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24 janvier 2020 5 24 /01 /janvier /2020 14:18
Ensemble Les Turqueries : quand l'occident regarde l'orient...

 

Un quintette qui réunit  des musiciens passionnés ayant pour ambition de rapprocher les musiques anciennes européennes et les musiques orientales, voilà de quoi susciter l'intérêt et la curiosité de nombreux mélomanes...

 

L'Ensemble Les Turqueries a donné un concert aux multiples facettes, lors de l'Automne musical de Nîmes.

 

Un mélange de mélodies traditionnelles orientales et de musiques anciennes occidentales... un programme qui nous fait voyager dans le temps et l'espace...

 

Le récital s'ouvre sur une création originale du groupe : Passamezzo Antico. Une musique orientale légère, emplie de gaieté, rythmée par un tambour : une musique qui nous fait voyager vers l'orient... On apprécie la beauté des instruments, théorbe et oud, aux formes élégantes...

 

Puis, on est envoûté par la Suite Husseyni : un hymne soufi de la confrérie mevlevi. Un gros tambour, un daf, aux sonorités graves, ponctué par la musique des autres instruments : théorbe, oud, violoncelle nous entraînent dans un rythme très lent, très oriental, puis plus dansant, et même très accéléré...

 

On est surpris par la délicatesse du morceau suivant : Aksak Bayati, douceur des sonorités de l'oud bientôt relayé par le violon, encore un rythme très oriental ponctué par un tambourin...

 

Puis, accompagné par un air très discret du théorbe , on écoute ces mots dits par la violoncelliste : "Tu te trompes en pensant que les années ne vont jamais finir, il faut mourir...

Il faut bien mourir, la mort cruelle fait honte à tous... Jeunes, enfants, tous les hommes ensemble doivent finir..."

Cette passacaille aurait été composée par un auteur anonyme italien du XVIIe siècle ou par Stefano Landi,  un morceau poignant au rythme lancinant. Le texte d'abord parlé, en français, est ensuite chanté en Italien par la violoncelliste.
 

"Oh come t’inganni 
se pensi che gl’anni
non hann’ da finire, 
bisogna morire.

È un sogno la vita 
che par sì gradita,
è breve gioire, 
bisogna morire.
Non val medicina,
non giova la China,
non si può guarire, 
bisogna morire.

Oh, comment vous vous trompez
si vous pensez que votre temps
ne sera pas fini,
nous devons mourir.

La vie est un rêve
qui semble si agréable
mais qui est brièvement apprécié,
nous devons mourir.
La médecine
ne sert à rien, la quinine ne sert à rien,
nous ne pouvons pas être guéris,
nous devons mourir."

Puis, c'est une mélodie très douce qui nous charme, jouée sur l'oud et le théorbe, intitulée Bouria et 7ème toushia de Msarqi Sghir....

On écoute aussi volontiers une Pavane espagnole de J. Schop, un air très léger, aérien, qui nous fait rêver...

C'est alors une suite de danses traditionnelles de la Renaissance, rythmées par un tambour, qui nous enchantent : lentes, pesantes, puis le son du tambour se fait de plus en plus intense.

On entre ensuite dans le monde des parfums, avec un morceau intitulé "Abir", composé par T. Rocheron... une musique très orientale, presque obsédante grâce aux sons du tambour.

On est séduit aussi par la légèreté et la grâce de ce chant aérien composé par Frescobaldi : Se l'aura spira...

 

"Se l'aura spira tutta vezzosa
La fresca rosa ridente sta,
La Siepe ombrosa di bei smeraldi
D'estivi caldi timor non ha.
A'balli, a'balli liete venite,
Ninfe gradite, fior di belta,
Or che si chiaro il vago fonte
Dall'alto monte al mar sen va.
suci dolci versi spiega l'augello,
E l'arbuscello fiorito sta.
Un volto bello all'ombra accanto
Sol si dia vanto d'aver pieta.
Al canto, Ninfe ridenti,
Scacciate i venti di crudelta."

 

"Si la brise souffle, toute gracieuse, la fraîche rose demeure rieuse,

Le buisson ombreux de vertes émeraudes ne craint pas les chaleurs de l’été.

Aux danses, aux danses, gaiement venez nymphes aimables, fleurs de beauté

Maintenant que, si limpide, la belle source du haut de la montagne s’écoule vers la mer.

L’oiseau répand ses suaves chansons, et l’arbrisseau reste fleuri.

Seul un beau visage près de l’ombre se montre fier d’avoir pitié.

Aux chants, aux chants, nymphes aimables, chassez les vents cruels."

 

Le récital s'achève avec La Marche des Turcs de J. B. Lully, arrangée encore un peu plus à la mode orientale... La Marche des Turcs avait été composée par Lully pour la comédie-ballet Le Bourgeois gentilhomme de Molière.

 

La Cérémonie des Turcs est une musique sous forme de marche majestueuse. M. Jourdain est fait alors "Mamamouchi", un titre faussement honorifique, pour désigner une personne de haut rang, un haut fonctionnaire. Ce terme a une forte dimension ironique. Il a été inventé par Molière pour " Le Bourgeois gentilhomme ".

 

Ce concert a attiré un public nombreux séduit par l'exotisme des musiques, des instruments : un dépaysement total et une belle découverte de mélodies anciennes...
 

 

 

"Si les cultures orientales et occidentales nous semblent parfois éloignées, elles ont toujours été intimement
liées et la musique en est un témoin direct. On retrouve ainsi de nombreuses lignes directrices communes aux deux esthétiques : la filiation entre le oud et le luth, les modalités rythmiques et mélodiques, la danse, l’improvisation et l’ornementation.

L’enjeu des Turqueries est de réunir ces deux univers sans les dénaturer, au travers d’arrangements originaux, d’improvisations et de compositions. Il s’agit de créer une matière sonore riche aux multiples facettes qui transportera l’auditeur entre musiques traditionnelles orientales(ottomane, arabo-andalouse et amazighe) et musiques anciennes occidentales (renaissance et baroque)."

 

 

Véronique Bouilloux : violon baroque
Sacha Dessandier : chant, violoncelle baroque
Simon Waddell : luth baroque, théorbe
Léo Fabre-Cartier : oud
Thibaut Rocheron : percussions orientales (daf, riqq)

 

 

 

https://soundcloud.com/ensemble-les-turqueries/tracks

 

 

http://icietaudela.over-blog.com/article-stefano-landi-40744299.html

 

https://www.facebook.com/656073937791146/videos/vb.656073937791146/1559045864160611/?type=2&theater

 

 

 

 

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14 août 2015 5 14 /08 /août /2015 09:34
La persienne à demi refermée...

 

 

"Il y a un monde qui appartient à la rive du Léthé. Cette rive est la mémoire. C'est le monde des romans et celui des sonates, celui du plaisir des corps nus qui aiment la persienne à demi refermée ou celui du songe qui l'aime plus repoussée encore jusqu'à feindre l'obscurité nocturne ou qui l'invente. C'est le monde des pies sur les tombes. C'est le monde de la solitude que requiert la lecture des livres ou l'audition de la musique."

Dans cet extrait de son oeuvre, Les ombres errantes, Pascal Quignard évoque deux de ses passions, la lecture et la musique, qui exigent solitude, repliement sur soi, contemplation... Le silence, la lecture, la mort, l'amour sont ses thèmes de prédilection, et la "persienne"suggère, ici, un monde caché, secret, celui de l'amour et de la sexualité...



La persienne nous ouvre un espace de demi-pénombre, de lumières tamisées, elle protège et laisse entrevoir un semblant de jour...

En plein été, la persienne tempère les ardeurs trop vives du soleil qu'elle masque avec douceur...

Le mot "persienne" suggère sensualité, douceur, bonheur : labiale initiale, sifflante "s" donnent à ce nom des sonorités pleines d'harmonies.

La gutturale "r" lui apporte un peu d'âpreté et de mystères, un monde secret semble vivre derrière les persiennes.

Ces volets à claire voie laissent passer un jour timide, et offrent une douce intimité.

Les persiennes évoquent le sud et ses chaleurs brûlantes du midi, quand les soleils diffusent leurs ardeurs redoublées, quand les arbres s'embrasent de lumières.

Les persiennes se ferment, alors, dans une ambiance feutrée, alors que les murmures des cigales s'enflamment dans un chant exacerbé.

Douce pénombre bienvenue au coeur de l'été, doux éclats de lumières qui transpercent les entrelacs des volets.

Des rais de clarté se forment, se dispersent, éclaboussent l'obscurité apaisante, ils dessinent le soleil dans l'ombre, le magnifient...

Le soleil, divisé et dupliqué, se diffuse avec douceur, dans une ambiance de rêve et d'harmonie.

A l'intérieur des maisons, bien à l'abri, les persiennes viennent adoucir les chaleurs les plus vives, elles les tempèrent dans une douce harmonie.

La chaleur nous berce de ses murmures de cigales, elle nous entraîne dans un monde de rêves.

Les persiennes évoquent aussi l'orient, la Perse, un monde différent, fait de dunes, d'ondoyances, de mystères...

Des palais orientaux, aux luxes inouis, se dessinent, nous font voir des ombres secrètes, des moucharabiehs.


Les persiennes nous transportent vers l'orient, l'Egypte, le Nil et ses oasis, ses temples sacrés, des monuments d'autrefois, des pyramides obscures, des Sphynx lumineux....

Les persiennes restituent une douce atmosphère, nous font goûter aux bonheurs et aux harmonies de l'été.


 

 

 

 

 

Photos : rosemar

La persienne à demi refermée...
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26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 16:28

 

datte-Madhif-creative.JPG

 

 

La datte, rêves de soleils, de lumières, de pays du sud, aux déserts de sables ! La datte nous fait admirer, au coeur de l'hiver, des paysages exotiques et lointains, aux charmes orientaux... L'Egypte, ses oasis au bord du Nil, la Tunisie, ses caravansérails, ses marchés...

 

Des mosquées, des hérissements de minarets, des coupoles, des palais, des dunes, des barcanes, des oasis, du sable à perte de vue...

 

Fruit oblong aux couleurs d'ambre et de miel, la datte gorgée de soleil, de douceurs, de lumières, nous éblouit de ses teintes nuancées...

Sa texture moelleuse, ses éclats dorés et brillants ravissent tous les sens.

Le mot lui-même, très simple, avec ses deux dentales éclatantes "d" et "t" suscite la curiosité...

L'homonymie avec cet autre mot, "date" nous intrigue, aussi.

 

La datte, fruit du soleil semble reproduire les couleurs mêmes de l'astre du jour : elle est parfois mate, mais, aussi, brillante, comme brunie par le soleil !

Parcouru de vaguelettes, le fruit semble simuler des embruns de sillons sur les dunes...

L'intérieur fait rayonner des fibres plus claires, aux saveurs de lumières.

 

D'où vient ce mot, "datte" ? Quelle est son étymologie ? Curieusement, ce terme est issu directement du grec "dactylos", qui désigne le "doigt". C'est la forme allongée du fruit qui lui a donné son nom...

Cette origine est bien lointaine, d'autant que le mot a perdu sa forme initiale, et que la dernière syllabe s'est effacée.

 

On connaît d'autres dérivés plus facilement reconnaissables : "dactylographie, dactyle, ptérodactyle"...

La datte, doigt solaire, effilée, élancée suggère, encore, par ses stries, la surface de la peau. 

 

Ce simple mot nous permet de remonter aux origines de notre langue : le grec... et l'on est étonné de découvrir le sens premier de ce terme.

La datte nous emmène, aussi, vers l'Orient, vers l'univers des Contes des mille et une nuits : elle nous raconte les douceurs orientales, un monde raffiné, lointain et mystérieux, un monde secret...

 

Celui des sultans et des califes, celui de Sindbad, le marin, celui de Shéhérazade.... Des villes orientales surgissent dans nos mémoires : Bagdad, Bassora, Babylone, noms aux sonorités étranges et remplies d'exotisme...

 

Symbole de fertilité, de prospérité, de bonheur, le palmier dattier est un arbre sacré dans la tradition orientale. 

Selon cette tradition, il faut manger sept dattes, le matin, au petit déjeuner, pour profiter de tous les bienfaits de ce fruit divin...

 

La datte fait, aussi,  partie des treize desserts provençaux de Noël : ce fruit venu d'Orient symbolise donc le partage, les dattes pourraient représenter les présents apportés par les rois mages à l'enfant Jésus...

 

 

http://youtu.be/Q6UoWgM5Lv8

http://youtu.be/AEwBy6Y8Wug

http://youtu.be/1qTaNSpYGqA

 

 

http://youtu.be/Pwri2NKtHB8

 

 

 

 

 

 

 

dattes-Madhif-2.JPG

 

 

 

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mille et une nuits ali baba auteur Parish
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

        

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mille et une nuits le cheval enchanté

 

 

 

 

 

 Photos de dattes : creative commons  en haut de l'article : auteur : Madhif

  Sous l'article photo 1 auteur :  Madhif   photo 3 : Med Dhifallah

Autres : illustrations des Contes des Mille et une nuits


 

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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 17:52

babouche-Daderot-libre.JPG

 

 

"Un vieux turc, homme, à ce qu'il paraissait, de grande considération, me tira de ces réflexions, pour me prouver, d'une manière encore plus sensible, que j'étais loin de mon pays... Le Tartare, entouré de ses domestiques, les uns à genoux, les autres debout, ôta son turban ; il se mira dans un morceau de glace brisée, peigna sa barbe, frisa sa moustache, se frotta les joues pour les animer. Après avoir fait ainsi sa toilette, il partit en traînant majestueusement ses babouches, et en me jetant un regard dédaigneux."

 

C'est ainsi que Chateaubriand "croque" un personnage oriental, dans un de ses plus célèbres ouvrages, un journal de voyage, intitulé Itinéraire de Paris à Jérusalem.

 

La babouche, joli nom oriental nous emmène en Perse : le mot évoque un certain luxe, une nonchalance toute orientale, un bonheur de rester chez soi, en babouches...

Ce mot turc issu du persan "پاپوش papusch" composé de deux termes, "پا, pa, le pied" et "پوشیدن pushidan, couvrir", suggère une protection, un réconfort.

 

Quelle volupté dans ce mot ! Avec sa labiale "b" réitérée, sa chuintante finale, la babouche nous entraîne dans un monde de confort, de paresse, d'oisiveté.

On se laisse aller au rythme oriental, à une douceur de vivre, une envie de profiter de l'instant présent...

 

On se laisse bercer par des mouvements de palmes apaisantes, on voit l'orient et ses splendeurs : des palais, des sérails, des fontaines bruissantes...

 

Ce mot nous fait rêver, nous fait toucher du cuir, des tissus somptueux, des brocards, des motifs d'arabesques, des guillochis, des ornements aux teintes harmonieuses.

 

Ce mot nous séduit par des sonorités à la fois familières et lointaines : ce terme exotique venu du Persan semble avoir, aussi, des airs connus...

Mieux que la pantoufle, la babouche contient, pourtant, une part de mystère : elle peut faire une démarche majestueuse, sa forme allongée séduit, signe une forme d'élégance, de légèreté.

 

J'aime ce mot, venu d'ailleurs, aux sonorités sensuelles, aux éclats de consonnes, à la voyelle "ou" qui lui donne une certaine langueur.

 

Avec la babouche, on voyage vers l'orient, vers un monde étrange, mystérieux, exotique et différent : brises légères, dattiers, palmes, barcanes, doux noms de lumières...

Images de palais orientaux, baldaquins, moucharabieh, harems secrets, vêtements soyeux, sequins, parfums orientaux... Tapis aux motifs chaleureux, miniatures, aux couleurs de lapis-lazuli, impressions de soies transparentes, fiasques aux formes aériennes, darboukas, sagattes, musiques ondoyantes...

 

Somptueux paysages d'orient : déserts, caravansérails, océan de dunes aux teintes d'or, lunes orientales...

 

La babouche nous donne l'impression de déambuler, majestueusement, dans quelque salle d'un palais d'orient.

Faste, volupté, une certaine indolence... la babouche nous séduit, et nous donne envie de l'adopter...

 

 

 

http://youtu.be/AEwBy6Y8Wug

 

 

 

 

miniature-3-libre.jpg

 

 

miniature-Zereschk.jpg

 

 

 

 

arabesque Yves Remédios creative

 
 
 


 

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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 16:55
arabesque-Yves-Remedios-creative.jpg
"Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse,
Mon oeuvre interrompue, et, tout en écrivant,
Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent
Quelque arabesque folle et qu'elle avait tracée,
Et mainte page blanche entre ses mains froissée
Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers."
 
Dans ce poème célèbre, extrait des Contemplations, Victor Hugo évoque des souvenirs d'enfance de sa fille Léopoldine.
On y voit la jeune Léopoldine tracer des arabesques, sur les manuscrits du poète.
 
Quel enfant n'a pas dessiné, ainsi, des arabesques sur des livres ou du papier ?
 
Le mot "arabesque" désigne, d'abord, une sorte d’ornement dont on a attribué l’invention aux Arabes : il consiste en des entrelacs de feuillages, de fruits, de fleurs, d’animaux, assemblés pour créer une harmonie : l'arabesque est un décor architectural propre à l'orient. Puis, le mot s'applique à des courbes tracées, souvent, d’une manière aléatoire, dans le but de former un enchaînement de motifs.
 
Le suffixe -esque, avec lequel est formé ce mot, est utilisé pour des adjectifs qui indiquent une caractéristique, une ressemblance, une qualité à partir d’un radical, souvent issu d’un nom propre, pour évoquer un lieu ou encore un style artistique.
 
Moresque, picaresque, ubuesque, barbaresque, burlesque, rocambolesque, romanesque, simiesque : ce suffixe assez productif, est employé dans nombre de mots aux résonances littéraires.
 
Le terme "arabesque", avec sa voyelle "a" réitérée, ses consonnes variées de gutturales, labiale, sifflante nous fait entrevoir des entrelacs subtils, des motifs différents...
 
Ce mot nous emmène vers l'orient, ses mystères, une écriture picturale qui dessine des ondoiements, des guillochis, des lettres ouvragées.
 
On admire des pleins, des déliés, des vagues, des éclats, des tourbillons, des embruns, des pointillés, formes si variées...
 
L'écriture déroule des tableaux d'ombres chinoises, des reliefs, des envolées de lettres, des signes mystérieux.
 
La magie de l'écriture ! Véritables dessins sur la page blanche ! La magie des arabesques aux arrondis de vagues !
 
Ces dessins tout en harmonie, pleins d'élégance suggèrent des mouvements, des ballets ondoyants : des mouettes peuvent dessiner des arabesques dans le ciel, l'eau qui serpente sur les collines s'enroule en arabesques lumineuses, une rampe d'escalier nous fait voir, parfois, des arabesques sinueuses...
Quelle poésie dans ce mot, avec ses échos sonores !
 
Lié à l'enfance dans le poème de Victor Hugo, ce terme évoque des images familières et simples : celle d'un enfant insouciant qui gribouille des arabesques sur des livres d'adultes, celle de la découverte de l'écriture, de l'apprentissage du dessin, celle du plaisir de faire courir un crayon, sur du papier...
 
Le poète semble d'ailleurs inspiré par ces arabesques qui lui permettent d'écrire ses plus belles pages : tout le monde se souvient de ces poèmes de Victor Hugo consacrées à sa fille dans la section, Pauca meae des Contemplations.
 
Ces arabesques, tracées par Léopoldine enfant, nous émeuvent : on est sensible à la beauté du mot, à ces souvenirs de Hugo, pleins de tendresse : l'écrivain apparaît, alors, comme un homme ordinaire, un père attentif, plein d'admiration pour sa fille : on perçoit, aussi, son désespoir, son désarroi d'avoir perdu celle qui représentait, pour lui, le bonheur absolu.
 
arabesque Demi-coupole du mihrab, Grande Mosquée de Kairou
Photo1770
Photos d'arabesques : Yves Remédios / Tab59   : créative commons
Photo d'escaliers : rosemar
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