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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 15:56
Un poète d'autrefois : l'aède...

 

 

 

La langue grecque, par ses sonorités, ses graphies, n'est-elle pas, en elle-même, une ode à la poésie ? Et l'aède de l'antiquité symbolise tout un univers poétique...

 

Voici un extrait de l'Odyssée qui illustre bien le rôle essentiel de ces poètes du passé, que l'on appelait des aèdes :

 

Ἀλκίνοε κρεῖον, πάντων ἀριδείκετε λαῶν,
ἦ τοι μὲν τόδε καλὸν ἀκουέμεν ἐστὶν ἀοιδοῦ
τοιοῦδ', οἷος ὅδ' ἐστί, θεοῖσ' ἐναλίγκιος αὐδήν.
οὐ γὰρ ἐγώ γέ τί φημι τέλος χαριέστερον εἶναι
ἢ ὅτ' ἐϋφροσύνη μὲν ἔχῃ κάτα δῆμον ἅπαντα,
δαιτυμόνες δ' ἀνὰ δώματ' ἀκουάζωνται ἀοιδοῦ
ἥμενοι ἑξείης, παρὰ δὲ πλήθωσι τράπεζαι
σίτου καὶ κρειῶν, μέθυ δ' ἐκ κρητῆρος ἀφύσσων
οἰνοχόος φορέῃσι καὶ ἐγχείῃ δεπάεσσι·


 "Roi Alkinoos, le plus illustre de tous les peuples, il est doux d'écouter un aède tel que celui-ci, semblable aux dieux par la voix. Je ne pense pas que rien soit plus agréable. La joie saisit tout ce peuple, et tes convives, assis en rang dans ta demeure, écoutent l'aède. Et les tables sont chargées de pain et de chairs, et l'échanson, puisant le vin dans le cratère, en remplit les coupes et le distribue...", ainsi parle Ulysse, dans un extrait du chant IX de l'Odyssée...




Le mot "aède" évoque immanquablement l'antiquité grecque, le poète Homère, des oeuvres qui sont à l'origine de notre littérature, deux épopées illustres : L'Iliade et l'Odyssée...

L'aède est à la fois poète et chanteur : il accompagne ses poèmes, au son d'un instrument de musique, une cithare ou une lyre.

Le mot vient du verbe grec "
ἀείδω,aeido, ou ado, chanter"... 


Ce radical est à l'origine de nombreux autres mots français, même si on ne le perçoit pas toujours : "l'ode, la mélodie, la tragédie, la comédie, la monodie" comportent ce même radical, avec un timbre '"o". Le rhapsode, étymologiquement celui qui "coud ou ajuste des chants", est proche de l'aède, mais il ne compose pas, lui-même, ses chants.

L'aède est mis en scène, à plusieurs reprises, dans les épopées anciennes : dans l'Odyssée, on le voit apparaître sous les traits de Démodocos, le poète aveugle, image probable de l'auteur grec, lui-même, Homère.

Il est aède à la cour d'Alkinoos et apparaît aux chants VIII et IX de l'épopée. Ulysse, échoué sur l'île des Phéaciens, après avoir été malmené par une terrible tempête, assiste à un banquet donné en son honneur. Démodocos chante, alors, des épisodes de la guerre de Troie : notamment la querelle entre Ulysse et Achille, ce qui déclenche les larmes du héros.

La lyre est l' instrument de l'aède : selon la légende, la lyre ou phorminx fut inventée par Hermès à partir d'une carapace de tortue à laquelle étaient fixées deux cornes d'antilope et des cordes de boyau. Hermès l'offrit à Apollon dont elle devint l'instrument privilégié et l'un des attributs. 

La littérature, à l'époque d'Homère, était essentiellement orale : les aèdes composaient et apprenaient des poèmes qu'ils récitaient, au son d'un instrument de musique.

Musique et poésie étaient, ainsi, dès les origines intimement liées et indissociables : la poésie fait intervenir des rythmes, des effets sonores, des échos...


L'aède symbolise bien cette association : il est représenté, dans l'antiquité, sous les traits d'un aveugle, inspiré par les dieux, comme si la cécité lui conférait un statut divin, et lui donnait une intériorité particulière, propice à la créativité.

L'aède, celui qui chante et fait vivre la poésie était essentiel, à l'époque d'Homère : il représentait la mémoire des peuples, il était aussi, à lui tout seul, un spectacle vivant, grâce à la musique, à la beauté des textes, il avait la capacité d'émouvoir tout un auditoire : l'aède revêtait un caractère sacré, il était souvent assimilé à un dieu...


"L'illustre aède, le divin aède" : ces épithètes soulignent la vénération que suscitaient ces poètes de l'antiquité.

Créateurs, musiciens, chanteurs, ils étaient des artistes complets qui provoquaient le respect et l'admiration...


 

 

 

Homère :

 

http://expositions.bnf.fr/homere/it/13/01.htm

 

http://expositions.bnf.fr/homere/it/12/05.htm

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22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 15:57
Une île paresseuse...

 

 

 

Pour le plaisir et la poésie des mots : l'île !


"Chacun de nous porte en lui ses propres îles, refuges contre la bêtise, la laideur et la sourde contrainte d'un ordinaire non-désiré.", voilà une réflexion de Jacques Chancel qui donne à l'île toute sa dimension onirique...


L'île est souvent l'image d'un monde lointain, exotique, idéalisé... La mer toute proche nous fait sentir des parfums aux embruns de sel, et d'algues, la mer nous fait entendre ses murmures incessants, un doux bruissement des flots renouvelés sur le sable, des miroirs de lumières, des ondoiements de vagues qui réflètent des soleils dupliqués.

La mer, l'inconnu, le mystère, l'infini et l'évasion, le rêve...

La mer et ses vagues ondoyantes...

Des efffluves de pins se mêlent aux senteurs ambrées de l'eau, l'air vif nous emporte sur la vague marine, et nous enivre de liberté...


Le mot "île", dans sa brièveté, suggère bien un espace limité, entouré d'eau,  l'accent circonflexe lui confère une certaine singularité.

L'île représente un microcosme, un paradis, un idéal de bonheur.


Ce mot  ancien vient d'un terme latin, "insula" qui s'est abrégé en français... On retrouve l'ancien radical latin dans les noms "insulaire, péninsule"...

L'île, c'est le lieu, par excellence, de l'imaginaire utopique, un monde idéalisé qui représente l'envers de la réalité, un lieu où l'on peut atteindre un bonheur paradisiaque.

Baudelaire décrit ce bonheur dans nombre de ses poèmes, on songe, ainsi, à un sonnet intitulé Parfum exotique...

"Une île paresseuse où la nature donne
 Des arbres singuliers et des fruits savoureux ;
 Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
 Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne..."

L'île est souvent, dans l'oeuvre de Baudelaire, un lieu rêvé, symbole d'évasion, de liberté, d'exotisme, de voyages...

 C'est Thomas More qui, le premier, au seizième siècle, décrivit une île merveilleuse qu’il nomme Utopia, un lieu idéal où regne une société égalitaire, sans misère, sans contraintes.

Ce lieu utopique permet à Thomas More de se livrer à une critique du monde réel, dominé par l'argent, la cupidité, le désir de domination...


L'île sépare, isole, met à part : c'est un lieu d'exception, dans tous les sens du terme, un lieu qui permet de rêver à un monde meilleur.

Depuis les origines de notre littérature, depuis l'Odyssée du poète Homère, l'île est un motif qui a inspiré de nombreux auteurs : l'île fascine, c'est le pays de "nulle part", un monde inventé qui permet de s'évader dans le rêve, un monde à part...

L'île de Calypso, celle qui vit cachée, loin du monde, hors du temps, l'île de Circé la magicienne, l'île des lotophages, les mangeurs de lotus, autant d'images d'îles mystérieuses que l'on trouve dans l'Odyssée, des îles mythiques, lointaines.

Le verbe "isoler" et ses dérivés sont issus du même radical que le nom de l'île... Les insulaires, entourés d'eau, se retrouvent, parfois, isolés du reste du monde.

On retrouve, avec ce mot, un ancien terme venu du latin, que des évolutions phonétiques ont transformé notablement...

On retrouve un mot chargé d'histoire, venu du passé...

 

La consonne "s" du mot "insula" a laissé, sur ce nom, un accent circonflexe, un joli signe orthographique, comme un embrun venu de la mer !


 

 

 

 

 

Photos : Christelle   L'île d'Amorgos

Une île paresseuse...
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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 11:57
Le mélilot mouillé de pluie...

 


Pour la poésie et le plaisir des mots : le mélilot !


"Le vent sentait le sable chaud, l'eau froide, l'asphodèle et le buis. Le mélilot mouillé de pluie, ruisselait d'un parfum simplet, et deux acacias fumaient comme des cassolettes.

Dans un coin lointain du ciel, maintenant pur, l'orage fuyant tordait en silence ses muscles violets. L'aile d'Iris pointait au dessus de la colline.

Il allait, à petits pas, lourd d'une volupté que distillaient l'air, la lumière, les odeurs."

C'est ainsi que Giono décrit un paysage à travers les sensations olfactives et visuelles  de son personnage, Ulysse, dans un de ses romans intitulé Naissance de l'Odyssée...

Giono restitue des parfums qui s'entremêlent harmonieusement, et qui semblent envahir l'espace...
Ulysse est sensible aux senteurs qui l'environnent, notamment à celles du "mélilot".




Ce mot rare "mélilot" nous enivre, nous enveloppe de parfums et d'échos sonores ! Ce mot fascine et intrigue ! On n'en perçoit pas immédiatement la signification et les contours...

Quelle est cette plante au parfum simplet ? Quelle est cette essence mystérieuse du mélilot ?

Mélange de miel et de lotus, cette fleur semble avoir des vertus apaisantes, pleines de douceur.

Le mélilot, couleur de miel, se couvre de grappes dorées, il exhale un parfum subtil et délicat qui séduit les abeilles...

Ce mot aux douces sonorités vient directement de deux termes grecs μέλι, méli, « miel » et λωτός, lôtos, « lotus ».

Le mélilot à fleurs jaunes de la famille des fabacées ressemble au genêt : il produit des grappes de fleurs dorées, au parfum délicat et subtil.

Le mot rayonne de ses sonorités : labiale initiale, consonne redoublée "l", voyelles variées... On perçoit, des échos sonores, des voyelles qui se répondent...

Associé aux noms du miel et du lotus, ce nom de fleur évoque des images lumineuses...

Le miel qui suggère des couleurs dorées et brunes, des visions de ruches tourbillonnantes d'abeilles, un nectar aux teintes ambrées, le miel, symbole solaire qui représente la quintessence végétale de la lumière du jour..

Le lotus, lui, est associé à des légendes antiques, notamment celle des lotophages dans l’Odyssée d'Homère : Ulysse aborde la « terre des Lotophages qui se nourrissent de fleur de lotus ». Le lotus représente l'oubli, une sorte de drogue qui procure l'amnésie à tous ceux qui s'en nourrissent...

Le lotus sacré et mythique, fleur de l'orient est, aussi, une image de sérénité et de beauté...

Le mélilot, terme assez rare, aux sonorités pleines de poésie, nous charme de ses origines lointaines : le mot "mélilotos" remonte à l'antiquité grecque... 

Et ce mot a traversé les siècles, nous est parvenu avec tous ses éclats de sonorités...

Le mélilot nous fait rêver à une nature encore intacte, aux couleurs éclatantes, au genêt, doré de miel, à toutes ces fleurs du sud aux teintes solaires : mimosa, jonquille, forsythia...

Ce mot ancien, peu usité, crée une sorte d'harmonie, dans ses sonorités : il évoque, aussi deux autres mots remplis de symboles et de légendes...

 

 


L'épisode des lotophages dans l'Odyssée :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lotophages
 

Le mélilot mouillé de pluie...
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6 août 2016 6 06 /08 /août /2016 09:52
Pour célébrer la nuit des étoiles !

 



"Enfin, lorsque la nuit a déployé ses voiles, 

La lune, au visage changeant, 

Paraît sur un trône d'argent, 

Et tient cercle avec les étoiles, 

Le ciel est toujours clair tant que dure son cours, 

Et nous avons des nuits plus belles que vos jours."

Tels sont les vers que Jean Racine adressait à Monsieur Vitard, son oncle, pour évoquer les nuits qui magnifient le ciel, au dessus de la ville d'Uzès dans le Gard, où il séjourna pendant quelques mois... 


Les étoiles, la lune sont personnifiées dans un somptueux tableau, et parviennent à illuminer le ciel, d'une manière étonnante.



Le mot "étoile" nous est si familier ! Il a, pourtant, des origines anciennes et prestigieuses : issu du latin "stella", ce nom est apparenté au grec ancien "aster", et à l'anglais "star", un terme fréquemment utilisé, de nos jours, pour désigner un ou une artiste de talent...

Ce mot nous transporte dans un monde céleste, empreint de mystères...

Les mots "stellaire, constellation, astérie, astérisque" appartiennent à la même famille.

 L'astérie est le nom savant de l'étoile de mer... l'astérisque, une petite étoile, un signe graphique qui permet de renvoyer le lecteur à une référence, à une annotation...

L'étoile est, ainsi, présente, partout : dans le ciel, la mer, et même sur le papier ! L'étoile est une image si brillante...

Astre de la nuit, l'étoile brille d'un éclat particulier, c'est un symbole de beauté, d'élégance, de charme.

L'étoile est associée à nombre d'images valorisantes : une nuit à la belle étoile, l'étoile du berger, une étoile est née...

On aime, les nuits d'été, observer un ciel lumineux d'étoiles, on aime leurs noms évocateurs : la Grande Ourse, la Petite Ourse, le grand Chariot, le Cygne, Altaïr, Aldébaran, Vénus...

Que de poésie dans ces dénominations, que d'images, que de mystères à découvrir ! Que d'exotisme !

Altaïr, l'aigle en vol, dans la constellation de l'Aigle, Aldébaran, dans la constellation du Taureau, les Perséides, des pluies d'étoiles...

Des mots remplis d'échos sonores qui nous font rêver...

Les étoiles représentent un monde mystérieux, lointain, une énigme.

Elles évoquent d'autres formes lumineuses : l'anis étoilé, certaines fleurs qui font songer à des étoiles : fleurs astrales, astéracées, hélianthes, gazanias...

On perçoit d'autres images : on pense à l'étoile des neiges, à ses grands yeux, à l'étoile du berger, à un symbole de fête, on songe aux étoiles filantes, associées à des voeux de bonheur.

L'étoile peut évoquer la rêverie, l'amour, la pureté, l'innocence.

Alcyone, Aldébaran, Antarès, Maia, Véga, Bételgeuse : comment ne pas être ébloui par les noms mêmes de ces étoiles ? 

Chacun de ces mots nous révéle un univers plein de poésie, de sonorités éclatantes...

Le spectacle de la nuit a longtemps fasciné les hommes : ils ont projeté leurs rêves sur le monde stellaire, ils ont inventé des mythes.

Aujourd'hui, les hommes perdent ce contact avec le ciel et la nature : dans nos villes inondées de lumières artificielles, le spectacle de la nuit nous échappe... 


La 26 ème édition de la nuit des étoiles nous invite à renouer avec ce monde céleste : c'est le moment d'observer les étoiles filantes de l'essaim des Perséides, c'est le moment d'oublier nos écrans de télévision et d'ordinateur, pour admirer la voûte céleste...

 


Le poème de Racine :

 

http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/jean_racine/a_monsieur_vitart.html


 


 

Pour célébrer la nuit des étoiles !
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4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 13:52
La carafe, un objet et un mot qui chante...

 

 

 

Pour le plaisir et la poésie des mots : la "carafe" !

 

La carafe est un objet qui chante, qui fait roucouler l'eau, un véritable objet d'art, parfois, aux couleurs chatoyantes, aux motifs d'une variété inouie, parfois translucide, de façon à révéler son contenu : eau, vin, jus de fruits...



Le mot "carafe" nous fait admirer des formes pansues, il nous fait entendre des sonorités variées de gutturales "c" et "r", de fricative "f", beau contraste de rudesse, et de douceur....

Douceur et fluidité de l'eau qu'elle contient, solidité de la substance et du vase....

La reprise de la voyelle "a" peut suggérer la cascade de l'eau qui coule de la carafe...

Joli bruit de l'eau qui glougloute et se déverse ! Jolie musique de l'eau qui lance des volutes harmonieuses de notes dans le verre....

On voit souvent, sur les miniatures persanes anciennes, des motifs de carafes, au col évasé, à la base arrondie, aux couleurs de lapis lazuli, pierres d'azur, ornées de serpents, de dragons, ou serties de rayures....

Posées à même le sol, ou sur des tapis soyeux, ces carafes dressent leur col étroit, leurs formes élégantes de récipient oriental...

Le mot est lui-même oriental, comme le suggèrent les sonorités langoureuses, la voyelle "a" réitérée, la douceur de la fricative "f", à la fin du mot...

On entrevoit des décors somptueux de palais orientaux, des richesses de tapis aux motifs chatoyants, des arabesques...

Ce mot entre aussi dans des expressions argotiques ou familières "tomber, rester en carafe"... on se retrouve, alors, abandonné "en carafe", comme une cruche, expression peu valorisante....

Ce terme peut, aussi, désigner familièrement la tête de quelqu'un, la carafe suggérant des formes arrondies...

J'aime ce mot venu d'orient, aux sonorités exotiques, devenues si familières....

J'aime ce mot aux échos de voyelle répétée, qui désigne un récipient plein d'élégance et de charme...

La carafe nous fait rêver à un monde oriental, au goût raffiné, à des tapis garnis de carafes somptueuses, à des repas arrosés de vins subtils.

La carafe nous amuse, aussi, quand elle prend un sens familier : ce mot utilisé dans des contextes variés peut susciter le rire, la sympathie, mais aussi l'admiration pour des formes élégantes....

La carafe évoque un raffinement très oriental, tout un art de vivre, dans la lenteur et l'harmonie.

Le mot nous fait accéder à diverses sensations : auditive, avec le doux bruit de l'eau, olfactive, grâce aux parfums de vins contenus dans le flacon, gustative quand on savoure le contenu, tactile, quand on perçoit la fraîcheur de  l'eau, visuelle quand on admire les motifs et les couleurs de l'objet...
 

 

 

 

 

Photos : rosemar

La carafe, un objet et un mot qui chante...
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29 juillet 2016 5 29 /07 /juillet /2016 09:33
Une fille qui sort d'un bain au flot clair...

 

Pour le plaisir et la poésie des mots : le bain !


 

"Reste ici caché : demeure !
Dans une heure,
D'un oeil ardent tu verras
Sortir du bain l'ingénue,
Toute nue,
Croisant ses mains sur ses bras.


Car c'est un astre qui brille
Qu'une fille
Qui sort d'un bain au flot clair,
Cherche s'il ne vient personne,
Et frissonne,
Toute mouillée au grand air."

 

C'est ainsi que Victor Hugo évoque, avec sensualité, Sara la baigneuse, dans un poème extrait des Orientales... La jeune femme, sortie du bain, ne peut que susciter l'attention des spectateurs...



Le mot "bain", issu d'un terme, latin 'balneum", est ancien : on ne s'en étonnera pas, car les romains pratiquaient l'art du bain, ils fréquentaient régulièrement les thermes, lieux de rencontres et de bien-être...


Les premières installations de bains datent de 2 500 ans av. J.-C. Les thermes sont, d'abord, privés et les thermes publics n'apparaissent qu'au premier siècle avant JC... Ces établissements avaient plusieurs fonctions : on s’y lavait, mais on y côtoyait, aussi, des amis, on y faisait du sport, on jouait aux dés, on se cultivait dans des bibliothèques, on pouvait y traiter de toutes sortes d' affaires ou se restaurer.


De nos jours, le bain, c'est souvent un moment de détente, dans une baignoire ou encore en été, une immersion dans la mer qui procure bonheurs et sérénité....


Ce mot d'une seule syllabe nous fait entrevoir une plongée soudaine dans l'eau : le nom vient, probablement, d'un verbe grec plus ancien, "bapto", qui signifie plonger....


On perçoit aussitôt la relation de sens avec le mot "baptême".


Le bain, c'est le contact avec la magie de l'eau, c'est le plaisir de se fondre dans cet élément qui nous apaise et nous apporte un réconfort unique...

Dans une baignoire, on goûte au bonheur du savon, de sa douceur, de ses parfums.

En mer, on se laisse porter par les vagues, les replis de l'eau, on se gorge de senteurs marines, d'embruns, on goûte aux éclats ensoleillés des flots...

Le mot lui-même, avec sa labiale initiale, sa voyelle nasalisée, nous laisse imaginer toute la fluidité de l'eau, ses élans, ses envolées, ses vagues...

Ce mot lumineux et dansant nous fait voir des rives ensoleillées, des calanques de pierres blanches qui dévalent les collines, une mer bleutée, aux embruns de blancs, des paysages d'été énivrés de candeurs.

On goûte, au petit matin, le plaisir de se baigner dans une crique, près de l'ombre des pins du midi, on se dore au soleil levant, on écoute les échos répétés des vagues, on se rafraîchit de bonheurs.

On s'exalte, aussi, des senteurs de pins mêlées à celles des ondes amères...

On se glisse dans l'onde salée, on se laisse porter par les flots, on entre dans un autre univers, léger, aérien, subtil...

On se fond dans l'élément marin, on s'enivre de couleurs, de lumières, d'éclats de vagues, on entend des bruissements d'eau, des clapotis.

On peut prendre, ensuite, un bain de soleil et de lumières...

Mais le bain est, dès les origines, lié à l'eau, car le verbe grec "bapto" signifie "plonger dans l'eau"...

L'eau, cet élément symbole de vie, nous apporte tant de bienfaits, tant de sensations diverses : couleurs, senteurs, fraîcheur ou chaleur, murmures apaisants...

L'eau n'est-elle pas associée à la sensualité, au bonheur des sens ?

Voilà un mot qui remonte à un terme grec très ancien, un mot qui nous permet de relier le présent et le passé, un mot riche d'histoires et de résonances !

 

 

 

Le poème de Victor Hugo :

 

http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/victor_hugo/sara_la_baigneuse.html

 

 

 

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20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 12:04
Les grands lézards chauds des feux du midi...

 

 

Pour le plaisir des mots : le lézard !


"Sous les noirs acajous, les lianes en fleur,
 Dans l'air lourd, immobile et saturé de mouches,
 Pendent, et, s'enroulant en bas parmi les souches,
 Bercent le perroquet splendide et querelleur,
 L'araignée au dos jaune et les singes farouches.
 C'est là que le tueur de boeufs et de chevaux,
 Le long des vieux troncs morts à l'écorce moussue,
 Sinistre et fatigué, revient à pas égaux.
 Il va, frottant ses reins musculeux qu'il bossue ;
 Et, du mufle béant par la soif alourdi,
 Un souffle rauque et bref, d'une brusque secousse,
 Trouble les grands lézards, chauds des feux de midi,
 Dont la fuite étincelle à travers l'herbe rousse.
 En un creux du bois sombre interdit au soleil
 Il s'affaisse, allongé sur quelque roche plate ;"
 


C'est ainsi que Leconte de Lisle évoque le jaguar, sa silhouette sombre et imposante qui fait fuir soudainement les lézards, dans un poème intitulé Rêve de jaguar...


Le lézard nous fait admirer ses formes sinueuses, au coeur de l'été : un corps fuselé et marqueté de marbrures et de motifs variés....

Le lézard surgit soudain d'une roche et nous surprend par sa rapidité ét sa vivacité car il est prompt à s'évanouir, aussi vite qu'il est apparu...

Beau reptile qu'on aimerait observer plus longuement, belle marqueterie de fins réseaux entrelacés...

Le mot aux sonorités de sifflante "z", de gutturale "r" semble montrer à la fois beauté et inquiétude, douceur et rudesse.

Le lézard évoque des animaux primitifs et lointains, des monstres originels qui fascinent et terrorisent.

Le lézard, un mur qui se lézarde, un mur en ruines qui s'écroule...

Le lézard suggère aussi cette menace, cette déchirure...

Le mot fait surgir les chaleurs lourdes de l'été, lorsqu'on aperçoit, au détour d'un chemin, sa longue silhouette, ses mouvements vifs, sa cambrure élégante.

Vision fugitive, éclats de lumières sous le soleil accablant de Provence, alors que les cigales répercutent leurs voix redoublées et intenses sur les paysages...

Vision éblouissante qui s'évanouit...

Ombre légère sur les pierres, le lézard fugitif laisse les empreintes de son image : des teintes de gris, de verts, des fuseaux subtils qui ondoient et disparaissent.

Il s'attarde, parfois, sur les murs embrasés des feux de l'été : il se laisse dorer par le soleil, devient bijou de lumières.

Le mot "lézard", venu du latin "lacertus" a des origines anciennes. Le poète Virgile utilise ce nom dans les Bucoliques : on voit, ainsi, dans un extrait de cet ouvrage, un lézard rechercher l'ombre des ronces pour échapper à la lourde chaleur qui enflamme les paysages....

Le lézard est associé au sud, à la Méditerranée, il aime les éboulis de pierres, les calanques.


Le lézard nous séduit par ses formes, ses couleurs, ses danses ondoyantes et légères, ses mosaïques surprenantes.





 

Les grands lézards chauds des feux du midi...
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14 juillet 2016 4 14 /07 /juillet /2016 08:35
Pour célébrer la fête du 14 Juillet : le verbe "pétarader" !

 



"Pétarader" ! Il suffit de prononcer ce verbe pour entendre des bruits tonitruants et répétés...

Les moteurs d'autrefois pétaradaient souvent au démarrage et c'était un festival de sonorités éclatantes... On entend, encore, parfois, certains de ces engins bruyants, des grosses motos qui produisent des sons démesurés.


Les feux d'artifices, aussi, pétaradent vivement dans des envolées de poudre étincelantes et rayonnantes...

On voit des girandoles, des explosions colorées qui traversent le ciel, on perçoit des fontaines de lumières dans l'obscurité de la nuit.

On admire des éclats, des envolées d'éclairs, des tableaux éblouissants qui enflamment les ténèbres.

On est ébloui et subjugué par des flammèches qui semblent surgir du monde de la nuit...

Ce verbe aux sonorités évocatrices nous fait percevoir des crépitements soudains, avec sa labiale initiale, ses dentales "t" et d", sa gutturale "r", et sa voyelle réitérée "a".

Des échos semblent se répondre, se répandre, envahir l'espace, dans ce verbe plein d'expressivité...

Dérivé d'un verbe latin, "pedo", ce mot appartient à la même famille que les termes "pet, péter, pétard, pétoire, pétarade, pétoche, contrepèterie".

On perçoit toute la familiarité de ces mots qui évoquent des réalités du corps ordinaires ou encore des objets de fête, comme le "pétard", ou un outil usagé comme la "pétoire", qui est un vieux fusil...

On connaît aussi l'interjection "pétard !", qui marque la surprise, l'étonnement, une forme de stupéfaction soudaine... On utilise volontiers dans le sud, à Marseille, cette exclamation familière : "Pétard ! Que c'est beau !"


On ne peut manquer d'évoquer, en cette occasion, Rabelais, passé maître en l'art du pet et de la contrepèterie, on songe à la verve et à la truculence rabelaisienne, à des jeux de mots qui rebondissent, on songe au jeune Gargantua "barytonnant du cul".


 Tous ces mots remonteraient au grec "bdéo" "péter"... Aristophane utilise ce verbe dans certaines de ses comédies...

On voit ici toute la richesse de dérivation des mots, toute leur expressivité dans les sonorités !


Comment ne pas être sensible à la bonhomie de tous ces termes familiers, qui appartiennent au langage populaire, qui nous font entendre la voix du peuple ?


J'aime ces mots simples, ordinaires et si expressifs...

Ils nous font apprécier la langue française, sa diversité, ils nous font percevoir des sons, des images variées qui appartiennent au passé ou au présent, ils évoquent des souvenirs, une vieille guimbarde d'un grand-père paysan, qui ne pouvait démarrer qu'avec un tour de manivelle, un vieux fusil de chasseur usagé, des feux d'artifice éblouissants sur l'eau...

Des feux d'artifice, symboles de fêtes et de célébrations... des éclats lumineux qui rebondissent, retentissent et se répercutent dans l'ombre de la nuit...
 


 


 

Pour célébrer la fête du 14 Juillet : le verbe "pétarader" !
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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 13:06
La pêche duveteuse aux saveurs de l'été...

 




La pêche, fruit du pêcher montre sa rondeur harmonieuse, aux beaux jours de l'été : une peau veloutée avec des nuances infinies de rouges, de jaunes, de brun foncé, une peau fine, subtilement parcourue de filaments.


Le fruit parfumé révèle des senteurs d'été, de soleil, de lumières... un univers d'odeurs et de douceurs car la peau invite, aussi, au toucher comme si elle était recouverte d'une fine pellicule de sucre transparent.


La pêche, fruit sensuel attire irrésistiblement le regard, par sa rondeur parfaite, ses couleurs irisées...


A l'intérieur, le fruit d'un jaune ou d'un beige clair  exhale des sucs inouis.


La chair translucide, brillante, comme laquée de bonheur, nous fait voir des saveurs rafraichissantes, elle s'épanouit en une surface lisse, glacée comme un lac de luminosité...

Au centre, le noyau montre ses aspérités rugueuses auxquelles s'accrochent quelques lambeaux de chair .

Le noyau rouge peut être savoureusement dégusté sans qu'on puisse l'avaler...

La pêche duveteuse aux saveurs de l'été nous apporte une harmonie de couleurs, de formes, de goût uniques...

La pêche, fruit de Perse nous invite à des bonheurs orientaux, à des plaisirs exotiques, à des joies infinies.

Ce mot "pêche" issu du latin "persica" nous fait voyager vers des rives lointaines : l'accent circonflexe le nimbe et l'auréole d'un charme particulier et lui confère une sorte de poésie...

 

Le mot avec sa labiale initiale, sa consonne chuintante, emplie de douceur nous convie aux bonheurs de l'été.







Photo : rosemar

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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 11:55
Le navire roulait sous un ciel sans nuages...

 

 



Pour le plaisir des mots : le navire !

 

C'est le moment de voyager, de prendre la mer sur des navires élégants, fiers coursiers qui traversent les ondes...

 Baudelaire évoque, souvent, dans son oeuvre, des rêves de voyage et d'évasion : il imagine des traversées sur des mers houleuses, vers des pays lointains. Dans un de ses poèmes, Le voyage à Cythère, on retrouve cette thématique :


"Mon coeur, comme un oiseau, voltigeait tout joyeux 
 Et planait librement à l'entour des cordages ; 
 Le navire roulait sous un ciel sans nuages ; 
 Comme un ange enivré d'un soleil radieux."



Le mot "navire" nous emporte sur des mers, aux flots sans cesse mouvants et ondoyants, des étendues infinies de bleu où le ciel et la mer se rejoignent et se confondent...

Il nous fait chavirer, avec ses voyelles bien distinctes, le "a" bien ouvert, le "i" plus aigu, la fricative "v", pleine de douceur, la gutturale "r", plus âpre...

Le mot nous fait goûter des embruns virevoltants, des odeurs d'écumes et de liberté, des envolées de mouettes sur la crête des vagues, des senteurs d'algues marines.

Envie de voyages et de découvertes, aventures sur les ondes, mystères... le navire, c'est, d'abord, l'épopée d'Ulysse, histoire fondatrice qui nous emmène sur les rives de la Méditerranée.

Le mot est issu, d'ailleurs, d'un ancien terme grec : "
ναῦς, naus", "le navire". Homère utilise ce nom, maintes fois, dans l'Odyssée.

On y voit des navires emportés par des vents favorables sur le "vaste dos des mers", "ἐπ᾽ εὐρέα νῶτα θαλάσσης", belle image qui sert à diviniser et personnifier l'étendue marine.


Le mot nous fait voir des voiles chahutées, aux teintes éclatantes sur le bleu des vagues, des cahots, des lumières éblouissantes de reflets sur les ondes...

Des chaloupes fragiles emportées par les flots, des tempêtes, des apaisements, le flux et le reflux, les paroles ondoyantes de la mer, ses fureurs...

Le mot semble révéler élégance et fragilité, il était, ainsi, féminin aussi bien en latin qu'en grec, avec les formes "navis" et "naus".

Le terme ancien "la nef" avait gardé cette marque pleine de charme.

On perçoit une sorte de délicatesse, de finesse, dans ce nom, plus que dans le terme "bateau", issu, lui, de l'anglais "bat", "boat".


"Le navire, la nef, naviguer, navigation, nautique, nautisme, nautonier, navette, internaute", de nombreux mots sont dérivés du nom "navis".

De là vient, aussi, le nom du "Nautilus", le sous-marin de l'oeuvre de Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers.


On perçoit des mots variés dont certains sont anciens, d'autres évoquent des réalités pleines de modernité : l'internaute est celui qui "navigue" sur internet.

On voit que ce radical, issu du grec ancien, "naus" a connu une belle continuité, il a traversé les siècles, nous est parvenu presque intact, avec, parfois, des évolutions de sens intéressantes.

 

Voilà un mot venu du passé qui nous fait voyager vers des îles lointaines, des paysages éblouis de soleils, des images d'étendue marine aux reflets étonnants...

Voilà un terme "homérique", par excellence, qui nous fait remonter à l'épopée primitive : l'Odyssée, les sources mêmes de notre littérature...

 


 

 

 

 

 

 

Le navire roulait sous un ciel sans nuages...
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