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19 février 2021 5 19 /02 /février /2021 13:02
Nous sommes tous les héritiers de Voltaire...

 

Voltaire incarne plus qu'un autre l'esprit des Lumières : il a combattu et dénoncé tous les fanatismes, il a lutté pour la liberté de penser. Voltaire s'est attaché à dénoncer le fanatisme religieux, les crimes commis par l'inquisition.

Il a pourfendu  toutes sortes d'injustices.

Une série télévisée diffusée sur France 2 met en scène la jeunesse de l'écrivain : une jeunesse aventureuse, comme l'indique le titre de la série, Les Aventures du jeune Voltaire.

Même si cette série prend quelques menues libertés avec la biographie de l'auteur, elle nous replonge dans une époque, et nous montre un jeune homme ambitieux, séducteur, empli de fougue, sans doute très proche de la réalité.

On entrevoit aussi bien sûr tout le talent de ce jeune écrivain désireux de se faire reconnaître à la cour, lui qui était  fils d'un simple bourgeois.

Fils de notaire, François-Marie Arouet est né en 1694 : il mène de brillantes études au Collège Louis-Le-Grand, et commence à écrire des vers.

Arouet quitte le collège en 1711 à dix-sept ans et annonce à son père qu’il veut être homme de lettres, et non avocat ou titulaire d’une charge de conseiller au Parlement.

La jeunesse mouvementée de Voltaire souligne bien sa volonté de combattre toutes sortes d'injustices.

Et on retrouve ce leitmotiv dans toute son oeuvre.

Voltaire s'attaque notamment à l'arrogance des nobles, il dénonce le règne et le pouvoir de l'argent.

 

Ainsi dans Candide, diverses péripéties emmènent le personnage jusqu'en Amérique du Sud, dans l'Eldorado, pays utopique, sorte d'idéal où l'argent n'a pas de valeur, où les gens sont généreux et accueillants, c'est bien l'envers du monde réel que nous présente ici Voltaire. Cet épisode qui se trouve au centre du conte revêt une importance capitale : c'est une critique du monde ordinaire où l'argent est la valeur suprême, où la générosité n'existe pas, où règnent la peur, l'appât du gain, la méfiance.

 

Voltaire critique encore les abus de pouvoir des rois et des courtisans.

Il met en évidence les horreurs de la guerre dont les principaux responsables sont les rois et les gouvernants, et dont les victimes sont souvent des populations civiles.

Voltaire se livre aussi à une satire de la religion et du clergé : il évoque des superstitions cruelles et inhumaines comme la pratique de l'autodafé.

Il fustige encore l'exploitation coloniale et l'esclavage qui ravale les êtres humains au rang d'objets.

Voltaire s'oppose à la torture et à la peine de mort.

Ecrivain engagé, Voltaire prépare et annonce la Révolution Française.

Son oeuvre diverse mérite d'être lue et relue tant elle est riche et passionnante.

"Voltaire, l'homme qui ne voulait pas se taire... " tels sont les derniers mots de la série télévisée présentée sur France 2.

Quoi qu'il en soit, nous sommes bien les héritiers de ses combats et de ses victoires contre l'obscurantisme et la barbarie.

 

Deux extraits célèbres :

 


Candide sur le champ de bataille, contre les Bulgares
"Rien n'était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une harmonie telle qu'il n'y en eut jamais en enfer. Les canons renversèrent d'abord à peu près six mille hommes de chaque côté ; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix mille coquins qui en infectaient la surface. La baïonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d'hommes. Le tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes. Candide, qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu'il put pendant cette boucherie héroïque.

    Enfin, tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum chacun dans son camp, il prit le parti d'aller raisonner ailleurs des effets et des causes. Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants, et gagna d'abord un village voisin ; il était en cendres : c'était un village abare que les Bulgares avaient brûlé, selon les lois du droit public. Ici des vieillards criblés de coups regardaient mourir leurs femmes égorgées, qui tenaient leurs enfants à leurs mamelles sanglantes ; là des filles éventrées après avoir assouvi les besoins naturels de quelques héros rendaient les derniers soupirs ; d'autres, à demi brûlées, criaient qu'on achevât de leur donner la mort. Des cervelles étaient répandues sur la terre à côté de bras et de jambes coupés."

 
Voltaire, Candide, 1748.

 

 

 

"Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère. Celui qui a des extases, des visions, qui prend des songes pour des réalités, et ses imaginations pour des prophéties, est un enthousiaste ; celui qui soutient sa folie par le meurtre est un fanatique.

Lorsqu'une fois le fanatisme a gangrené un cerveau, la maladie est presque incurable. J'ai vu des convulsionnaires(1) qui, en parlant des miracles de saint Pâris, s'échauffaient par degrés malgré eux : leurs yeux s'enflammaient, leurs membres tremblaient, la fureur défigurait leur visage, et ils auraient tué quiconque les eût contredits.

Il n'y a d'autre remède à cette maladie épidémique que l'esprit philosophique, qui, répandu de proche en proche, adoucit enfin les mœurs des hommes, et qui prévient les accès du mal, car, dès que ce mal fait des progrès, il faut fuir, et attendre que l'air soit purifié. Les lois et la religion ne suffisent pas contre la peste des âmes ; la religion, loin d'être pour elles un aliment salutaire, se tourne en poison dans les cerveaux infectés. Ces misérables ont sans cesse présent à l'esprit l'exemple d'Aod, qui assassine le roi Églon ; de Judith, qui coupe la tête d'Holopherne en couchant avec lui ; de Samuel, qui hache en morceaux le roi Agag. Ils ne voient pas que ces exemples, qui sont respectables dans l'Antiquité, sont abominables dans le temps présent ; ils puisent leurs fureurs dans la religion même qui les condamne.

Les lois sont encore très impuissantes contre ces accès de rage, c'est comme si vous lisiez un arrêt du conseil à un frénétique. Ces gens-là sont persuadés que l'esprit saint qui les pénètre est au-dessus des lois, que leur enthousiasme est la seule loi qu'ils doivent entendre."

 

VOLTAIRE, Dictionnaire philosophique.
 

 

https://www.france.tv/france-2/les-aventures-du-jeune-voltaire/2231571-jesuite-et-libertin.html

 

https://www.france.tv/france-2/les-aventures-du-jeune-voltaire/les-aventures-du-jeune-voltaire-saison-1/2231569-la-bastille-a-20-ans.html

 

https://www.france.tv/france-2/les-aventures-du-jeune-voltaire/les-aventures-du-jeune-voltaire-saison-1/2251811-courtisan-ou-rebelle.html

 

 

https://www.france.tv/france-2/les-aventures-du-jeune-voltaire/les-aventures-du-jeune-voltaire-saison-1/2251809-la-liberte-et-l-exil.html

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8 décembre 2020 2 08 /12 /décembre /2020 13:38
John Lennon, the dreamer... "Imagine !", dit le poète...


Il y a exactement 40 ans, John Lennon était assassiné le 8 décembre 1980 à New York... Fondateur des Beatles, il a composé de magnifiques mélodies... La plus célèbre : IMAGINE... Une belle utopie...

 

Un air de musique que tout le monde connaît ou reconnaît, une chanson qui a fait le tour du monde, une chanson dans laquelle le poète rêve d'un monde meilleur...

 

"Imagine !" dit le poète, il suffirait de supprimer de vaines croyances, comme le suggèrent les négations employées : "no heaven, aucun paradis, no hell, aucun enfer."

 

Et il faudrait garder à l'esprit seulement la beauté du ciel, au dessus de nous tous, pour réunir et rassembler le monde... "Above us, only sky."

 

L'utilisation du pluriel "all the people" marque une harmonie retrouvée, un désir d'union, enfin !

 

Et le poète souligne toute l'importance du présent dans lequel il faut vivre, car seuls le présent et la vie comptent :

"Imagine all the people,

Imagine tous les gens,
Living for today...
Vivant pour aujourd'hui..."

 

Le poète déroule, ensuite, tout ce qui sépare et désunit les êtres humains : "no countries, nothing, no religions", et, à nouveau, il a recours à de nombreuses négations, pour mettre en évidence l'inanité de tout ce qui divise les humains, des pays différents, des religions, pour lesquelles certains sont prêts à "tuer ou mourir", "kill or die".

 

Il imagine un monde de "paix."

Le poète se reconnaît comme "un rêveur", "a dreamer", et s'adressant à chacun de nous, grâce à la deuxième personne du singulier, il nous invite à le rejoindre dans ses rêves : 

"I hope some day you'll join us,
J'espère qu'un jour tu nous rejoindras,
And the world will live as one.
Et que le monde vivra uni..."

Rêvons à ce monde "sans possessions", "sans besoin d'avidité ou de faim", un monde de fraternité...

Un monde de partage et d'union...

"Imagine all the people,
Imagine tous les gens,
Sharing all the world...
Partageant tout le monde..."

 

Mais qui ne rêve de cette fraternité, qui ne rêve d'un monde apaisé et serein ?

"Je ne suis pas le seul à faire ce rêve", dit le poète, et "j'espère qu'un jour tu nous rejoindras"...

On perçoit toute l'universalité du texte, à travers cet emploi réitéré de la deuxième personne du singulier. Nous sommes tous concernés par cet appel à l'union, la fraternité...

La mélodie nous invite, aussi, à une forme d'harmonie retrouvée : doucement rythmée, elle nous conduit vers un crescendo d'apaisement.

 

Ecrite et composée en 1971 par John Lennon, cette chanson a été reprise maintes fois...

 

Il suffit juste d'imaginer...

 

 

 

Le texte :

 

https://www.lacoccinelle.net/243444-john-lennon-imagine.html

 

 

 

 

 

 

 

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21 octobre 2020 3 21 /10 /octobre /2020 08:30
Soutiens aux professeurs !

 

"Soutenez les profs !

Ce sont les pauvres soldats envoyés sans armes dans les territoires perdus de la république, non soutenus par tant de commentateurs les accusant de tous les défauts, non soutenus par une administration peureuse de tout. Soutenez les profs, rétablissez ainsi leur autorité au lieu de la saper à longueurs d’années de dénigrement. Nous  construisons tous la société dans laquelle nous vivons."

Tel est le commentaire d'un lecteur du journal Le Point. Un commentaire plein de vérité et de bon sens...

 

Un de ces soldats est mort, décapité par un fanatique.

Un de ces soldats a payé de sa vie le laxisme qui s'est installé dans nombre d'établissements...

 

Des parents qui portent plainte contre un professeur, parce qu'il fait un cours sur la liberté d'expression ? Et cela se passe en France ? Le pays des Lumières, le pays de Voltaire, de Montesquieu ! Ces Philosophes des Lumières qui ont oeuvré pour libérer les hommes de toutes croyances et superstitions.

 

Vilipendés, menacés, insultés, les enseignants vivent depuis des années des situations difficiles.

Comment enseigner sereinement dans de telles conditions ?

Souvent, ils ne sont pas soutenus par l'administration : surtout pas de vagues, surtout pas de scandales !

 

Il serait temps de prendre conscience de tous les efforts consentis par les enseignants.

Leur tâche est rude, complexe : classes surchargées, élèves dissipés qui en viennent à contester le contenu de l'enseignement.

 

Il n'est pas rare que des parents viennent demander des comptes sur les notes obtenues par les élèves, sur des punitions.

Il serait temps de rétablir l'autorité des enseignants trop souvent bafouée, il serait temps de redonner à ce métier son lustre d'autrefois.

 

Même leur savoir est contesté, mis en concurrence avec internet...

Si les ordinateurs peuvent être sources de culture, les enseignants restent les garants d'un savoir bien maîtrisé, ils sont à même de transmettre des connaissances en faisant appel à une connexion de savoirs : lectures, expériences, esprit critique...

 

Les enseignants sont mal payés, peu estimés : ce métier déprécié n'est plus valorisé dans une société du divertissement permanent.

Pour beaucoup, les profs seraient même des privilégiés ! Allons, donc, on n'arrive plus à recruter tant ce métier est "facile, bien payé, avec des vacances" ! Cherchez l'erreur !

 

 

 

 

 

 

Soutiens aux professeurs !
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20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 09:03
La nouvelle religion : Google et les GAFA...

 

 

Jeudi 14 septembre, dans la Grande librairie, le journaliste et critique littéraire François Busnel  recevait Yuval Noah Harari, universitaire israélien qui, dans son dernier ouvrage intitulé Homo Deus, s'intéresse au destin de l'espèce humaine.

 

Harari imagine l'émergence d'une nouvelle religion : "le dataïsme"... Il précise : Qu'est-ce que la religion si ce n'est une autorité qui domine les hommes ?

 

Autrefois, quand les hommes se posaient des questions, ils allaient trouver des réponses auprès des gens d'église : ils se tournaient vers Dieu, vers la Bible.

 

Avec le dataïsme, l'homme qui se posera des questions ira consulter des algorithmes. Des milliards de gens le font, la nouvelle source d'autorité aujourd'hui, c'est Google...

Bientôt, Google disposera de suffisamment de données pour hacker tous les humains.

 

Les êtres humains ne sont eux-mêmes, selon Harari, que des algorithmes biochimiques. On peut, alors, contrôler et manipuler les gens, d'une manière inédite, avec leur consentement et sans qu'ils en prennent vraiment conscience.

 

Harari imagine une apocalypse par du shopping : on peut créer des algorithmes qui comprennent tellement bien les gens que l'on saura sur quel bouton émotionnel appuyer pour leur vendre quelque chose.

Les robots vont vendre des choses aux hommes.

 

Pourra-t-on vraiment se déconnecter ? De plus en plus, des emplois, des entreprises demandent aux gens d'être connectés tout le temps.

Certains pays construisent même des sociétés de surveillance totale : c'est le cas en Israël... un état où tout le monde est surveillé, tout le temps.

Et il est possible de vendre ce système de surveillance totale à d'autres régimes.

 

Même la lecture qui passe de plus en plus par le numérique devient une occasion de surveiller le lecteur.

Des appareils comme le Kindle d'Amazon sont capables de recueillir des données sur les utilisateurs pendant qu'ils lisent : par exemple, à quelle page le lecteur marque une pause, quelle phrase fait abandonner le livre et avec un système de reconnaissance faciale, l'appareil saura quel effet aura eu telle phrase sur le rythme cardiaque du lecteur, il saura ce qui l'a fait rire, l'a rendu triste ou mis en colère.

Bientôt les livres vous liront, pendant que vous lisez..., affirme Harari dans une formule particulièrement frappante.

 

Grâce à ces données, Amazon choisira pour vous des livres avec une précision troublante, il vous connaîtra parfaitement, ajoute-t-il.

Les GAFA savent absolument tout de ceux qui sont connectés : et ce sera encore plus une servitude volontaire quand ces GAFA  nous promettront, par dessus tout, une meilleure santé.

Harari prévoit une bagarre entre la santé et la vie privée, et c'est la santé qui va gagner... Ainsi, les gens seront volontaires pour abandonner leur vie intime afin d'avoir de meilleurs soins.

 

En effet, quoi de plus précieux que la santé ? La santé est essentielle pour tout être humain.

Les gens accepteront, alors, de porter des capteurs biométriques : on pourra, ainsi, identifier précocement chez eux telle ou telle maladie.

 

Et comme tout le système économique est construit sur la croissance économique, on ne pourra arrêter le progrès de la technologie car aucun gouvernement n'envisage de stopper la croissance.

 

Les prévisions de Yuval Noah Harari semblent d'une évidence absolue : l'homme de demain, voué aux GAFA, sera dominé par des machines et ne pourra plus s'en passer.

Harari nous invite à une réflexion sur le futur : son ouvrage est aussi une mise en garde contre l'emprise des systèmes informatiques.


 

 

 

 

 

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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 13:35
Manchester : des enfants, des adolescents pris pour cibles...

 

 

 

Deux mois après l'attaque de Westminster, le Royaume-Uni a été de nouveau frappé par le terrorisme.

 

De nombreux morts, des blessés qui sont entre la vie et la mort.

 

Une explosion a retenti à l'extérieur de la salle de concert Manchester Arena, qui contient 21 000 places, alors que se terminait un concert, celui d'une chanteuse américaine : Ariana Grande.

 

Encore un symbole déjà visé par les terroristes : un lieu de divertissements, fréquenté par un public jeune, une salle de concerts.

 

La musique, la culture, les divertissements, le théâtre ont été pendant longtemps méprisés et vilipendés par les fanatismes religieux.

 

"Les religions monothéistes invitent à renoncer au vivant ici et maintenant : elles vantent un au-delà fictif, pour empêcher de jouir pleinement de l'ici-bas.", écrit Michel Onfray dans son Traité d'athéologie.

Et il rajoute ceci : "Leur carburant ? La pulsion de mort et d'incessantes variations sur ce thème."

Depuis les bûchers chrétiens d'autrefois jusqu'aux fatwas musulmanes d'aujourd'hui, c'est la mort, la mort toujours recommencée.

 

On assiste, ainsi, à une escalade interminable de la violence : les attentats se multiplient partout, et se succèdent, avec pour objectifs la mort, la haine de la vie.

"Attaque épouvantable... Ne pas céder à la terreur", dit-on, alors inlassablement.

Mais la terreur se perpétue.

 

J'ai de plus en plus l'impression que notre monde voit, ainsi, s'affronter deux terrorismes : celui d'une religion fanatique et mortifère et celui d'un  monde où règnent l'argent et la finance.

Des deux côtés, l'excès, la démesure s'imposent. Des deux côtés, la haine, le mépris de la vie.

La fracture est immense, la division est incommensurable.

 

Les pays riches vendent des armes à tout va : les guerres s'intensifient, les conflits perdurent, entretenus par les puissances de l'argent.

En face, les fanatismes religieux s'exacerbent et n'en finissent pas.

 

L'attentat de Manchester a été revendiqué par Daesh, en début d'après-midi.

 

 

 

 

 

 

 

Manchester : des enfants, des adolescents pris pour cibles...
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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 16:42
Dom Juan, le combat de Molière...

 


 

 

Dom Juan, personnage de séducteur n' a pas été inventé par Molière : celui-ci suit une tradition littéraire. Dom Juan est né en Espagne, en 1630, sous la plume d'un moine : Tirso de Molina.


Dans la pièce espagnole, Dom Juan,  vil séducteur, arrogant, plein de morgue, est puni à la fin de la pièce, et meurt, sous la vindicte divine, aprés s'être repenti... La pièce de Tirso de Molina a, donc, un but moralisateur : le libertin, celui qui s'affranchit de la foi et de la morale religieuse, est condamné irrémédiablement. Le moine Tirso de Molina oeuvre pour l'église et en défend les valeurs...


La pièce de Molière, elle, est plus ambiguë : certes, on retrouve le personnage de séducteur qui trompe les femmes sans vergogne, se moque d'elles : Dom Juan abandonne Done Elvire après l'avoir épousée, il séduit,  tour à tour, deux jeunes paysannes, Mathurine et Charlotte, leur promet le mariage et abuse de leur crédulité, il leur fait, même, croire qu'elles peuvent échapper à leur misérable condition de paysannes... 


Pourtant, Dom Juan fait preuve d'un certain courage : à la fin de la pièce, il affronte son destin, la mort, la vengeance divine, avec une audace, une détermination hors du commun : confronté à la présence divine, au surnaturel, il reste fidèle à lui-même, et refuse de se repentir.


Personnage sulfureux, cruel, séduisant, Dom Juan sait manier les mots, le discours qui lui sert à tromper, et il sait, à l'occasion, se faire poète dans ses propos sur le plaisir de la conquête...

Le héros de la pièce incarne une forme d'indépendance, refusant les conventions et les croyances de son temps. 

Quelles sont, donc, les intentions de Molière dans cette pièce ? Paradoxalement, alors que Molière met en scène un héros libertin, féroce, avide de plaisirs et de libertés, Dom Juan est avant tout une pièce de combat contre le fanatisme religieux qui triomphe au 17ème siècle.


Il ne faut pas oublier que la pièce a été écrite, juste après l'interdiction d'une autre pièce de Molière : Tartuffe. Les autorités religieuses sont intervenues, pour censurer cette oeuvre qui mettait en scène un faux dévot dangereux, ridicule et grotesque. Evoquer le thème religieux dans une comédie, voilà qui n'était pas du goût de certaines compagnies religieuses, notamment de la fameuse compagnie du Saint Sacrement !


Après l'interdiction de Tartuffe, Molière, directeur d'une troupe de théâtre, écrit immédiatement une autre pièce, pour occuper la scène et faire vivre ses acteurs : Dom Juan.

Dès lors, on ne s'étonnera pas de voir Molière s'attaquer à la religion, à ses représentants, surtout. Son but est de dénoncer le fanatisme religieux dont il vient d'être, lui-même, la victime.

Il faut, bien sûr, se livrer à cette critique avec une certaine subtilité, pour échapper à la censure. Ainsi, la pièce s'ouvre curieusement sur un éloge du tabac prononcé par Sganarelle, le valet de Dom Juan. Or le tabac était, à l'époque, interdit par l'église et les autorités religieuses. Molière, avec cet éloge amusant, défie le monde religieux, tout en le ménageant, car l'éloge est, aussi, quelque peu ridicule.


Par ailleurs, Molière revient sur le thème de l'hypocrisie religieuse qu'il a déjà voulu dénoncer dans Tartuffe : en effet, le personnage de Dom Juan feint, à l'acte V, une conversion religieuse, afin d'échapper aux reproches de son père et de la société : il s'agit, là, d'une tactique. Molière montre, ainsi, que les dévots ne sont, parfois, que des libertins déguisés, et qu'ils prennent le masque de la religion, pour commettre les pires méfaits... d'ailleurs, l'actualité révèle encore, hélas, que sous couvert de la religion, certains se livrent aux pires perversions...


Ainsi, curieusement, tout en peignant un libertin, un séducteur sans foi, ni loi, Molière dénonce la religion qui détient tant de pouvoirs en son temps, même celui de censurer ses pièces, même celui de se livrer aux pires excès, sous le manteau de la religion.

Le personnage de Sganarelle qui défend la religion face à son maître, fait preuve d'une piété quelque peu ridicule : ainsi, il met sur le même plan, la religion et les superstitions, comme le "loup garou"...

Certes, Dom Juan est puni, à la fin de la pièce, dans une mise en scène très spectaculaire, il est englouti dans les feux de l'enfer, dans une atmosphère d'apocalypse : tonnerre, foudre, éclairs... Mais il reste indompable, refuse de se repentir, et la pièce s'achève dans le rire, avec l'intervention finale de Sganarelle, le valet de Dom Juan qui se contente de regretter ses gages, alors que son maître vient de mourir. Le rire dénonciateur l'emporte, à la fin de la pièce.


Certains passages de Dom Juan furent censurés, coupés et interdits, dès les premières représentations. La pièce, elle-même, ne fut pas jouée très longtemps. Plusieurs scènes furent, à l'époque, jugées scandaleuses, notamment, l'éloge de l'inconstance prononcé par Dom Juan, propos subversifs par lesquels le personnage inverse les valeurs traditionnelles, ou encore la scène du pauvre placée au coeur même de la pièce : Dom Juan s'amuse à séduire un pauvre hère, essaie de le contraindre au blasphème, en lui proposant un louis d'or : le blasphème était un péché puni de mort au 17ème siècle...

Dom Juan se heurte, alors, à l'intransigeance du pauvre homme, à sa foi sincère car le vieil homme refuse de blasphémer.... Dom Juan apparaît, ici, comme un être diabolique, dans sa tentative de corrompre cet ermite et dans son désir de le séparer de Dieu.

La pièce a aussi le mérite de mettre en évidence les inégalités  qui divisent la société du 17 ème siècle : d'un côté, un libertin qui fait partie de la caste des nobles, qui s'amuse à séduire de jeunes femmes, de l'autre, des paysans et des paysannes qui parlent patois, qui se laissent facilement abuser par ce "grand seigneur, méchant homme."

Le personnage du pauvre ermite qui intervient, au coeur de la pièce, nous montre, aussi, toute la misère du petit peuple, et ce pauvre, malgré son désarroi, sait rester digne, car il refuse de blasphémer, face à la tentation du louis d'or que lui propose Dom Juan.

Au passage, Molière se livre, aussi, à une satire de la médecine de son temps, un thème récurrent dans son oeuvre... Sganarelle déguisé en médecin, faisant l'éloge de la médecine, la présente, en fait, comme une escroquerie, elle devient une sorte de "croyance", au même titre que la religion, et il suffit de porter un habit de médecin pour acquérir de la considération auprès des malades.


En tout cas, cette pièce pleine de subtilités, mélange de tragédie et de comédie, est bien une oeuvre de dénonciation et de combat : elle reste, hélas, plus que jamais d'actualité ! Le fanatisme religieux qui s'érige en censure est condamnable.

L'apparence de religion ou de bonté dont se couvrent certains pour commettre les pires actions doit être dénoncée. Les inégalités sont, encore, présentes dans notre monde et elles ont, même, tendance à s'aggraver, avec la crise et ses conséquences.

Ainsi, cette pièce qui dénonce des excès de toutes sortes, ceux de la religion, ceux des grands de ce monde, reste d'une grande modernité...




 

 

La tirade sur l'inconstance :

 



DON JUAN. - Quoi ? tu veux qu'on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu'on renonce au monde pour lui, et qu'on n'ait plus d'yeux pour personne ? La belle chose de vouloir se piquer d'un faux honneur d'être fidèle, de s'ensevelir pour toujours dans une passion, et d'être mort dès sa jeunesse à toutes les autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux ! Non, non : la constance n'est bonne que pour des ridicules ; toutes les belles ont droit de nous charmer, et l'avantage d'être rencontrée la première ne doit point dérober aux autres les justes prétentions qu'elles ont toutes sur nos cœurs. Pour moi, la beauté me ravit partout où je la trouve, et je cède facilement à cette douce violence dont elle nous entraîne. J'ai beau être engagé, l'amour que j'ai pour une belle n'engage point mon âme à faire injustice aux autres ; je conserve des yeux pour voir le mérite de toutes, et rends à chacune les hommages et les tributs où la nature nous oblige. Quoi qu'il en soit, je ne puis refuser mon cœur à tout ce que je vois d'aimable ; et dès qu'un beau visage me le demande, si j'en avais dix mille, je les donnerais tous. Les inclinations naissantes, après tout, ont des charmes inexplicables, et tout le plaisir de l'amour est dans le changement. On goûte une douceur extrême à réduire, par cent hommages, le cœur d'une jeune beauté, à voir de jour en jour les petits progrès qu'on y fait, à combattre par des transports, par des larmes et des soupirs, l'innocente pudeur d'une âme qui a peine à rendre les armes, à forcer pied à pied toutes les petites résistances qu'elle nous oppose, à vaincre les scrupules dont elle se fait un honneur et la mener doucement où nous avons envie de la faire venir. Mais lorsqu'on en est maître une fois, il n'y a plus rien à dire ni rien à souhaiter ; tout le beau de la passion est fini, et nous nous endormons dans la tranquillité d'un tel amour, si quelque objet nouveau ne vient réveiller nos désirs, et présenter à notre cœur les charmes attrayants d'une conquête à faire. Enfin il n'est rien de si doux que de triompher de la résistance d'une belle personne, et j'ai sur ce sujet l'ambition des conquérants, qui volent perpétuellement de victoire en victoire, et ne peuvent se résoudre à borner leurs souhaits. Il n'est rien qui puisse arrêter l'impétuosité de mes désirs : je me sens un cœur à aimer toute la terre ; et comme Alexandre, je souhaiterais qu'il y eût d'autres mondes, pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses.

 

La tirade sur l'hypocrisie : 

Dom Juan à Sganarelle :

Il n’y a plus de honte maintenant à cela : l’hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus. Le personnage d’homme de bien est le meilleur de tous les personnages qu’on puisse jouer aujourd’hui, et la profession d’hypocrite a de merveilleux avantages. C’est un art de qui l’imposture est toujours respectée ; et quoiqu’on la découvre, on n’ose rien dire contre elle. Tous les autres vices des hommes sont exposés à la censure et chacun a la liberté de les attaquer hautement, mais l’hypocrisie est un vice privilégié, qui, de sa main, ferme la bouche à tout le monde, et jouit en repos d’une impunité souveraine. On lie, à force de grimaces, une société étroite avec tous les gens du parti. Qui en choque un, se les jette tous sur les bras ; et ceux que l’on sait même agir de bonne foi là-dessus, et que chacun connaît pour être véritablement touchés, ceux là, dis-je, sont toujours les dupes des autres ; ils donnent hautement dans le panneau des grimaciers, et appuient aveuglément les singes de leurs actions. Combien crois-tu que j’en connaisse qui, par ce stratagème, ont rhabillé adroitement les désordres de leur jeunesse, qui se sont fait un bouclier du manteau de la religion, et, sous cet habit respecté, ont la permission d’être les plus méchants hommes du monde ? On a beau savoir leurs intrigues et les connaître pour ce qu’ils sont, ils ne laissent pas pour cela d’être en crédit parmi les gens ; et quelque baissement de tête, un soupir mortifié, et deux roulements d’yeux rajustent dans le monde tout ce qu’ils peuvent faire. C’est sous cet abri favorable que je veux me sauver, et mettre en sûreté mes affaires. Je ne quitterai point mes douces habitudes ; mais j’aurai soin de me cacher et me divertirai à petit bruit. Que si je viens à être découvert, je verrai, sans me remuer, prendre mes intérêts à toute la cabale, et je serai défendu par elle envers et contre tous. Enfin c’est là le vrai moyen de faire impunément tout ce que je voudrai. Je m’érigerai en censeur des actions d’autrui, jugerai mal de tout le monde, et n’aurai bonne opinion que de moi. Dès qu’une fois on m’aura choqué tant soit peu, je ne pardonnerai jamais et garderai tout doucement une haine irréconciliable. Je ferai le vengeur des intérêts du Ciel, et, sous ce prétexte commode, je pousserai mes ennemis, je les accuserai d’impiété, et saurai déchaîner contre eux des zélés indiscrets, qui, sans connaissance de cause, crieront en public contre eux, qui les accableront d’injures, et les damneront hautement de leur autorité privée. C’est ainsi qu’il faut profiter des faiblesses des hommes, et qu’un sage esprit s’accommode aux vices de son siècle.


Extrait de la scène 2 de l'acte V de Dom Juan - Molière

 

 

 

 

Dom Juan, le combat de Molière...
Dom Juan, le combat de Molière...
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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 15:39
Emmanuel Todd persiste et signe...

 

 

 

Emmanuel Todd persiste et signe, dans ses déclarations concernant les attentats qui ont visé Charlie Hebdo, et les manifestations qui ont suivi : il publie, même, un essai intitulé "Qui est Charlie ?", où il dénonce ce qu'il appelle "le laïcisme radical". J'avais écrit, il ya quelque temps, un article à ce sujet, et je m'étonnais des prises de position de cet essayiste...

Voici ce qu'il affirme encore :


« Lorsqu’on se réunit à 4 millions pour dire que caricaturer la religion des autres est un droit absolu - et même un devoir ! -, et lorsque ces autres sont les gens les plus faibles de la société, on est parfaitement libre de penser qu’on est dans le bien, dans le droit, qu’on est un grand pays formidable. Mais ce n’est pas le cas. (…) Un simple coup d’œil à de tels niveaux de mobilisation évoque une pure et simple imposture. »




Comment souscrire à des propos si outranciers ? Les gens qui se sont mobilisés contre les attentats meurtriers du 7 janvier ont voulu manifester, d'abord, une solidarité, un soutien aux familles de toutes les victimes qui n'étaient pas seulement des journalistes et des caricaturistes, mais aussi des policiers, un agent de maintenance, des gens ordinaires comme vous et moi.

Le slogan "je suis Charlie" a pu choquer certains... Pour ma part, il ne me choque pas : la France est, depuis longtemps, le pays de la libre-pensée, de la contestation et de la révolte.

L'esprit de Charlie-Hebdo, quoi qu'on en pense, c'est, aussi, cette volonté de préserver ce droit à s'exprimer, à dénoncer des religions, des idées.


En conscience, je pense que la plupart des français sont attachés à cet esprit : on peut ne pas apprécier certaines caricatures de Charlie-Hebdo, les trouver grossières, excessives, mais c'est, souvent, le propre de toutes les caricatures.

L'esprit rabelaisien, le grossissement, l'excès font partie de la satire : peut-on renier la valeur de ces critiques, y renoncer ?

L'esprit de Charlie Hebdo s'attaquait au fanatisme religieux, d'où qu'il vienne, et il ne s'agissait pas de piétiner une religion plutôt qu'une autre.

Les attaques contre la religion catholique ont été nombreuses dans ce journal...

Vive la dénonciation du fanatisme et de ses excès condamnables ! Vive la dénonciation de l'intolérance religieuse !

Ce serait un recul considérable que d'y renoncer... Ce serait un recul inconcevable que de ne pas s'indigner de la mort de victimes innocentes assassinées lâchement, dans des attentats indignes !


Défendre nos valeurs, un esprit de liberté, et de contestation, c'était aussi la volonté des gens qui sont descendus dans la rue, dans un élan de soutien et de solidarité...


Il nous a fallu des siècles, pour acquérir cette liberté d'expression qui nous est si chère, il faut continuer à la défendre, envers et contre tout.

Condamner le fanatisme religieux, ce n'est pas piétiner les croyants ou les mépriser, c'est souligner les excès de la religion, c'est en montrer toutes les horreurs...

Molière, Voltaire, en leur temps, ont dénoncé ces outrances et s'ils n'ont ni été condamnés à mort ni exécutés, ils ont dû affronter la censure...

Evoquer le sujet religieux était "tabou" au 17ème et au 18ème siècles : faut-il revenir en arrière, régresser, pour satisfaire Emmanuel Todd ?

Faudrait-il passer sous silence les excès de la religion, exactions, violences, terreurs, meurtres, assassinats ?


Les déclarations d'Emmanuel Todd vont à l'encontre de l'esprit de liberté qui est le nôtre... C'est dommage car on apprécie d'autres prises de position de ce sociologue qui, en l'occurrence, se trompe de cible en condamnant une volonté de s'associer à un esprit de liberté.

Je pense que l'émotion des gens était réelle, après les attentats contre Charlie-Hebdo, l'indignation également. Des gens ont été assassinés, et en conscience, personne ne pouvait rester indifférent face à ces horreurs... non, personne...

 

La France doit rester le pays de la liberté d'expression : tant de pays vivent sous d'autres lois, tant de pays connaissent l'horreur de la censure et de la répression...

Emmanuel Todd, lui-même, a le droit d'exprimer ses idées sur les manifestations du 11 janvier qui ont rassemblé les français.

Il a le droit de parler, de dire, de critiquer, et il faut continuer à défendre ce droit précieux qui est le nôtre.


 Article du 2 mars 2015 sur les déclarations d'Emmanuel Todd :


 http://rosemar.over-blog.com/2015/03/une-etonnante-declaration-d-emmanuel-todd.html

Lien du nouvel obs :
 
http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20150428.OBS8114/emmanuel-todd-le-11-janvier-a-ete-une-imposture.html

 

 

 

 

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