode...

 

Qui connaît les noms des oiseaux, des arbres, des fleurs, des insectes innombrables qui peuplent encore notre terre ? peut-être pour peu de temps encore...

Des mots qui se perdent, du vocabulaire qui disparaît...

 

Pourtant, il fut un temps où des scientifiques, des naturalistes, des écrivains, des poètes s'attachaient à faire des descriptions très fines et très belles des êtres de la nature.

Bernardin de Saint-Pierre, Humboldt, Wallace, Ponge savaient décrire dans le détail l'arbre, la plante, l'oiseau.

La liane, le papillon, le coléoptère, l'oiseau, l'abeille... qui les décrit, dorénavant ?

 

"Le syrphe, la prêle, le chabot nous sont devenus étrangers..." écrit Romain Bertrand, dans son ouvrage intitulé Le détail du Monde...

Il est vrai que pour la plupart, nous vivons dans des villes où la nature s'efface.

 

"Le syrphe" ! Vous connaissez ? "Le chabot" ? Mais qu'est-ce que c'est ?

Voilà des noms étranges dont on a perdu l'usage...

Ces espèces vont peut-être disparaître et nous n'en garderons plus que le nom.

 

Prendre soin du monde, c'est d'abord le connaître et le nommer...

 

Il nous faut réapprendre à porter attention au monde, à écouter le chant des oiseaux, à observer les couleurs des paysages, les formes des arbres, des herbes, des fleurs...

L'apprentissage de l'attention devrait être une priorité dès le plus jeune âge : apprendre à voir, à observer, à écouter.

 

 

 

 

Source : 

 

https://www.franceculture.fr/emissions/repliques/le-chant-du-monde

 

 

L'art perdu de la description...
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26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 10:36
La pimbêche...

 

La pimbêche !


Quel mot évocateur ! La pimbêche nous laisse voir sa suffisance, une forme d'auto-satisfaction exacerbée, la pimbêche impose à tous son point de vue et sa superbe...

Le mot, avec ses deux labiales "p, b" qui se répondent comme dans un écho, avec sa voyelle nasalisée "im", restitue bien les airs supérieurs de la dame...

 

Elle n'arrête pas de parler, comme nous le montrent les deux labiales, et adopte, tout de même, quelques mines doucereuses, comme le suggère la consonne chuintante, à la fin du mot !

Pour dominer, elle n'hésite pas à se contredire, elle accuse même les autres des pires défauts... dont elle se rend elle-même coupable.

Elle répand des rumeurs, elle s'en délecte, elle fait des amalgames douteux, dignes du café du commerce...

 

Elle se complaît dans la rumeur, dénigre volontiers les autres, n'hésite pas à se complaire dans une forme d'amabilité trompeuse, feignant des attitudes...

L'hypocrisie, les faux fuyants ne la dérangent pas, elle est prête à tout pour s'imposer, pour briller même par de faux lustres.

 

La pimbêche est l'archétype même de la mauvaise foi : quand on débusque ses ignominies, elle trouve le moyen de louvoyer, de faire "comme si".

 

Dès lors, la pimbêche se voit rejeté par ses voisins : de simples relations de bon voisinage ne sont pas possibles pour celui ou celle qui la côtoie !

 

Quelle plaie ! Quel embarras ! On perçoit comme une envie de triompher des autres vainement, stupidement, comme si la vie consistait à empiéter sur les autres, à en médire.

 

La pimbêche aime bien quereller, dominer, dompter...  les rapports humains ne devraient pas être de cet ordre : il est bon d'argumenter, de manière cohérente, l'insulte ne sert qu'à se dégrader soi-même, l'insulte rabaisse, amoindrit celui ou celle qui l'utilisent.

 

Les mots et leurs sonorités disent souvent l'essentiel : la pimbêche est imbue de sa personne, de ses propos, de ses opinions...

Avatar de la "pécore", la pimbêche s'illustre aussi dans une forme de prétention qui vise à nier les autres...

 

"Pécore, pimbêche" appartiennent à la même engeance... La pécore dont le nom dérive du latin "pecus", "le bétail", a tendance à suivre le mouvement du troupeau.

Parfois bouffie d'orgueil, elle s'enfle de démesure et d'autosatisfaction !

 

 

  

 https://www.mediologie.org/la-pimbeche
 

 


 

La pimbêche...
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2 juin 2018 6 02 /06 /juin /2018 13:22
Au-dessus, les météores hirondelles...

 

 


 "Le peuple des prés m'enchante. Sa beauté frêle et dépourvue de venin, je ne me lasse pas de me la réciter. Le campagnol, la taupe, sombres enfants perdus dans la chimère de l'herbe, l'orvet, fils du verre, le grillon, moutonnier comme pas un, la sauterelle qui claque et compte son linge, le papillon qui simule l'ivresse et agace les fleurs de ses hoquets silencieux, les fourmis assagies par la grande étendue verte, et immédiatement au-dessus, les météores hirondelles ..."
 
  

C'est ainsi que René Char décrit une nature pleine de vie qui l'éblouit et l'enchante... Les hirondelles devenues des "météores" grâce à une image poétique couronnent le tableau...

 

Le nom "météore" nous fait lever les yeux vers le ciel : ce mot ancien désigne, d'abord, des phénomènes atmosphériques, comme les éclairs, le tonnerre, la pluie, la neige....

Il évoque aussi un corps solide qui se consume en traversant l'atmosphère, et dans un sens figuré, un être ou un objet qui font une impression très fugace...

 

Le mot nous laisse entendre des consonnes variées : labiale "m" pleine de douceur, dentale éclatante "t" et une gutturale "r" emplie de force...

Beauté, éclats, vivacité sont, ainsi, restitués dans ce mot aux sonorités poétiques : la voyelle "é" réitérée traduit une sorte d'écho apaisant.

 

Le météore peut briller de feux somptueux, éblouir les regards, attirer l'attention, scintiller dans les airs...

Le météore évoque un ciel parcouru d'étoiles filantes, des éclairs de feux dans la nuit, des embruns lumineux qui traversent la voûte céleste.

Fugitif, le météore s'évanouit, s'évapore, en laissant dans les yeux des images de lumières...

 

Les "Météores" désignent aussi des pitons rocheux où ont été construits, en Grèce, des monastères... Paysages abrupts de rocs qui s'élèvent vers le ciel... Paysages somptueux aux rochers abrupts et escarpés.... Visions aériennes de pics inaccessibles voués à la méditation et la contemplation.

Les Météores fascinent par leur hauteur impressionnante, leurs rochers dupliqués, leurs envols de pierres.

 

Ce mot ancien venu du grec "μετέωρος, meteôros, élevé, dans les airs" suggère des envolées aériennes.

Issu d'un verbe "airo, lever, élever", ce terme nous transporte sur des sommets, des hauteurs vertigineuses.

 

Il nous fait rêver à des visions fugitives d'étoiles à peine entrevues, éblouissantes...

Ce terme assez rare, peu employé, revêt une dimension poétique et suscite l'imagination. Ce mot aérien nous séduit par ses résonances, les images qu'il suggère...

 

Les "météores hirondelles" évoquées par René Char nous emmènent dans un univers poétique où les oiseaux sont assimilés à de fugitives apparitions d'étoiles : merveilleuse métaphore qui restitue le vol rapide et virevoltant des hirondelles !

 

 


 

 

 

 

 

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9 mai 2018 3 09 /05 /mai /2018 12:34
Les vertus essentielles du silence...

 

 


Dans un monde où la parole est mise sur un piédestal, où chacun s'exprime sur toutes sortes de sujets, où le verbe se développe dans la plus grande confusion, dans un désir de s'imposer à l'autre, de le dominer, je tiens à célébrer les vertus du silence...


Le mot lui-même invite à l'apaisement avec ses deux sonorités de sifflante, pleines de douceur, grâce à sa voyelle nasalisée "en " qui suggère un envol, une suspension dans le flot des paroles.

Parler peu, c'est, aussi, parfois, parler mieux, avec une densité, avec un sens, une réflexion approfondie...

La parole abondante n'est souvent qu'un réflexe, une démesure, un excès : elle déborde, dans un flux ininterrompu, elle en devient même, parfois, agressive, virulente.

Il suffit de se rendre sur des forums ou sur des sites d'information, pour voir se déverser des insultes ou des propos malveillants et méprisants.

Ces débordements ne laissent aucune place à la réflexion, à la raison.

Un peu de retenue, de modération éviterait ce genre de débordements.
 
Pour ma part, j'apprécie l'esprit de synthèse qui ne s'embarrasse pas de mots inutiles, j'aime la parole claire, précise, qui va à l'essentiel.

Certains parlent abondamment, pour se libérer de leurs angoisses ou pour avoir l'impression vaine d'engloutir l'autre, de l'anéantir.

Le silence, lui, permet un véritable recul, une réflexion essentielle. Le silence est une vertu que l'on a tendance à oublier et en l'oubliant, on se perd dans de vains discours, sans véritable influence.

Le silence n'est-il pas un retour sur soi, sur sa propre conscience ? Et paradoxalement, une ouverture sur les autres, car il permet une vraie réflexion, un raisonnement... Il permet souvent d'éviter le réflexe pur et simple qui est le contraire de la réflexion.

Le verbe est le propre de l'humanité mais quand il devient envahissant, irréfléchi, il rabaisse l'homme, au lieu de l'élever.

Le silence, lui, permet l'écoute et le respect des autres, il est essentiel de retrouver toutes ses vertus. Il est propice à la méditation, apaisant, plein de sérénité...

Le silence est une maîtrise de soi, une forme de modération et de mesure, dont il faut percevoir les effets bénéfiques.

Quand la parole déborde, quand elle éructe, au lieu de raisonner, elle perd de sa valeur.

Le silence laisse, aussi, une place à la rêverie qui a tendance à disparaître dans nos sociétés : il faut toujours être occupé, actif, dans l'action... Souvent, on ne laisse plus aux enfants cette possibilité de rêver, on les noie sous un flot d'activités qui ne sont pas propices à la rêverie, à l'imaginaire...

Le silence permet une vraie réflexion, un questionnement, il offre la possibilité de résoudre certains problèmes, grâce à un retour sur soi.

Oui, le silence comporte des vertus essentielles.





 

 

Les vertus essentielles du silence...
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18 novembre 2017 6 18 /11 /novembre /2017 14:56
Françoise Héritier ou le bonheur de la curiosité...

 

 

 

"La curiosité, toujours envie d'aller voir ce qu'il y a derrière les choses... de comprendre ce qui paraît nébuleux à première vue... Cette curiosité a été le moteur et continue à être le moteur de mon existence...", déclarait Françoise Héritier sur le plateau de l'émission La Grande Librairie, le 9 novembre 2017.

Voilà un bel éloge de la curiosité, du désir d'apprendre et de comprendre le monde.

 

Françoise Héritier fut avide de cette curiosité : historienne, géographe, ethnologue, anthropologue, spécialiste des sociétés africaines, de la question du rapport entre les sexes, militante féministe, glaneuse de sensations, elle a succédé à Claude Lévi-Strauss au Collège de France, inaugurant la chaire d étude comparée des sociétés africaines.

 

La curiosité devrait être ce moteur qui anime chacun d'entre nous.

Le mot est ancien et vient d'un terme latin "cura" qui désigne le soin, l'attention... une attention portée aux autres et aux choses.

 

C'est la curiosité qui nous fait progresser et découvrir de nouveaux horizons, c'est la curiosité qui nous invite à nous élever vers plus de savoirs et de réflexion.

La lecture nous offre la possibilité de nous intéresser à toutes sortes de sujets et dorénavant internet est aussi une fenêtre ouverte sur le monde.

 

Françoise Héritier, qui nous a quittés récemment le 15 novembre 2017, avait aussi le goût et la passion des mots. 

 

"Pour moi, il est essentiel de dire très précisément ce que l'on a l'intention d'exprimer et souvent le voile des mots ne nous permet pas de le dire (...)", affirmait encore Françoise Héritier. "La recherche du mot juste qui décrit exactement les choses est quelque chose qui me motive, je dirais presque passionnément et puis il y a, par ailleurs, la curiosité qui est portée simplement à tout ce qui se passe autour de vous." 

S'étonner des mots, analyser leurs sonorités, débusquer la langue de bois, les expressions toutes faites...

Les mots peuvent être ainsi objets de curiosité permanente...

Sonorités, étymologie, significations, musique des mots, composition, figures de style, les mots peuvent susciter tant d'intérêt !

Françoise Héritier nous invite à redécouvrir le goût des mots, l'occasion de célébrer notre langue, d'en percevoir les nuances.

L'occasion de s'attarder sur mots qui nous paraissent familiers mais dont on oublie l'importance.

Les mots qui sont un héritage du passé nous offrent tout un champ de découvertes...

Les bonheurs simples du quotidien sont aussi une occasion de saisir des moments fugitifs de grâce. C'est le thème qu'aborde Françoise Héritier dans un autre ouvrage intitulé Le sel de la vie.

 

Avec modestie, humilité, Françoise Héritier nous donne, ainsi, une des clés essentielles du bonheur : la curiosité permanente, l'éclectisme qui permet de prêter attention à toutes sortes de sujets.

 

 

 

 

 

Une émission sur France Culture :

 

https://www.franceculture.fr/personne-francoise-heritier

 

 

 

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