29 novembre 2012
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Oui, l'amour a bien des mystères... Il réunit souvent des contraires, des personnalités opposées et différentes, il peut aussi servir d'autres desseins plus obscurs quand intervient la fabulation religieuse. Ainsi dans un poème célèbre de Victor Hugo intitulé"La légende de la nonne", adapté et mis en musique par Georges Brassens, une religieuse chaste et pure, à la beauté rayonnante tombe amoureuse d'un brigand...
Ce poème extrait du recueil "Odes et ballades" s'ouvre sur une invitation à entendre une belle histoire,une façon d'attirer le lecteur ,de l'inciter à lire et écouter la suite :"Venez, vous dont l'œil étincelle/Pour entendre une histoire encor/Approchez : je vous dirai celle/De dona Padilla del Flor"
Une belle d'histoire d'amour tragique, située en Espagne, voilà ce que nous donne à écouter Victor Hugo ! La jeune fille évoquée dans ce texte apparaît comme l'image même de la pureté, une "prunelle espagnole" qui ne se laisse pas facilement séduire..."Ce n'est pas sur (un) ton frivole qu'il faut parler de Padilla"
Quelle poésie, quelle splendeur dans ce seul nom de "Padilla del Flor", choisi par Victor Hugo ! Quelles sonorités éclatantes ! Padilla ! Hélas ! Au grand dam des "soudards et des écoliers" amoureux d'elle, la belle Padilla prend le voile et s'enferme dans un couvent...
Mais l'amour n'a pas dit son dernier mot et la belle sitôt cloîtrée tombe amoureuse d'un brigand plein de panache, au physique peu attirant... Oui, décidément, l'amour a bien des mystères...
La nonne ose même donner rendez-vous au brigand "aux pieds de Sainte Véronique": on voit là, la toute la puissance de l'amour qui transforme et transcende les êtres. La chaste et pure Padilla en oublie la présence divine et n'hésite pas à aimer son brigand audacieux...
Dès lors, l'enfer, la foudre, Satan sont convoqués pour punir les deux amants presque réunis dans une étreinte. Ainsi, l'histoire se veut morale et a pour but de condamner irrémédiablement l'amour des deux héros.
Pourtant, on perçoit bien, derrière tous ces faux semblants religieux, un amour plus fort que tout... En fait l'histoire est rapportée par la "chronique" et répercutée par un abbé prieur "Saint Ildefonse", et elle est utilisée par l'église comme un exemple donné aux nonnes qui sont priées de ne pas déroger à la règle de chasteté imposée par la religion.
Ce poème en apparence assez anodin qui raconte une belle histoire d'amour nous montre toute l'emprise de la religion, tout son pouvoir de persuasion sur les âmes et les esprits. Dans la version originale de Victor Hugo, on voit les deux fantômes qui souffrent une punition éternelle après leur mort : le châtiment est terrible, les deux amants se cherchent dans l'éternité sans jamais s'atteindre...
On voit la peur que veut susciter le récit de cette terrible histoire d'amour, on voit les atroces tourments de l'enfer promis au croyant qui ne respecte pas la morale religieuse !
Cependant, le refrain qui revient dans le poème comme une ritournelle nous montre bien que cette morale est mensongère et trompeuse... On perçoit, là, toute la malice de Victor Hugo qui mine de rien, dénonce une histoire truquée et faussée par la légende..."- Enfants, voici des bœufs qui passent, /Cachez vos rouges tabliers !" Ce refrain répété dans chaque strophe semble, d'ailleurs, n'avoir aucun rapport avec l'histoire mais il révèle la supercherie et la fausseté de l'histoire racontée : c'est une sorte de miroir de la légende rapportée, un mensonge aussi puisque dans la réalité ce ne sont pas les boeufs qui sont attirés par la couleur rouge mais les taureaux ! Les enfants n'ont pas à cacher leurs rouges tabliers !
Ainsi, Hugo en nous racontant une fabuleuse histoire d'amour, dénonce en même temps les légendes et fariboles racontées par l'église qui veut défendre une morale rigoriste et implacable ! Il s'attache donc à nous montrer que l'amour n'est en aucun cas une faute, qu'il peut réunir des êtres différents et qu'il transcende ces différences...
Photos : wikipedia
Le poème de Victor Hugo dans sa version intégrale :
http://fr.wikisource.org/wiki/La_L%C3%A9gende_de_la_nonne





