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13 septembre 2024 5 13 /09 /septembre /2024 12:35
J'ai l'honneur de ne pas te demander ta main...

 

Une bien jolie déclaration d'amour dans cette chanson de Georges Brassens : La non-demande en mariage... le texte commence par une tendre apostrophe : "Ma mie", une formule ancienne, un peu désuète, aux douces sonorités de labiales, images mêmes du baiser amoureux.

Le poète adresse une curieuse supplique à sa dame de coeur :

"Ma mie, de grâce, ne mettons
Pas sous la gorge à Cupidon
Sa propre flèche"

Il est question d'amour bien sûr avec cette référence mythologique à  la flèche de Cupidon, une flèche qui devient une menace pour Cupidon lui-même... un tue-l'amour, en quelque sorte, comme le prouvent les vers suivants et l'expérience de "tant d'amoureux" : le pluriel vient ici souligner les conventions auxquelles se conforment la plupart des gens... alors que le "bonheur" n'est pas au rendez-vous.

Par un renversement amusant, le mariage conventionnel n'est plus alors un sacrement, mais il devient un "sacrilège"...

Même renversement amusant dans le refrain : les formules traditionnelles sont corrigées avec l'emploi de la négation à deux reprises :

"J'ai l'honneur de
Ne pas te de-
Mander ta main
Ne gravons pas
Nos noms au bas
D'un parchemin"

L'important, c'est la liberté représentée par l'image de l'oiseau dans le couplet suivant, la liberté et la confiance en l'autre, avec l'importance de la parole donnée.  Le mariage est vu, lui, comme une véritable prison, particulièrement pour les femmes, réduites à des rôles domestiques, symbolisés par "des casseroles".

 

L'image de la déesse Vénus qui perd ses attraits et vieillit face aux tâches ménagères est encore une dénonciation du mariage qui impose à la femme le rôle de cuisinière, comme le montre le champ lexical de la cuisine : " maîtresses queux, des casseroles, la lèchefrite, le pot-au-feu." On apprécie au passage l'humour de l'expression "Vénus... perd son latin devant la lèchefrite."

 

L'image de "la marguerite effeuillée dans le pot au feu" est encore à la fois amusante et dénonciatrice : elle  renvoie encore à cette image de la femme mariée, avant tout bonne cuisinière, vouée à des tâches domestiques.

Brassens fait ensuite référence littéraire à la légende de Mélusine : Brassens indique ainsi que selon lui, l'amour ne peut durer qu'en respectant le jardin secret de l'autre... et il revient sur l'idée que l'amour s'étiole dans la routine de la vie quotidienne, quand la femme mariée est cantonnée le plus souvent au rôle de cuisinière.

Encore une référence littéraire, biblique, cette fois, dans la strophe suivante :

"Il peut sembler de tout repos
De mettre à l'ombre, au fond d'un pot
De confiture
La jolie pomme défendue
Mais elle est cuite, elle a perdu
Son goût "nature""

Le mariage est présenté à nouveau comme un enfermement avec l'image de "la jolie pomme défendue, mise à l'ombre, au fond d'un pot."

Et le dernier couplet insiste encore sur le rôle que joue souvent la femme dans le mariage, devenue une "servante" dévolue au ménage et aux soins de la maison... Brassens refuse cette servitude imposée aux femmes depuis des siècles. La femme doit rester une "éternelle fiancée" aux yeux de son amoureux, une bien jolie expression qui suppose de conserver toujours la fraîcheur du sentiment amoureux. La femme idéalisée suscite un amour fait de respect... L'expression "la dame de mes pensées" fait songer à l'amour courtois, tel qu'il était pratiqué au Moyen -Age.

"De servante n'ai pas besoin
Et du ménage et de ses soins
Je te dispense...
Qu'en éternelle fiancée
À la dame de mes pensées
Toujours je pense..."

 

Voilà un bel hymne à l'amour, une magnifique ode à la femme soulignée par le son mélodieux et tendre de la contrebasse.

On découvre aussi dans ce texte une pensée non conformiste, et résolument féministe : Brassens apparaît soucieux de l'émancipation de la femme, de son bonheur, de sa liberté.

 

 

Hélas ! On peut constater que les mentalités n'ont guère évolué : la femme mariée reste encore très souvent vouée aux tâches ménagères, la cuisine, le ménage, les soins aux enfants....

 

Les paroles :

 

https://genius.com/Georges-brassens-la-non-demande-en-mariage-lyrics

 

Un article sur la charge mentale qui pèse encore sur les femmes :

https://www.huffingtonpost.fr/life/article/pour-ces-meres-les-grandes-vacances-ont-ete-si-epuisantes-que-la-rentree-est-presque-bienvenue_238942.html

 

 

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commentaires

A
2 ème hors-sujet. <br /> L'Hatem m'a informé de la sortie d'un livre qui traite d'une histoire d'amour un peu extravagante.<br /> Le dernier amour de Marguerite Yourcenar<br /> <br /> ROMAN<br /> Il existe un parallélisme troublant entre le dernier amour de Marguerite Duras (1914-1996) et celui de « l’autre Marguerite », Yourcenar (1904-1987). <br /> <br /> Toutes deux, dans leurs ultimes années, ont vécu des passions avec des hommes plus jeunes qu’elles et homosexuels. Mais celle de Duras avec Yann Andréa est aussi célèbre et documentée que celle de Yourcenar avec Jerry Wilson est méconnue. <br /> <br /> Christophe Bigot s’est lancé le défi de raconter cette histoire avec ce roman qui s’approche aussi près que possible de ses personnages. Il remonte à leur rencontre, dans la retraite américaine de l’autrice, en 1978, un peu avant la mort de sa compagne depuis 1937, Grace Frick, et accompagne ce couple dans ses voyages et son quotidien (où l’on voit à l’œuvre les logiques de cour). Il le suit jusque dans les dernières années terribles, où Jerry tombe amoureux d’un homme qui l’entraîne dans la drogue et fait vivre des scènes humiliantes à l’académicienne, avant de mourir du sida. Face à la tombe de Yourcenar, une dalle à la mémoire de Wilson proclame, en grec : « Le calme, l’intelligent amour. » Raphaëlle Leyris<br /> <br /> Un autre m’attend ailleurs,<br /> <br /> de Christophe Bigot,<br /> <br /> La Martinière, 304 p., 20 €, numérique 15 €.<br /> <br /> Marguerite Yourcenar qui vit à 76 balais cette histoire complètement improbable...Troublant !
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R
Merci pour ce conseil de lecture : je ne connaissais pas du tout ces histoires d' amour de Marguerite Yourcenar...
A
Un peu hors-sujet.<br /> Stéphane Guillon a sorti un livre intitulé FINI DE RIRE.<br /> Dans cette interview que je te mets en lien j'ai été frappé de voir que quelqu'un comme lui, ayant déjà une grande expérience de la vie, se soit fourvoyé d'une part (mais ça ça peut arriver à tout le monde) mais se soit mis en danger aussi, alors qu'il était père de 3 enfants dont une de 11 ans...<br /> <br /> https://www.dailymotion.com/video/x959lf8<br /> <br /> A la question du journaliste " Ça aurait pu vous coûter votre carrière" il répond dans un élan de sincérité "Ça aurait pu me coûter bien plus...". Il reconnaît avoir touché le fond fu fond.<br /> J'avoue que ces 3 minutes d'interview m'ont troublé et donné le vertige...<br /> L'amour c'est ça aussi: la personne amoureuse est transportée dans une forme de grande exaltation , mais aussi elle peut devenir complètement sous emprise, perdant toute lucidité... acceptant ce qu'elle ne devrait pas accepter. Le fait que ce soit arrivé à Guillon à l'âge qu'il a m'interpelle...
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R
Une histoire étonnante, assez exceptionnelle aussi...
A
"On peut constater que les mentalités n'ont guère évolué..." oui et non.<br /> Les statistiques de ton lien indiquent encore de grosses différences dans la répartition des tâches ménagères entre hommes et femmes mais on constate aussi qu'il y a de très nombreux couples où le père prend en charge bien plus de tâches domestiques que ce n'était le cas dans les années 50. Je connais des jeunes couples pour qui c'est pratiquement du 50-50.<br /> Donc ça évolue dans le bon sens et de manière significative...pas assez vite peut-être.<br /> <br /> Cette magnifique chanson de Brassens est aussi largement autobiographique puisqu'il fut l'éternel amant de Joha Heiman.<br /> Sur le lien que tu as partagé avec les paroles de la chanson on peut lire ce commentaire:<br /> "L'amour n'est-t-il amour que si le mariage le concrétise ? Cette oeuvre de Brassens nous propose une réponse négative à cette question. Sa vie plus globalement nous propose une réponse négative à cette question. En effet, cette chanson est un hommage à son amante tant aimée, Joha Heiman, et pourtant non mariée à Brassens, sans lit commun ni même toit partagé. Preuve donc, de par leur impossibilité de se marier – Impossibilité expliquée par Louis-Jean Calvet dans sa biographie de Georges Brassens – qu'amour ne rime pas forcément avec mariage."<br /> <br /> De manière générale il y a un paradoxe en amour magnifiquement exprimé dans la chanson de Brassens: dès qu'on s'engage on prend le risque de mettre en péril l'authenticité de son amour...<br /> PS: Par contre l'engagement prend tout son sens dès quand on prétend fonder une famille...ce qui n'était pas le cas de Brassens
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R
Oui, on parle souvent des "nouveaux pères" qui se mobilisent davantage auprès de leurs enfants, il y a quelques progrès mais le ménage, la cuisine restent souvent dévolues aux femmes...<br /> <br /> Merci de rappeler ces éléments biographiques... En 1947, Brassens rencontre dans une boulangerie du XIVe arrondissement la "femme de ma vie" Joha Heiman, une ancienne comédienne d'origine estonienne qui a neuf ans de plus que lui. Celle que Brassens appellera "Pupchen" (de l'allemand püppchen ou petite poupée) va être à ses côtés durant toute sa vie et lui inspirera d'innombrables chansons notamment "J'ai rendez-vous avec vous" ou encore la "Non demande en mariage". <br /> Brassens, c'est vrai, a choisi de ne pas avoir d'enfants.<br /> <br /> <br /> Belle soirée, AJE
L
Se donnaient des rdv tel des amoureux
L
C'était aussi le cas de Serge Lama je crois, il vivait avec sa femme chacun dans son appartement et ils se donnaient tel des amoureux
L
J'adore ! Merci Rosemar...<br /> Jamais entendue
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R
Ravie de te faire découvrir cette chanson, LH