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29 juillet 2016 5 29 /07 /juillet /2016 09:33
Une fille qui sort d'un bain au flot clair...

 

Pour le plaisir et la poésie des mots : le bain !


 

"Reste ici caché : demeure !
Dans une heure,
D'un oeil ardent tu verras
Sortir du bain l'ingénue,
Toute nue,
Croisant ses mains sur ses bras.


Car c'est un astre qui brille
Qu'une fille
Qui sort d'un bain au flot clair,
Cherche s'il ne vient personne,
Et frissonne,
Toute mouillée au grand air."

 

C'est ainsi que Victor Hugo évoque, avec sensualité, Sara la baigneuse, dans un poème extrait des Orientales... La jeune femme, sortie du bain, ne peut que susciter l'attention des spectateurs...



Le mot "bain", issu d'un terme, latin 'balneum", est ancien : on ne s'en étonnera pas, car les romains pratiquaient l'art du bain, ils fréquentaient régulièrement les thermes, lieux de rencontres et de bien-être...


Les premières installations de bains datent de 2 500 ans av. J.-C. Les thermes sont, d'abord, privés et les thermes publics n'apparaissent qu'au premier siècle avant JC... Ces établissements avaient plusieurs fonctions : on s’y lavait, mais on y côtoyait, aussi, des amis, on y faisait du sport, on jouait aux dés, on se cultivait dans des bibliothèques, on pouvait y traiter de toutes sortes d' affaires ou se restaurer.


De nos jours, le bain, c'est souvent un moment de détente, dans une baignoire ou encore en été, une immersion dans la mer qui procure bonheurs et sérénité....


Ce mot d'une seule syllabe nous fait entrevoir une plongée soudaine dans l'eau : le nom vient, probablement, d'un verbe grec plus ancien, "bapto", qui signifie plonger....


On perçoit aussitôt la relation de sens avec le mot "baptême".


Le bain, c'est le contact avec la magie de l'eau, c'est le plaisir de se fondre dans cet élément qui nous apaise et nous apporte un réconfort unique...

Dans une baignoire, on goûte au bonheur du savon, de sa douceur, de ses parfums.

En mer, on se laisse porter par les vagues, les replis de l'eau, on se gorge de senteurs marines, d'embruns, on goûte aux éclats ensoleillés des flots...

Le mot lui-même, avec sa labiale initiale, sa voyelle nasalisée, nous laisse imaginer toute la fluidité de l'eau, ses élans, ses envolées, ses vagues...

Ce mot lumineux et dansant nous fait voir des rives ensoleillées, des calanques de pierres blanches qui dévalent les collines, une mer bleutée, aux embruns de blancs, des paysages d'été énivrés de candeurs.

On goûte, au petit matin, le plaisir de se baigner dans une crique, près de l'ombre des pins du midi, on se dore au soleil levant, on écoute les échos répétés des vagues, on se rafraîchit de bonheurs.

On s'exalte, aussi, des senteurs de pins mêlées à celles des ondes amères...

On se glisse dans l'onde salée, on se laisse porter par les flots, on entre dans un autre univers, léger, aérien, subtil...

On se fond dans l'élément marin, on s'enivre de couleurs, de lumières, d'éclats de vagues, on entend des bruissements d'eau, des clapotis.

On peut prendre, ensuite, un bain de soleil et de lumières...

Mais le bain est, dès les origines, lié à l'eau, car le verbe grec "bapto" signifie "plonger dans l'eau"...

L'eau, cet élément symbole de vie, nous apporte tant de bienfaits, tant de sensations diverses : couleurs, senteurs, fraîcheur ou chaleur, murmures apaisants...

L'eau n'est-elle pas associée à la sensualité, au bonheur des sens ?

Voilà un mot qui remonte à un terme grec très ancien, un mot qui nous permet de relier le présent et le passé, un mot riche d'histoires et de résonances !

 

 

 

Le poème de Victor Hugo :

 

http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/victor_hugo/sara_la_baigneuse.html

 

 

 

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24 juillet 2016 7 24 /07 /juillet /2016 13:02
Nuages légers du matin...

 

 

Le ciel d'été se pare, au petit matin, d'un léger nuage vaporeux qui se disloque peu à peu, pour devenir flocons d'écumes.

 

Le nuage s'évapore, se disperse en éclats de nuées subtiles, en poussières de cascatelles spumeuses.

 

On voit apparaître des résilles, des îlots qui se perdent dans le bleu du ciel, des archipels qui s'étirent sur l'azur...

 

Le nuage devient transparent, s'effiloche comme un tissu, une gaze évanescente.

Le nuage s'efface peu à peu, avec discrétion et délicatesse...

C'est, là, toute la douceur et l'élégance d'un matin d'été...

 

Le bleu de l'été absorbe le nuage, le dévore peu à peu et affirme sa souveraineté.

 

Le bleu s'empare du ciel : le nuage s'estompe et s'évanouit dans un tableau somptueux plein de sérénité.

Le bleu triomphe et resplendit de lumières....

 

Il reste quelques nuées ténues qui ornent le ciel et le font paraître plus bleu encore...

 

 

 

 

 

 

 

Photo : rosemar

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23 juillet 2016 6 23 /07 /juillet /2016 08:18
Le bon Dieu me le pardonne, mais chacun pour soi...

 

 

Une chanson qui fait du bien, en ces temps où le fanatisme religieux réapparaît... dérision et humour au service de la dénonciation...


Brassens nous livre, dans une de ses chansons, une histoire d'amour qui reste, à jamais, gravée dans sa mémoire, il semble, aussi, éprouver le besoin de l'évoquer, pour la faire revivre par les mots et la poésie.


Cette chanson intitulée "Je suis un voyou" commence par l'évocation de ce souvenir dont on perçoit toute la valeur, pour le poète : c'est"une histoire ancienne, un fantôme", certes, mais le vocabulaire de l'affectivité "coeur, amour" en suggère toute l'importance...

L'absolu de cet amour est aussi souligné par l'adverbe "à jamais"... Et le temps personnifié dans l'expression familière :"Le temps, à grand coups de faux, peut faire des siennes", ne peut effacer ce souvenir.

L'alternance du passé "j'aimais" et du présent "mon bel amour dure encore" met en évidence cet écoulement du temps...


 Le récit de la rencontre amoureuse fait songer à un véritable coup de foudre, puisque le poète en a perdu tout repère :

"J'ai perdu la tramontane

En trouvant Margot,
Princesse vêtue de laine,
Déesse en sabots..."

La jeune femme divinisée, transformée en "princesse" a bouleversé la vie du poète amoureux : on perçoit, là, un des lieux communs de la littérature sentimentale, mais Brassens sait renouveler ce thème en jouant du contraste entre les mots... la métamorphose de la "belle" n'en est que plus frappante... "La laine, les sabots" évoquent une personne d'origine humble et modeste, une simple paysanne, devenue une "déesse" pour les yeux de l'amoureux.

L'opposition entre les verbes "perdre" et "trouver" souligne bien, aussi, ce bouleversement...

Le thème de la femme-fleur vient compléter le portrait élogieux de la jeune femme. 
Margot comparée à une fleur, est, encore une fois, magnifiée par cette image :

"Si les fleurs, le long des routes,
S'mettaient à marcher,
C'est à la Margot, sans doute,
Qu'ell's feraient songer..."

Puis, le discours du poète insiste, à nouveau, sur son éblouissement, puisqu'il assimile son amoureuse à la "Madone"... une image qui suggère, encore, le thème religieux..

Quant à l'allusion au Bon Dieu, il s'agit d'un clin d'oeil de Brassens, lui qui a, si souvent, fustigé la religion et les bigots...

Les propos qui suivent montrent, d'ailleurs, le peu de cas qu'il fait de la religion :

"Qu'il me le pardonne ou non,
D'ailleurs, je m'en fous,
J'ai déjà mon âme en peine :
Je suis un voyou."

C'est ainsi que le poète a séduit la jeune fille, et a "mordu ses lèvres" alors qu'elle "allait aux vêpres, se mettre à genoux"...
Brassens restitue cette scène avec humour, en jouant à nouveau des contrastes, en évoquant les paroles de la "belle" :

Ell' m'a dit, d'un ton sévère :
"Qu'est-ce que tu fais là ?"
Mais elle m'a laissé faire,
Les fill's, c'est comm' ça..."

Le poète se met, aussi, avec dérision, en concurrence avec Dieu :

"Le Bon Dieu me le pardonne,
Mais chacun pour soi..."

On retrouve le vocabulaire religieux dans la suite du récit, ainsi que l'impatience de l'amoureux qui ne se retient plus.

"J'ai croqué dans son corsage
Les fruits défendus...
Puis j'ai déchiré sa robe,
Sans l'avoir voulu..."

La rupture est, enfin, racontée brièvement à la fin de la chanson, dans le dernier couplet...
Et la chanson se termine en boucle, avec cette expression : 

"J'ai perdu la tramontane
En perdant Margot,
Qui épousa, contre son âme,
Un triste bigot..."

On perçoit, encore, une "pique" contre certains fous de Dieu, des bigots, dont le poète se démarque, lui qui est un "voyou"...
Le poète imagine, alors, le destin de Margot entourée de "deux ou trois marmots qui pleurent, pour avoir leur lait..." Il rappelle, à cette occasion, qu'il a lui-même "têté leur mère", quand il était amoureux.

Le vocabulaire familier, la liberté de ton, les jeux de contrastes rendent cette chanson particulièrement savoureuse...

La mélodie rythmée et vivante nous entraîne avec elle dans cette histoire d'amour inoubliable et pleine d'humour...


 


 

Photo : rosemar

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20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 12:04
Les grands lézards chauds des feux du midi...

 

 

Pour le plaisir des mots : le lézard !


"Sous les noirs acajous, les lianes en fleur,
 Dans l'air lourd, immobile et saturé de mouches,
 Pendent, et, s'enroulant en bas parmi les souches,
 Bercent le perroquet splendide et querelleur,
 L'araignée au dos jaune et les singes farouches.
 C'est là que le tueur de boeufs et de chevaux,
 Le long des vieux troncs morts à l'écorce moussue,
 Sinistre et fatigué, revient à pas égaux.
 Il va, frottant ses reins musculeux qu'il bossue ;
 Et, du mufle béant par la soif alourdi,
 Un souffle rauque et bref, d'une brusque secousse,
 Trouble les grands lézards, chauds des feux de midi,
 Dont la fuite étincelle à travers l'herbe rousse.
 En un creux du bois sombre interdit au soleil
 Il s'affaisse, allongé sur quelque roche plate ;"
 


C'est ainsi que Leconte de Lisle évoque le jaguar, sa silhouette sombre et imposante qui fait fuir soudainement les lézards, dans un poème intitulé Rêve de jaguar...


Le lézard nous fait admirer ses formes sinueuses, au coeur de l'été : un corps fuselé et marqueté de marbrures et de motifs variés....

Le lézard surgit soudain d'une roche et nous surprend par sa rapidité ét sa vivacité car il est prompt à s'évanouir, aussi vite qu'il est apparu...

Beau reptile qu'on aimerait observer plus longuement, belle marqueterie de fins réseaux entrelacés...

Le mot aux sonorités de sifflante "z", de gutturale "r" semble montrer à la fois beauté et inquiétude, douceur et rudesse.

Le lézard évoque des animaux primitifs et lointains, des monstres originels qui fascinent et terrorisent.

Le lézard, un mur qui se lézarde, un mur en ruines qui s'écroule...

Le lézard suggère aussi cette menace, cette déchirure...

Le mot fait surgir les chaleurs lourdes de l'été, lorsqu'on aperçoit, au détour d'un chemin, sa longue silhouette, ses mouvements vifs, sa cambrure élégante.

Vision fugitive, éclats de lumières sous le soleil accablant de Provence, alors que les cigales répercutent leurs voix redoublées et intenses sur les paysages...

Vision éblouissante qui s'évanouit...

Ombre légère sur les pierres, le lézard fugitif laisse les empreintes de son image : des teintes de gris, de verts, des fuseaux subtils qui ondoient et disparaissent.

Il s'attarde, parfois, sur les murs embrasés des feux de l'été : il se laisse dorer par le soleil, devient bijou de lumières.

Le mot "lézard", venu du latin "lacertus" a des origines anciennes. Le poète Virgile utilise ce nom dans les Bucoliques : on voit, ainsi, dans un extrait de cet ouvrage, un lézard rechercher l'ombre des ronces pour échapper à la lourde chaleur qui enflamme les paysages....

Le lézard est associé au sud, à la Méditerranée, il aime les éboulis de pierres, les calanques.


Le lézard nous séduit par ses formes, ses couleurs, ses danses ondoyantes et légères, ses mosaïques surprenantes.





 

Les grands lézards chauds des feux du midi...
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17 juillet 2016 7 17 /07 /juillet /2016 12:10
L'arbre aux reflets...

 

 

Bois, ombres, lumières !

L'arbre, sur le canal, est habité de reflets ondoyants de lumières... penché sur l'eau, il s'abreuve de ces doux éclats qui le parcourent.

 

Il frémit de ces transparences d'eau qu'il reflète et répercute...

 

Les feuilles, les branches s'illuminent de ces vagues de clartés soudaines et fugitives.

L'arbre vit de ces enluminures subtiles, il s'anime, devient arbre de fête, il se pare d'argent...

 

Il rayonne et devient, lui-même, eau miroitante, agitée de frissons.

Il devient fluidité, ondoyances, source de lumières.

Le tronc, le feuillage ruissellent d'éclats.

 

Arbre magique et mytérieux ! L'arbre se peuple de nymphes, dryades, hamadryades, alséïdes.

 

Le marronnier se peuple de sylphes légers, aux tulles ondoyants.

Le tronc sombre se pare de cannetilles, les feuilles s'embrasent de lumières, comme si des déesses, au visage d'or, avaient surgi de l'onde.

Naïades sur l'arbre qui s'en emparent !

 

 

 

 

 

 

 

Photo et vidéo : rosemar

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16 juillet 2016 6 16 /07 /juillet /2016 16:03
I give her all my love...

 

 



L'amour a souvent inspiré les poètes : Ronsard, Gérard de Nerval, Victor Hugo, Verlaine, Aragon ont écrit leurs plus beaux textes sur ce thème éternel...


Parfois, c'est la simplicité évidente d'une chanson d'amour qui nous touche et nous émeut : un texte des Beatles "And I love her" restitue et traduit, ainsi, un amour limpide, plein d'évidence.

Le poème s'ouvre sur une offrande, avec le verbe "donner" : "I give her all my love".

Et cet amour semble suffire à combler toute une vie : "that's all i do". On perçoit, là, une plénitude, un absolu, grâce à l'emploi de ce pronom "all", "tout"... 


La subordonnée de condition qui suit : "If you saw my love" traduit une volonté de partager cet amour démesuré... Le poète, en utilisant la deuxième personne, semble vouloir communiquer à tous des sentiments si tendres.

Le verbe "give", "donner" revient comme un partage, puisque c'est la jeune fille qui en devient, ensuite, le sujet... Ce verbe est doublé et complété par un autre verbe de sens proche, répété à deux reprises : "to bring, apporter"

Le vocabulaire affectif souligne les propos "tenderly, kiss", "tendrement, baiser..."

L'évocation du ciel noir, des étoiles brillantes immuables souligne aussi cet amour sans faille, des images, certes conventionnelles, mais pleines d'harmonie et de simplicité...

L'adverbe "never"vient encore mettre en valeur une idée d'absolu : 

"A love like ours
 Could never die..."

Le refrain réitéré en fin de strophe "and i love her", suggère la permanence de cet amour.
 

La mélodie pleine de douceur complète le texte et le rythme d'une empreinte délicate et tendre...

Le mot "love" repris plusieurs fois, sous une forme verbale ou nominale souligne cette émouvante déclaration.

La simplicité du vocabulaire, de la syntaxe traduit une évidence, et l'on est sensible au charme de cette chanson.

Le pronom personnel "her" est mis en valeur par une prononciation prolongée et insistante, comme pour magnifier la jeune femme et en montrer toue l'importance.

La guitare qui accompagne ce morceau égrène des sons pleins de clarté et de limpidité...


Essentiellement écrite par Paul McCartney, cette chanson a été publiée le 10 juillet 1964 dans l'album A Hard Day's Night.



 

Le texte :


I give her all my love
 That's all I do
 And if you saw my love
 You'd love her too
 I love her


She gives me everything
 And tenderly
 The kiss my lover brings
 She brings to me
 And I love her


A love like ours
 Could never die
 As long as I
 Have you near me


Bright are the stars that shine
 Dark is the sky
 I know this love of mine
 Will never die
 And I love her


Bright are the stars that shine
 Dark is the sky
 I know this love of mine
 Will never die
 And I love her


Songwriters
 LENNON, JOHN / MCCARTNEY, PAUL



 

 

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12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 12:23
Déesse charmante, hâte-toi...

 

 

 

 

Chateaubriand reproduit, dans un extrait de son oeuvre, Les Mémoires d'outre-tombe, des poèmes de sa soeur Lucile : l'un d'entre eux est consacré à l'Aurore, ce moment particulier d'une journée où le monde s'éveille et se dore de teintes nouvelles... sublime poème empreint de sensibilité et de beauté.

Voici le texte de ce poème en prose :

 

L’AURORE.
« Quelle douce clarté vient éclairer l’Orient ! Est-ce la jeune Aurore qui entr’ouvre au monde ses beaux yeux chargés des langueurs du sommeil ? Déesse charmante, hâte-toi ! quitte la couche nuptiale, prends la robe de pourpre ; qu’une ceinture moelleuse la retienne dans ses nœuds ; que nulle chaussure ne presse tes pieds délicats ; qu’aucun ornement ne profane tes belles mains faites pour entr’ouvrir les portes du jour. Mais tu te lèves déjà sur la colline ombreuse. Tes cheveux d’or tombent en boucles humides sur ton col de rose. De ta bouche s’exhale un souffle pur et parfumé. Tendre déité, toute la nature sourit à ta présence ; toi seule verses des larmes, et les fleurs naissent. »

 

 

Comme dans la mythologie grecque, l'Aurore est personnifiée, grâce à l'emploi de la majuscule, elle est, aussi, présentée comme une déesse, une entité vivante dont elle a tous les attributs : "des beaux yeux, une robe, une ceinture, des pieds délicats, de belles mains, des cheveux d'or, une bouche..."

 

La personnification se poursuit avec l'utilisation de la deuxième personne et de l'impératif : "hâte-toi, quitte, prends", on entrevoit comme une impatience de la part de celle qui parle, comme si elle s'adressait familièrement à une enfant : l'Aurore apparaît si proche, si présente, si jeune.

 

Le portrait est à la fois vague et particulièrement élogieux, comme le suggèrent de nombreux adjectifs valorisants : "beaux yeux, déesse charmante, pieds délicats, belles mains, souffle pur et parfumé." On perçoit une beauté idéalisée, mais si vivante et si naturelle : les artifices ne sont pas utiles pour embellir la jeune femme.

Dès la première phrase, l'exclamation souligne, aussi, l'éloge...

 

L'auteur décrit l'aurore comme une jeune femme surprise à son réveil, qui ouvre des yeux encore embrumés de sommeil.

Chargée d'ouvrir les portes du jour, la déesse apparaît très humaine dans toute cette évocation.

Des couleurs chaleureuses et douces lui sont associées : "la robe de pourpre, tes cheveux d'or, ton col de rose"...

Et, aussitôt, on voit apparaître, sous nos yeux, toutes les teintes d'un jour naissant. 

Une sensation à la fois olfactive et tactile vient s'ajouter à cette sensation visuelle : "un souffle pur et parfumé", si bien que cette description apparaît très sensuelle.

L'Aurore suscite, enfin, la joie dès qu'elle apparaît : elle éclaire le monde, la nature et les hommes, de ses couleurs tendres ou éclatantes.

Et l'on voit soudain, à la fin du poème, les larmes de l'aurore qui peuvent symboliser la rosée du matin, dernière touche mélancolique et poétique du texte.

Les sonorités de sifflante et de chuintante qui ponctuent le texte contribuent à la douceur de cette évocation : "douce clarté... est-ce la jeune aurore, ses beaux yeux chargés des langueurs du sommeil... déesse charmante... la couche nuptiale... une ceinture... nulle chaussure ne presse..."

 

Imprégné de culture antique, ce poème écrit par la soeur de Chateaubriand suscite le rêve : un personnage divin prend vie sous nos yeux, il s'anime, devient une présence humaine.

 

 

Voici le commentaire de Chateaubriand lui-même sur les poèmes de sa soeur, Lucile :

"Les pensées de Lucile n'étaient que des sentiments; elles sortaient avec difficulté de son âme ; mais, quand elle parvenait à les exprimer, il n'y avait rien au-dessus. 


Elle a laissé une trentaine de pages manuscrites ; il est impossible de les lire sans être profondément ému. 
L'élégance, la suavité, la rêverie, la sensibilité passionnée de ces pages offrent un mélange du génie grec et du génie germanique." 

 

Mémoires d'Outre-Tombe



La biographie de Lucile de Chateaubriand :

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lucile_de_Chateaubriand

 

 

 

Photo : rosemar

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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 13:06
La pêche duveteuse aux saveurs de l'été...

 




La pêche, fruit du pêcher montre sa rondeur harmonieuse, aux beaux jours de l'été : une peau veloutée avec des nuances infinies de rouges, de jaunes, de brun foncé, une peau fine, subtilement parcourue de filaments.


Le fruit parfumé révèle des senteurs d'été, de soleil, de lumières... un univers d'odeurs et de douceurs car la peau invite, aussi, au toucher comme si elle était recouverte d'une fine pellicule de sucre transparent.


La pêche, fruit sensuel attire irrésistiblement le regard, par sa rondeur parfaite, ses couleurs irisées...


A l'intérieur, le fruit d'un jaune ou d'un beige clair  exhale des sucs inouis.


La chair translucide, brillante, comme laquée de bonheur, nous fait voir des saveurs rafraichissantes, elle s'épanouit en une surface lisse, glacée comme un lac de luminosité...

Au centre, le noyau montre ses aspérités rugueuses auxquelles s'accrochent quelques lambeaux de chair .

Le noyau rouge peut être savoureusement dégusté sans qu'on puisse l'avaler...

La pêche duveteuse aux saveurs de l'été nous apporte une harmonie de couleurs, de formes, de goût uniques...

La pêche, fruit de Perse nous invite à des bonheurs orientaux, à des plaisirs exotiques, à des joies infinies.

Ce mot "pêche" issu du latin "persica" nous fait voyager vers des rives lointaines : l'accent circonflexe le nimbe et l'auréole d'un charme particulier et lui confère une sorte de poésie...

 

Le mot avec sa labiale initiale, sa consonne chuintante, emplie de douceur nous convie aux bonheurs de l'été.







Photo : rosemar

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9 juillet 2016 6 09 /07 /juillet /2016 12:36
Regardez-les danser... dans les feux de l'aurore...

 

 

 

Quelle beauté et quelle cruauté dans ce poème de Théodore de Banville mis en musique par Georges Brassens ! Un poème sous forme de ballade, avec un refrain qui ponctue le texte....


Le cadre évoqué est une magnifique forêt, personnifiée dès le premier vers : on voit "ses larges bras étendus", belle image qui fait de la forêt un être humain. Le début du poème est empreint de douceur, et on assiste au réveil de la déesse "Flore" qui symbolise la nature, dans l'antiquité...


Mais cette forêt cache et recèle bien des horreurs : les branches ont servi de gibets et sont couvertes de pendus... Banville alterne, tout au long du texte, beauté, magnificence du décor et cruauté du sort réservé aux cadavres des pendus, ces sujets du "roi Louis", représentant d'un pouvoir absolu qui n'hésite pas à châtier des opposants, de pauvres gens sans doute....


La scène se passe le matin, à l'aurore, au lever du soleil, au moment où les doux rayons effleurent, caressent et dorent  la nature... tout est splendide et les pendus, eux-mêmes, deviennent "des chapelets, des grappes de fruits inouis" ! 


Quelle ironie dans ces images qui évoquent la religion et une nature luxuriante ! Plus loin, les pendus se mettent à "voltiger" dans l'air et à "danser dans les feux de l'aurore", vision d'horreur et de beauté, à la fois.

Le verbe "danser", associé à la mort, crée un effet de surprise et souligne l'horreur du tableau.

La nature est encore personnifiée, grâce à un impératif, puisque les cieux sont invités par le poète à "regarder" ce spectacle et cette chorégraphie macabre.


Toute la magnificence de l'aurore apparaît alors : "la rosée", l'azur qui commence à poindre, un "essaim d'oiseaux réjouis" qui gazouillent et "picorent gaiement" les têtes de ces malheureux pendus....


Le contraste entre la splendeur du décor et la vision des cadavres en suspension est saisissant... il permet, encore, de souligner la violence du châtiment, son injustice.


Les pendus, eux mêmes, qui "décorent" les arbres deviennent des images de beauté : le "soleil levant les dévore", et les cieux sont "éblouis" par leur sarabande !

Le décor semble s'illuminer  et se "tendre" de bleu, le soleil se métamorphose en "météore", comme pour souligner l'horreur du châtiment infligé aux suppliciés....


Les pendus semblent, d'ailleurs, devoir se multiplier puisqu'ils appellent d'autres pendus. On perçoit bien toute la cruauté du pouvoir royal, son pouvoir arbitraire puisque ce "verger" est celui du roi "Louis", idée reprise de manière insistante dans le refrain...


On ressent l'apitoiement du poète dans l'expression "ces pauvres gens morfondus"...


Les sonorités très douces du texte s'opposent à la vision atroce de ces suppliciés : la sifflante "s", la fricative"f", la chintante "ch" sont utilisées à maintes reprises et donnent une impression de douceur infinie....

 
"La forêt où s'éveille Flore, 
A des chapelets de pendus 
Que le matin caresse et dore. 
Ce bois sombre, où le chêne arbor
Des grappes de fruits inouïs..."

La gutturale "r", plus âpre, met en évidence la dureté du châtiment et sa violence.

Dans l'envoi final, on retrouve un contraste entre les misérables pendus confondus dans "un tas"et le décor qui est somptueux : "un tas de pendus enfouis Dans le doux feuillage sonore".
 
En associant ainsi la splendeur de la nature à l'horreur du châtiment, Banville dénonce d'autant mieux le sort réservé à ces sujets du roi : le lecteur ressent une émotion, une injustice révoltante.

 

La musique composée par Georges Brassens, très rythmée et lente restitue une ambiance moyenâgeuse et souligne la beauté du décor tout en insistant sur le message : une violence injuste et terrifiante.

 

Ce texte qui évoque le roi Louis comporte, aussi, une valeur intemporelle, puisqu'il dénonce l'horreur de tous les châtiments et de tous les pouvoirs arbitraires.

 

 

 

Le poème de Banville : 

 

http://www.crcrosnier.fr/mur4/prt4/banvillet4.htm

 

http://en.quetes.free.fr/archives/la-foret/articles/verger_banville.htm

 

 

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=LhamMj_T4TY&feature=youtu.be
 

 
 


   
  Photo : rosemar

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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 11:55
Le navire roulait sous un ciel sans nuages...

 

 



Pour le plaisir des mots : le navire !

 

C'est le moment de voyager, de prendre la mer sur des navires élégants, fiers coursiers qui traversent les ondes...

 Baudelaire évoque, souvent, dans son oeuvre, des rêves de voyage et d'évasion : il imagine des traversées sur des mers houleuses, vers des pays lointains. Dans un de ses poèmes, Le voyage à Cythère, on retrouve cette thématique :


"Mon coeur, comme un oiseau, voltigeait tout joyeux 
 Et planait librement à l'entour des cordages ; 
 Le navire roulait sous un ciel sans nuages ; 
 Comme un ange enivré d'un soleil radieux."



Le mot "navire" nous emporte sur des mers, aux flots sans cesse mouvants et ondoyants, des étendues infinies de bleu où le ciel et la mer se rejoignent et se confondent...

Il nous fait chavirer, avec ses voyelles bien distinctes, le "a" bien ouvert, le "i" plus aigu, la fricative "v", pleine de douceur, la gutturale "r", plus âpre...

Le mot nous fait goûter des embruns virevoltants, des odeurs d'écumes et de liberté, des envolées de mouettes sur la crête des vagues, des senteurs d'algues marines.

Envie de voyages et de découvertes, aventures sur les ondes, mystères... le navire, c'est, d'abord, l'épopée d'Ulysse, histoire fondatrice qui nous emmène sur les rives de la Méditerranée.

Le mot est issu, d'ailleurs, d'un ancien terme grec : "
ναῦς, naus", "le navire". Homère utilise ce nom, maintes fois, dans l'Odyssée.

On y voit des navires emportés par des vents favorables sur le "vaste dos des mers", "ἐπ᾽ εὐρέα νῶτα θαλάσσης", belle image qui sert à diviniser et personnifier l'étendue marine.


Le mot nous fait voir des voiles chahutées, aux teintes éclatantes sur le bleu des vagues, des cahots, des lumières éblouissantes de reflets sur les ondes...

Des chaloupes fragiles emportées par les flots, des tempêtes, des apaisements, le flux et le reflux, les paroles ondoyantes de la mer, ses fureurs...

Le mot semble révéler élégance et fragilité, il était, ainsi, féminin aussi bien en latin qu'en grec, avec les formes "navis" et "naus".

Le terme ancien "la nef" avait gardé cette marque pleine de charme.

On perçoit une sorte de délicatesse, de finesse, dans ce nom, plus que dans le terme "bateau", issu, lui, de l'anglais "bat", "boat".


"Le navire, la nef, naviguer, navigation, nautique, nautisme, nautonier, navette, internaute", de nombreux mots sont dérivés du nom "navis".

De là vient, aussi, le nom du "Nautilus", le sous-marin de l'oeuvre de Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers.


On perçoit des mots variés dont certains sont anciens, d'autres évoquent des réalités pleines de modernité : l'internaute est celui qui "navigue" sur internet.

On voit que ce radical, issu du grec ancien, "naus" a connu une belle continuité, il a traversé les siècles, nous est parvenu presque intact, avec, parfois, des évolutions de sens intéressantes.

 

Voilà un mot venu du passé qui nous fait voyager vers des îles lointaines, des paysages éblouis de soleils, des images d'étendue marine aux reflets étonnants...

Voilà un terme "homérique", par excellence, qui nous fait remonter à l'épopée primitive : l'Odyssée, les sources mêmes de notre littérature...

 


 

 

 

 

 

 

Le navire roulait sous un ciel sans nuages...
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