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22 juillet 2020 3 22 /07 /juillet /2020 11:03
Qu'est-ce qu'un personnage de roman ?

 

C'est en général un être de fiction... il peut être plus rarement une personne ayant réellement existé : c'est le cas pour un personnage historique dans certains romans historiques.

 

I Le personnage de roman est présenté souvent comme un véritable individu : l'auteur veut produire un effet de réel.

 

1) Comme une personne réelle, un personnage de roman ressent des émotions, éprouve des sentiments, a des idées. Par exemple, Mouret dans Au bonheur des Dames éprouve des sentiments de fierté, a envie de dominer "son peuple de femmes", Des Grieux est passionnément amoureux de Manon Lescaut.

 

2) C'est aussi un être social : le personnage s'inscrit dans une époque, il fait partie d'une communauté dont il partage les valeurs morales, religieuses. Ainsi, l'abbé Prévost fait référence aux valeurs morales de son époque, notamment les valeurs religieuses. La passion amoureuse semble par certains aspects condamnable : elle conduit au mal, aux vices... Des Grieux vole, triche, tue même pour l'amour de Manon.

 

3) Le personnage de roman a un état civil : un nom, un prénom, un âge, une nationalité, il vit dans une société précise, appartient à une famille. Des Grieux est un noble, Manon Lescaut une fille du peuple : les noms des personnages sont révélateurs.

 

4) Le personnage existe physiquement et psychologiquement : les descriptions sont plus ou moins détaillées. On les entend parler... Les discours directs ou indirects révèlent leurs origines, leur personnalité.

Le personnage peut avoir un passé, un avenir.

5) Il existe des personnages-types : il arrive qu'un personnage incarne, symbolise ( parfois jusqu'à la caricature ) un défaut ou une qualité. Ainsi le père Grandet, dans le roman de Balzac, est le type de l'avare.

Manon Lescaut représente la femme fatale, Des Grieux l'homme passionné, Georges Du Roy l'ambitieux.

 

6) L'évolution d'un personnage : un personnage est souvent pris dans un processus de transformation, il construit son destin à travers des expériences.

Des Grieux, après avoir rencontré Manon, se transforme radicalement.

 

II Le statut narratif du personnage

 

1° On distingue les héros et les personnages secondaires.

Le héros est le personnage principal, il porte l'action du début à la fin du roman.

Les personnages secondaires participent peu ou moins à l'action mais peuvent intervenir dans le destin des héros.

 

2) Les fonctions des personnages

Ils peuvent être moteurs de l'action, ou faire-valoir (Tiberge, l'ami de Des Grieux reste un personnage un peu terne.)

Ils peuvent représenter une profession : mineur (Lantier dans Germinal), une classe sociale : la bourgeoisie (Madame Bovary), une valeur : l'honnêteté (Eugénie Grandet).

Ils peuvent représenter une époque : Manon Lescaut symbolise bien la société frivole de la Régence.

René de François-René de Chateaubriand représente bien le héros romantique tourmenté en proie à des doutes, au Mal du siècle.

3) Le personnage peut susciter l'admiration, la sympathie ou l'antipathie. L'auteur choisit de le présenter à son gré.

Georges Du Roy est un arriviste, un ambitieux qui réussit grâce aux femmes : il est antipathique.

Des Grieux suscite la sympathie, malgré la déchéance qu'il connaît, Manon Lescaut également, malgré ses défauts.

Il faut donc penser à observer les caractérisations des personnages : vocabulaire élogieux ? péjoratif ?

Noms des personnages ? ou absence de noms donc absence d'identité.

Portrait moral ? Portrait physique ? Portrait en action ?

Discours ou absence de discours quand le personnage n'a pas droit à la parole.

 

 

Conclusion :

Le personnage est essentiel dans le roman traditionnel. Il représente souvent les valeurs d'une époque, une vision du monde.

Il est souvent proche d'un individu réel : l'auteur nous donne une impression de réalité, d'authenticité.

Mais, dans le Nouveau roman, au vingtième siècle, on rejette le réalisme du 19ème siècle : les personnages perdent de leur consistance, ils sont parfois désignés par de simples initiales. Les objets deviennent plus importants que les personnages. Les objets de consommation courante sont, plus que les protagonistes, les véritables héros du roman...

 

 

 

Qu'est-ce qu'un personnage de roman ?
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27 septembre 2019 5 27 /09 /septembre /2019 12:29
Un spectacle empli d'émotions : Victor Hugo, un géant dans son siècle...

 

Ecouter la voix de Victor Hugo, l'écouter raconter son parcours, l'entendre dire ses poèmes : c'est là le sujet d'un spectacle plein d'émotions qui évoque la vie et l'oeuvre d'un des plus grands poètes que la France ait connu.

  A la fin de sa vie, le poète se raconte. Né en 1802, il mourra en 1885, embrassant à lui seul ce XIXe siècle à la fois corseté moralement et génial sur le plan culturel. 

 

Le spectacle est ponctué par des extraits de poèmes et des airs d'accordéon qui viennent souligner les événements de la vie de l'écrivain.

"Je m'appelle Hugo Victor-Marie, je suis né le 26 février 1802 à Besançon..." c'est ainsi que se présente l'écrivain...

 

"Ce siècle avait deux ans ! Rome remplaçait Sparte,
Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte,
Et du premier consul, déjà, par maint endroit,
Le front de l'empereur brisait le masque étroit.
Alors dans Besançon, vieille ville espagnole,
Jeté comme la graine au gré de l'air qui vole,
Naquit d'un sang breton et lorrain à la fois
Un enfant sans couleur, sans regard et sans voix ;
Si débile qu'il fut, ainsi qu'une chimère,
Abandonné de tous, excepté de sa mère,
Et que son cou ployé comme un frêle roseau
Fit faire en même temps sa bière et son berceau.
Cet enfant que la vie effaçait de son livre,
Et qui n'avait pas même un lendemain à vivre,
C'est moi. "

 

"Mon père alors capitaine sera plus tard général et Comte de l'empire, il épouse en 1797 Sophie Trébuchet à Paris, mes parents auront deux autres fils, Abel et Eugène..."

 

Et le père entraîne toute sa famille sur les routes de France  et d'Europe et l'emmène dans ses campagnes, en Italie, en Espagne...

Le jeune Hugo n'aura que des contacts épisodiques avec son père dont la séparation avec sa mère a été difficile à vivre, même si ce père restera à jamais pour Victor un héros...

 

On entend alors ce poème célèbre :

"Mon père, ce héros au sourire si doux,
Suivi d’un seul housard qu’il aimait entre tous
Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille,
Parcourait à cheval, le soir d’une bataille,
Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit.
Il lui sembla dans l’ombre entendre un faible bruit.
C’était un Espagnol de l’armée en déroute
Qui se traînait sanglant sur le bord de la route,
Râlant, brisé, livide, et mort plus qu’à moitié.
Et qui disait:  » A boire! à boire par pitié !  »
Mon père, ému, tendit à son housard fidèle
Une gourde de rhum qui pendait à sa selle,
Et dit: « Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé.  »
Tout à coup, au moment où le housard baissé
Se penchait vers lui, l’homme, une espèce de maure,
Saisit un pistolet qu’il étreignait encore,
Et vise au front mon père en criant: « Caramba!  »
Le coup passa si près que le chapeau tomba
Et que le cheval fit un écart en arrière.
« Donne-lui tout de même à boire », dit mon père."

 

Victor Hugo passe aussi une partie de son enfance à Paris au 8 rue des Feuillantines dans cet ancien couvent vendu comme bien national à la Révolution.

 

Et c'est aux Feuillantines que le jeune Hugo découvre avec ses frères les merveilles de la lecture :

"Mes deux frères et moi, nous étions tout enfants.
Notre mère disait: jouez, mais je défends
Qu'on marche dans les fleurs et qu'on monte aux échelles.

Abel était l'aîné, j'étais le plus petit.
Nous mangions notre pain de si bon appétit,
Que les femmes riaient quand nous passions près d'elles.

Nous montions pour jouer au grenier du couvent.
Et là, tout en jouant, nous regardions souvent
Sur le haut d'une armoire un livre inaccessible.

Nous grimpâmes un jour jusqu'à ce livre noir ;
Je ne sais pas comment nous fîmes pour l'avoir,
Mais je me souviens bien que c'était une Bible.

Ce vieux livre sentait une odeur d'encensoir.
Nous allâmes ravis dans un coin nous asseoir.
Des estampes partout ! quel bonheur ! quel délire!

Nous l'ouvrîmes alors tout grand sur nos genoux,
Et dès le premier mot il nous parut si doux
Qu'oubliant de jouer, nous nous mîmes à lire.

Nous lûmes tous les trois ainsi, tout le matin,
Joseph, Ruth et Booz, le bon Samaritain,
Et, toujours plus charmés, le soir nous le relûmes.

Tels des enfants, s'ils ont pris un oiseau des cieux,
S'appellent en riant et s'étonnent, joyeux,
De sentir dans leur main la douceur de ses plumes."

 

Le poète évoque aussi ses débuts littéraires, son mariage avec Adèle Foucher qu'il avait rencontrée aux Feuillantines alors qu'il avait huit ans. Cinq enfants naîtront de cette union : Léopold, Léopoldine, Charles, François-Victor et Adèle.

 

Puis, c'est le récit détaillé et haut en couleurs de la bataille d'Hernani... en 1830, les représentations de la pièce resteront célèbres comme terrain d'affrontement entre classiques et la nouvelle génération des romantiques qui aspirent à une révolution de l'art...

 

Bien sûr, Hugo raconte aussi sa rencontre avec Juliette Drouet, le début d'une merveilleuse histoire d'amour...

Puis, les romans Bug-Jargal, Claude Gueux, Le dernier jour d'un condamné, Notre Dame de Paris, Les Misérables, l'Homme qui rit...

 

1843 : une année terrible, Léopoldine meurt tragiquement dans la Seine à Villequiers, noyée avec son mari, Charles Vacquerie.

Et on est ému par un des plus célèbres poèmes de Victor Hugo : Demain, dès l'aube...

 

Cette même année, Hugo tombe éperdument amoureux de Léonie d'Auney, avec qui il va avoir une liaison de 7 ans.

 

Puis, Hugo commence à s'intéresser à la politique et aux questions sociales, nommé maire du huitième arrondissement de Paris et député de la deuxième république en 1848, en 1849, il est élu à l'assemblée législative.

C'est là qu'il prononce le magnifique discours sur la misère :

 

"Je ne suis pas, Messieurs, de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en ce monde, la souffrance est une loi divine, mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère.

Remarquez-le bien, Messieurs, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. La misère est une maladie du corps social comme la lèpre était une maladie du corps humain ; la misère peut disparaître comme la lèpre a disparu. Détruire la misère ! Oui, cela est possible. Les législateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse ;  car, en pareille matière, tant que le possible n’est pas le fait, le devoir n’est pas rempli. 

La misère, Messieurs, j’aborde ici le vif de la question, voulez-vous savoir où elle en est, la misère ? Voulez-vous savoir jusqu’où elle peut aller, jusqu’où elle va, je ne dis pas en Irlande, je ne dis pas au moyen-âge, je dis en France, je dis à Paris, et au temps où nous vivons ? Voulez-vous des faits ?"

 

 

Le poète raconte aussi l'exil, la fuite à Bruxelles, à Jersey, Guernesey... la dénonciation de la tyrannie de Napoléon III dans les Châtiments...

Puis, les derniers recueils de poèmes : Les Contemplations, La légende des siècles, L'art d'être grand-père...

 

Ce spectacle écrit et interprété par Pierre Jouvencel fait revivre un des plus grands écrivains français : poète, romancier, dramaturge, pamphlétaire, Hugo a excellé dans tous les genres littéraires.

Pierre Jouvencel incarne à merveille le poète, il nous fait partager toutes sortes d'émotions, on est particulièrement ému par le discours sur la misère qui reste, hélas, par bien des aspects encore d'actualité...

 

 

 

Discours sur la misère :

 

https://fr.wikisource.org/wiki/D%C3%A9truire_la_mis%C3%A8re,_Discours_%C3%A0_l%27Assembl%C3%A9e_nationale_l%C3%A9gislative_9_juillet_1849_(extrait)

 

 

 

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14 janvier 2019 1 14 /01 /janvier /2019 11:25
Heureusement, on a Houellebecq...

 

Depuis des semaines, la France connaît des vagues de manifestations, régulièrement les gilets jaunes défilent dans les rues, contestent le pouvoir en place, revendiquent pour le pouvoir d'achat, pour plus d'équité et de justice.

Ces manifestations donnent lieu souvent à des exactions, des violences subies par les commerçants qui voient leurs vitrines brisées et leur activité fortement entravée.

L'économie du pays est en berne : les touristes hésitent à venir, les hôtels connaissent un déficit d'activité, face à ce déferlement de violences, face à ces manifestations qui ont tendance à dégénérer.

 

La France est à la peine, oui, mais voilà : heureusement, nous, on a  Houellebecq, un romancier de génie qui dépeint les réalités de notre temps avec acuité, humour, tendresse, ironie...

 

Et même l'Allemagne nous l'envie : il est une superstar dans ce pays.

100 000 exemplaires vendus en Allemagne en trois jours pour Soumission, son ouvrage paru  il y a 4 ans.

Michel Houellebecq fascine les Allemands surtout depuis l’énorme succès qu’a rencontré l’adaptation au cinéma en 2006 de son roman Les particules élémentaires, avec de très grands acteurs allemands. Il est aussi régulièrement adapté au théâtre. Il fait l’objet de cours à l’université, de recherches en littérature.

Un journaliste littéraire allemand  avait donné cette explication : "Les Allemands aiment ses provocations, son côté satirique, sarcastique, irrespectueux". 

 

Houellebecq a amorcé un renouveau en littérature : c'est un auteur atypique qui surprend, étonne, Houellebecq dépeint la déprime, la misère de l'homme moderne, mais il nous fait rire.

Et le rire est salvateur, bénéfique.

Houellebecq, c'est le miroir de notre époque.

 

Il est vrai que l'écrivain sait jouer de la provocation... et, ainsi, il fait parler de lui.

Il vient de publier Sérotonine, et la sortie de ce roman suscite enthousiasme, curiosité ainsi que de nombreux commentaires.

Déjà, c'est un succès de librairie, les exemplaires du roman s'arrachent...

Et malgré les héros désabusés qu'il nous présente, Houellebecq  nous incite aussi à l'optimisme... Son message est rempli d'espoir et d'humanisme.

J'aime le personnage et j'aime l'écrivain : un auteur qui étonne, qui surprend par son humour décalé, par ses références au monde moderne, un auteur qui vit dans son temps et qui se fait l'écho de notre époque...

 

 

 

 

 

https://youtu.be/koCGFfb_k70

 

Heureusement, on a Houellebecq...
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