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10 août 2026 1 10 /08 /août /2026 11:42
Le bonheur est dans le magasin...

C'est triste à dire, mais désormais le bonheur est dans le magasin... Partout, des publicités nous incitent à consommer...

Sur internet, de plus en plus de publicités polluent les sites d'information : certains sites sont littéralement saturés de publicités avec des couleurs criardes, si bien qu'on a du mal à se concentrer sur les informations...

Sur les écrans de télévision, de nombreuses émissions sont coupées par des plages publicitaires de plus en plus longues...

Et on nous invite à acheter des voitures de plus en plus grosses, de la nourriture toujours plus ultra transformée, des smartphones de plus en plus sophistiqués...

Comme l'écrit Zygmunt Bauman, "la somme totale de l'activité commerciale est le premier et le plus fiable indice du bonheur d'une société... Dans les boutiques se trouve un remède efficace à tout ce qui nous gêne et nous irrite... Quoi qu'ils vendent, les magasins sont les pharmacies de tous les maux de la vie..."

Et nous sommes tous incités à consommer tout au long de l'année : Noël, le Nouvel An, la Saint Valentin, Pâques, les soldes, les vacances, etc.

 

On en oublierait que les bonheurs les plus simples sont les meilleurs... et qu'ils sont gratuits...

Une simple balade à pied, le bonheur d'observer la nature et toutes ses merveilles : les arbres, les fleurs environnantes, le chant d'un oiseau, le murmure d'une source...

Un coucher de soleil, aux teintes dorées, la joie des vagues sous le soleil, le murmure du vent dans les ramures des arbres...

Un chat qui déambule lentement, dont on peut admirer l'élégance, la beauté, la démarche souple...


"Le bonheur, je crois, après pas mal d'expériences, s'atteint et se procure dans des choses qui sont gratuites, des petites choses minuscules auxquelles d'ordinaire on ne fait pas attention, mais qui, si on y prête attention, composent le bonheur, précisément...

 

Des choses minuscules mais nombreuses dans une journée : par exemple, goûter le plaisir de voir passer une averse, le bruit d'un vent dans les arbres, une fleur que l'on respire, un oiseau qui vient taper à la fenêtre ou chanter, une visite de quelqu'un qui vous aura intéressé par sa conversation, une plume qui marche bien, un travail qui fonctionne bien, une feuille de papier qui glisse bien, tout cela fait partie du bonheur...", disait Jean Giono, interrogé en 1965 par Claude Santelli.

Magnifique leçon emplie de sagesse et de bon sens !

 

 

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27 juillet 2016 3 27 /07 /juillet /2016 12:10
Et si le ciel était vide...

 

 

 

 Quand le fanatisme ressurgit et s'attaque à notre pays et nos racines, il est essentiel de réécouter cette chanson...

 

 
Beau texte qui dénonce le fanatisme et l'intolérance, cette chanson, écrite par Alain Souchon, intitulée Et si en plus il n'y a personne, souligne, avec force et subtilité, toutes les incohérences des religions : au lieu d'apporter un réconfort, elles en viennent, parfois, à provoquer des conflits, des haines irréconciliables, elles sont, aussi, un instrument de manipulation redoutable...
 
La chanson s'ouvre sur trois prénoms : "Abderhamane, Martin, David", trois prénoms représentatifs des religions les plus répandues : mis sur le même plan, les trois prénoms devraient signifier une unité, une harmonie, une union...
 
Et, c'est, pourtant, la division qui l'emporte, comme le prouve la suite de la chanson.
 
Après ces apostrophes, qui interpellent chaque lecteur, l'expression : "Et si le ciel était vide" montre toutes les incohérences, la vanité des conflits religieux qui peuvent opposer les uns et les autres... On se bat, en fait, pour une entité hypothétique...
 
L'énumération qui suit restitue toutes les coutumes religieuses : "Tant de processions, tant de têtes inclinées, Tant de capuchons, Tant de mains pressées, Tant de prières empressées." L'anaphore de l'adverbe d'intensité "tant" souligne des pratiques parfois outrancières, un certain fanatisme.
 
Au passage, à l'intérieur de cette énumération, Alain Souchon nous rappelle, aussi, "les peurs" liées, depuis des siècles, à la religion, peurs entretenues, savamment, par les instances religieuses et politiques.
 
Le but est de dominer les peuples, de les asservir, ce que suggère le mot "démagogues" qui rime avec le terme "synagogues".
 
La chanson évoque, également, tous les cantiques religieux visant à endormir le peuple, à le soumettre, par des "musiques antalgiques", belle expression imagée qui insiste sur l'idée d'endoctrinement...
 
L'antithèse "tant de compassions, tant de révolvers" vient montrer que, derrière des apparences chaleureuses, se cache, parfois, une religion de haine, de violence : le fanatisme peut conduire au pire, à des actes monstrueux et inhumains...
 
On entend, ensuite, des prières représentatives de toutes les religions : "Arour hachem, Inch Allah, Are Krishhna, Alléluia", autant de références à Dieu, à sa puissance, sa volonté, sa bonté...
 
Mais des images de violence apparaissent, soudain : "Toutes les balles traçantes, Toutes les armes de poing."
On perçoit, enfin, les causes et les conséquences du fanatisme : "Toutes les femmes ignorantes, ces enfants orphelins, ces vies qui chavirent, ces yeux mouillés."
 
Et, derrière, transparaît "le vieux plaisir de zigouiller", inhérent à l'être humain. Cette expression triviale, familière vient renforcer l'idée de violence et de haine...
Le refrain vient insister, encore, sur l'inanité de tant de ferveurs et d'antagonismes : 
"Tant d'angélus
Ding
Qui résonne
Et si en plus
Ding
Y'a personne..."
L'angélus ou prière de l'ange met en évidence tous les bienfaits que devrait apporter la religion, mais c'est, trop souvent, l'intolérance qui l'emporte...
 
Ce texte contient l'essentiel : on y perçoit la collusion des pouvoirs religieux et politiques, les ravages provoqués par le fanatisme, la soumission et l'aveuglement des peuples...
La mélodie lancinante et entraînante, à la fois, souligne les douceurs inspirées par les religions et la façon dont elles sont dévoyées et détournées par la violence des hommes.

 

 

https://youtu.be/JvkMnHXtHzc
 

 

 

 

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14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 10:27
Je chante un baiser... osé...

 

 


Les poètes du 16 ème siècle célébraient le corps de la femme, dans des blasons où ils faisaient l'éloge d'un détail anatomique du corps féminin : les yeux, la bouche, les cheveux, le beau tétin...

Alain Souchon, poète du XXI ème siècle, quant à lui, chante, dans un texte célèbre, un baiser inattendu, au hasard d'une rencontre, sur une plage du Nord, en hiver...

Le mot "baiser" réitéré magnifie ce moment magique qu'a connu le poète, ce terme scande, comme un leit-motiv, le refrain de la chanson.

Le décor embellit, de sa "brume" incertaine, le bonheur de cet instant fugace : on entrevoit des "dunes, une plage, la mer du Nord"..., bonheur d'autant plus fort que le personnage qui s'exprime semble sortir d'une aventure douloureuse, comme le suggère l'expression : "le coeur démoli par une..."

Le paysage s'anime sous nos yeux, puisque la mer est personnifiée dans cette expression :"elle sortait ses éléphants gris, verts". On perçoit une mer moutonnante et démontée, aux teintes variées, et l'image restitue bien le déchaînement des flots de la mer du Nord, en hiver.

La plage accueille des passants sympathiques, des "Adamos" bien couverts, une référence au chanteur célèbre dont le nom devient, à cette occasion, un nom commun pour désigner des gens à l'allure débonnaire qui rendent le décor agréable...

Le vent de Belgique personnifié, lui aussi, contribue à une ambiance de fête, puisqu'il "transporte des flonflons à la française, des fancy-fair à la fraise"...
Les sonorités de fricative "f"  et de sifflante "s" viennent souligner cette atmosphère de douceur et d'harmonie dans laquelle se trouve le poète.

Soudain ELLE apparaît, sans avoir été décrite, un geste affectueux et tendre accompagne le baiser : "Autour de moi, elle a mis ses bras croisés..."

Le poète interpelle, alors, le lecteur et l'auditeur, avec une certaine familiarité : "Jugez ma fortune", car il est soudain enveloppé par une "écharpe de boucles brunes", une belle image qui traduit une douceur, un réconfort, tandis que le poète affirme, avec humour : "en blondes, j'ai des lacunes..."
Et aussitôt, le vent se met à tournoyer, comme pour restituer l'éblouissement de cet instant : "Oh le grand air
Tournez le vent la dune à l'envers
Tournez le ciel et tournez la terre
Tournez tournez le grand air.."
Le poète est comme emporté et transporté dans un tourbillon : le vent se fait le complice de son émotion et de son trouble, le personnage s'adresse, alors, familièrement à la jeune inconnue pour la remercier de ce moment de liberté, et de bonheur partagé :

"Toi qui a mis
Sur ma langue ta langue amie
Et dans mon cœur un décalcomanie
Marqué liberté liberté chérie
Je donne des parts
Pour ce moment délicieux hasard..."

Les répétitions de mots semblent restituer un accord parfait entre le poète et sa belle inconnue, et le chanteur affirme donner des "milliards de dollars", pour avoir vécu un tel instant de partage.

Le poète encense cet instant de grâce fugitive, dans une vie où "tout est moyen".

La jeune femme s'éloigne, telle "une reine alanguie", belle comparaison qui sert à la magnifier, elle devient "un petit point parti dans l'audi de son mari..."

"Ah son mari ! ", ne peut s'empêcher de s'exclamer, alors, le poète, non sans un peu de regret et de légère amertume !

La mélodie nous berce doucement et vient souligner ce moment unique de bonheur, lors d'un jour d'hiver, sur la plage de Malo Bray-Dunes...


La modernité du style, du vocabulaire, une forme de discrétion et d'élégance, le paysage qui s'anime et se met à l'unisson du poète, la liberté du ton donnent à ce baiser une dimension à la fois légère et intense, un moment inoubliable...


https://youtu.be/P5weqdVaChQ


 


https://youtu.be/1W8VskzeLuM


 

 

Illustration : Photo de Marie-Jo L    creative commons

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30 novembre 2015 1 30 /11 /novembre /2015 18:26
Là-bas, le soleil s'écroule dans la mer...

 

 



Le départ d'une amoureuse, une séparation, et tout peut basculer, c'est ce qui arrive à "Jim", le héros de cette chanson écrite et interprétée par Alain Souchon : La ballade de Jim...

La mélodie commence sur des chapeaux de roue, entraînante et vive : on entrevoit l'énervement de l'amoureux qui a perdu son "héroïne".

Il se grise de "gin dans sa chrysler", il roule dans sa voiture, et même le paysage ne le séduit plus : "La presqu'île, le boulevard de la mer est con."

L'expression réitérée "comme elle est partie" traduit une sorte d' obsession, et le personnage est complètement déboussolé, ce qui est bien suggéré par la formule familière :"Jimmy tourne en rond"...
Le personnage de Jim apparaît très proche de nous, par cette dénomination même, un prénom, et même un diminutif.

Vitesse, griserie, alcool, désarroi viennent souligner la détresse du héros.

Le souvenir de la dernière soirée passée avec la belle semble exacerber, encore, la douleur  : "Hier soir encore, son héroïne / Le serrait si fort en disant Jim."

La jeune femme assimilée à un "calmant, un alcool profond" lui permettait de vivre une passion enivrante.

On perçoit, au passage, toute la modernité et l'originalité de ce texte, dans le vocabulaire, dans la façon de traiter ce thème de la séparation, si souvent abordé par nombre d'auteurs...

Soudain, l'auteur s'adresse simplement et directement à "Jim" en le tutoyant "Jimmy, t'es fort, mais tu pleures Sur le cuir de ta Chrysler..."

La belle voiture, le courage n'empêchent pas la tristesse qui déborde et même le paysage se met à l'unisson de l'amoureux éconduit : "Là-bas, le soleil s'écroule dans la mer..." Le coucher de soleil se transforme en un effondrement qui est aussi celui du héros de cette histoire.

L'auteur rappelle, alors, à Jim, tous les dangers de l'amour, qui, comme "l'alcool et les révolvers", peuvent faire "tomber par terre", après avoir "sauté en l'air..."

Un soudain retour en arrière nous montre tous les rêves et les espoirs de Jimmy : "Depuis deux ans, sûr, Jim bossait fort 
Pour que sa starlette bronze en hors-bord 
Avec elle, il voulait un bébé, sans rire..."

Travail, argent, passion, espoir de fonder une famille n'ont, pourtant, pas suffi à retenir la belle.
L'envie de mourir effleure, alors, l'amoureux qui a perdu tous ses espoirs.

La vitesse, les pleurs, le parfum de la jeune femme qui traîne dans l'air... et c'est l'accident inéluctable, "La Chrysler s'envole dans les fougères et les nénuphars..."

La fin de la chanson, comme le suggére déjà la poésie de cette évocation des "fougères et nénuphars", montre que, malgré tout, la vie continue et que le personnage garde confiance en l'avenir, puisque la rencontre d'une belle infirmière lui redonne le goût de vivre et d'aimer, d'autant qu'elle lui sourit.

L'hôpital se transforme, alors, en un univers idyllique et paradisiaque, et l'infirmière devient "un ange".

Belle chute pleine d'optimisme et de renouveau !

Cette chanson, emplie de vivacité dans la mélodie, s'achève sur une note d'espoir, et traduit, malgré le thème abordé, une joie de vivre infinie.

C'est aussi ce qui fait tout le charme de ce texte écrit par Alain Souchon : la vie recommence soudain, grâce à une autre rencontre amoureuse...

La "ballade"de Jim lui a permis de découvrir un nouvel amour.




 

 

 

 

Photo : rosemar

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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 13:39
Elle sent venir une larme de son coeur...

 

 


La solitude du monde moderne n'est-elle pas effrayante ? Alors que les moyens de communication se multiplient et se développent à l'extrême, alors que des gens sont connectés sur leur ordinateur, leur portable en permanence, la modernité conduit à la plus grande solitude, ce qu'Alain Souchon nomme l'Ultra-Moderne Solitude...

L'auteur nous fait, d'abord, percevoir un décor urbain : "Ça s'passe boul'vard Haussman à cinq heures".

Le regard se porte, alors, sur un personnage isolé et anonyme, comme le montre l'emploi du pronom de la troisième personne, au singulier "elle"...

Le thème de la tristesse transparaît, à travers une larme irrépressible, une larme aussitôt effacée, pour affronter le quotidien, une larme qui semble inexplicable et qui survient brutalement, du fond du coeur...

"Elle sent venir une larme de son cœur 
D'un revers de la main elle efface 
Des fois on sait pas bien c'qui s'passe."

L'auteur s'interroge sur ces "rivières... qui coulent", belle image hyperbolique traduisant un désarroi profond, souligné par l'emploi du pluriel.

Le terme "fourmilière"  restitue bien l'agitation incessante de l'univers dans lequel nous vivons, un monde de fourmis, en perpétuels mouvements, qui ne se rencontrent pas et ne se voient même pas...

Et l'explication de ces larmes est, soudain, donnée dans cette phrase : "C'est l'Ultra Moderne Solitude..."

Les majuscules semblent magnifier cette modernité, alors qu'elle conduit au pire : c'est, là, tout le danger et tout le piège de nos sociétés plongées dans l'excès et la demesure, sans cesse valorisés...

Le couplet suivant nous conduit vers un autre quartier, une autre ville, un autre continent : "Ça s'passe à Manhattan dans un cœur". 

Et l'on retrouve cette même solitude, avec à nouveau l'emploi du singulier "il", un personnage masculin, cette fois, qui éprouve un vague à l'âme et pourtant, il affirme "avoir" tout ce qu'il faut pour être heureux, "amis, soleil, amour, travail..."
"Il sent monter une vague des profondeurs 
Pourtant j'ai des amis sans bye-bye 
Du soleil un amour du travail..." 

L'auteur met ainsi en évidence l'universalité de ce phénomène :"Ça s'passe partout dans l'monde chaque seconde..."

Le pluriel vient, alors, se substituer au singulier, pour montrer que la solitude envahit de plus en plus nos sociétés : "Des visages tout d'un coup s'inondent 
Un revers de la main efface 
Des fois on sait pas bien c'qui s'passe." 

Le verbe "avoir" répété suggère bien l'importance grandissante de l'argent, des possessions dans cet univers : "On a les panoplies, les hangars /Les tempos, les harmonies, les guitares..."

Et l'image qui suit nous fait percevoir un manque de bonheur, un désespoir dans un monde qui a perdu du sens, où la solitude l'emporte, malgré tout : " la musique est, ainsi, mouillée", mouillée de larmes et de tristesse...

Et l'auteur s'interroge, à nouveau, sur ce mystère,

"Pourquoi ce mystère 

Malgré la chaleur des foules 
Dans les yeux divers..."

C'est Laurent Voulzy qui a signé la musique de cette chanson, une mélodie tendre, douce et triste qui restitue un univers lisse et désespéré, à la fois...

Le texte met bien en évidence tout le paradoxe de nos sociétés, à travers les questions qui sont posées : une immense solitude, dans la foule, un immense désarroi, au milieu de tant de richesses....



 

 

 

 

 

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19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 14:55
Comme une vieille nostalgie...

 

 

 


La rumba, danse cubaine, née au 19ème siècle, symbolise bien une forme de nostalgie, un passé révolu, plein de charmes...

C'est ce symbole qu'a choisi Alain Souchon, dans une de ses chansons les plus célèbres, Y a de la rumba dans l'air.

Un air de musique évoque des décors, des images, un "smoking de travers", un casino devenu "tas de pierres".

Mais le poète semble dire à un autre personnage qu' il ne faut pas se laisser enfermer dans un passé trop lointain : il refuse de céder à cette fuite vers un autrefois perdu, comme  le suggèrent les négations dans les expressions : "'J te suis pas dans cett' galèr' Ta vie tu peux pas la r'fair'.

Les sonorités de gutturales "r" assez dures soulignent une forme de tristesse, liée à la nostalgie.

Le poète s'adresse, familièrement, à un interlocuteur, en le tutoyant, en l'appelant "pépère". Ainsi, la chanson revêt un caractère universel.

La belle expression  "chercher des morceaux d'hier" traduit bien cette quête du passé, de manière imagée et concrète, d'autant qu'il s'agit de fouiller dans "des gravats d'avant guerre."

On voit aussi un "casino" devenu "un tas de pierres." Le thème des ruines évoque, immanquablement, un passé ancien et très lointain.

Et l'auteur invite son interlocuteur à "brancher ses écouteurs par ici", à vivre, enfin, dans le présent, au lieu de se retourner vers le passé...

D'autres évocations sont liées à ce passé : la "bugatti", les "soirées de gala sur la Riviera." Et on perçoit le bonheur de celui qui se réfugie dans ces souvenirs, comme le suggèrent les mots "guili, guili", l'interjection "o la la."

Mais, pour le poète, tout cela n'est qu'illusion et il n'y voit qu'une "galère". Ce terme péjoratif et familier souligne le fait que la nostalgie peut, aussi, être source de souffrance.
 
Une autre évocation nostalgique apparaît : des amours perdues, semble-t-il avec l'image de ces " yeux de grand's fill's bleu marin's Tout's alanguies pour nuits de Chine Sur les banquettes de molesquine des Limousin's."
 
On voit, là, un monde ancien, révolu, fait de luxe, de rareté, de paresse.
 
Un" long baiser" symbolise, aussi, ce monde fait d'oisiveté, de bonheur perpétuel. Et d'ailleurs, ce baiser est désormais "fini", impossible.
 
Alain Souchon arrive à restituer toute l'ambivalence de la nostalgie : faite de bonheur et de désarroi, elle ne doit pas envahir l'esprit...

La mélodie douce, tendre et balancée, composée par Laurent Voulzy, suggère, aussi, ce mélange de bonheur révolu et de mélancolie...

 

Cette chanson au style imagé, familier nous berce d'une musique pleine de réminiscences : chacun d'entre nous regarde, avec tendresse et émotion, son passé, a même, parfois,  tendance à le magnifier...
 
http://youtu.be/ZgDpyppaa74
 
 
 
 
 
http://youtu.be/DvoVOJwVhJM
 
 
 
 

Photo : rosemar

 

 

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7 août 2014 4 07 /08 /août /2014 18:07

 

machine à laver 

 L'amour qui s'enfuit, l'amour qui s'altère, la difficulté d'aimer, tels sont les thèmes de cette chanson d'Alain Souchon, L'amour à la machine... thèmes, maintes fois, traités, mais le poète a su renouveler ces lieux communs et créer un texte original et plein de modernité.

 

L'auteur imagine de passer un amour ancien à la machine, pour restaurer le bonheur d'antan, symbolisé par des "couleurs d'origine"... Voilà une idée étonnante qui surprend et amuse à la fois !

 

Il imagine, aussi, d'utiliser de l'eau de javel pour retrouver une "pureté originelle" !

L'idée de "blancheur éternelle " renvoie à des sentiments d'autrefois qui se sont étiolés et qu'il faudrait renouveler.

 

Des couleurs se sont perdues : "le rose d'une joue a pâli, le bleu des baisers" a disparu, belles images de teintes associées traditionnellement à l'amour...

 

La couleur bleue évoque, immanquablement, Matisse et ses tableaux, mais aussi la difficulté de la vie, des bleus à l'âme, les caresses font naître des images d'ardeur et de rouge mais le soleil les anéantit, les "tabasse", terme très fort.

 

L'auteur semble vouloir inventer des recettes pour résoudre d'autres problèmes : le désarroi des gens âgés, le racisme, l'intolérance.

 

On peut imaginer, aussi, que du "rouge" puisse faire disparaître la misère des gens âgés, que des "mains noires" soient associées à des "boucles blondes", pour réunir des gens venus d'horizons différents...

 

Le texte se présente comme une recette, une expérience à tenter pour faire ressurgir un amour disparu : l'auteur emploie des impératifs :" passez, faites le bouillir, allez."

 

On retrouve, dans ce texte, un thème éternel : celui du temps qui passe, qui affaiblit les sentiments et les ternit : mais quelle modernité et quelle originalité dans la façon d'évoquer ces couleurs disparues et qui pourraient être ravivées par un simple lavage !

 

Vaine illusion, vaine recette ! La machine à laver évoque et suggère, aussi, immanquablement la vie quotidienne qui use et érode les sentiments...

 

L'alternance de vers longs et de vers très courts crée des effets de surprise, des décalages entre le présent et le passé : l'averbe de temps "avant" est ainsi rejeté dans un autre vers, en fin de phrase.

 

Le rythme de la mélodie très vif semble restituer la rapidité du temps qui passe, une accélération de la vie, à laquelle personne n'échappe.

 

A travers cette chanson, Alain Souchon renouvelle complètement un thème éternel : la fuite du temps qui nous emporte dans ses tourbillons et qui altère les sentiments, les affadit.

 

 

http://youtu.be/r_zTEHa0Ikw

 

 

 

camélia libre

 

 

Camelia Gisse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo1501

 

 



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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 17:56

 

étoiles 2

La couleur "rose", qui ouvre cette chanson célèbre d'Alain Souchon, évoque bien un monde factice, artificiel, celui qui nous est proposé dans nos sociétés de perpétuelle consommation : une "vie en rose" qui n'est qu'une façade : une vie où il s'agit "d'avoir" des "quantités de choses".

 

Le mot "avoir" répété sous différentes formes, verbale ou nominale souligne ce besoin avide de posséder toujours plus, qui caractérise nos sociétés... La reprise du nom "choses" renvoie aussi à cet univers d'objets qui nous envahissent.

 

Ces objets deviennent une quête incessante et cette recherche n'est qu'une illusion comme le soulignent le verbe "croire", les mots redondants,"dérision, dérisoires."

 

Le pronom indéfini "on", employé à plusieurs reprises, montre que nous subissons une sorte d'endoctrinement : "on nous propose, on nous fait croire, on nous inflige, on nous parle."

Et cet endoctrinement se fait de manière anonyme, dans une forme de consensus...

 

Plus loin, sont évoqués des cartons d'emballage, "des gens lavés, hors d'usage" : les gens en viennent à perdre leur âme, pour consommer et acheter quantités d'objets.

 

Et, au lieu du bonheur promis au début de la chanson, c'est le vocabulaire de la tristesse qui l'emporte :"tristes, affliger"... Par l'emploi du pronom "nous ", l'auteur montre que nous sommes tous abusés par ce monde de la consommation : le terme familier "cons" accentue cette tromperie généralisée...

 

Grâce à des néologismes formés sur des noms propres, Alain Souchon met en exergue, aussi, l'importance que prennent les marques et certaines personnalités dans nos sociétés : "On nous Claudia Schieffer/On nous Paul-Loup Sulitzer/Oh le mal qu'on peut nous faire."

Le choix de ces deux noms propres n'est pas dû au hasard : la mode, le monde du business, de l'édition font de ces personnalités, des sortes d'icônes inaccessibles...

 

On crée, ainsi, des mythes qui servent à favoriser la consommation, qui anéantissent l'individu et le rendent malades, ce que révèle le champ lexical de la souffrance : "mal, ravager, pâles."
 
Le refrain vient souligner l'aspiration à un idéal qui manque à nos sociétés : "les étoiles, les voiles"sont évoquées, éclatants symboles d'infini, de liberté...
 
La foule a besoin de sentiments, d'évasion, elle a besoin d'échapper à cette consommation effrénée, dans laquelle elle est, irrémédiablement, entraînée.
 
On le voit : cette chanson dénonce, avec une grande acuité, l'essentiel de nos modes de vie basée sur la croissance, le consumérisme, la soif de conquérir toujours plus de richesses et de biens.
 
La mélodie, qui s'adoucit dans le refrain, avec des sonorités de finales féminines donne envie de s'évader de ce monde qu'on nous impose.
 
Cette chanson qui date des années 90 reste, plus que jamais, d'une brûlante actualité, car notre monde de consumérisme s'accélère.
 
Alain Souchon met bien en évidence les tares et les travers de nos sociétés fondées sur l'avoir, sur l'argent : un univers déshumanisé, sans âme, qui conduit au désespoir : l'homme est oublié et perdu.
 
Il serait temps, sans doute, de retrouver des idéaux, un humanisme, une vraie créativité.... Il serait temps de se tourner vers une société plus humaine, vers un véritable bonheur, un monde où l'argent n'est pas la valeur essentielle, un monde plus simple, plus harmonieux et plus juste.
 
Voilà une magnifique dénonciation de ce qu'est devenu notre univers, cerné par les objets et la marchandisation !
 
 
 
 
 
 
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