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2 octobre 2015 5 02 /10 /octobre /2015 15:27
J'ai le coeur qui taille la zone...

 

 

 

Qui n' a jamais rêvé de changer de vie, de "tailler la zone", comme le dit de façon imagée et familière Alain Souchon, dans une de ses plus célèbres chansons ?

La zone symbolise, bien sûr, la ville et ses faubourgs pauvres et tristes...

La chanson s'ouvre sur l'évocation d'une rencontre amoureuse qui permet d'échapper, justement, à la monotonie de la vie, et de rêver à d'autres univers.

N'est-ce pas l'espoir de beaucoup de gens ?

Cette rencontre se concrétise avec une "vendeuse de glaces", personnage d'origine modeste, auquel chacun peut s'identifier, d'autant que la jeune fille est "belle", "sous sa bâche".

L'oxymore "le sourire un peu triste" traduit bien une forme de mélancolie, et déjà une envie d'échapper à un monde morne et peu attrayant.

Et l'espoir de vivre autre chose conduit les deux personnages à aller contempler un coucher de soleil... L'évocation est pleine de gaieté, le poète amoureux évoque des parfums de "fraise-cassis" et de "vanille-fraise", qui illuminent soudain sa vie.

C'est comme si la jeune femme, vendeuse de glaces, parvenait, soudain, à embellir la vie, gâce à ces allusions à des parfums et des couleurs pleines de gaieté.

Le texte, empreint de vie, nous permet d' entendre le discours direct de la jeune fille : "Vendre des glaces m'ennuie, on laisse tout, on taille la zone".

Pourtant, la vie des personnages s'accommode d'un "deux pièces à Paris", d'habitudes inlassables, comme le suggèrent les verbes, à l'imparfait itératif :"elle répétait, je lui disais" "et l'expression au pluriel :"toutes les nuits"...
La jeune femme rêve de fuir l'hexagone, et lui temporise, affirmant que ce rêve va se réaliser.
Mais la vie quotidienne semble prendre le dessus, avec "l'ordinateur, le bureau, l'aspirateur, et des envies de mobil home".

Ultime concession à la vie ordinaire : le personnage masculin s'est "abonné au câble" !


Le langage familier utilisé par la jeune femme restitue le milieu simple auquel appartiennent les personnages "déconne pas, déconne pas".

Elle affirme une soif de liberté et de nature, loin de la ville :"je veux des fleurs jaunes, des prairies", et elle refuse ce monde de l'argent qui nous domine.

Le décalage entre les deux personnages se perçoit dans des pensées opposées : "voyages, paysages, grosses Harley", d'un côté, et "portable, calmants, plan d'épargne logement" pour l'autre.

Et finalement, c'est l'amour qui  taille la zone, l'amoureux se retrouve, soudain, seul, dans son lit, et le petit "kim cone" a disparu... expression pleine de tendresse qui traduit, aussi, le désarroi de l'amoureux.

La chanson s'achève sur ces mots désabusés : 

"Y a plein de filles sur la terre 
Mais quand je vois une planisphère 
J'ai le cœur qui taille la zone."

On perçoit un désespoir, l'envie de retrouver un bonheur perdu, avec, à nouveau, cette volonté de tailler la zone : la chanson tourne, ainsi, en boucle, traduisant une impossibilité d'échapper au monde de la ville...

Et la mélodie égrène des notes remplies d'espoir, comme un désir irrépressible de fuir la routine du quotidien.


 

 

 

 

 

 

Photos : rosemar

J'ai le coeur qui taille la zone...
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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 16:27
Un simple geste de sa main...

 

 



Une chanson d'amour associée à un "vieux rock'n roll" qui semble, ainsi, s'insinuer dans le coeur de l'amoureux, tel est le thème de cette chanson célèbre de William Sheller.

L'amour naît soudain, d'impressions fugitives, un "simple geste" suffit, parfois, pour le voir surgir, de manière inexplicable : c'est ce que l'on appelle un coup de foudre.

Et c'est bien ce que décrit l'auteur, à travers "un simple geste de la main" qui éblouit et subjugue.

Ce "presque rien" devient, alors, l'essentiel, et cet amour envahit tout, comme le suggère l'expression : "Un simple geste de sa main
A changé jusqu'au bout mes moindres habitudes."

Singulier et pluriel alternent, comme pour suggérer l'emprise que peut exercer le sentiment amoureux.

Le style familier fait penser à une confidence et le poète parle, d'ailleurs, à la première personne, pour évoquer un amour si soudain.

On remarque, aussi, l'emploi de la deuxième personne du singulier, comme si le poète nous faisait part de son intimité, en secret : le lyrisme du texte nous émeut et nous touche, dans sa simplicité... "Je te dis ça c'est entre nous,"

Le poète semble refuser les amours faciles comme le montrent les mots : "les amours de passe-partout", expression originale traduisant le peu de valeur de certains sentiments.

Et, au bout du compte, c'est la solitude qui peut en résulter.

Le refrain souligne la force de cet amour qui submerge le poète : 

"Et si je craque c'est pas des histoires,
Ris en si tu veux, il faudra bien y croire.
C'est comme dans un vieux rock'n'roll"

Le verbe familier "craquer" donne l'impression d'un amour irrépressible, et le verbe "croire" fait de cet amour une attirance quasi-religieuse...

L'amour devient, alors, un air dont on ne peut se passer, "un vieux rock'n roll", qui tourne dans la tête, belle image qui associe les sentiments à la musique.

L'image du "transistor dans la tête" restitue l'omniprésence de la passion qui envahit totalement l'esprit.

Le thème de la folie amoureuse vient renforcer cette impression d'un amour démesuré, avec l'hyberbole : "un fou que rien ne raisonne".
L'amour emprisonne celui qui le vit, comme on peut le percevoir dans les mots :"la bride sur mon cou" mais il emplit la vie, et donne des ailes : il apporte un "mieux", terme élogieux et valorisant.

 

L'amour se caractérise, aussi, par un certain mystère, une incertitude...
"Je sais d'elle encore peu de choses

Mais justement ce que j'en suppose

Est le début d'un jeu qui fait qu'elle m'attire."
Le pronom "elle", très vague, suggère bien toute l'enigme de l'amour...

La mélodie très douce s'amplifie dans le refrain, avec l'évocation de l'air de ce "très vieux rock'un roll", qui semble s'imprimer dans la tête avec insistance, comme si l'amour imposait sa présence de manière irréversible...

 

 

 

 

 

 

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Published by rosemar - dans chanson poésie musique
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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 12:18
L'espérance folle qui carambole...

 

 

Hommage à un poète qui nous a fait rêver, réfléchir et espérer : Guy Béart...


Une chanson sur l'espérance, ce sentiment qui "nous console" et nous soutient, en maintes occasions, voilà un thème plein de bonheurs et de promesses...

Nous connaissons, tous, cette chanson de Guy Béart : L'espérance folle... et nous l'avons tous fredonnée.

Cette espérance qui nous fait aller de l'avant, qui nous accompagne si souvent... elle nous console de tous les obstacles et toutes les difficultés que nous pouvons rencontrer, dès l'enfance, quand on "tombe du nid..."

Elle peut, aussi, encourager tout créateur, notamment un chanteur, puisqu'elle "prépare, pour (les) guitares, d'autres harmonies".

Elle nous suit à tous moments, comme le suggèrent toutes les indications de temps, dans le deuxième couplet : "le silence de la nuit, les matins, nos soirs"...

On voit l'espérance "s'élever", mouvement ascendant qui suggère une exaltation de bonheur et de joie. Les "matins" heureux qui "chantent" sont personnifiés et comme embellis, dans cette expression, ils arrivent à "enchanter" les soirées "d' aujourdhui".

Le poète nous invite, alors, à une "fête" de l'espoir, avec un impératif réitéré, à quatre reprises : "viens", un verbe de mouvement qui restitue un élan, un enthousiasme.

Ces impératifs peuvent s'adresser, aussi, à une amoureuse, qui a versé "des larmes", mais dont "le sourire" renaissant annonce des beaux jours à venir...

Le refrain s'égrène, alors, et nous montre l'espérance qui "carambole", joli verbe aux sonorités éclatantes et virevoltantes de gutturales, labiale, et de voyelle nasalisée.

"Chaque pierre" s'anime et devient une "lumière" pour des coeurs qui battent... belle image qui transforme des pierres inertes en symboles de vie et d'amour.

L'espérance défie, même, la mort qui se transforme en "blague" et"la vague" de la mer, "l'oiseau qui passe" évoquent une nature immuable, porteuse de renouveau, de bonheur, d'amours : l'adverbe "toujours" vient souligner ce bonheur renouvelé.

L'espérance "danse, vole, au dessus des toits", belle personnification qui suggère, encore, une élévation, une exaltation...

Et on voit, aussi, le poète "s'envoler", lui-même avec celle qu'il a choisie :"je vole avec toi"...

Dans le dernier couplet, on admire, également, le poète en train de gravir des "sommets", "pieds nus", ce qui montre une confiance totale et même une pure folie !

C'est bien, là, l'effet de l'espérance qui nous guide et nous emporte vers des hauteurs devenues "mâts de cocagne", où l'on pourra décrocher la lune... Le verbe "recommencer" montre que l'être humain est prêt à tous les nouveaux départs, quand il est porté par l'espérance.


La mélodie très vive et rythmée nous entraîne dans un tourbillon de mouvements et de notes virevoltantes.

 

 

Le texte de cette chanson : 

http://www.parolesmania.com/paroles_guy_beart_14528/paroles_lesperance_folle_469021.html

 

Deux autres articles sur des chansons de Guy Béart :

Les souliers :

http://rosemar.over-blog.com/article-les-souliers-121740673.html
 

Où vais-je ?

http://rosemar.over-blog.com/article-ou-vais-je-122306114.html

 


 


https://youtu.be/pnO01LMWtsg


 



Photo : rosemar

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11 septembre 2015 5 11 /09 /septembre /2015 15:32
Elle a cet indéfinissable charme...

 


Un bel hommage à une chanteuse de jazz nommée Ella Fitzgerald, à la voix sublime... tout le monde connaît le thème de cette chanson de Michel Berger, intitulée Ella, elle l'a...

Le texte évoque, d'abord, une sorte de bonheur contenu dans la voix : "une gaieté, un sourire"... puis, il fait allusion à "quelque chose", expression volontairement vague qui traduit le mystère et la magie de cette voix "qui paraît nous dire "viens" 
Qui nous fait sentir étrangement bien..."

On entend un murmure qui apaise, et qui séduit.

Cette voix qui attire irrésistiblement, est, d'ailleurs, admirablement soulignée par la mélodie de Michel Berger, entraînante et légère.

Le poète procède par comparaisons, pour mieux nous faire percevoir tout le charme de cette voix qui semble contenir tout un monde et tout un passé culturel : "C'est comme toute l'histoire Du peuple noir..."qui oscille entre "amour et désespoir".
L'antithèse souligne bien toute la richesse et les subtilités de cette voix unique, ainsi que les vicissitudes du peuple noir soumis à l'esclavage, au désarroi, à la misère.

Jouant sur le prénom de la chanteuse, "Ella", Michel Berger met en évidence tous les dons qu'elle possède : "Elle a...Ce je n'sais quoi 
Que d'autres n'ont pas 
Qui nous met dans un drôle d'état..."

On retrouve ce vague de l'expression qui restitue un certain mystère :"ce je ne sais quoi..." qui transforme l'auditeur, le bouscule et provoque une émotion particulière.

Le refrain qui retranscrit ce pouvoir par la répétition du son "ou" nous fait percevoir une sorte d'évasion et de bonheur plein de douceur.

L'auteur évoque aussi "un don du ciel", une voix quasi-divine, accordée par les dieux, qui sublime la chanteuse et la rend "belle".
D'autres expressions viennent compléter cette impression : "ce tout petit supplément d'âme 
Cet indéfinissable charme 
Cette petite flamme".

Des mots pleins d'intensité, "flamme,  charme" traduisent la force de cette voix, son pouvoir infini de séduction et la voyelle "a" répétée semble restituer une forme d'admiration à l'égard de la chanteuse.
Les sonorités de fricative "f", de sifflantes "s et de chuintante "ch" très douces insistent sur une forme d'ensorcellement.

Le couplet, qui suit, montre bien le bonheur de chanter, à partir de rien : "Tape sur des tonneaux 
Sur des pianos 
Sur tout ce que dieu peut te mettre entre les mains..."

C'est toute l'âme africaine qui ressort et s'emballe, qui aime à s'extérioriser et chanter aussi bien le bonheur que le chagrin.
Le mot "pouvoirs", employé au pluriel, suggère toute la tessiture de cette voix, qu'il faut chercher au plus profond de soi, un bien précieux qui ne s'achète pas :
"Que tu cherches encore les pouvoirs qui dorment en toi 
Tu vois ça ne s'achète pas 
Quand tu l'as tu l'as..."

Le texte insiste bien sur tous les mystères de cette voix, et la mélodie rythmée, vivante, endiablée, ou plus douce restitue toutes les richesses du talent de la chanteuse...


 

 

 

Photo : rosemar

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30 août 2015 7 30 /08 /août /2015 10:17
Par-delà le concert des sanglots et des pleurs...

 

 


Dans un monde où nous sommes assaillis d'images de violence, de haine, où l'actualité nous bouscule et nous entraîne dans un flot incessant d'horreurs, et de tristesse, Jacques Brel, nous invite, dans cette chanson, à regarder la beauté des choses...

Attirés par des écrans de toutes sortes, nous oublions de porter attention à ce qui nous entoure, à des bonheurs simples et ordinaires.

Dès le premier couplet, l'auteur fait référence à une forme de laideur que l'on côtoie, souvent... Différents aspects de la détresse des hommes sont évoqués : "la saleté" qui peut représenter, aussi, toutes les bassesses humaines, la vieillesse, ou la résignation, dans ces expressions : "les yeux plissés, et les visages mous", la révolte est suggérée à travers des "mains qui "se tendent", ou sont "poings levés", les divisions sont symbolisées par des "barbelés", enfin on est submergé par des images de pauvreté et de "misère."

Dans le deuxième couplet, l'auteur nous montre qu'il faut voir, au delà de ces détresses, pour contempler la beauté du monde : des paysages, de jolies filles, un ami, une hirondelle, un bateau, des images très simples emplies de bonheur et d'harmonie.

Le style familier restitue une forme de pureté et de sobriété : "Il nous faut regarder ce qu'il y a de beau."

Le poète nous offre un regard sur la beauté de la nature, en évoquant "un ciel gris ou bleuté", le "vol d'une hirondelle", des spectacles accessibles à tous, des couleurs contrastées, ou encore un soleil sans cesse renouvelé avec cette expression " un soleil de demain", symbole d'espoir. Et il n'oublie pas d'évoquer l'importance d'un "ami fidèle", ou encore le "retour d'un bateau" qui a pu échapper à une tempête... des tableaux empreints de simplicité.

Les sonorités de sifflante "s" ou de fricative "f" nombreuses soulignent la beauté, l'harmonie de ces évocations : "ce qu'il y a, le ciel, les filles, l'ami qu'on sait fidèle, le soleil".

Passant ensuite à la sensation auditive, Jacques Brel rappelle tous les bruits qui nous agressent : "sanglots, pleurs, cris de colère, vacarmes, sirènes d'alarme". Et, dans ce couplet, ce sont les allitérations de gutturales, consonnes assez dures qui dominent.

La peur, le désarroi l'emportent à travers des "jurons de charretiers" qui évoquent des images de guerre et de violences.

En contraste, dans le dernier couplet, le poète nous conseille d'écouter toutes les harmonies sonores de la nature : "l'oiseau au fond des bois, le murmure de l'été, le bruit de la terre qui s'endort. "La nature est, ainsi, personnifiée et magnifiée.

Des bruits légers, doux, à peine perceptibles sont suggérés : il faut être à l'écoute de ces murmures, savoir les apprécier à leur juste valeur.

Pour compléter ce tableau, le poète nous fait entendre, aussi, des voix humaines "les berceuses des mères, les prières des enfants", des évocations pleines de tendresse et de charme.

La mélodie, d'abord assez rude et âpre, s'adoucit, lors de l'évocation des beautés de ce monde.

Chanson sur le regard et sur l'importance de l'écoute, ce poème très simple nous montre que nous oublions souvent de voir et d'apprécier l'essentiel...

Il est important, dans un monde où règne la vitesse, de prendre le temps d'écouter, de regarder tout ce qui nous entoure, d'être attentif à des beautés simples et ordinaires que, souvent, nous ne voyons même plus.

Cette chanson, ce texte de Jacques Brel restent, on le voit, plus que jamais d'actualité.



 

 

https://youtu.be/LIhYPmsp-MU



https://youtu.be/szMDd32OTqY


 



Photo : rosemar

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20 août 2015 4 20 /08 /août /2015 08:39
Un défi : le cri baudelairien mis en musique...

 

 


Trois chorales réunies autour d'un pianiste et chanteur pour interpréter des poèmes des Fleurs du mal, voilà un spectacle original, comme on en voit peu, de nos jours...

Le chanteur Théophile Minuit a composé toutes les musiques pour adapter et mettre en scène les textes du poète maudit, on peut parler d'un véritable défi, quand on connaît la difficulté de la tâche : mettre en musique des poèmes célèbres...

Le musicien et la chorale se répondent en un jeu subtil de reprises, de relances pour mieux mettre en valeur les poèmes.

Le récital s'ouvre sur des extraits du poème, intitulé Les phares, un hommage aux grands peintres, Rubens, Léonard de Vinci, Rembrandt, Michel Ange... L'oeuvre d'art est associée aux thèmes du déchirement et de la souffrance : on entend un cri qui fait frissonner.

Au passage, on reconnaît, ensuite, des poèmes et des vers célèbres de ce grand poète du 19 ème siècle...

"J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.."

"Sois sage, o ma douleur, et tiens toi plus tranquillle, Tu réclamais le soir, il descend, le voici.."

"Mon enfant, ma soeur, Songe à la douceur d'aller là-bas..."

On est sensible à ces thèmes égrenés par Baudelaire dans son oeuvre : le Spleen, ce mal de vivre douloureux et lancinant qui assaille le poète, les rêves de voyage qui permettent d'échapper à la monotonie du monde.

La présence de la femme qui vient apaiser ou tourmenter le poète est évoquée, aussi, dans de nombreux textes : la mendiante rousse dont le poète révèle toute la beauté, ou encore la femme madone, magnifiée....

"Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D'un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;"


"Blanche fille aux cheveux roux, 
Dont la robe par ses trous
Laisse voir la pauvreté 
Et la beauté..."


"Je veux bâtir pour toi, Madone, ma maîtresse, 
Un autel souterrain au fond de ma détresse, 
Et creuser dans le coin le plus noir de mon coeur, 
Loin du désir mondain et du regard moqueur, 
Une niche, d'azur et d'or tout émaillée..."


Les parfums, si importants dans la poésie baudelairienne, sont, aussi, mis en scène de façon à mettre en valeur leurs épanchements qui se répandent et se déploient : les reprises de la chorale se font, alors, insinuantes et insistantes... "Chaque fleur s'évapore, ainsi qu'un encensoir... Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ! Langoureux vertige ! Langoureux vertige !"

Baudelaire est un des premiers poètes à avoir, ainsi, mis les parfums à l'honneur dans son oeuvre, la sensation olfactive, jusque-là, méprisée par nombre de poètes, jugée trop animale trouvait, enfin, sa place dans la production littéraire française.


Le récital s'achève sur le poème L'albatros, qui représente le poète lui-même, maudit par la foule, méprisé souvent, alors qu'il règne en souverain dans le ciel, où il atteint, grâce à son art, des sommets de pureté, de finesse et d'harmonie...

L'harmonie ! C'est bien le maître mot de la poésie baudelairienne, que l'on trouve résumé dans ce vers célèbre extrait du sonnet intitulé Correspondances : "Les parfums, les couleurs et les sons se répondent... "

L'harmonie et le cri déchirant d'un poète exilé sur la terre, c'est aussi ce qui ressort de ce spectacle... une alternance émouvante où l'on sent la détresse humaine et une soif d'évasion et de pureté, une envie d'absolu.

Après un rappel, on entend encore un dernier poème : "Oh mort vieux capitaine, il est temps, levons l'ancre", ultime cri de désespoir d'un poète déchiré et meurtri.

On prend conscience, au cours du spectacle, de tout le travail de synchronisation de la chorale et du soliste. On perçoit la force des gestes des chefs de choeur qui mènent le groupe et créent un ensemble harmonieux.

Il faut saluer, aussi, tout le talent du soliste qui tient le spectacle à bout de bras, l'anime de son piano et de sa voix.

 


Au cours de ce spectacle, les chorales Aureto de Poulx, Voix d’Argence de Jonquières-Saint-Vincent et Rap’s Ody Swing de Redessan ont uni leurs chœurs avec beaucoup d’enthousiasme, d’émotion et de complicité...
Bravo aux deux chefs de choeurs Nathalie Martinez et Cécile Veyrat.

 


https://youtu.be/OCluaRAN6Do


 

Merci à Huguette S., grâce à qui j'ai pu voir ce spectacle, à Poulx...
 

Un défi : le cri baudelairien mis en musique...
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1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 10:34
Et les grands oiseaux qui s'amusent...

 

 



Les rêves de voyages hantent les esprits de bien des poètes : on songe à Baudelaire qui évoque, maintes fois, dans les Fleurs du mal, des voyages imaginaires vers des pays exotiques et lointains, des pays inondés de soleils et de lumières, des îles paradisiaques.


C'est aussi le rêve que fait Bernard Dimey, l'auteur de la chanson intitulée Syracuse, interprétée et mise en musique par Henri Salvador : il entrevoit l'espoir d'aller à Syracuse, ville aux sonorités magiques et mystérieuses, ville du Sud, en Sicile. Les consonnes sifflantes sourde et sonore, la finale féminine du mot, les voyelles variées nous entraînent vers un monde de rêves et de bonheur... 

Le conditionnel "j'aimerais tant" montre une forme d'illusion, que le poète souhaiterait voir se concrétiser un jour.

La Sicile, l'île aux trois pointes, la Sicile et ses temples grecs représentent bien ces voyages paradisiaques, ces terres ensoleillées qui suscitent des désirs d'évasion.

 

Le rêve se complète de voyages vers l'île de Pâques et Kairouan... noms pleins d'exotisme et de dépaysement, des lieux remplis de mystère et qui nous transportent de l'Océan Pacifique vers la Tunisie.

 

On songe aux fabuleuses statues de l'îles de Pâques, on est ébloui par le nom exotique "kairouan" qui nous fait voyager vers l'orient, ses mosquées somptueuses, ses oasis.


L'évocation des oiseaux, qui suit, est toute imprégnée de poésie : on voit les oiseaux s'amuser avec le vent et "glisser" majestueusement sous le souflle des alizés... Les oiseaux symbolisent, traditionnellement, un monde de liberté et d'errance associé au voyage.

Les sonorités de sifflantes suggèrent une harmonie, pleine de douceur : "les grands oiseaux qui s'amusent à glisser l'aile sous le vent..."


Le voyage nous emmène, ensuite, vers des mondes lointains et des vestiges du passé : les jardins de Babylone, une des sept merveilles du monde, le palais du grand lama au Tibet, puis la ville de Vérone en Italie et le mont Fuji Yama au Japon... Les sonorités exotiques et lointaines de tous ces noms propres nous font rêver... Le voyage dans l'espace se double, aussi, d'un voyage dans le temps.


La belle périphrase "le pays du matin calme" évoque la Corée, un pays fait d'harmonie et de beauté, comme le suggère bien l'expression.

Un bonheur idyllique transparaît dans ces vers, d'autant que le poète imagine les plaisirs associés à ces pays lointains :" pêcher le cormoran, s'enivrer de vin de palme... écouter chanter le vent" : on perçoit une vie insouciante et limpide, faite de bonheurs simples et tranquilles.


Dans la dernière strophe, l'auteur fait allusion au temps qui passe et qui est compté, pour chacun : il souhaite partir pour de lointains voyages, avant qu'il ne soit trop tard, avant que sa jeunesse se soit enfuie.


Il espère ainsi garder d'éternels souvenirs de ces découvertes et pouvoir les dérouler dans sa mémoire, tout en restant à Paris : le thème de la fuite du temps qui apparaît, à la fin du texte, donne une touche mélancolique à l'ensemble...


La mélodie très douce, composée par Henri Salvador,  accentue l'idée d'évasion et de rêve associés aux voyages... 


http://youtu.be/223tksvu7uw


 


http://youtu.be/tbY9ZJXdH1

 

 

 

 

 

 

Et les grands oiseaux qui s'amusent...
Et les grands oiseaux qui s'amusent...
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11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 16:25
De quoi la nuit rêvent les roses...

 

 

 


Les difficultés de l'amour, un amour non partagé qui fait souffrir, tel est le thème de ce texte écrit par Aragon, mis en musique et interprété par Jean Ferrat.

Le texte s'ouvre sur une question directe, avec l'emploi de la deuxième personne du singulier : 

"Que sais-tu des plus simples choses 
Les jours sont des soleils grimés 
De quoi la nuit rêvent les roses"

Le poète nous fait entrer dans une intimité, il semble s'adresser à chacun de nous, nous montre qu'on ne voit pas, souvent, l'essentiel, "les plus simples choses"... Les roses personnifiées, dotées de rêves deviennent un mystère de plus, une énigme à déchiffrer, belle expression qui évoque tant de sentiments retenus, cachés...

On perçoit une fêlure dans l'expression : "Les jours sont des soleils grimés", comme si la lumière n'existait plus vraiment, avait disparu, pour celui qui ne peut vraiment aimer, dans la plénitude... L'idée est développée dans la phrase qui suit "Tous les feux s'en vont en fumée", les flammes de l'amour, image traditionnelle, sont comme étouffés et ne deviennent que de vaines fumées.

Le refrain résonne, alors : "Que sais-tu du malheur d'aimer ?" L'amour transformé en souffrance est mis en évidence par une question douloureuse, une interrogation, pleine de tourments et de reproches...

La vaine quête amoureuse est soulignée par le verbe "chercher" : "Je t'ai cherché au bout des chambres, Où la lampe était allumée...", une quête qui semble infinie et impossible, comme le suggère l'expression : "au bout des chambres".

On perçoit, aussi, une dissonance dans la phrase "Nos pas n'y sonnaient pas ensemble
Ni nos bras sur nous refermés..." Les négations mettent en évidence une union impossible, un désaccord.
 

Le verbe "chercher" revient, les questions sont redoublées, comme pour intensifier le désarroi : "Je t'ai cherchée à la fenêtre Les parcs en vain sont parfumés Où peux-tu où peux-tu bien être."
Une autre question montre le vide de la vie, notamment, au printemps, saison du renouveau et du bonheur, quand l'amour semble impossible : "A quoi bon vivre au mois de mai"...

Le thème de "l'attente" vient renforcer la douleur, quand la vie se résume à "nommer" quelqu'un sans l'atteindre, un être insaisissable, comme le suggère l'oxymore "toujours même et différente".

Le poète est, de plus, seul responsable de cet amour inaccessible, il ne peut que s'en "blâmer", verbe très fort qui aggrave le malheur.

La quête se transforme en une sorte d'errance immobile, un oubli de la vie et finalement devient synonyme d'une mort qui n'en finit pas...

La mélodie douce et mélancolique s'intensifie dans le refrain, comme pour souligner toutes les souffrances de l'amour...



 

 

Photo : rosemar

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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 15:07
Tant je t'aime que j'en tremble...

 

 



Comment ne pas être sensible à la simplicité d'une chanson d'amour ? Ce texte d'Aragon mis en musique par Jean Ferrat nous est si familier, il évoque l'évidence et la limpidité d'un amour sans fin...

La chanson s'ouvre sur l'évocation de la succession des jours et du temps, avec une énumération "dimanche ou lundi, soir ou matin, minuit, midi", les jours, les heures s'écoulent, des moments de bonheurs, d'harmonie, mais aussi de douleurs et de souffrance, comme le suggère l'antithèse : "Dans l'enfer ou le paradis..."

L'expression au pluriel "les amours aux amours ressemblent" donne une valeur universelle à ce poème, et le mot "amours" réitéré prend ici un relief particulier, gâce à l'inversion.

L'alternance, présent, imparfait, futur traduit bien la fuite du temps mais l'amour reste inaltérable, malgré ce déferlement des jours... "c'était hier et c'est demain, nous dormirons..."

La phrase qui sert de titre à la chanson, "Nous dormirons ensemble" traduit dans sa simplicité une certitude, grâce à l'emploi du futur, certitude d'un amour éternel, certitude, aussi, d'un amour partagé puisque le poète fait appel à la première personne du pluriel "nous", qui réunit les deux amoureux.

Les adverbes de temps "hier, demain" soulignent ce caractère intangible des sentiments qui animent le poète et sa compagne.

La jeune femme comparée à un "chemin" devient une sorte de guide unique, comme si l'amour remplissait toute la vie.

On perçoit une confiance absolue dans ce vers : "J'ai mis mon coeur entre tes mains..."

La belle expression "aller l'amble" restitue une harmonie de deux coeurs qui vont à l'unisson et qui ne peuvent se séparer.

L'absolu de cet amour se traduit par les mots très forts : " Tout ce qu'il a de temps humain, Nous dormirons ensemble".

Le ciel assimilé à un "drap" devient le décor qui embellit cet amour : "Le ciel est sur nous comme un drap." Le geste, plein de tendresse, "J'ai refermé mes bras sur toi" montre une volonté de garder et préserver cet amour, de le protéger.

L'amour est si fort qu'il se manifeste par des émotions intenses, qui se traduisent physiquement, comme le montre le verbe "trembler".

L'adverbe d'intensité "tant" souligne la violence des sentiments éprouvés et la volonté de les partager, en accord avec l'être que l'on aime, sans contraintes.

Ce texte empreint de lyrisme et d'émotion, faisant alterner première et deuxième personne, se présente comme une déclaration d'amour et une confidence.

La mélodie emplie de tendresse et d'émotion traduit une sorte d'harmonie immuable... Les sonorités de sifflante et de labiales soulignent cette impression de douceur, de bonheur partagé...

La simplicité des mots, le thème de la fuite du temps, la valeur universelle de ce texte parlent à chacun d'entre nous...
 


 https://youtu.be/Ejvg0hDhYkQ



Que ce soit dimanche ou lundi
Soir ou matin minuit midi
Dans l’enfer ou le paradis
Les amours aux amours ressemblent
C’était hier que je t’ai dit
Nous dormirons ensemble
C’était hier et c’est demain
Je n’ai plus que toi de chemin
J’ai mis mon cœur entre tes mains
Avec le tien comme il va l’amble
Tout ce qu’il a de temps humain
Nous dormirons ensemble
Mon amour ce qui fut sera
Le ciel est sur nous comme un drap
J’ai refermé sur toi mes bras
Et tant je t’aime que j’en tremble
Aussi longtemps que tu voudras
Nous dormirons ensemble
Louis Aragon



 





Photo : rosemar

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19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 14:55
Comme une vieille nostalgie...

 

 

 


La rumba, danse cubaine, née au 19ème siècle, symbolise bien une forme de nostalgie, un passé révolu, plein de charmes...

C'est ce symbole qu'a choisi Alain Souchon, dans une de ses chansons les plus célèbres, Y a de la rumba dans l'air.

Un air de musique évoque des décors, des images, un "smoking de travers", un casino devenu "tas de pierres".

Mais le poète semble dire à un autre personnage qu' il ne faut pas se laisser enfermer dans un passé trop lointain : il refuse de céder à cette fuite vers un autrefois perdu, comme  le suggèrent les négations dans les expressions : "'J te suis pas dans cett' galèr' Ta vie tu peux pas la r'fair'.

Les sonorités de gutturales "r" assez dures soulignent une forme de tristesse, liée à la nostalgie.

Le poète s'adresse, familièrement, à un interlocuteur, en le tutoyant, en l'appelant "pépère". Ainsi, la chanson revêt un caractère universel.

La belle expression  "chercher des morceaux d'hier" traduit bien cette quête du passé, de manière imagée et concrète, d'autant qu'il s'agit de fouiller dans "des gravats d'avant guerre."

On voit aussi un "casino" devenu "un tas de pierres." Le thème des ruines évoque, immanquablement, un passé ancien et très lointain.

Et l'auteur invite son interlocuteur à "brancher ses écouteurs par ici", à vivre, enfin, dans le présent, au lieu de se retourner vers le passé...

D'autres évocations sont liées à ce passé : la "bugatti", les "soirées de gala sur la Riviera." Et on perçoit le bonheur de celui qui se réfugie dans ces souvenirs, comme le suggèrent les mots "guili, guili", l'interjection "o la la."

Mais, pour le poète, tout cela n'est qu'illusion et il n'y voit qu'une "galère". Ce terme péjoratif et familier souligne le fait que la nostalgie peut, aussi, être source de souffrance.
 
Une autre évocation nostalgique apparaît : des amours perdues, semble-t-il avec l'image de ces " yeux de grand's fill's bleu marin's Tout's alanguies pour nuits de Chine Sur les banquettes de molesquine des Limousin's."
 
On voit, là, un monde ancien, révolu, fait de luxe, de rareté, de paresse.
 
Un" long baiser" symbolise, aussi, ce monde fait d'oisiveté, de bonheur perpétuel. Et d'ailleurs, ce baiser est désormais "fini", impossible.
 
Alain Souchon arrive à restituer toute l'ambivalence de la nostalgie : faite de bonheur et de désarroi, elle ne doit pas envahir l'esprit...

La mélodie douce, tendre et balancée, composée par Laurent Voulzy, suggère, aussi, ce mélange de bonheur révolu et de mélancolie...

 

Cette chanson au style imagé, familier nous berce d'une musique pleine de réminiscences : chacun d'entre nous regarde, avec tendresse et émotion, son passé, a même, parfois,  tendance à le magnifier...
 
http://youtu.be/ZgDpyppaa74
 
 
 
 
 
http://youtu.be/DvoVOJwVhJM
 
 
 
 

Photo : rosemar

 

 

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