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10 août 2026 1 10 /08 /août /2026 11:42
Le bonheur est dans le magasin...

C'est triste à dire, mais désormais le bonheur est dans le magasin... Partout, des publicités nous incitent à consommer...

Sur internet, de plus en plus de publicités polluent les sites d'information : certains sites sont littéralement saturés de publicités avec des couleurs criardes, si bien qu'on a du mal à se concentrer sur les informations...

Sur les écrans de télévision, de nombreuses émissions sont coupées par des plages publicitaires de plus en plus longues...

Et on nous invite à acheter des voitures de plus en plus grosses, de la nourriture toujours plus ultra transformée, des smartphones de plus en plus sophistiqués...

Comme l'écrit Zygmunt Bauman, "la somme totale de l'activité commerciale est le premier et le plus fiable indice du bonheur d'une société... Dans les boutiques se trouve un remède efficace à tout ce qui nous gêne et nous irrite... Quoi qu'ils vendent, les magasins sont les pharmacies de tous les maux de la vie..."

Et nous sommes tous incités à consommer tout au long de l'année : Noël, le Nouvel An, la Saint Valentin, Pâques, les soldes, les vacances, etc.

 

On en oublierait que les bonheurs les plus simples sont les meilleurs... et qu'ils sont gratuits...

Une simple balade à pied, le bonheur d'observer la nature et toutes ses merveilles : les arbres, les fleurs environnantes, le chant d'un oiseau, le murmure d'une source...

Un coucher de soleil, aux teintes dorées, la joie des vagues sous le soleil, le murmure du vent dans les ramures des arbres...

Un chat qui déambule lentement, dont on peut admirer l'élégance, la beauté, la démarche souple...


"Le bonheur, je crois, après pas mal d'expériences, s'atteint et se procure dans des choses qui sont gratuites, des petites choses minuscules auxquelles d'ordinaire on ne fait pas attention, mais qui, si on y prête attention, composent le bonheur, précisément...

 

Des choses minuscules mais nombreuses dans une journée : par exemple, goûter le plaisir de voir passer une averse, le bruit d'un vent dans les arbres, une fleur que l'on respire, un oiseau qui vient taper à la fenêtre ou chanter, une visite de quelqu'un qui vous aura intéressé par sa conversation, une plume qui marche bien, un travail qui fonctionne bien, une feuille de papier qui glisse bien, tout cela fait partie du bonheur...", disait Jean Giono, interrogé en 1965 par Claude Santelli.

Magnifique leçon emplie de sagesse et de bon sens !

 

 

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12 janvier 2024 5 12 /01 /janvier /2024 13:20
Les bonheurs minuscules...

 

"Le bonheur, je crois, après pas mal d'expériences, s'atteint et se procure dans des choses qui sont gratuites, des petites choses minuscules auxquelles d'ordinaire on ne fait pas attention, mais qui, si on y prête attention, composent le bonheur, précisément...

 

Des choses minuscules mais nombreuses dans une journée : par exemple, goûter le plaisir de voir passer une averse, le bruit d'un vent dans les arbres, une fleur que l'on respire, un oiseau qui vient taper à la fenêtre ou chanter, une visite de quelqu'un qui vous aura intéressé par sa conversation, une plume qui marche bien, un travail qui fonctionne bien, une feuille de papier qui glisse bien, tout cela fait partie du bonheur...", disait Jean Giono, interrogé en 1965 par Claude Santelli.

 

C'est à l'occasion de l'émission la Grande Librairie sur France 2 que l'on a découvert cette archive qui donne la parole à Giono, une belle émission consacrée à l'émerveillement...

 

Dans un monde moderne où l'homme qui vit surtout dans des villes est coupé de la nature, de ses beautés, de l'émerveillement qu'elle peut nous procurer, voici une belle leçon de sagesse et de bonheur...

 

Il nous faut retrouver ce contact avec la nature, savoir saisir et savourer ces instants de bonheur qui nous sont offerts.

Le bonheur de marcher tout simplement, le bonheur de profiter d'une balade dans la nature, admirer les arbres en toutes saisons, en saisir les parfums, les couleurs, les formes...

 

Il existe des bonheurs gratuits et minuscules innombrables : une promenade dans la nature, un coucher de soleil aux teintes dorées, les couleurs changeantes du ciel, les brumes du matin qui encerclent les paysages et les transforment en un monde incertain, la joie des vagues sous le soleil, le murmure du vent dans les ramures des arbres...

Les senteurs de l'automne, celles de l'hiver, et du printemps, les parfums des fleurs, géraniums, gardénias, muguet, lavandes et thyms de Provence...

Il est temps de redonner de la place à tous ces petits bonheurs gratuits, il est temps de ne plus se laisser aller au vertige de la consommation.

 

Giono a écrit aussi Les Vraies Richesses, "titre explicite pour une manière de récit et d'essai dénonçant la vanité de la vie citadine, de l'argent, célébrant la gloire du soleil, de la terre, des collines, des ruisseaux, des fleuves " qui m'irriguent plus violemment que mes artères et mes veines ". L'ouvrage débute par une promenade parisienne à Belleville, prétexte pour l'auteur à une réflexion sur les " racines ". Giono, visionnaire et virtuose du sacré, rejoint vite, d'un bel élan amoureux, ses chemins de traverse provençaux, ses paysans mythologiques, la loi du pain, le vent des rêves."

 

 

 

Source :

https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/saison-16/5571861-emission-du-mercredi-10-janvier-2024.html

 

 

 

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29 avril 2022 5 29 /04 /avril /2022 11:36
Des pâtres silencieux dodelinaient dans la musique...

 

 

"Du joueur dans l'ombre, seules apparaissaient les mains : son corps, comme celui d'un dieu, était de l'autre côté de la nuit. Autour de lui, impondérable et souverain, des bûcherons, des pâtres silencieux dodelinaient dans la musique...  Au delà du foyer, le ventre de la guitare envoûtait toujours les bûcherons. Il en fluait un bruit gluant, moitié ronflement de ruisseau et voix d'arbre..."

 

 

Dans cet extrait du roman de Giono, Naissance de l'Odyssée, des paysans écoutent la musique d'une guitare et en suivent le rythme, en "dodelinant".

 

Ce verbe "dodeliner" qui signifie "se balancer doucement", est sans doute lié à l'expression enfantine "dodo" qui sert à bercer et à apaiser les jeunes enfants.

Duplication de la première syllabe du verbe "dormir", le mot "dodo' est utilisé dans des berceuses populaires connues de tous...

Le verbe "dodeliner", avec sa dentale redoublée, ses voyelles variées, traduit bien ce balancement régulier du corps, ce bercement léger.

Ce mot qui renvoie à un terme familier est rempli d'expressivité...

 

Dans l'extrait de Giono, les paysans semblent vibrer au rythme de la musique produite par une guitare. Avec ce verbe, on perçoit leurs mouvements réguliers et doux, on voit leurs gestes mesurés, on ressent aussi leur passion et leur intérêt pour cet air de guitare qui surgit de la nuit.

 

Ces bûcherons sont, d'ailleurs, silencieux, tout à l'écoute de la musique.

Ils semblent même imprégnés de cet air de guitare, car ils dodelinent "dans la musique."

 

Ce beau verbe expressif, à la dentale redondante, nous emporte dans le monde de l'enfance, des berceuses d'autrefois, pleines de simplicité, de charmes...

 

Il nous fait entrevoir des attitudes familières et courantes : une tête qui dodeline au son d'une musique entraînante, une envie de se laisser bercer par des airs que l'on aime.

 

Ce verbe, aux voyelles distinctes, le "o" ouvert, le "i" plus aigu et fermé, le "e", plus neutre restitue bien une sorte de mélodie variée qui incite à un bercement léger et régulier.

 

Ce verbe nous séduit par ses sonorités et par les images qu'il suscite : doux balancements de palmes, une harmonie rythmique, des chansons qui envoûtent, qui font rêver...

 

Giono nous montre un moment magique de communion autour d'une musique : on entre dans le choeur de ces bûcherons sensibles à un air de guitare...

 

 

  
 

 

 

 

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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 11:57
Le mélilot mouillé de pluie...

 


Pour la poésie et le plaisir des mots : le mélilot !


"Le vent sentait le sable chaud, l'eau froide, l'asphodèle et le buis. Le mélilot mouillé de pluie, ruisselait d'un parfum simplet, et deux acacias fumaient comme des cassolettes.

Dans un coin lointain du ciel, maintenant pur, l'orage fuyant tordait en silence ses muscles violets. L'aile d'Iris pointait au dessus de la colline.

Il allait, à petits pas, lourd d'une volupté que distillaient l'air, la lumière, les odeurs."

C'est ainsi que Giono décrit un paysage à travers les sensations olfactives et visuelles  de son personnage, Ulysse, dans un de ses romans intitulé Naissance de l'Odyssée...

Giono restitue des parfums qui s'entremêlent harmonieusement, et qui semblent envahir l'espace...
Ulysse est sensible aux senteurs qui l'environnent, notamment à celles du "mélilot".




Ce mot rare "mélilot" nous enivre, nous enveloppe de parfums et d'échos sonores ! Ce mot fascine et intrigue ! On n'en perçoit pas immédiatement la signification et les contours...

Quelle est cette plante au parfum simplet ? Quelle est cette essence mystérieuse du mélilot ?

Mélange de miel et de lotus, cette fleur semble avoir des vertus apaisantes, pleines de douceur.

Le mélilot, couleur de miel, se couvre de grappes dorées, il exhale un parfum subtil et délicat qui séduit les abeilles...

Ce mot aux douces sonorités vient directement de deux termes grecs μέλι, méli, « miel » et λωτός, lôtos, « lotus ».

Le mélilot à fleurs jaunes de la famille des fabacées ressemble au genêt : il produit des grappes de fleurs dorées, au parfum délicat et subtil.

Le mot rayonne de ses sonorités : labiale initiale, consonne redoublée "l", voyelles variées... On perçoit, des échos sonores, des voyelles qui se répondent...

Associé aux noms du miel et du lotus, ce nom de fleur évoque des images lumineuses...

Le miel qui suggère des couleurs dorées et brunes, des visions de ruches tourbillonnantes d'abeilles, un nectar aux teintes ambrées, le miel, symbole solaire qui représente la quintessence végétale de la lumière du jour..

Le lotus, lui, est associé à des légendes antiques, notamment celle des lotophages dans l’Odyssée d'Homère : Ulysse aborde la « terre des Lotophages qui se nourrissent de fleur de lotus ». Le lotus représente l'oubli, une sorte de drogue qui procure l'amnésie à tous ceux qui s'en nourrissent...

Le lotus sacré et mythique, fleur de l'orient est, aussi, une image de sérénité et de beauté...

Le mélilot, terme assez rare, aux sonorités pleines de poésie, nous charme de ses origines lointaines : le mot "mélilotos" remonte à l'antiquité grecque... 

Et ce mot a traversé les siècles, nous est parvenu avec tous ses éclats de sonorités...

Le mélilot nous fait rêver à une nature encore intacte, aux couleurs éclatantes, au genêt, doré de miel, à toutes ces fleurs du sud aux teintes solaires : mimosa, jonquille, forsythia...

Ce mot ancien, peu usité, crée une sorte d'harmonie, dans ses sonorités : il évoque, aussi deux autres mots remplis de symboles et de légendes...

 

 


L'épisode des lotophages dans l'Odyssée :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lotophages
 

Le mélilot mouillé de pluie...
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19 mars 2016 6 19 /03 /mars /2016 11:26
Une volute de bourdonnements...

 

 

 

Pour le plaisir des mots...

 


"Une petite mouche dorée, entrée avec Eumée, dessina sur le silence une volute de bourdonnements". 


C'est ainsi que Giono évoque le vol d'une simple mouche dans un de ses romans intitulé Naissance de l'Odyssée...


Le mot "volute" issu d'un verbe latin "volvo", "rouler, s'enrouler" dessine sous nos yeux de belles spirales, des arrondis, des motifs voluptueux...


Ce nom peut désigner, tout d'abord, un ornement du chapiteau de la colonne ionique, en forme de spirale. 


Il peut évoquer aussi les enroulements d'une coquille d'escargot, ou encore, des tourbillons de fumées, de brumes...
 
Il peut suggérer les mouvements d'un insecte, comme dans l'extrait de Giono.
 
Avec sa douce fricative initiale, sa dentale "t", ses voyelles en forme d'arrondi, ce mot nous fait voir la pureté et l'harmonie de ces ornements.
 
Les colonnes ioniques montrent, sur leur sommet, des rouleaux de vagues, des tourbillons de blancheurs de marbres. Sous ces rouleaux, on voit se dessiner des palmes aux motifs délicats : élégance, simplicité font de ces hauts de colonnes de vraies oeuvres d'art.

On entrevoit des ellipses, des vagues déferlantes, des enroulements de papyrus, des boucles...
 
Le mot fait songer, aussi, à des enroulements de vagues, sur la mer, la mer qui roule et déroule mille replis, aux reflets ondoyants : les ondulations de la mer ne dessinent-elles pas des volutes infinies ?
 
Ce nom fait surgir des images de brumes vaporeuses qui enveloppent les paysages dans des tournoiements laiteux.

Des volutes de fumée s'évanouissent dans l'air, créant des arabesques, des cercles, des courbes sinueuses, des méandres infinis...

Des volutes de feuillages, de lierre ornent les murs dans des tourbillons de verts, Des volutes de fleurs s'épanouissent dans les jardins.

Certains instruments se parent de volutes somptueuses : luth, violes et violons...

 Dans le texte de Giono, c'est une mouche qui dessine des volutes, et on voit se mêler sensations visuelle et auditive, dans une belle harmonie poétique.


Ce mot aux sonorités évocatrices suggère des formes somptueuses, des envols de brume ou de fumées, des figures aériennes...


 
 

 

 

 

 

 

 

Une volute de bourdonnements...
Une volute de bourdonnements...
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6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 16:28

 

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"A travers le sous-bois râpeux et desséché, il pouvait voir à chaque détour que les traces de son passage ne s'effaçaient pas dans les méandres de la route en dessous." Dans cet extrait de son roman, Le hussard sur le toit, Giono nous décrit le périple de son héros, Angelo Pardi, jeune colonel de hussards exilé en France.

 

Angelo, à cheval, suit un chemin poussiéreux de Provence, dans une chaleur étouffante...

 

Le sentier est sinueux, rude, fait de méandres... Ce terme "méandre" vient curieusement du nom grec d'un fleuve : Μαίανδρος, reputé pour ses détours et sa sinuosité.

 

Ce fleuve Maiandros était situé au Sud de l'Asie Mineure, dans l'ancienne Phrygie : particulièrement tortueux, ce fleuve a donné naissance à un nom commun, le méandre.

 

D'ailleurs, le mot lui-même semble dessiner des arabesques, des contours avec sa voyelle nasalisée "an", ses consonnes diverses, labiale, dentale, gutturale.

 

Le méandre nous fait voir des sinuosités, mot à l'étymologie plus douteuse...

Les méandres du chemin rendent le voyage d'Angelo incertain et périlleux : il chemine, lentement, dans une campagne provençale aride, inondée de lumières.

 

Ces méandres peuvent, déjà, symboliser toutes les difficultés que va rencontrer le jeune Angelo : une épidémie de choléra qui ravage la terre de Provence, des accusations qui vont mener le héros à se réfugier sur les toits de la ville de Manosque, des rencontres imprévues, des dangers...

 

Le roman nous entraîne dans les méandres de la vie aventureuse d'Angelo, héros plein de panache et d'humanité : on a envie, dès ces premières pages, de le suivre dans ses prérégrinations, de partager ses aventures.

 

On a envie de le suivre, de l'accompagner sur les chemins sinueux qu'il emprunte : l'univers d'Angelo nous plaît, nous séduit...

 

La campagne, dans laquelle il se hasarde, est la terre de Provence somptueuse, irradiée de soleil, aux sentiers tortueux, poussiéreux et caillouteux !

 

Les méandres de la route peuvent évoquer et suggérer toutes les difficultés de la vie auxquelles sont confrontés les êtres humains, ces méandres, dont l'origine est si ancienne, font partie de la vie de tout un chacun...

 

Belle métaphore du destin des hommes, le méandre n'est pas de tout repos, mais il représente, aussi, toute la variété de nos vies, faites d'obstacles imprévus, de rencontres inoubliables...

 

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méandres

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 20:26

 

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"La mer perfide hululait doucement", écrit Giono, au début de son roman, Naissance de l'Odyssée : Ulysse écoute le murmure de la mer, alors qu'il est étendu, harassé de fatigue, sur une plage. Il vient d'échapper à un naufrage et semble renaître peu à peu à la vie.

 

Que de poésie dans cette simple phrase ! Que de résonnances !

 

Le verbe "hululer", employé dans cette expression, crée un effet poétique particulier, ce verbe étant le plus souvent associé à un oiseau nocturne : il signifie "crier ou pousser un long gémissement" : grâce à ce mot, la mer s'anime sous nos yeux, lance des cris.

 

La mer est doublement personnifiée puisqu'elle est, aussi, qualifiée de "perfide".

 

Ce mot "hululer" très expressif est, en fait, une onomatopée qui reproduit dans ses sonorités le cri de l'animal, le hurlement plaintif de quelqu'un qui crie, qui se lamente : la voyelle et la consonne redoublées miment ce cri : on a l'impression de l'entendre. On perçoit des bruits qui reviennent, le sac et le ressac de la mer, ses flux et ses reflux.

 

De nombreux mots qui évoquent des cris, des paroles sont des onomatopées : ainsi, les deux verbes "murmurer, marmonner" désignent le fait de parler entre ses dents, de manière indistincte...

 

La mer mugit et Ulysse, qui semble épuisé de fatigue, se laisse bercer par ces échos qui lui parviennent des flots, des échos pleins de douceur. Ses jambes sont comparées à des "algues", ses bras à des"fumées d'embrun".

 

Ainsi fusionnent le monde humain et la nature : ils semblent se confondre.

 

Comment ne pas être sensible à l'originalité de la phrase de Giono qui contient à la fois l'idée de cruauté des flots, et une impression agréable : le murmure des vagues sur la grève, un murmure apaisant ? Comment ne pas être sensible à cette harmonie qui réunit l'homme et la mer ?

 

La phrase construite sur des jeux d'opposition attire aussi notre attention, nous étonne, nous éblouit.

 

Une simple phrase nous fait entrer dans un univers poétique, fait d'images, de personnification, de contraste : c'est, là, la magie de l'assemblage des mots ! c'est, là, la magie du langage !

 

Les sonorités elles mêmes sont révélatrices : on perçoit la rudesse de la perfidie, à travers la consonne "r" contenue dans ce mot, et on ressent une forme de délicatesse grâce à la sifflante s" de l'adverbe "doucement".

 

Voilà une harmonie faite de contrastes d'idées et de sonorités, voilà une harmonie qui nous séduit et nous captive.

 

Sans cesse, dans son oeuvre, Giono nous montre une nature animée, vivante, mystérieuse : il réunit le monde humain à la nature qui l'entoure...

 

Personnifications, images, fusion de deux univers différents, Giono nous fait goûter à l'essence même de la poésie.

 

 

aède

 

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22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 10:28

dieu pan Voilà un des romans les plus connus de Jean Giono, la version cinématographique de Marcel Pagnol l'a rendu célèbre : on se souvient des acteurs incarnant les rôles principaux : Fernandel, Orane Demazis ... Mais la lecture de cette oeuvre réserve un trésor de surprises insoupçonnables. L'histoire, tout le monde la connaît : Giono raconte la mort et la renaissance d'un petit village provençal abandonné par ses habitants : Aubignane. Le village pourra renaître grâce à la rencontre de Panturle et d'Arsule qui se mettent à cultiver, à apprivoiser la terre et la nature.

Giono s'attache à évoquer le monde, l'univers des paysans, leurs moeurs, leur langage, leur façon de penser. Mais surtout, il décrit dans son oeuvre une harmonie, une véritable fusion de l'homme et de la nature avec un style inimitable ! Panturle, le héros est, en fait l'incarnation du Dieu PAN, comme l'indique son nom : ce dieu dans l'antquité grecque représente l'ensemble de la nature et des forces naturelles ! Ce dieu est troublant, mi homme mi bouc, il symbolise à la fois les forces fécondes du monde, mais aussi les les forces inconnues et mystérieuses de l'univers que l'homme ne comprend pas souvent, des forces qui peuvent provoquer une peur PANIQUE. (ce mot a pour origine le nom du dieu PAN)

Ce roman est ponctué par le rythme des saisons : l'hiver, l'automne, le printemps... L'homme doit se soumettre à cet ordre immuable et éternel. La nature est omniprésente, et les descriptions des paysages nous la montrent tantôt hostile, tantôt complice et bienveillante. L'homme fait corps avec elle et devient parfois lui même buisson, animal, végétal... On voit bien que ce message est universel : même si l'être humain vit dorénavant plutôt dans les villes, il est toujours soumis aux règles de la nature, les saisons qui reviennent inlassablement sont un repère essentiel, au sortir de l'hiver tout le monde attend le printemps, le renouveau,une nature plus douce, apaisée.

Mais le roman vaut surtout par le style de Giono : roman et poésie se rejoignent dans cette oeuvre courte mais dense : les images qui suggèrent la fusion de l'homme et de la nature sont foisonnantes, Giono restitue le langage des paysans avec des phrases courtes,simples du vocabulaire familier, parfois. Mais il ajoute à son évocation une dimension lyrique et musicale : les répétitions, les anaphores les échos sonores scandent son texte exprimant tour à tour la rudesse ou la douceur de la nature.

On perçoit dans cette oeuvre la pensée des paysans, leur univers fait d'échanges et de partage : dès le début, ce thème apparaît dans la scène de la patache où les personnages, de simples paysans partagent la nourriture avec simplicité et joie de vivre ! Le partage, voilà une valeur essentielle trop souvent oubliée par nos sociétés individualistes qui refusent trop souvent cette évidence même : l'être humain n'est pourtant fait que de partages, de communication et d'échanges avec autrui ! Le partage va permettre au petit village de renaître : grâce à la charrue offerte par le vieux forgeron Gaubert, Panturle le paysan peut à nouveau cultiver la terre et une petite société humaine se recrée grâce à la solidarité..

Giono nous donne dans ce court roman une leçon de vie à méditer : l'homme doit, sans nul doute, se soumettre à la nature, la respecter, apprendre à la connaître, se montrer humble face à elle. Il doit aussi faire preuve de solidarité afin de créer une société plus humaine...

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