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12 janvier 2022 3 12 /01 /janvier /2022 09:41
Houellebecq sous haute protection !

 

Le nouveau roman de Michel Houellebecq est paru ce vendredi 7 janvier... le lendemain, je me rends en librairie pour le feuilleter avant de l'acheter... ce que je fais souvent, avant d'acheter un livre, quel qu'il soit...

Sur un rayon, bien en vue, de nombreux exemplaires du roman... ils étaient tous sous blister, un emballage plastique transparent.

 

J'entreprends alors de déchirer le blister, afin de feuilleter l'ouvrage.

Sacrilège ! La libraire se précipite vers moi, me tance, et m'arrache le livre des mains...

 

Je n'avais pas le droit de le feuilleter et d'en découvrir quelques extraits.

Je lui rétorque alors : "On n'a pas le droit de voir ce que l'on achète ? Tous les autres livres sont à disposition, et on peut les feuilleter..."

Peine perdue. La libraire emporte le livre pour le mettre à l'abri ! (Il est vrai que l'édition est soignée : une belle couverture cartonnée, un signet rouge...)

Aussitôt, je lui dis : "Bon, alors, je vais acheter le livre ailleurs ! Je rebrousse chemin en lui lançant : "Bonne après midi, Madame !"

J'ai trouvé cette dame très pointilleuse et ce n'est pas la première fois : c'est elle qui avait vertement réprimandé un client lorsqu'il avait simplement enlevé son masque anti-covid pour se moucher !

 

Je suis donc allée à la FNAC pour découvrir le livre...

Un exemplaire était en libre accès, je l'ai feuilleté et j'ai été aussitôt intriguée par un message crypté, illisible, écrit avec des caractères inconnus et mystérieux, au début du roman, et je l'ai acheté : peut-être serai-je déçue ?

J'avais particulièrement apprécié Soumission, Sérotonine : des romans emplis de surprises, d'humour.

 

Houellebecq a amorcé un renouveau en littérature : c'est un auteur atypique qui surprend, étonne, Houellebecq dépeint la déprime, la misère de l'homme moderne, mais il nous fait rire.

Et le rire est salvateur, bénéfique.

J'aime le personnage et j'aime l'écrivain : un auteur qui étonne, qui surprend par son humour décalé, par ses références au monde moderne, un auteur qui vit dans son temps et qui se fait l'écho de notre époque...

 

J'ai vu quelques critiques sur France Culture : elles ne sont pas bonnes.

"Un roman plat, ennuyeux, la construction est complètement bancale, un personnage plat..."

"Un roman de la banalisation de l'extrême-droite... un roman misogyne, un niveau de réflexion problématique..."

"Ce n'est même pas un roman d'anticipation..."

"Une grande place accordée au catholicisme : il montre l'horreur du monde sans Dieu, mais ce n'est pas original."

Bref, des critiques plutôt sévères...

De toutes façons, je lirai le roman pour m'en faire une idée précise...

A suivre, donc...

 

 

https://www.franceculture.fr/litterature/lire-ou-pas-aneantir-le-nouveau-roman-de-michel-houellebecq

 

https://www.franceinter.fr/emissions/parcours-critiques/michel-houellebecq-episode-4

Houellebecq sous haute protection !
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14 février 2019 4 14 /02 /février /2019 11:31
Houellebecq Sérotonine : La scène de rencontre...

 


Nombre de romanciers ont abordé ce thème, celui de la rencontre amoureuse ou du coup de foudre : ce motif est un lieu commun de la littérature sentimentale, il permet d'ouvrir des perspectives, de lancer un personnage dans une aventure amoureuse, d'orienter son destin.

 

Dans le roman de Houellebecq Sérotonine, on retrouve ce thème littéraire traité de manière moderne et originale.

La scène se passe sur le quai C de la gare de Caen... La gare est un lieu de rencontres où les gens se croisent. Mais, en fait, le narrateur a été dépêché afin d'accueillir une jeune stagiaire dans le service vétérinaire de son entreprise, la DRAF.

 

Le narrateur, Florent-Claude Labrouste, dans l'attente du train, se met à observer certains détails infimes, comme une "précognition bizarre", comme s'il se doutait que la rencontre à venir allait être décisive et essentielle...

Et qu'observe-t-il d'abord ? Entre les voies, il aperçoit des "plantes aux fleurs jaunes" dont il avait appris l'existence au cours de ses études d'ingénieur agronome... Les fleurs, on le sait, sont souvent associées à l'amour, à une forme de romantisme, et on voit ici qu'elles s'épanouissent dans un cadre urbain plutôt hostile : au milieu des pierres et du béton.

Puis, curieusement, le narrateur observe tout autre chose : "d'étranges parallélépipèdes, aux bandes saumon, ocre et bistre, il s'agissait en réalité du centre commercial "Les bords de l'Orne", une des fiertés de la nouvelle municipalité, les références majeures de la consommation y étaient présentes, de Desigual à The Kooples..."

On est sensible ici à une opposition évidente entre les fleurs et le centre commercial, symbole de modernité, emblème du libéralisme, de l'économie de marché, d'une société de marchandisation et de consommation.

Curieux rapprochement entre des fleurs et un centre commercial !

 

C'est comme si ce centre commercial représentait un danger pour l'amour qui va naître... On trouve d'ailleurs cette idée exprimée un peu plus loin dans le roman : "j'avais bien compris, déjà, à cette époque, que le monde social était une machine à détruire l'amour".

 

Puis, soudain, Camille apparaît : désignée simplement par le pronom "elle", le personnage envahit l'espace : le narrateur ne voit plus qu'elle.

Elle est très simplement associée à des verbes de mouvement : "Elle descendit les quelques marches métalliques de son wagon et se tourna vers moi."

Le narrateur remarque avec satisfaction qu'elle n'a pas de valise à roulettes, mais un sac en bandoulière, une preuve de dynamisme, de décontraction, d'anticonformisme, sans doute.

 

La jeune femme n'est absolument pas décrite : on ne sait pas si elle est grande, petite, brune, blonde, on ne voit pas les traits de son visage, comme si elle était une sorte d'archétype de la beauté et de l'amour. On sait seulement que "son regard était d'un brun doux."

Aucune parole n'est prononcée alors : c'est l'émerveillement de la rencontre qui se manifeste par des regards croisés et insistants, comme le suggère l'emploi de l'imparfait à valeur durative : "elle me regardait, et je la regardais, c'était absolument tout."

 

L'amour paraît ainsi comme une évidence, un absolu : on peut noter la sobriété de cette scène, dans le vocabulaire, aucune effusion, aucun trouble émotionnel, mais une grande complicité qui unit déjà les personnages.

On remarque aussi la simplicité du dialogue, la jeune fille se contente de dire : "Je suis Camille."

Puis, les deux personnages se dirigent vers la voiture garée à une centaine de mètres. Le silence les réunit.

La jeune femme se comporte avec naturel, et semble déjà très proche du narrateur.

 

Le temps lui-même semble se mettre à l'unisson des deux amoureux : "le temps était resplendissant, le ciel d'un bleu turquoise, presque irréel..."

 

Ce qui touche, dans cette scène de rencontre, c'est l'extrême simplicité de l'évocation : aucune grande effusion romantique, aucune description grandiloquente.

C'est l'évidence de l'amour qui se manifeste... un amour que le narrateur ne saura pas préserver, et on en trouve comme un indice dans la description du centre commercial... comme si la fin de l'amour était déjà inscrite et programmée avant même qu'il ne débute.

Ainsi, Michel Houellebecq renouvelle le thème de la rencontre amoureuse grâce à l'extrême sobriété du récit, et en l'inscrivant dans un cadre moderne et contemporain.

 

 

 

 

 

 

Houellebecq Sérotonine : La scène de rencontre...
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20 janvier 2018 6 20 /01 /janvier /2018 11:42
Une lectrice passionnée...

 

 

Pour célébrer la nuit de la lecture...

 


Dans un extrait de son autobiogaphie intitulée Enfance, Nathalie Sarraute rappelle ses souvenirs de jeune lectrice : elle évoque sa passion de la lecture, son plaisir de lire des romans d'aventures, peuplés de héros extraordinaires. Que lisait-elle, alors ? Elle se délectait des romans de Ponson du Terrail, mettant en scène les exploits de ce personnage, au nom célèbre, Rocambole..

 

On ne lit plus aujourd'hui les romans de Ponson du Terrail : beaucoup ignorent même le nom de cet auteur, mais tout le monde connaît cet adjectif aux sonorités éclatantes : "rocambolesque".

 

Qui est ce personnage au nom retentissant ? Qui est Rocambole ? Ce héros d'un roman-feuilleton du 19ème siècle fait, d'abord, partie d'une association criminelle "le club des valets de coeur" : c'est un criminel dangereux, prêt à tout pour faire fortune : il vole, il tue, et souvent, avec panache et humour... Finalement interpellé et envoyé au bagne, il en sort repenti et se met, alors, au service du bien : on assiste, alors, à un renversement complet de situation...

 

La narratrice analyse, en tant que lectrice, les liens qui la rattachent aux personnages... Nathalie Sarraute décrit ces liens comme une force invisible, comparable à un courant contre lequel on ne peut lutter : "je m'y jette, je tombe, impossible de me laisser arrêter... un courant invisible m'entraîne..."

 

Nathalie Sarraute évoque, aussi, un partage des aventures, des souffrances, des difficultés rencontrées par les héros de l'histoire, et aussi un partage de bonheurs. Elle s'identifie aux personnages du roman, elle devient elle même une héroïne et emploie la première personne : "je dois avec eux affronter des désastres, courir d'atroces dangers, lutter au bord de précipices, recevoir dans le dos des coups de poignard, être séquestrée, maltraitée... menacée..."

 

L'emploi du pronom "nous" est révélateur d'une véritable assimilation de la lectrice aux héros de l'histoire qu'elle lit. Cela la conduit à se reconnaître, comme à eux, des qualités héroïques, surhumaines : "un courage insensé, la noblesse, l'intelligence"...

 

On perçoit, aussi, l'angoisse vécue par la narratrice, à travers le lexique de la peur "les transes, les affres, craindre". Ce vocabulaire, très fort restitue une vive inquiétude. La ponctuation, les nombreux points de suspension traduisent cette angoisse.

 

Les situations sont vécues de manière intense, la narratrice vit avec les personnages, partage leurs angoisses et leurs émotions.

 

Les énumérations, les hyperboles, la ponctuation haletante soulignent l'intensité et les rebondissements de l'histoire.

 

Les intrigues romanesques font, bien sûr, appel à des schémas stéréotypés : alternance de malheurs et de bonheurs, une vision manichéenne du monde, une lutte constante entre les méchants et les gentils, des courses poursuites, des assassinats, des malheurs extrêmes.

 

Quant aux héros mis en scène dans ces oeuvres romanesques, ils sont dotés de toutes les qualités : de nombreux termes élogieux sont utilisés : "bonté, beauté, grâce, noblesse"...

Ces héros sont montrés en action : ils sont sujets de verbes d'action et de mouvement, et ils sont en opposition totale avec les êtres humains de l'environnement familial de la narratrice : ces êtres réels sont, quant à eux, associés à un vocabulaire péjoratif "gens petits raisonnables, prudents". Ils vivent dans un univers "étriqué".

 

Ainsi, Nathalie Sarraute décrit bien dans cet extrait les effets magiques de ses lectures : on perçoit une évasion, un dépaysement total, un oubli de la réalité.

On perçoit une passion dévorante pour la lecture...

 

Certes, ce type d'ouvrage n'apporte pas de véritable réflexion sur le monde, ce sont des romans de divertissement et d'évasion. D'ailleurs, on peut percevoir une intention parodique : Nathalie Sarraute, adulte, met, ainsi, en évidence une certaine inconsistance de ces romans d'aventures...

 

Mais ces oeuvres peuvent donner, dans un premier temps, le goût de la lecture et ce n'est pas négligeable, à notre époque où les adolescents, les yeux vissés sur leur portable, ne lisent plus...

 

Le texte :

 

 "Voici enfin le moment attendu où je peux étaler le volume sur mon lit, l'ouvrir à l'endroit où j'ai été forcée de l'abandonner… je m'y jette, je tombe… impossible de me laisser arrêter, retenir par les mots, par leur sens, leur aspect, par le déroulement des phrases, un courant invisible m'entraîne avec ceux à qui de tout mon être imparfait mais avide de perfection je suis attachée, à eux qui sont la bonté, la beauté, la grâce, la noblesse, la pureté, le courage mêmes… je dois avec eux affronter des désastres, courir d'atroces dangers, lutter au bord de précipices, recevoir dans le dos des coups de poignard, être séquestrée, maltraitée par d'affreuses mégères, menacée d'être perdue à jamais… et chaque fois, quand nous sommes tout au bout de ce que je peux endurer, quand il n'y a plus le moindre espoir, plus la légère possibilité, la plus fragile vraisemblance… cela nous arrive… un courage insensé, la noblesse, l'intelligence parviennent juste à temps à nous sauver…

C'est un moment de bonheur intense… toujours très bref… bientôt les transes, les affres me reprennent… évidemment les plus valeureux, les plus beaux, les plus purs ont jusqu'ici eu la vie sauve… jusqu'à présent… mais comment ne pas craindre que cette fois… il est arrivé à des êtres à peine moins parfaits… si, tout de même, ils l'étaient moins, et ils étaient moins séduisants, j'y étais moins attachée, mais j'espérais que pour eux aussi, ils le méritaient, se produirait au dernier moment… eh bien non, ils étaient, et avec eux une part arrachée à moi même, précipités du haut des falaises, broyés, noyés, mortellement blessés… car le Mal est là, partout, toujours prêt à frapper… Il est aussi fort que le Bien, il est à tout moment sur le point de vaincre… et cette fois tout est perdu, tout ce qu'il peut y avoir sur cette terre de plus noble, de plus beau… le Mal s'est installé solidement, il n'a négligé aucune précaution, il n'a plus rien à craindre, il savoure à l'avance son triomphe, il prend son temps… et c'est à ce moment-là qu'il faut répondre à des voix d'un autre monde…

« Mais on t'appelle, c'est servi, tu n'entends pas ? »… il faut aller au milieu de ces gens petits, raisonnables, prudents, rien ne leur arrive, que peut-il arriver là où ils vivent… là tout est si étriqué, mesquin, parcimonieux… alors que chez nous là-bas, on voit à chaque instant des palais, des hôtels, des meubles, des objets, des jardins, des équipages de toute beauté, comme on n'en voit jamais ici, des flots de pièces d'or, des rivières de diamants…

« Qu'est-ce qu'il arrive à Natacha ? » j'entends une amie venue dîner poser tout bas cette question à mon père… mon air absent, hagard, peut-être dédaigneux a dû la frapper… et mon père lui chuchote à l'oreille… « Elle est plongée dans Rocambole ! » L'amie hoche la tête d'un air qui signifie : « Ah, je comprends… » Mais qu'est-ce qu'ils peuvent comprendre… »"


Nathalie SARRAUTE, Enfance
  


 

 

 

 

 

 

 

 

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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 13:53
Giono : une magnifique évocation des forces cosmiques de la nature...

 

 


Dans son roman intitulé Regain, Jean Giono évoque le monde des paysans, il raconte la mort et la renaissance d'un village, Aubignane. 

C'est un couple qui est à l'origine de cette renaissance : Panturle et Arsule, grâce à leur amour, vont permettre ce renouveau.

Dans un extrait de ce roman, on voit les deux personnages revenir d'un grand marché d'été : ils retrouvent, après les bruits de la ville, un monde simple, harmonieux.

 

Voici l'extrait :


"Ils sont partis par la route de Saint-Martin ; ça fait raccourci.


Il y a eu d'abord un grand peuplier qui s'est mis à leur parler. Puis, ça a été le ruisseau des Sauneries qui les a accompagnés bien poliment en se frottant contre leur route, en sifflotant comme une couleuvre apprivoisée ; puis, il y a eu le vent du soir qui les a rejoints et qui a fait un bout de chemin avec eux, puis les a laissés pour de la lavande, puis il est revenu, puis il est reparti avec trois grosses abeilles. Comme ça. Et ça les a amusés.


Panturle porte le sac où sont tous les achats. Arsule, à côté de lui, fait le pas d'homme pour marcher à la cadence. Et elle rit.


Il est venu alors la nuit et c'était le moment où, sortis du bois, ils allaient glisser dans le vallon d'Aubignane ; il est venu alors la nuit, la vieille nuit qu'ils connaissent, celle qu'ils aiment, celle qui a des bras tout humides comme une laveuse, celle qui est toute brillante de poussière, celle qui porte la lune.


On entend respirer les herbes à des kilomètres loin. Ils sont chez eux.
Le silence les pétrit en une même boule de chair."
 

 

La nature apparaît, d'abord, comme une entité vivante et on perçoit, là, une conception paysanne et animiste du monde. Le procédé de personnification est abondamment utilisé : "un grand peuplier s'est mis à leur parler... un ruisseau sifflotant... on entend respirer les herbes... la nuit qui a des bras tout humides comme une laveuse..."

La nature est, aussi, associée à de nombreux verbes de mouvement : "le ruisseau des Sauneries les a accompagnés... le vent du soir les a rejoints... a fait un bout de chemin avec eux, puis il les a laissés... il est revenu, il est reparti avec trois grosses abeilles..."

En fait, au cours de cette promenade, les personnages semblent ne pas se déplacer eux-mêmes, mais c'est la nature qui est, sans cesse, en mouvement : les différents éléments du paysage défilent sous leurs yeux : "le peuplier" qui représente la terre, "le ruisseau", l'eau, le "vent du soir" ou l'air, "la nuit brillante qui porte la lune" ou le feu...

Les 4 éléments composent un tableau harmonieux et plein de vie.

Le mouvement est aussi suggéré par des propositions indépendantes juxtaposées et l'emploi récurrent de l'adverbe "puis".

Le rythme est léger, sautillant et correspond bien à celui d'une promenade. La nature humanisée apparaît comme une force vivante, mystérieuse, qui agit.

De plus, cette nature est complice des deux personnages ; amicale, elle semble connaître les deux héros de l'histoire, elle entre en contact avec eux, elle leur "parle", elle les côtoie familièrement : "le ruisseau les a accompagnés en se frottant contre leur route..."

De nombreux termes soulignent cette complicité : "accompagnés, apprivoisée, le vent les a rejoints, ils connaissent, ils aiment".

Le style très simple correspond bien aux personnages : Giono emploie le présent et le passé composé qui sont les temps du discours. Il utilise, à plusieurs reprises, le pronom familier "ça", ou encore l'expression "il y a", des mots simples : "puis, alors".

Le mot "ça" réitéré peut suggérer une sorte de force inconnue et mystérieuse présente dans la nature.

Le couple lui-même est complice : Arsule suit le rythme de Panturle, "elle fait le pas d'homme pour marcher à la cadence."

On assiste à une communion intense des personnages qui arrivent à ne faire plus qu'un seul être : "le silence les pétrit en une même boule de chair..."

Giono fait intervenir, dans cet extrait, un style poétique et lyrique.

Il a recours à des images : le ruisseau est comparé à "une couleuvre", la nuit à "une laveuse aux bras tout humides", elle "porte la lune", image d'une mère qui porte son enfant en elle.

On perçoit des répétitions, des anaphores : "Il est venu alors la nuit... il est venu alors la nuit", deux octosyllabes qui créent un rythme régulier.

Cette construction impersonnelle "il est venu" peut restituer le mystère d'une force inconnue qui régit le monde.

L'allitération de la sifflante "s" contribue à donner au texte une impression de douceur, d'harmonie, de poésie.

 

Dans cet extrait, la nature apparaît à l'image du dieu Pan comme une grande force cosmique, dotée de volonté et de vie. Bienveillante, elle permet une union harmonieuse de l'homme et de la femme, elle permet de retrouver les vraies valeurs : celles de l'amour, de la simplicité, de la complicité avec le monde...

 

 

 

 

Le texte :

"Ils sont partis par la route de Saint-Martin ; ça fait raccourci.

Il y a eu d'abord un grand peuplier qui s'est mis à leur parler. Puis, ça a été le ruisseau des Sauneries qui les a accompagnés bien poliment en se frottant contre leur route, en sifflotant comme une couleuvre apprivoisée ; puis, il y a eu le vent du soir qui les a rejoints et qui a fait un bout de chemin avec eux, puis les a laissés pour de la lavande, puis il est revenu, puis il est reparti avec trois grosses abeilles. Comme ça. Et ça les a amusés.

Panturle porte le sac où sont tous les achats. Arsule, à côté de lui, fait le pas d'homme pour marcher à la cadence. Et elle rit.

Il est venu alors la nuit et c'était le moment où, sortis du bois, ils allaient glisser dans le vallon d'Aubignane ; il est venu alors la nuit, la vieille nuit qu'ils connaissent, celle qu'ils aiment, celle qui a des bras tout humides comme une laveuse, celle qui est toute brillante de poussière, celle qui porte la lune.

On entend respirer les herbes à des kilomètres loin. Ils sont chez eux.

Le silence les pétrit en une même boule de chair."

 


 

 

 

 

 

Photos : rosemar

 

Giono : une magnifique évocation des forces cosmiques de la nature...
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24 mars 2017 5 24 /03 /mars /2017 14:29
Madame de La Fayette enfin réhabilitée...

 

 

 


Justice est rendue,  enfin, à cette grande romancière du 17 ème siècle, Madame de La Fayette : elle sera intégrée parmi les auteurs au programme du Baccalauréat littéraire.

 

On se souvient du mépris affiché par Nicolas Sarkozy, à l'égard de cet auteur : il s'était alors étonné qu'un de ses ouvrages, La Princesse de Clèves figure au programme d'un concours administratif.

 

Il est vrai que Nicolas Sarkozy semblait avoir une certaine défiance envers la culture et les intellectuels : on se souvient qu'une de ses cibles préférées était les enseignants... suppression de postes, suppression de l'année de stages pour les professeurs nouvellement nommés, une succession de mesures qui mettaient en évidence un manque de considération pour le monde de l'éducation et de la culture.

 

Il avait notamment déclaré :"L’autre jour, je m’amusais, on s’amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d’attaché d’administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d’interroger les concurrents sur la Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu’elle pensait de la Princesse de Clèves... Imaginez un peu le spectacle !", avait-il affirmé.

Effectivement, "on s'amuse comme on peut'...

Comme si la culture devait être à tout prix utile...

Ce discours très critique révélait bien un dédain pour la culture, avec des termes fortement péjoratifs " sadique, imbécile"...

 

Pourtant, ce roman de Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves, représente un jalon essentiel dans notre littérature : premier roman d'analyse psychologique, il évoque une histoire d'amour impossible.

 

Cette année, c'est une autre princesse qui est, quant à elle, mise à l'honneur : La princesse de Montpensier, une nouvelle de Madame de La Fayette qui sera intégrée dans le programme du baccalauréat littéraire en 2018 : voilà une belle initiative qui intervient après la pétition lancée par une enseignante de français d'Alfortville. "La Princesse de Montpensier", écrite par Mme de La Fayette en 1662, est inscrite au programme 2018, avec son adaptation cinématographique par Bertrand Tavernier, qui date de 2010."

 

Françoise Cahen, professeur de français au lycée d'Alfortville avait lancé en mai 2016 une pétition demandant à la ministre de l'Education Najat Vallaud-Belkacem de "donner leur place aux femmes dans les programmes de la littérature de bac L". Soulignant que "jamais un auteur femme n'a été au programme de littérature en terminale L".

 

Voilà un oubli qui est enfin réparé.

Voilà une réhabilitation bien venue...

 

Tant de femmes écrivains méritent, aussi, d'être célébrées et mises à l'honneur : Colette, Marguerite Yourcenar, Georges Sand, Nathalie Sarraute,  Madame de Sévigné, Louise Labé...

 

On peut rappeler, à cette occasion, que La Princesse de Montpensier évoque des thèmes éternels : les difficultés d'aimer, la jalousie, la rancoeur des êtres humains, leur convoitise, leur insatisfaction.

Cette nouvelle permet de découvrir aussi un contexte historique : le 16 ème siècle et les guerres de religion.

Le style conforme au classicisme est fait de pudeur et de retenue, le récit a une valeur morale.

 

 

Le texte :

 

https://fr.wikisource.org/wiki/La_Princesse_de_Montpensier

 

 

 

 

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