Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
3 février 2017 5 03 /02 /février /2017 17:13
Voici le mirage de l'Art.... La chambre, Léo Ferré...

 

 


Comment transformer une misérable chambre en un lieu de rêves ? C'est bien ce que permet la transfiguration poétique. Léo Ferré nous offre, ainsi, une chanson où la métamorphose se produit, sous nos yeux émerveillés.

 

Le poète s'exprime à la première personne et nous fait découvrir sa chambre désignée par l'expression "quatre vieux murs", qu'on lui a prêtés. On perçoit le dénuement de l'artiste qui a accepté ce "réduit très obscur" pour y "installer sa chambre."

 

Léo Ferré loge ses "quatre membres" dans ces "quatre murs", soulignant, ainsi, combien ce logis lui correspond, lui le malheureux poète, un parallélisme qui vient souligner sa pauvreté.

 

Et le poète égrène tous les objets qui décorent cette chambre, destinés à lui donner "un air coquet", mais il s'agit, chaque fois, d'une négation même de ces objets, ce qui vient encore accentuer le dénuement du narrateur...

 "je suspendis aux murs enpente
Les diplômes que j'ai manqués et mes décorations absentes
Sur une table les photos de celles qui se refusèrent
Sur des rayons les in-quarto des livres que je n'ai su faire..."

 

Le poète suggère, ainsi, avec une certaine auto-dérision, une vie ordinaire faite de manques, d'échecs, de renoncements.

 

Il évoque aussi de grands vins qu'il aurait cachés "derrière les fagots", des "Chambertin et des Margaux", mais il précise aussitôt qu'il "ignore jusqu'à l'arôme" de ces grands crus...

 

Il nous étonne en parlant d'un coffre fort, "où il a rangé en piles régulières Toutes les valeurs et tout l'or..." 

La relative qui suit, au conditionnel passé, "que j'aurais pu gagner" montre que ce n'est qu'un leurre.

Une façon de tourner en dérision la richesse et tous ses attributs...

 

Mais, il suffit d'un "doux rayon bleuâtre, se glissant par la fenêtre", pour transformer cet intérieur en un "théâtre" rempli d'un "mobilier éblouissant."

 

Ainsi, le poète transfigure et sublime la réalité qu'il a sous les yeux, grâce à un simple rayon de lumière.

"Voici des tapis d'ambition, voici des tentures de rêve
Voici qu'un rideau se soulève sur un chevalet d'illusions..."

 

Le poète se met à rêver, à voir, sous le décor de sa chambre, de nouveaux rêves, des ambitions, des illusions dont il n'est pas dupe, mais qui rendent la vie plus douce.
Les "coussins" sont associés à des "serments, les "fauteuils" à des "promesses".

 

L'amour, l'affection sont suggérés grâce au vocabulaire de l'affectivité : "des colliers de tendresse, des bouquets de sentiments".

 

"Voici le mirage de l'Art, voici des songes en rasades...", précise le poète, et c'est bien du miracle de la poésie dont il est question ici : un simple rayon de soleil peut redonner l'espoir à l'artiste.

 

"Voici... Le divan de Shéhérazade et le clavecin de Mozart..." soudain apparaissent des éléments de mobilier mythiques : sont convoqués les histoires merveilleuses des Mille et une nuits, la musique de Mozart...

 

La littérature, la musique viennent compléter cette magie de l'art qui transfigure une simple réalité et la magnifie.

 

L'imagination symbolisée par le mot "chimère" a transformé et transfiguré cette misérable chambre, ces "quatre vieux murs", et la voilà devenue "la plus belle chambre du monde."

L'emploi de ce superlatif, à la fin du texte, suggère bien la transmutation opérée par la poésie, l'imaginaire...

La mélodie légère nous transporte dans un univers de rêves...

 

Ce texte de René Baer, mis en musique et interprété par Léo Ferré restitue une vision onirique, propre à la poésie.

 

 

 

 

https://youtu.be/3FJ_8YxRbxU

 

https://youtu.be/QBIopJ5Br2k

https://youtu.be/qVC7fJMxkdI

https://youtu.be/rC5z0c9KO4k

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Chambre_(chanson)

 

 

 

 

Photo : Pixabay

Partager cet article

Repost0
28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 14:49
Et la neige sur Liège, pour neiger, met des gants...

 

 


Comment restituer le mouvement léger et doux de la neige ? Comment évoquer toute la mélancolie, la beauté et l'élégance de la neige ? Jacques Brel nous fait voir et ressentir ce lent tourbillonnement, dans une de ses chansons, Il neige sur Liège...

 

Les sonorités de chuintante "g" réitérée ainsi que la répétition de la voyelle "é" traduisent cette délicatesse, cette harmonie, ce ballet incessant des flocons.

 

La neige personnifiée "met des gants", devient une entité, l'image d'une jolie femme qui revêt une parure...

 

Et la Meuse devient "croissant noir" sur le "front d'un clown blanc"... le poète dessine des images nouvelles suscitées par la neige, nous en faisant percevoir toute la beauté dans le jeu des contrastes.

 

Le poète nous fait aussi entendre l'effacement des bruits sous la neige... Il parvient, ainsi, à nous faire ressentir une atmosphère, la présence de la neige...

"Il est brisé le cri 
Des heures et des oiseaux
Des enfants à cerceaux
Et du noir et du gris..."

 

Il mêle d'ailleurs, dans cette évocation, la sensation auditive et la sensation visuelle : tout s'estompe sous les flocons : les sons, mais aussi, toutes les couleurs sombres de la ville de Liège...

 

Ainsi, la neige semble apaiser les douleurs symbolisées par le mot "cri", par les couleurs "noir et gris".

 

Le fleuve lui-même traverse la ville "sans bruit", comme si son cheminement était soudain interrompu, tout paraît s'arrêter sous la neige..

 

Le poète joue habilement de la paronymie des mots "neige, Liège", qui riment et se ressemblent : la répétition de ces mots semble mimer la chute tourbillonnante des flocons...

 

Dans ce paysage, tout se confond, le ciel, la terre... Et cette confusion est marquée par une incertitude : "on ne sait plus..."

"Et tant tourne la neige entre le ciel et Liège
Qu'on ne sait plus s'il neige s'il neige sur Liège
Ou si c'est Liège qui neige vers le ciel"...

 

La neige qui unit le ciel et la terre est ensuite associée à l'union des amants débutants que la neige "marie"... une nouvelle harmonie qui apparaît dans cette évocation.

 

Dans la dernière phrase, l'emploi de l'adjectif possessif  de la première personne," il neige sur mes rêves", nous montre le poète isolé, à l'inverse de ces amants unis par la neige... Le moment "ce soir" évoque bien, aussi, la solitude associée souvent à la tombée du jour...

 

Les rêves semblent inaboutis, et on perçoit une sorte de blessure dans ces mots : " sur Liège Que le fleuve transperce sans bruit..."

 

La mélodie monotone traduit bien toute la mélancolie des paysages transformés par la neige...

 

https://youtu.be/dCX9n8jJiMc

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost0
23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 09:06
Un concert de Noël chaleureux et éclectique...

 

 


 

Un concert pour fêter Noël, une chorale pour faire résonner la musique de Verdi, Haendel, Schubert, mais aussi des textes de Goldman, Isabelle Boulay, Brel, Beau Dommage, ou encore des chants traditionnels connus de tous, comme Minuit Chrétien ou Happy day... Voilà de quoi séduire un public nombreux pendant cette période de Noël...

 

Un bel éclectisme dans ce répertoire : une occasion de réunir des musiques venues d'horizons différents et de créer, ainsi, une nouvelle harmonie.

 

La chorale Rap's ody swing a donné ce spectacle, en l'église Sainte Jeanne d'Arc, à Nïmes.

 

Le concert s'ouvre sur un air célèbre de Verdi : Nabucco, Va pensiero...

Les choristes rentrent en scène et nous proposent toute la solennité de ce chant qui exprime un désir de liberté ainsi que la nostalgie et la beauté du pays natal... L'émotion est au rendez-vous, palpable et prenante... Le public vibre et ressent toute la ferveur de ce chant.

"Va, pensiero, sull’ali dorate ;
Va, ti posa sui clivi, sui colli,
Ove olezzano tepide e molli
L'aure dolci del suolo natal !"

"Va, pensée, sur tes ailes dorées ;
Va, pose-toi sur les pentes, sur les collines,
Où embaument, tièdes et suaves,
Les douces brises du sol natal !"

La gaieté du Benedicat Vobis de Haendel éclate, ensuite, et restitue toute la joie de Noël....

"Aleluia, Aleluia 
Benedicat Vobis
Dominus, Dominus
qui fecit coelum et terram."

 

Puis, c'est un texte de Goldman, intitulé La mémoire d'Abraham qui est mis à l'honneur : un magnifique texte qui évoque les difficultés de la foi, et l'importance de l'amour.

Une chanson pour rêver nous est offerte : Chanson pour les mois d'hiver, pleine de tendresse, elle réunit deux coeurs.

 

L'humour est, aussi, de la fête avec La complainte du phoque en Alaska de Beau Dommage.

 

La poésie est convoquée, également : on peut se laisser bercer par cette chanson de Jacques Brel : Il neige sur Liège... un texte qui restitue toute la beauté, le mystère de la neige en train de métamorphoser les paysages, dans une atmosphère feutrée qui gomme les aspérités, les bruits...

 

C'est ensuite Un monde en sarabande qu'il nous est donné d'écouter sur une musique de Haendel : la folie du monde est opposée à la beauté de la terre, à un profond désir de tendresse.

 

La chanson suivante nous fait rêver à un monde meilleur, où les enfants pourraient s'épanouir et vivre dans un bonheur universel : un texte de André Daniel Meylan, Le meilleur de nous mêmes.

 

On peut se laisser emporter par le rythme de L'enfant au tambour, chanté traditionnellement à Noël, adaptation d'un texte anglo-saxon : The little drummer boy, écrit en 1941 par Katherine Davis, l'histoire d'un enfant parti à la recherche de son père, mort à la guerre.

 

L'Ave Maria résonne bientôt sous les voûtes de l'église : le chant s'élève et transporte les âmes et les coeurs dans une sérénité apaisante.

 

Un autre chant Minuit chrétiens fait rayonner la nuit de Noël et le nom même de cette fête.

"Noël ! Noël ! voici le Rédempteur ! 
Noël ! Noël ! voici le Rédempteur !"

 

Le gospel est également représenté grâce à l'hymne Happy day, que tout le monde connaît : rythmé par des battements de mains, il emporte l'enthousiasme du public.

 

La chanson Blue Christmas évoque un Noël triste, éloigné de l'être qu'on aime.

 

Le concert s'achève, déjà, avec le traditionnel Noël blanc dans une version modernisée et rythmée et le célèbre We wish you a Merry Christmas.

 

Bonne humeur, harmonie, enthousiasme s'expriment dans les applaudissements du public venu nombreux assister à ce concert de Noël, dirigé, de main de maître, par le chef de choeur, Nathalie Martinez.

 

Joyeux Noël à tous...

 

 

 

 

Vidéos : rosemar

 

Photo : Pixabay

Nabucco

Nabucco suite

Benedicat vobis

La mémoire d'Abraham

Chanson pour les mois d'hiver

La complainte du phoque en Alaska

Il neige sur Liège

Un monde en sarabande sur une musique de Haendel

Le meilleur de nous-mêmes

L'enfant au tambour

Ave Maria

Minuit chrétiens

Happy day

Blue Christmas

Noël blanc

We wish you a merry Christmas

Partager cet article

Repost0
10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 11:57
Il pleut dans ma chambre, j'écoute la pluie...

 



Une chanson qui nous fait entendre, dès les premières notes, le murmure de la pluie, une chanson joyeuse et lumineuse sur la pluie qui tombe... seul Charles Trénet pouvait nous offrir un texte et une mélodie si entraînante sur ce thème.

 

La pluie est souvent synonyme de tristesse, de pleurs, mais Trénet nous en fait percevoir toute la gaieté et tout le bonheur...

 

La première phrase nous surprend : "Il pleut dans ma chambre...", voilà de quoi se lamenter, et se plaindre puisque la pluie tombe aussi sur le lit du poète qui vit peut-être dans une mansarde mal isolée...

 

Et pourtant, le poète évoque la pluie en des termes élogieux, il est attentif à son chant mélodieux : "J'écoute la pluie / Douce pluie de septembre"... 

La nature s'anime grâce à des personnifications : Le jardin frissonne toutes les fleurs ont pleuré / Pour la venue de l'automne / Et pour la fin de l'été... Certes, les fleurs pleurent pour regretter la fin de l'été, mais la pluie vient animer le paysage : on l'entend "fredonner sur un rythme joyeux...", dans une nouvelle personnification.

 

Le poète restitue alors de manière rythmée et joyeuse ce chant et cette poésie de la pluie : "Tip et tap et tip top et tip /
Et tip tip et tip / Et tip top et tap."

 

L'amour évoqué dans le couplet suivant contribue au bonheur du narrateur, d'autant qu'il parle à la deuxième personne, s'adressant à son amoureuse, affirmant sa présence : "Demain le jour fleurira sur vos lèvres /, Mon amour, et la pluie qui calme notre fièvre / Sera loin très loin dans la mer".

 

Les futurs utilisés marquent une certitude, et l'amour associé à l'image de la fleur semble pouvoir se renouveler grâce à la pluie, bien que celle-ci apaise les ardeurs amoureuses représentées par la métaphore de la "fièvre."

Puis, Trénet énumère tous les effets bénéfiques de la pluie sur la nature, en employant à nouveau des personnifications amusantes, empreintes de gaieté : "Demain les bois auront fait leur toilette Et les toits peints de frais auront un air de fête Les oiseaux contents de ce shampooing Ne se plaindront point..."

 

La nature humanisée s'anime joyeusement sous nos yeux.

"Il pleut dans ma chambre
Il pleut dans mon cœur", poursuit le poète, parodiant le célèbre texte de Verlaine : "il pleure dans mon coeur comme il pleut sur la ville..."

 

Mais, pour Trénet, la pluie devient un symbole de joie absolue, il refuse d'en voir les aspects négatifs et il nous emmène dans un univers radieux où tout est harmonie et gaieté...

La pluie chante "un air moqueur"... comme si elle se jouait des êtres humains, elle semble dotée de sentiments...

 

L'évocation des "beaux champignons qui poussent", du "vent qui joue du violon" vient compléter le tableau champêtre.

 

Enfin, les chats de gouttière viennent souligner de leur danse le son mélodieux de la pluie : on les voit danser "en rond", comme des enfants.

 

Quelle gaieté dans cet hymne à la pluie ! La mélodie rythmée et sautillante nous fait percevoir la "chanson de la pluie".

 

 

Une version plus longue de la chanson :

 

https://youtu.be/pzK9S-HOTNs


 

 

 

 

Photos : Pixabay

Il pleut dans ma chambre, j'écoute la pluie...

Partager cet article

Repost0
2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 17:09
La vie qui s'en va par dessus nous...

 

 


La fuite du temps a inspiré tant de poètes, depuis Ronsard, Hugo, Musset...


On retrouve ce thème dans une chanson intitulée La vie qui s'en va, un texte de Maurice Vidalin, sur une musique de Mikis Theodorakis. Cette chanson interprétée par Mouloudji revêt un charme, empreint de mélancolie.


Le poète emploie, dès le début, le pronom indéfini "on" qui a une valeur générale : "On ne sait plus ce que l'on est, on ne sait plus qui l'on était..." Ce pronom "on" réitéré restitue, ainsi,  une forme d'anonymat : l'homme perdu dans une foule oublie sa propre identité.

Cette chanson écrite pour un film "Biribi" qui évoque la vie dans des bataillons disciplinaires d'Afrique du Nord dénonce la dure réalité de la condition des soldats, à la fin du XIXème siècle.

Les négations traduisent un désarroi, une perte totale de repères.

La vie associée à un verbe de mouvement est personnifiée, elle semble, ainsi, tout emporter sur son passage : "La vie qui va par dessus nous, efface tout."

La vie devient une sorte d'entité qui impose sa souveraineté sur l'homme, qui le domine et le subjugue.

Le verbe familier "elle s'en fout" traduit, aussi, une violence infinie qui terrasse les individus.

Une simple phrase restitue toute la fugacité du temps qui passe, grâce à la répétition du verbe "aller": "la vie qui va, c'est la vie qui s'en va "...

Le passé, lui, apparaît comme un réconfort, car il est magnifié par les souvenirs : il permet d'oublier un présent douloureux, "le cafard" que ressent le poète : l'emploi de la première personne du singulier donne au texte un ton confidentiel : "Et mon passé, quand j'ai la cafard c'est tout doré, à travers un brouillard". Le style familier et poétique rend cette confidence encore plus poignante.

Ce passé se concrétise, avec l'évocation de la ville natale du poète, "Paris", puis "ma rue", un point d'ancrage qui paraît essentiel, avec l'image d'une femme aimée, symbole de sensualité, de tendresse : "Marie et ses seins nus", des images simples qui touchent tout le monde.

On retrouve, dans ce texte, un motif souvent associé à la fuite du temps : la fleur, raccourci saisissant de la vie humaine, la fleur vouée à un dépérissement très rapide : "Cueille une fleur, demain, la fleur sera fanée, il faudra l'enterrer".

L'alternance du passé et du présent souligne le désarroi du narrateur : "Moi, j'étais un fils à maman, je suis moins que rien au régiment.." Objet de toutes les sollicitudes dans l'enfance, celui qui est devenu soldat a tout perdu, il est réduit à néant, comme le montre l'expression négative et familière : "moins que rien..."

Et cet être réduit à néant affirme même : "Je suis mort"... une mort d'autant plus atroce que personne ne le sait, ce que suggère l'expression interrogative : "Mais qui le sait ?"

Il est vrai que ce soldat "marche encore", mais il n'est plus qu'une apparence, une ombre "j'ai l'air d'exister", affirme-t-il... Le texte restitue, ainsi, la déshumanisation que subit l'individu dans l'univers militaire.


La mélodie très douce traduit une forme de résignation et d'acceptation qui suscite en nous émotion et mélancolie...


 





 Photo : rosemar

Partager cet article

Repost0
28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 15:45
Pour toi tout seul je veux chanter...

 

 

Quand un chanteur s'adresse, directement et familièrement, à chacun de ses auditeurs, sans fioriture, pour délivrer un message d'amour, il compose une chanson pleine d'émotions et de tendresse.

"Un peu d'amour et d'amitié", tel est le titre de ce texte célèbre écrit par Gilbert Bécaud.

Le poète emploie la deuxième personne du singulier "toi", pour personnaliser son message.

Il s'adresse plus particulièrement à une personne "seule", qui "réclame un peu d'amour et d'amitié", et il lui déclare vouloir chanter pour elle seule.

Il établit, ainsi, un contact direct avec celui ou celle qui écoute sa chanson. "Pour toi tout seul je veux chanter"... déclare-t-il...

L'auteur imagine cet auditeur lointain qui écoute son "transistor", transformé en "complice", donc personnifié, ce qui permet de mieux établir le contact, malgré la distance.

Il laisse entrevoir un secret partagé, et imagine pouvoir "se glisser entre les ondes", pour apporter joie et consolation à l'auditeur.

Il évoque, alors, des situations où la solitude est plus particulièment présente : "Toi dans ton bateau sur la mer 
toi dans ton village lointain..."

Solitude du marin, ou de celui qui vit dans un village perdu : ce sont, là, les exemples les plus évidents de ces gens qui connaissent cet éloignement du monde.

Puis, le poète invite chacun à"poser son problème sur la table", expression concrète qui montre qu'on peut, si on le veut, oublier certains soucis qui paraissent insurmontables.

L'emploi de l'impératif, de la deuxième personne du singulier confère au message une familiarité pleine de sympathie.

"Tiens, pose-le là, sur la table Laisse passer, laisse passer... "

Le poète emploie, alors, une répétition insistante du mot "temps", pour montrer que le temps peut régler nombre de problèmes, grâce à la réflexion, la pensée.

Il rassure, aussi, son auditeur, en employant le futur de l'indicatif qui indique une certitude : "le temps te le règlera..."

D'autres conseils suivent : mieux vaut éviter les regrets, qui sont symbolisés par une belle image : "les soleils que tu as ratés". Et l'auteur délivre un message rassurant d'espoir : 
"Je te promets des soirs de fête 
Ah, mais ceux-là, faut pas les louper. "

Le langage familier suggère une proximité, une familiarité qui donnent confiance...

La chambre de l'auditeur est assimilée à "une île", image même de l'isolement qui suscite des larmes. Et le poète l'invite à sortir dans la ville pour trinquer et danser avec lui, comme le souligne l'emploi du pronom indéfini "on".

Il parvient, ainsi, à réunir tous les solitaires évoqués dans la chanson, puisqu'il faut trinquer, en pensant aux "marins sur la mer", "aux gars du village lointain"...

La mélodie lumineuse, pleine d'élan et d'entrain, nous invite à oublier nos chagrins, à aller de l'avant...


 

 

 

 

Photo : rosemar

Partager cet article

Repost0
8 octobre 2016 6 08 /10 /octobre /2016 17:23
Ma verte campagne où je suis né...

 

 

De nombreux auteurs ont célébré leur terre natale, leur pays, leurs racines et quand le message se teinte d'écologie, on obtient un texte et une chanson qui mettent en valeur la nature, une campagne intacte et préservée : ces thèmes sont traités dans une mélodie célèbre, intitulée Verte campagne, interprétée par les Compagnons de la chanson...

La chanson revêt une dimension lyrique, on y perçoit la présence du poète avec l'emploi de la première personne du singulier et l'évocation de sentiments personnels.

Le texte s'ouvre sur une apostrophe "Verte campagne, où je suis né". Cette campagne originelle est magnifiée grâce au procédé de personnification, elle devient, ainsi, par un jeu de mots "verte compagne".....

Associée à l'enfance, à la jeunesse, elle apparaît comme un véritable personnage, une confidente à qui s'adresse le poète...

En contraste, la ville qui est, aussi, personnifiée, est associée à la tristesse : "la ville pleure". Le décor de la ville se met, ainsi, à l'unisson du coeur du poète qui s'ennuie, loin de sa terre natale... On perçoit là un paysage qui reflète l'état d'âme de l'auteur...

Une métaphore transforme la pluie qui devient "larmes", dans l'expression "des larmes de pluie", des larmes qui "dansent et meurent", un bel oxymore qui peut traduire une forme de désarroi : le poète est comme insensible à ce spectacle et cette magie de la pluie...

L'imagination se tourne, alors, vers un passé et un bonheur perdu : "Et moi je rêve de toi, ô mon amie"... La campagne d'autrefois devient "une amie", le poète la tutoie comme une douce confidente.

Il constate, avec amertume, que le temps a passé et a entraîné une distance : "que tu es loin !", l'exclamation traduisant un désarroi...

Mais le temps est aboli grâce aux souvenirs, et l'emploi du présent en montre toute la vivacité :

"Pour moi, rien n'a changé 
Deux bras m'enlacent
Parmi les champs de blé..."

La campagne devient même une présence féminine, l'image d'une amante qui rassure, réconforte, avec ces mots : "deux bras m'enlacent".

Par le rêve, le poète revit ses bonheurs passés...

La ville pourrait, pourtant, être séduisante, avec toutes ses possibilités, ses richesses, un monde d'abondance comme le suggèrent les pluriels : 

"Là, dans la ville toutes ces mains tendues
M'offrent des fleurs et des fruits inconnus..."

Mais le poète, malgré la foule, éprouve un sentiment de solitude, mis en évidence par l'emploi du pronom au singulier"moi" et il reste attaché à ses racines : même un air de guitare entendu lui rappelle sa terre d'origine, sa verte campagne...

La ville a beau "chanter, éparpiller sa joie", il rêve encore à son "amie"...

La mélodie pleine de mélancolie souligne à la fois tristesse et douceurs du souvenir...


 

On doit cette chanson aux compositeurs auteurs : Richard Dehr, Terry Gilkyson, Frank Miller. C'est Roger Varnay qui en a signé l'adaptation française.
 




 

Photos : rosemar

Partager cet article

Repost0
23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 12:29
Pourtant que la montagne est belle !

 



Jean Ferrat est l'auteur de chansons magnifiques qui restent gravées dans nos esprits à jamais. Ferrat chante l'amour, la vie, la nature, les bonheurs simples, le monde de la campagne...


Il évoque dans une de ses chansons les plus célèbres, intitulée La montagne, l'exode des paysans loin de leur pays vers la ville qui attise les convoitises, la ville avec "ses secrets, le formica", la modernité, mais la ville qui est décrite comme un monde frelaté et vicié, avec ses "HLM, son poulet aux hormones".

Cet exode est restitué par des verbes de mouvement : "ils quittent, pour s'en aller gagner leur vie", et par l'emploi du pronom personnel au pluriel "ils", qui traduit une foule nombreuse.

Ces paysans partent "loin de la terre où ils sont nés"... on perçoit comme une trahison dans cette fuite loin de la terre natale, une sorte d'abandon de l'essentiel : les racines, le pays d'origine...


Ferrat célèbre  la beauté de la nature, la dureté et la simplicité de la vie paysanne, la nourriture du terroir, "la caille, le perdreau, la tomme de chèvre" ...un monde où l'on a l'âme bien né, où le travail est rude, où la vie est difficile mais où règne la liberté...

Il nous fait voir "les vieux" du pays en train de "s'essuyer d'un revers de manche les lèvres...", des gestes quotidiens, simples.


Le refrain décrit les splendeurs de la montagne, ses merveilles, les hirondelles et leur vol dans le ciel... L'exclamation et l'interrogation soulignent bien cet émerveillement devant la nature :

"Pourtant que la montagne est belle !

Comment peut-on s'imaginer

En voyant un vol d'hirondelles
Que l'automne vient d'arriver ?"

 

Ferrat nous montre, aussi, ces paysans à l'ouvrage et célèbre leur courage, en magnifiant leur travail manuel... 

"Avec leurs mains dessus leurs têtes
Ils avaient monté des murettes
Jusqu'au sommet de la colline..."


Les vignes, le vin sont chantés, un vin qui produisait "des centenaires", même si c'était aussi "une horrible piquette"... mais les vignes ne sont plus cultivées, comme le suggère cette image : "elles courent dans la forêt".

La vie rurale est évoquée, avec ses aléas et ses difficultés :

"Deux chèvres et puis quelques moutons
Une année bonne et l'autre non
Et sans vacances et sans sorties..."


La ville, elle , symbole d'emprisonnement et d'enfermement offre des emplois de "flics et de fonctionnaires" à ceux qui quittent leur terre natale.

Notre monde qui oublie trop souvent de rendre hommage à la nature, qui vante le "formica", les plaisirs frelatés a besoin de ce retour aux sources...

Oui, "que la montagne est belle" ! Et qu'elle nous manque, souvent, dans nos villes de béton et de violences ! Que d'artifices autour de nous ! Que d'écrans qui s'interposent ! Que de bonheurs oubliés et perdus !

Ferrat nous fait prendre conscience de toute l'importance d'une nature que nous méprisons souvent ou que nous ne voyons plus... Ferrat chante un monde intact, la liberté, les oiseaux qui virevoltent dans le ciel, l'hirondelle, symbole du printemps et du renouveau...

Au passage, Ferrat compare les âmes des paysans à des "vignes noueuses" et dures à la tâche... et cet hymne au monde des paysans est empreint d'émotions !

 

Ferrat, le poète, met en évidence, avec ses mots, toute l'importance du monde qui nous entoure et que nous sacrifions à une modernité faite de plaisirs souvent factices. La mélodie limpide traduit bien ce bonheur de l'homme qui vit près de la nature...

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost0
16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 13:56
C'est bien joli, tout de même à Göttingen, à Göttingen...

 

 


Göttingen ! tout le monde connaît, désormais, ce nom grâce à la célèbre chanson de Barbara...

La chanteuse rend hommage, dans ce texte, à un public chaleureux et bienveillant, celui qu'elle a rencontré, un soir, au cours d'un concert, dans une ville d'Allemagne, à Göttingen.

Chanson de paix et de réconciliation, Göttingen montre que l'amour n'a pas de frontière, grâce à la musique et la poésie qui rassemblent les peuples.

La chanson s'ouvre sur des références bien françaises qui sont niées : "Bien sûr, ce n'est pas la Seine, ce n'est pas le bois de Vincennes", mais on trouve aussi de jolis paysages à Göttingen : le nom de la ville réitérée insiste sur ce mot qui, bien que rude et étrange dans les sonorités, en devient familier.

D'autres négations interviennent : "pas de quais, pas de rengaines, qui se lamentent et qui se traînent", allusion à certaines de nos chansons pleines de mélancolie... Mais l'amour lié à ces rengaines "fleurit" aussi à Göttingen, nous dit Barbara...

Au passage, elle souligne le goût de l'histoire tant prisée par les allemands, eux qui connaissent parfaitement notre histoire, notamment celle de nos rois.

L'énumération de prénoms qui suit, nous rend familier et sympathique ce public allemand :
"Hermann, Peter, Helga et Hans"...

Puis, faisant référence à nos contes enfantins, Barbara nous rappelle que, sans doute, de nombreuses légendes sont aussi nées à Göttingen, en Allemagne.

La chanteuse revient, ensuite, sur des décors bien français : "Bien sûr, nous avons la Seine, Et puis notre bois de Vincennes." Mais dans une exclamation qui restitue une admiration, Babara souligne la beauté des roses, à Göttingen, à Göttingen... les roses qui peuvent représenter une forme de beauté et d'harmonie.

On retrouve une référence littéraire qui nous est propre, avec l'évocation de Verlaine et de "son âme grise"... Mais, aussitôt, Barbara rappelle que la mélancolie fait aussi partie de la culture allemande.

Elle met en évidence, bien sûr, la barrière de la langue qui peut nuire à la communication, mais souligne un langage universel, celui du "sourire des enfants blonds de Göttingen", des enfants symboles de fragilité et d'innocence, quel que soit leur lieu de naissance : Paris ou Göttingen.

La chanson s'achève sur une sorte de prière, précédée d'une interjection : O faites que jamais ne revienne le temps du sang et de la haine". Barbara fait rimer les deux mots "haine" et "j'aime", pour montrer que l'amour peut triompher.

Enfin, évoquant un possible retour de rancunes, Barbara sait et affirme qu'elle gardera toujours un souvenir ému de cette ville.

On perçoit, dans ce texte, toute la sensibilité de Barbara : son attachement à la France, à Paris et ses paysages, à la culture française, mais aussi une forme de respect pour la civilisation allemande dont elle perçoit tout l'éclat. On est ému, quand elle évoque les enfants blonds, les roses, la mélancolie de Göttingen.

La mélodie, toute en tendresse et douceur, met en évidence tant de délicatesse, et d'émotions.


Et cette chanson prend encore plus de résonances, quand on sait que Barbara, enfant juive, a dû se cacher, pendant la guerre, pour échapper à la persécution et à la barbarie nazie.


 
https://youtu.be/t0sNy1xOhRc




 



Photo : rosemar

Partager cet article

Repost0
8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 15:59
D'où viens-tu, gitan ?

 

 

 

Les gens du voyage ont souvent suscité à la fois la peur et la fascination. Venus d'ailleurs, les gitans représentent un monde mystérieux et inconnu...

Dans une chanson célèbre, le poète évoque ce peuple de nomades avec tendresse et émotion.

La chanson s'ouvre "in medias res" sur des interrogations adressées à des gitans : le tutoiement rend le discours particulièrement familier...

La chanson mime un jeu de questions-réponses : "D'où viens-tu, gitan ? Je viens de Bohême..." Trois pays d'origine sont, ainsi, évoqués successivement "Bohême, Italie, Andalousie..."

Enfin, un vieux gitan est interrogé, et sa réponse détonne : "Je viens d'un pays qui n'existe plus...", comme si ses souvenirs avaient été effacés par l'usure du temps.


Le tableau qui suit restitue magnifiquement une veillée de gitans : on voit les chevaux, en troupeau, canalisés par une barrière, "la poussière" qui les recouvre, "leurs naseaux écumants" : un tableau plein de vie et de magnificence...

On voit les gitans assis près d'une "flamme claire", magnifiés par la lumière : leur ombre palpite dans le noir, leurs silhouettes deviennent "ombres de géants."

Un tableau se dessine fait de clair-obscur : la flamme est personnifiée, grâce à un verbe d'action : "la flamme qui jette à la clairière leurs ombres de géants..."

Et, on entend monter soudain la chanson des gitans, "un refrain bizarre".

On entrevoit un spectacle complet, fait de lumière et de chants, ponctués par "le coeur des guitares". Ces instruments de musique personnifiés sont, ainsi, mis en valeur...

On connaît la passion des gitans pour la guitare, cet instrument qui évoque des images de liberté, le sud, la lumière, la douceur, cet instrument que caresse le musicien, et dont il fait naître tant d'harmonies.

Et on entend monter ce chant "des errants qui n'ont pas de frontières", belle périphrase désignant ce peuple de nomades.

Les questions reviennent dans le couplet suivant, et cette fois, elles concernent la destination future des gitans interrogés..."Où vas tu, gitan ? Je vais en Bohème".

Trois lieux sont, à nouveau, égrenés : "Bohême, Italie, Andalousie..."

Et le vieux gitan questionné répond : "Je suis bien trop vieux, moi, je reste ici."

On perçoit, à travers ce personnage, toutes les difficultés de la vie de nomade : un jour, cette vie errante n'est plus possible, on perçoit la fatigue et l'usure du temps.

Le refrain suggère de nouveaux voyages, de nouvelles découvertes, parfois semées d'embûches, puisqu'elles passent sur "des chemins mouvants".

Et une voix invite le gitan à "laisser encore un instant vagabonder son rêve", un rêve qui paraît bien illusoire, comme le suggère l'expression "avant que la nuit brève le réduise à néant".

Des impératifs invitent le gitan à chanter ces rêves, représentés par "un pays de Cocagne, un château en Espagne", une envie de trouver toujours et encore d'autres horizons meilleurs.


La mélodie restitue tendresse, émotion, puis soudain plus vive, elle révèle un esprit aventureux, une passion de la liberté...

Bel hommage à ce peuple errant de nomades, cette chanson parvient à traduire toute la rudesse de la vie de ces gens du voyage, leur esprit de liberté, leur passion pour la musique...


On doit les paroles de cette chanson à Pierre Cour, la musique a été composée par Hubert Giraud.




 

 

Photos : Pixabay

Partager cet article

Repost0

Présentation

  • : Le blog de rosemar
  • : Pour le plaisir des mots : poésie, chanson, littérature, actualités, politique, éducation...
  • Contact

Profil

  • rosemar
  • Esprit libre et indépendant ,contestataire
  • Esprit libre et indépendant ,contestataire

Texte Libre

fleurs 4fleurs 3coqulicot

Recherche

Http://fatizo.over-Blog.com/