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7 septembre 2026 1 07 /09 /septembre /2026 11:42
La solitude des professeurs est infinie...

Septembre, c'est l'heure de la rentrée scolaire, l'occasion d'évoquer "le plus beau métier du monde" : le métier de professeur... Ainsi Yannick Haenel était l'invité de l'émission La Grande Librairie pour son roman "La solitude des professeurs est infinie". Yannick Haenel a été lui-même professeur de lettres et il témoigne des difficultés de ce métier :

 

"Un prof s'est fait décapiter... aujourd'hui, c'est un métier dont on meurt...

Oui, c'est un métier qui est devenu dangereux... je me suis rendu compte à quel point les profs sont exposés, pas toujours à la mort, heureusement, mais c'est un métier où il n'y a pas de filtre, où on est là pendant des heures avec des impacts...

 

Quand ça ne va pas, c'est l'horreur : on sort d'une heure de cours, on y pense sans cesse. Quant ça va très bien, le problème, c'est que le cours d'après il peut être un peu pourri... et on se remet en question sans cesse.

 

Quand je m'y suis penché trente ans après, tous ces morts... il n'y a pas que Samuel Paty, on songe à Dominique Bernard et une femme s'est suicidée parce qu'on mettait en question sa sexualité. Des directrices d'école se sont pendues. 

 

Le corps enseignant, c'est devenu... pour moi, c'est la honte... cela dit l'abandon par l'Etat et l'abandon par l'Education Nationale, et c'est une honte pour un pays comme la France... le fait que les enseignants sont si mal.

 

Augustin Trapenard présente alors une archive avec Annie Ernaux qui a été enseignante elle aussi :

"C'est le plus beau métier du monde, oui, sauf que apparemment ça n'est pas récompensé, ça n'est pas considéré réellement comme le plus beau métier du monde... c'est un métier qui demande tellement d'investissement, tellement ! Je me souviens tout de même de mes premières impressions, le sentiment que je n'allais pas y arriver, alors que j'avais, à cette époque, reçu une formation, la formation des maîtres, elle est réduite à rien maintenant, presque rien, et maintenant, les professeurs... on leur demande tout, et au fond, on leur donne pas grand chose..."

 

Et Yannick Haenel commente :

"Ce qu'elle dit est très juste, il n'y a pas de rétribution, c'est un métier où on ne sait jamais si on a bien fait, c'est la chose un peu tragique, mais très belle au fond, un peu mélancolique du métier de professeur. On ne sait pas si la transmission a eu lieu, on ne sait pas si un cours est réussi ou si c'est un échec.

Et on est constamment en train d'essayer de bien faire. Moi, franchement, je n'ai rencontré que des professeurs qui essayaient sans cesse de bien faire.

 

Alors, ce qui est vrai, c'est qu'on n'est pas bien récompensé... Mais que les élèves ne nous disent pas en sortant de cours : "Ah Monsieur, ç' a été génial", c'est normal, ils ne vont pas commencer à nous mettre des notes...

Mais c'est aussi la beauté belle et terrible de ce métier...

 

A une époque où le langage est appauvri, où l'organisation de l'appauvrissement du langage s'accélère planétairement, l'école, c'est encore un lieu où on est là avec des petits textes, et les élèves qu'ils écoutent ou qu'ils écoutent moins, qu'ils s'enthousiasment ou pas, qu'ils s'ennuient, ils s'occupent pendant des heures de textes..."

 

Je peux témoigner de cette infinie solitude des professeurs : en cas de problème, l'administration ferme souvent les yeux, surtout pas de vagues... les enseignants sont aussi de plus en plus mis en concurrence entre eux, par exemple lors des journées portes ouvertes, c'est déplorable.

 

 

Source : à 42 minutes, 21 secondes

https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/la-grande-librairie-saison-19/8751315-speciale-rentree-litteraire.html#about-section

 

 

 

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commentaires

M
Bonsoir Rosemar, le problème est simple pour l’É. N. tout comme de nombreux autres employeurs: il y aura toujours des personnes qui auront besoin d’un emploi, de manger, d’un toit , d’une famille, de besoins et toujours encore de besoins. La solution existe: être le chanceux qui gagne a la loterie pour être libre et heureux.
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R
Libres et heureux ? Les professeurs exercent leur métier dans des conditions souvent difficiles...
A
Aujourd'hui on a pris connaissance du fait que la France vient d'enregistrer ses pires résultats au classement PISA, notamment en maths et en lecture.<br /> En Espagne aussi les résultats sont préoccupants...<br /> <br /> https://www.linternaute.com/actualite/education/11297111-classement-pisa-2026-la-france-decroche-alerte-serieuse-sur-les-maths/<br /> <br /> Les graphiques de l'article sont éloquents et confirment cette chute libre dont je parlais dans mon premier commentaire. En 10 ans on a perdu l'équivalent de 2 ans d'apprentissage...Pas mal, hein ???
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R
Merci pour ce lien concernant la GB : la suppression des smartphones dans les établissements scolaires me semble une bonne idée à condition qu'elle soit bien appliquée... pour le reste, je suis sceptique.
A
Merci pour le lien. Malgré tout il n'y a pas de fatalité. La G-B dont le niveau s'était largement détérioré durant les 20 dernières années se ressaisit de manière très notable et échappe à la dégringolade générale...De quoi se pencher avec beaucoup intérêt sur ce qui a changé EN BIEN dans le système anglais.<br /> https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-info-de-france-inter/l-info-de-france-inter-pisa-uk-6281629
R
Oui, j'ai vu cette info aujourd'hui : décidément, un sombre tableau, un de plus...Merci pour le lien...<br /> <br /> Certains expliquent ces mauvais résultats en partie par l'irruption des écrans dans la vie des ados, il y a eu aussi une baisse des exigences en grammaire, en orthographe...<br /> <br /> https://www.lepoint.fr/education/pisa-2025-la-baisse-des-performances-scolaires-interroge-sur-ce-qui-a-change-dans-la-vie-des-enfants-IPJZNKK5NNDFFLWNY2AG5JJLII/<br /> <br />
P
Le problème n'est pas très nouveau. Gérard Lauzier l'a abordé dans son film avec Gérard Depardieu "Le plus beau métier du monde", sorti en 1996. C'était il y a trente ans et depuis rien n'a été fait. La société veut remplacer partout l'homme ou la femme par la machine prétendue intelligente. Pas de l'éducation, ni de l'instruction publique, juste du contrôle social, c'est ce qui va hélas arriver si on continue sur ce chemin.
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R
Merci pour le rappel de ce film de Gérard Lauzier... un extrait :<br /> <br /> https://youtu.be/G-gZDmanHws?si=s2l5HWBRhFQxAqnT<br /> <br /> En fait, le métier n'a cessé de se dégrader et il est vrai qu'avec l'irruption des écrans, de l'IA, la situation se complique.
A
Bien évidemment tout cela me parle car je l'ai connue aussi cette infinie solitude du prof et parfois aussi le manque de soutien de la hiérarchie.<br /> <br /> Je vais lire le livre de Yannick Haenel dont tout le monde souligne la grande qualité littéraire.<br /> J'aimerais ajouter que cette solitude offre aussi, en contrepartie positive, une liberté pédagogique. Et plus on maîtrise son domaine et plus on se sent libre ...parfois on peut rebondir sur une question pertinente d'un élève et construire le reste d'une leçon ou une partie de la leçon autour de sa question.<br /> <br /> Durant toutes mes années d'enseignement je n'ai jamais douté du fait que mon action avait un sens et qu'elle était nécessaire pour former une citoyenneté à la fois instruite et libre au sens où elle comprend son environnement et pourra un jour y faire des choix responsables et intelligents.<br /> <br /> L'avènement des nouvelles technologies et des IA pourrait faire douter certains de la nécessité impérieuse de disposer d'un système éducatif de qualité. Or le niveau scolaire en chute libre constante depuis des décennies est bien là pour nous rappeler que la mission des enseignants reste cruciale.
Répondre
R
J'ai bien envie de lire moi aussi le roman de Yannick Haenel : le titre est bien révélateur de la condition des enseignants, souvent dédaignés par la hiérarchie, isolés devant leur classe. Oui, une certaine liberté, mais tout de même, dans des classes à examen, il faut respecter les programmes, d'autant qu'avec le nouveau Bac des oeuvres sont désormais imposées aux profs en Français.<br /> L'enseignement est un métier où on apprend beaucoup, c'est intéressant, mais le métier connaît une dégradation dangereuse, d'ailleurs le ministère peine à recruter. Hélas les nouvelles technologies, les écrans ont aussi un rôle néfaste : les jeunes y passent trop de temps.