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22 février 2019 5 22 /02 /février /2019 15:04
La poésie est essentielle...

 

 

La poésie est essentielle : on l'oublie trop souvent, mais grâce à elle nous appréhendons mieux la beauté du monde, grâce à elle, nous aimons mieux le monde.

 

La poésie n'est-elle pas une ouverture sur tout ce qui nous entoure ?

Elle suscite émotions, sensibilité, révolte, colère, réflexions.

Elle recrée le monde, le rend plus évident et plus présent.

 

Harmonie ou dissonnance, beauté ou virulence, la poésie nous aide à vivre.

Elle peut transformer et magnifier les êtres, les objets, tout en restituant leur profondeur et leur essence.

 

La poésie transfigure le monde et nous en fait mieux percevoir toute la beauté, ce que nous ne voyons plus, ce que nous ne regardons plus, ou ne ressentons plus.

Un lézard qui s'attarde sur un mur, un coucher de soleil, aux teintes flamboyantes, une aurore naissante aux embruns de roses et de pourpres.

Des senteurs de pins dans les sous-bois, si prégnantes qu'elles envahissent l'espace et nous enivrent de bonheurs.

Des couleurs nuancés à l'infini de verts, des camaïeux, des mosaïques variées...

 

La poésie des mots est, en elle-même, une évidence : les mots qui nomment et qui résonnent de sonorités, d'échos qui se répondent.

Les mots et leurs éclats de voix !

Des jeux de mots, des contrastes, des associations nouvelles, des mots qui tourbillonnent et nous emportent avec eux pour découvrir des paysages, des êtres, des histoires.

Oxymores, comparaisons, anaphores, allitérations, assonances, échos sonores, rimes, la poésie nous emporte dans un univers nouveau.

 

Que serions-nous sans la poésie ? Elle nous accompagne dans nos joies, nos révoltes, nos peines, elle nous montre que le regard est essentiel, que la pensée est une force, une force de joie et de bonheur.

 

Elle nous fait redécouvrir le monde, elle est musique, rythme, réflexions, et attention.

Elle est "peinture", elle est tableau, elle contient et réunit tous les arts.

Elle est "musique", aux sonorités variées, douces, légères, ou rudes, virulentes, quand elle s'emporte et dénonce des injustices.

 

Grâce aux images, elle nous fait ressentir l'harmonie des éléments : le ciel, la mer, la terre, les arbres qui chaloupent sous le vent de l'été.

"Un nuage, Flocon de laine, nage Dans les champs bleus du ciel"!

"Les grands lys orgueilleux se balancent au vent" !

 

Fusions, correspondances, mondes qui se rejoignent !

La poésie nous entraîne dans son sillage et nous fait aimer le monde...

 

 

 

 

 

La poésie est essentielle...
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17 février 2019 7 17 /02 /février /2019 13:16
Royal, le cygne !

 

Majestueux, impérieux, un cygne sillonne les eaux sombres de sa silhouette lumineuse : col gracile, masque noir, plumes aériennes, il glisse sur les ondes translucides...

 

Tout autour, les replis obscurs de l'eau, tout autour, un miroir aux teintes nuancées.

 

Le cygne, d'un blanc immaculé, attire tous les regards : il caracole, il danse, il arrondit son plumage...

 

Dans son sillage, des canards l'accompagnent, cols verts aux habits soyeux.

 

Regard de côté, cerné de noir, le cygne joue la séduction, il fascine, il subjugue...

 

Il tourne sur lui-même, souplesse, rondeur, vénusté... Il tourbillonne... sarabande, bergamasque sur les ondes...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photos : rosemar

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10 février 2019 7 10 /02 /février /2019 15:06
Aurore naissante...

 

 

Le ciel se pare d'un subtil dégradé de roses, de couches superposées de teintes douces, apaisantes... 

 

Voici l'Aurore aux doigts de roses, voici les plis de sa robe irisée de nuées transparentes...

 

Voici la belle Aurore,  au teint éclatant, aux embruns de roses...

 

Voici l'Aurore au voile de safran, voici ses habits irisés de lumières et d'éclats dorés.

 

Voici la déesse qui s'éveille et étire son voile blond, voici Aurore...

 

 

 

 

 

 

 

 

Photos : rosemar

Aurore naissante...
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3 février 2019 7 03 /02 /février /2019 15:14
Nuages dorés de rose d'un soir d'hiver...

 

 

Quelques nuées teintées de roses s'éparpillent, éclairés par le soleil couchant...

 

Les nuées s'étirent, grises, roses, dorées sur le ciel bleu de l'hiver.

 

Les nuages perlés de rose et de dorures illuminent cette fin de journée.

 

Bleu, rose, silhouettes sombres des arbres, quel tableau contrasté de couleurs !

 

Les nuées vaporeuses sur l'azur étirent leurs voiles légers, mousselines ondoyantes, soies aériennes sur l'horizon...

 

Les arbres se détachent en résilles obscures sur les teintes azurées du ciel...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photos : rosemar

Nuages dorés de rose d'un soir d'hiver...
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27 janvier 2019 7 27 /01 /janvier /2019 13:11
Ciel d'hiver...

 

Le ciel se nimbe de nuées sombres tandis que des nuages légers se dispersent en vagues écumantes...

 

Le soir tombe si vite, le soleil éblouit les branches calcinées des arbres, dentelles subtiles de mailles délicates...

 

L'ombre des maisons, des arbres encercle le soleil à son déclin.

 

Douceur d'un soir d'hiver en camaïeux de gris... douceur des teintes éclairées par un halo de lumières...

 

Le ciel perd ses teintes d'azur, le soleil illumine encore les écheveaux des branches sur l'horizon.

 

 

 

 

 

 

Photos : rosemar

Ciel d'hiver...
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20 janvier 2019 7 20 /01 /janvier /2019 15:05
Arbres échevelés d'hiver...

 

 

Somptueuses résilles brunes et sombres sur les arbres d'hiver... 

 

 

Sous le soleil, les silhouettes décharnées des arbres révèlent des écheveaux et des ramilles subtiles...

 

Le sommet des branches se teinte de camaïeux vernissés de roses et d'anis...

 

 

Sous le soleil, les arbres rayonnent, s'empourprent de lumières, scintillent d'éclats.

 

Le ciel bleu se pare de ces crinières échevelées.... Le ciel bleu s'étonne de ces parures nouvelles, il les sublime et les magnifie de ses teintes éblouissantes de lapis-lazuli.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photos : rosemar

Arbres échevelés d'hiver...
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13 janvier 2019 7 13 /01 /janvier /2019 15:12
Arbres d'hiver au soleil couchant...

 

 

Soleil brouillé d'hiver, soleil à son déclin, soleil pâlissant sous des brumes de nuées...

 

Les arbres dressent leurs silhouettes fantomatiques, hérissant le ciel de tourbillons de ramilles somptueuses, entrelacs sombres et obscurs...

 

Les arbres tracent à l'encre de Chine des toiles de résilles, des arabesques, des mailles subtiles...

 

Le soleil éclaire chaque ramille, des finesses de branches, des myriades de motifs entrelacés.

 

Le soleil redessine les arbres dépouillés de l'hiver...

 

 

 

 

 

 

 

 

Photos : rosemar

Arbres d'hiver au soleil couchant...
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27 décembre 2018 4 27 /12 /décembre /2018 12:29
Une leçon d'étoiles...

 

Pour apprendre les étoiles, rien de mieux que d'écouter un berger de Provence nous en parler : on ne peut que savourer sa façon de décrire le ciel et ses mystères...

Il faut relire le récit intitulé Les étoiles, inséré dans le recueil d'Alphonse Daudet, Les lettres de mon moulin.

Un texte où un jeune berger raconte à la première personne une nuit passée à la belle étoile auprès de Stéphanette, la fille de ses maîtres...

 

Le berger solitaire, occupé à garder ses bêtes sur Le Luberon, pendant le mois de Juillet, reçoit la visite inhabituelle de Stéphanette  qui lui apporte ses "vivres de quinzaine."

Bloquée par un orage, la jeune fille est contrainte de passer la nuit auprès du berger.

Le jeune homme amoureux est ravi de cette opportunité qui lui permet de mieux faire connaissance avec la demoiselle.

 

Il nous raconte alors la nuit et ses mystères... Un monde poétique où l'obscurité amplifie les bruits, les lumières qui brillent... "un monde mystérieux s'éveille dans la solitude et le silence..."

La nature se met à vivre plus intensément : "les sources chantent bien plus clair, les étangs allument de petites flammes". Personnifiée, la nature est ainsi magnifiée par ce berger poète qui évoque "les esprits de la montagne qui vont et viennent librement".

 

Puis, la jeune fille émerveillée tourne son regard vers le ciel, éblouie par tant d'étoiles.

C'est alors que le berger lui donne une leçon d'étoiles...

Il lui montre la Voie lactée ou "le Chemin de Saint-Jacques", puis la Grande Ourse ou "le Char des Ames"...

Des noms surgissent dans la nuit, emplis de symboles et de poésie.

Les étoiles ouvrent des chemins, font naître des images de char lumineux, prennent vie, deviennent des personnages, "un Charretier, Trois Rois, Jean de Milan, le flambeau des astres"...

Le berger évoque aussi des histoires merveilleuses, des mariages d'étoiles...

Enfin, il nomme "la plus belle des étoiles", "l'Etoile du Berger" qui "éclaire à l'aube quand nous sortons le troupeau et aussi, le soir quand nous le rentrons..."

Elle devient elle aussi un personnage prénommée "Maguelonne".

La scène s'achève dans une ambiance de complicité entre les deux personnages puisque la jeune fille pose sa tête sur l'épaule du berger et s'endort. Les étoiles comparées à un troupeau se meuvent dans le ciel et le berger imagine alors qu'une étoile "la plus fine, la plus brillante" vient de se poser sur son épaule...

 

 

 

Le texte :

 

"Cependant la nuit était venue tout à fait. Il ne restait plus sur la crête des montagnes qu’une poussière de soleil, une vapeur de lumière du côté du couchant. Je voulus que notre demoiselle entrât se reposer dans le parc. Ayant étendu sur la paille fraîche une belle peau toute neuve, je lui souhaitai la bonne nuit, et j’allai m’asseoir dehors devant la porte… Dieu m’est témoin que, malgré le feu d’amour qui me brûlait le sang, aucune mauvaise pensée ne me vint ; rien qu’une grande fierté de songer que dans un coin du parc, tout près du troupeau curieux qui la regardait dormir, la fille de mes maîtres, — comme une brebis plus précieuse et plus blanche que toutes les autres, — reposait, confiée à ma garde. Jamais le ciel ne m’avait paru si profond, les étoiles si brillantes… Tout à coup, la claire-voie du parc s’ouvrit et la belle Stéphanette parut. Elle ne pouvait pas dormir. Les bêtes faisaient crier la paille en remuant, ou bêlaient dans leurs rêves. Elle aimait mieux venir près du feu. Voyant cela, je lui jetai ma peau de bique sur les épaules, j’activai la flamme, et nous restâmes assis l’un près de l’autre sans parler. Si vous avez jamais passé la nuit à la belle étoile, vous savez qu’à l’heure où nous dormons, un monde mystérieux s’éveille dans la solitude et le silence. Alors les sources chantent bien plus clair, les étangs allument des petites flammes. Tous les esprits de la montagne vont et viennent librement ; et il y a dans l’air des frôlements, des bruits imperceptibles, comme si l’on entendait les branches grandir, l’herbe pousser. Le jour, c’est la vie des êtres ; mais la nuit, c’est la vie des choses. Quand on n’en a pas l’habitude, ça fait peur… Aussi notre demoiselle était toute frissonnante et se serrait contre moi au moindre bruit. Une fois, un cri long, mélancolique, parti de l’étang qui luisait plus bas, monta vers nous en ondulant. Au même instant une belle étoile filante glissa par-dessus nos têtes dans la même direction, comme si cette plainte que nous venions d’entendre portait une lumière avec elle.

— Qu’est-ce que c’est ? me demanda Stéphanette à voix basse.

— Une âme qui entre en paradis, maîtresse ; et je fis le signe de la croix.

Elle se signa aussi, et resta un moment la tête en l’air, très recueillie. Puis elle me dit :

— C’est donc vrai, berger, que vous êtes sorciers, vous autres ?

— Nullement, notre demoiselle. Mais ici nous vivons plus près des étoiles, et nous savons ce qui s’y passe mieux que des gens de la plaine. 
Elle regardait toujours en haut, la tête appuyée dans la main, entourée de la peau de mouton comme un petit pâtre céleste :

— Qu’il y en a ! Que c’est beau ! Jamais je n’en avais tant vu… Est-ce que tu sais leurs noms, berger ?

— Mais oui, maîtresse… Tenez ! juste au-dessus de nous, voilà le Chemin de saint Jacques (la voie lactée). Il va de France droit sur l’Espagne. C’est saint Jacques de Galice qui l’a tracé pour montrer sa route au brave Charlemagne lorsqu’il faisait la guerre aux Sarrasins. Plus loin, vous avez le Char des âmes (la grande Ourse) avec ses quatre essieux resplendissants. Les trois étoiles qui vont devant sont les Trois bêtes, et cette toute petite contre la troisième c’est le Charretier. Voyez-vous tout autour cette pluie d’étoiles qui tombent ? ce sont les âmes dont le bon Dieu ne veut pas chez lui… Un peu plus bas, voici le Râteau ou les Trois rois (Orion). C’est ce qui nous sert d’horloge, à nous autres. Rien qu’en les regardant, je sais maintenant qu’il est minuit passé. Un peu plus bas, toujours vers le midi, brille Jean de Milan, le flambeau des astres (Sirius). Sur cette étoile-là, voici ce que les bergers racontent. Il paraît qu’une nuit Jean de Milan, avec les Trois rois et la Poussinière (la Pléiade), furent invités à la noce d’une étoile de leurs amies. La Poussinière, plus pressée, partit, dit-on, la première, et prit le chemin haut. Regardez-la, là-haut, tout au fond du ciel. Les Trois rois coupèrent plus bas et la rattrapèrent ; mais ce paresseux de Jean de Milan, qui avait dormi trop tard, resta tout à fait derrière, et furieux, pour les arrêter, leur jeta son bâton. C’est pourquoi les Trois rois s’appellent aussi le Bâton de Jean de Milan… Mais la plus belle de toutes les étoiles, maîtresse, c’est la nôtre, c’est l’Étoile du berger, qui nous éclaire à l’aube quand nous sortons le troupeau, et aussi le soir quand nous le rentrons. Nous la nommons encore Maguelonne, la belle Maguelonne qui court après Pierre de Provence (Saturne) et se marie avec lui tous les sept ans.

— Comment ! berger, il y a donc des mariages d’étoiles ?

— Mais oui, maîtresse.

Et comme j’essayais de lui expliquer ce que c’était que ces mariages, je sentis quelque chose de frais et de fin peser légèrement sur mon épaule. C’était sa tête alourdie de sommeil qui s’appuyait contre moi avec un joli froissement de rubans, de dentelles et de cheveux ondés. Elle resta ainsi sans bouger jusqu’au moment où les astres du ciel pâlirent, effacés par le jour qui montait. Moi, je la regardais dormir, un peu troublé au fond de mon être, mais saintement protégé par cette claire nuit qui ne m’a jamais donné que de belles pensées. Autour de nous, les étoiles continuaient leur marche silencieuse, dociles comme un grand troupeau ; et par moments je me figurais qu’une de ces étoiles, la plus fine, la plus brillante, ayant perdu sa route, était venue se poser sur mon épaule pour dormir…"

 

 

 

https://fr.wikisource.org/wiki/Lettres_de_mon_moulin/Les_%C3%A9toiles

 

 

 

 

Une leçon d'étoiles...
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23 décembre 2018 7 23 /12 /décembre /2018 14:06
Lumières sur l'amphithéâtre...

 

 

Les façades de l'édifice brillent de jets d'eau lumineux, tandis que des statues antiques s'impriment dans la pierre...

 

Soudain, les arcades se peuplent d'oiseaux somptueux, aux teintes de roses... Soudain, c'est une envolée d'oiseaux qui envahit l'obscurité de la nuit.

 

Les murs se couvrent, alors, de briques comme dessinées par une main magique : des teintes douces surgissent, puis des prismes de couleurs éclatantes qui transforment le monument en un palais moderne et lumineux.

 

Puis, ce sont de lourds flocons de neige qui recouvrent majestueusement les murs de l'antique édifice.

Soudain, c'est, à l'inverse, un paysage désertique de dunes qui se dessine : les chameaux des Rois mages avancent lentement alors que des bougies illuminent la scène...

 

Soudain, des étoiles, des décors féeriques de sucres d'orge, de fruits, de pères Noël... et voilà que les façades ruissellent d'or et d'étincelles !

 

 

 

 

 

 

 

 

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19 décembre 2018 3 19 /12 /décembre /2018 11:18
L'orange de Noël...

 

Les enfants recevaient autrefois une simple orange en guise de cadeau de Noël... les temps ont bien changé, désormais ils sont submergés de cadeaux. Noël est devenue une fête de la surconsommation, où les enfants sont souvent choyés à l'excès.

 

Jusque vers le milieu du vingtième siècle, l'orange était un mets de choix, venu des pays du sud, un fruit aux teintes dorées, symbole de soleil.

 

Et quand on y songe, quelle merveille ! Un fruit tout en rondeurs et sensualité, un fruit aux senteurs enivrantes, aux couleurs chaleureuses de l'été, au coeur même de l'hiver.

Autrefois recouverte d'un papier de soie, l'orange exhalait ses parfums, dès qu'on la découvrait...

Une merveille de la nature que nous ne voyons plus, tellement nous sommes blasés...

 

Il faut relire la somptueuse description qu'en fait Alphonse Daudet, dans Les lettres de mon moulin.

Il évoque ces fruits en faisant appel à tous les sens...

Il est vrai qu'il décrit ces oranges alors qu'elles sont encore sur les arbres...

Couleurs, senteurs, éclats des fruits, l'évocation nous fait voyager vers l'Algérie, à Blidah...

Les oranges de Blidah sont magnifiées, entourées d'une "auréole de splendeur", serties d'un feuillage "sombre, lustré, vernissé".

Elles apparaissent dans un décor de neige où "tous les fruits poudrés à frimas avaient une douceur splendide, un rayonnement discret comme de l'or voilé de claires étoffes blanches..."

Les oranges sont sublimées et deviennent des trésors, elles sont comparées à "des verres de couleurs", "des fleurs éclatantes". Une exclamation restitue l'admiration du spectateur : "c'est là qu'elles étaient belles !"

Les couleurs rayonnantes des fruits sont amplifiées par le décor blanc de neige.

Les oranges sont personnifiées, comme vêtues de "claires étoffes blanches" "de soutanes rouges sous des robes de dentelles, de dorures d'autel enveloppées de guipures."

Plus loin, l'auteur nous fait découvrir les oranges d'un jardin au nom magique et mystérieux : "Barbicaglia", un jardin en Corse près d'Ajaccio...

Le seul nom de ce lieu fait rêver ! Les sonorités redondantes de labiale "b", les échos répétés de la voyelle "a', de la voyelle "i" nous transportent dans un univers poétique.

Et la description qui suit fait intervenir différentes sensations, d'abord le sens olfactif : "les orangers en fleur et en fruit brûlaient leurs parfums d’essences."

Puis, on entend "le bruit mat d'une orange mûre, tombée tout à coup... sur la terre pleine."

La sensation visuelle contribue à la beauté du tableau :"des fruits superbes, d’un rouge pourpre à l’intérieur..."

Entre les feuilles des orangers, la mer offre aussi un arrière plan somptueux avec "des espaces bleus éblouissants comme des morceaux de verre brisés qui miroitaient dans la brume de l’air."

Ainsi, Daudet nous fait percevoir ces merveilles de la nature : les oranges, des fruits aux teintes solaires, aux parfums enivrants, aux formes sensuelles...

 

 

Le texte :

 

"Pour bien connaître les oranges, il faut les avoir vues chez elles, aux îles Baléares, en Sardaigne, en Corse, en Algérie, dans l’air bleu doré, l’atmosphère tiède de la Méditerranée. Je me rappelle un petit bois d’orangers, aux portes de Blidah ; c’est là qu’elles étaient belles ! Dans le feuillage sombre, lustré, vernissé, les fruits avaient l’éclat de verres de couleur, et doraient l’air environnant avec cette auréole de splendeur qui entoure les fleurs éclatantes. Çà et là des éclaircies laissaient voir à travers les branches les remparts de la petite ville, le minaret d’une mosquée, le dôme d’un marabout, et au-dessus l’énorme masse de l’Atlas, verte à sa base, couronnée de neige comme d’une fourrure blanche, avec des moutonnements, un flou de flocons tombés.

Une nuit, pendant que j’étais là, je ne sais par quel phénomène ignoré depuis trente ans cette zone de frimas et d’hiver se secoua sur la ville endormie, et Blidah se réveilla transformée, poudrée à blanc. Dans cet air algérien si léger, si pur, la neige semblait une poussière de nacre. Elle avait des reflets de plumes de paon blanc. Le plus beau, c’était le bois d’orangers. Les feuilles solides gardaient la neige intacte et droite comme des sorbets sur des plateaux de laque, et tous les fruits poudrés à frimas avaient une douceur splendide, un rayonnement discret comme de l’or voilé de claires étoffes blanches. Cela donnait vaguement l’impression d’une fête d’église, de soutanes rouges sous des robes de dentelles, de dorures d’autel enveloppées de guipures…

Mais mon meilleur souvenir d’oranges me vient encore de Barbicaglia, un grand jardin auprès d’Ajaccio où j’allais faire la sieste aux heures de chaleur. Ici les orangers, plus hauts, plus espacés qu’à Blidah, descendaient jusqu’à la route, dont le jardin n’était séparé que par une haie vive et un fossé. Tout de suite après, c’était la mer, l’immense mer bleue… Quelles bonnes heures j’ai passées dans ce jardin ! Au-dessus de ma tête, les orangers en fleur et en fruit brûlaient leurs parfums d’essences. De temps en temps, une orange mûre, détachée tout à coup, tombait près de moi comme alourdie de chaleur, avec un bruit mat, sans écho, sur la terre pleine. Je n’avais qu’à allonger la main. C’étaient des fruits superbes, d’un rouge pourpre à l’intérieur. Ils me paraissaient exquis, et puis l’horizon était si beau ! Entre les feuilles, la mer mettait des espaces bleus éblouissants comme des morceaux de verre brisés qui miroitaient dans la brume de l’air. Avec cela le mouvement du flot agitant l’atmosphère à de grandes distances, ce murmure cadencé qui vous berce comme dans une barque invisible, la chaleur, l’odeur des oranges… Ah ! qu’on était bien pour dormir dans le jardin de Barbicaglia !"

 

 

 

Le texte intégral :

 

https://fr.wikisource.org/wiki/Lettres_de_mon_moulin/Les_oranges

 

 

 

 

L'orange de Noël...
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